‹ Du mercureChapitre 2 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

COUP d'oeil général.

L'histoire du mercure est à la fois pleine d'intérêt et riche en enseignements. Depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours, les annales de la médecine témoignent à chaque instant des luttes ardentes qui ont eu lieu entre ses partisans et ses détracteurs. Suivant qu'ils sont plus vivement frappé& par ses effets thérapeutiques ou par son action toxique, tous les syphiliograf)hes, à peu d'exceptions près, viennent tour à tour célébrer ses louanges ou l'accabler de leurs critiques, souvent même de leurs injures : pour les uns, c'est un médicament admirable et sans pareil , « Merciirius triiiinphato r » (Goms) ; ses ^^réparations méritent d'être appelées cuigéliques, « et etiam pulvis a me angeliciis dictus, propter ejus » angelicam in tali morbo operationem, qui estmedicina » mirabilis cui non est par » (Nicolas Massa, 1532); pour les autres, c'est un abominable poison ;« supra- » dicta rmguenta tanquam a peste fugienda sunt, et

(1) Nous avons consulté avec s;rand fruit, pour la rédaction de cet historique, les leçons encore inédites de M. Bouchard sur l'histoire de la médecine. (Cours de la Faculté, 1875-1876.)

» contra practicantes insurgant, si velint, proto medi- » ci, aut ipsa natura liumana clamabit : interficiuntur » homines, non morientur; qui si non in hoc saîculo, » in alio tamen redclent rationem et submergentur in » puteo pœnitenticne. » (Gaspar Torrella, 1/i97.) A plusieurs époques, et particulièrement dans le courant de ce siècle, les attaques redoublent ; le médicament semble devoir succomber sous les attaques passionnées ou intéressées des charlatans, des faiseurs de systèmes, des jeunes gens sans expérience, des frondeurs et des fous ; mais toujours le bon sens et la vérité finissent par avoir le dessus, et le mercure continue à être considéré par la grande majorité des médecins éclairés comme un médicament héroïque contre la syphilis et utile dans plusieurs autres affections : « Le mercure, dit M. G. Sée, « a eu sa grandeur et sa décadence; nous assistons à sa « restauration. »

Nous aurons à montrer, dans cet historique, comment ce médicament, proscrit par les anciens, a été employé d'abord à l'extérieur dans les maladi"fes de la peau, et plus tard, par analogie, dans la syphilis; comment,^ après de vives résistances, on l'a également donné à l'intérieur ; sous quelles formes on l'administrait ; quel abus on en a fait ; quelles interprétations diverses on a données de son action suivant la doctrine physiologique régnante; comment on a fait entrer successivement dans la matière médicale la plupart de ses composés à mesure que la chimie les faisait connaître ; comment ses applications se sontprogressivementétendues; comment, enfin, l'expérimentation physiologique et l'étude des intoxications professionnelles ont permis de déterminer son action sur l'organisme et de réduire à néant la doctrine absurde qui prétendait lui imputer la plupart

des accidents de la syphilis secondaire et tertiaire.

Nous distinguerons, avec Kûssmaul, trois périodes dans riiistoire du mercure : la première comprendra l'antiquité et le moyen âge ; la seconde s'étendra de la renaissance à la fin du dix-huitième siècle ; la troisième de la fin du dix-huitième siècle jusqu'à nos jours.

Page 1