INTRODUCTION
Un auteur qui entreprendrait actuellement de lire tout ce qui a été imiorimé relativement à l'action physiologique et thérapeutique du mercure, et d'en condenser la substance, s'imposerait un travail dont on peut entrevoir l'étendue et les difficultés en parcourant notre index Libliograj^hique ; et, nous devons l'avouer, bien que le nouveau règlement de notre concours nous permette, par une généreuse modification, de consacrera la rédaction de notre thèse plus de temps que n'en ont eu nos prédécesseurs, l'exécution d'un tel programme nous paraîtrait au-dessus de nos forces : mais notre tâche est moins vaste ; autorisé par le titre même de notre travail à nous placer exclusivement sur le terrain des faits, nous pourrons laisser de côté les explications basées sur des théories controuvées ou hasardeuses, les
HALLOPEAU. j
observations mal interprétées, les vaines hypothèses, et avec elles une bonne partie de la littérature passée, pour ne pas parler du présent.
Dans l'historique de notre travail, nous nous attacherons surtout à mettre en relief les progrès successivement accomplis dans les applications du mercure, à la thérapeutique, sans tenir compte, autrement que pour mémoire, des attaques injustes auxquelles il a été constamment exposé, des abus auxquels a donné lieu son emploi, des explications fondées sur une physioloG^ie dont il ne reste que le souvenir, et c'est le moment de dire avec un de nos maîtres (Jagcoud, Leçon écrite sur les valvules du cœur, 1863) : « Nous » avons à faire l'histoire de la science, et non celle de » ses erreurs. »
De même, lorsque nous étudierons l'action physiologique et thérapeutique du médicament, nous nous efforcerons d'exposer aussi complètement que possible les faits positifs, ceux que de bonnes observations et des expériences bien conduites permettent de considérer comme définitivement acquis à la science, sans nous arrêter aux théories fondées uniquement sur des vues de l'esprit ou sur des faits sans valeur.
On tend de plus en plus aujourd'hui à expliquer les effets des médicaments par leur action physiologique :
« La thérapeutique, dit M. le professeur Gubler, a » pris, depuis quelques années, un essor aussi rapide » qu'imprévu,- et s'est définitivement engagée dans les » voies rationnelles où la conviait la physiologie (1) » ; et Claude Bernard exprime la même idée quand il écrit : « La véritable base scientifique de la thérapeutique
(1) Gubler, Journal de Thérapeutique, P« année, n° 1.
» doit être donnée par la connaissance de l'action phy- » Biologique des causes morbides, des médicaments ou » des poisons, ce qui est exactement la même chose », mais il importe de ne s'avancer qu'à bon escient dans cette voie, et en s 'appuyant constamment sur des données rigoureusement exactes, sous peine de tomber dans des erreurs comparables à celles que nous révèle incessamment l'histoire des siècles passés. Que faisaient les humoristes quand ils prétendaient provoquer l'élimination du poison syphilitique par le flux salivaire? Que faisaient les disciples de Boerhaave quand ils attribuaient aux globules mercuriels le pouvoir de diviser, de briser et de chasser au dehors le virus vénérien? Ils appliquaient à l'explication de faits thérapeutiques les données de leur physiologie, et, comme leur physiologie était . fausse, leur explication l'était également. Nous n'aurions pas à chercher longtemps dans les écrits les plus récents sur la matière pour y trouver des théories aussi hasardeuses.
Pour éviter de pareils écarts, nous mettrons de côté, •suivant la méthode cartésienne, toute idée préconçue, et, faisant table rase, nous exposerons, d'une part, ce que l'on sait de certain relativement aux effets physiologiques provoqués par le mercure ; d'autre part, ce que l'on sait de certain relativement à ses effets thérapeutiques; et nous rechercherons, sans parti pris, dans •quelle mesure il est permis de conclure des premiers aux seconds.
Nous devons dire, avant d'entrer en matière, que nous avons trouvé un excellent guide pour la rédaction de notre travail dans les leçons malheureusement inédites que M. le professeur Sée a professées à la Faculté
en 1867. Nous avons également recueilli de précieuses indications dans les leçons que M. le professeur Gubler a bien voulu nous communiquer. Que nos maîtres veuillent bien recevoir ici l'expression de notre sincère iiratitude.