ACTION LOCALE
§ l'^'". — Complexité de ses effets.
L'action locale, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, varie essentiellement, suivant qu'il s'agit du mercure métallique, d'un de ses composés solubles ou d'un de ses composés insolubles. L'action générale varie surtout suivant la quantité de mercure que reçoit l'organisme et le temps pendant lequel il est soumis à l'influence du médicament. Il faut bien savoir, d'ailleurs, que la distinction entre l'action locale et l'action générale ne doit pas être considérée comme absolue, et que l'une ne va guère sans l'autre. M. le professeur Gubler a fait remarquer, et nous insisterons sur ce
point car il nous paraît essentiel, qu'une partie des effets produits par le mercure dans ses applications comme purgatif, comme topique et même comme caustique, doivent être rapportés à son action générale sur l'organisme. « Les topiques mercuriels eux-mêmes, )) principalement lorsque l'absorption est favorisée par » des conditions particulières de la peau, joignent cer- » tainement à leur action locale les effets généraux ré- » sultant de leur diffusion dans l'organisme, et les lo- » tions pratiquées journellement sur des régions dé- » pourvues d'épiderme avec la liqueur de van Swieten )) et l'eau phagédénique ne laissent pas que d'introduire )) à la longue une proportion notable de métal dans la » circulation et dans la constitution des hématies et des » éléments liistologiques des tissus. En conséquence, » lorsque nous croyons faire uniquement de la médica- » tion substitutive ou bien parasiticide, nous réalisons » du même coup une action altérante générale, qui )) n'est peut-être pas la moins importante dans le cas » de certaines affections cutanées. » (Gubler.)
§ S. — Action directe sur le tégument externe.
Les préparations mercurielles appliquées sur la peau peuvent, suivant leur degré de solubilité et de concentration, n'exercer aucune action, déterminer une phlogose d'intensité variable, ou provoquer la formation d'une escarre. L'onguent mercuriel employé en frictions laisse le plus souvent le tégument absolument intact ; quelquefois seulement il amène une éruption érythémateuse ou vésiculeuse. C'est surtout dans les cas où il est préparé de vieille date que cet accident se produit ; on peut l'attribuer à l'action irritante de l'oxyde mercuriel qui se
forme presque toujours dans ces circonstances et se combine aux acides gras pour former un oléo-stéarate de mercure; il semble, en outre, que l'on doive admettre une prédisposition individuelle, une véritable idiosyncrasie.
Les combinaisons salines mélangées à une quantité suffisante de sulDstance inerte ont une action analogue. A un léger degré, l'éruption n'est caractérisée que par un éry thème de coloration peu intense, généralement fugace et suivi d'une légère desquamation ; si l'inflammation est plus vive, on voit la peau rougir, puis se couvrir de vésicules très nombreuses, cVégal volume, hémisphériques, un peu aplaties et remplies d'abord de sérosité, puis d'un liquide lactescent; elles provoquent d'atroces démangeaisons (A. Fournier) ; tantôt elles se se dessèchent et ressemblent alors à des gouttelettes de cire, tantôt elles sont déchirées par les ongles et se recouvrent de croûtes foliacées. Elles durent quelques iours.
Dans certains cas, les désordres sont plus graves; des phlvctènes se forment sur la peau rouge et tuméfiée (Anderson). Chez un malade de M. A. Fournier, une simple lotion avec la solution de sublimé à 0,15 pour 200 gr. a suffi à produire des accidents graves. Quand M. Fournier l'examina, le scrotum et la verge étaient dépouillés et énormément tuméfiés ; le ventre, le devant de la poitrine et les aisselles présentaient une coloration d'un roui^e vif; ces lésions provoquaient des douleurs atroces; le malade se roulait sur son lit. Bientôt apparurent les signes d'une stomatite intense avec excoriation de la langue et des joues; trois escarres profondes se formèrent sur la verge et sur le scrotum.
On s'est quelquefois servi de préparations de sublimé
pour obtenir la vésication ; c'est là une pratique fautive car elle peut donner lieu à des accidents généraux.
Esser a vu une pommade au nitrate acide de mercure amener un gonflement des téguments comparable à celui que l'on observe dans l'éléphantiasis , c'est-à-dire «norme, et une éruption eczémateuse. Plusieurs fois des pommades et des emplâtres mercuriels ont provoqué de semblables accidents dans des cas où on avait eu le tort de les employer en même temps que d'autres préparations capables de former avec elles des composés plus irritants.
Isambert a signalé, en 1867, plusieurs faits de cette nature.
1° Chez un malade atteint d'orchite, on pratique successivement sur le scrotum des onctions avec l'onguent
napolitain et avec une pommade iodurée; il en résulte une dermatite intense.
S° Dans un cas analogue, rajDplication successive d'un emplâtre de Vigo et d'une pommade à l'iodure de potassium détermine la vésication.
3° Un herpès circiné est traité tour à tour par une pommade au calomel et par une autre au deutoiodure de mercure ioduré. A la suite d'un bain sulfureux, il se produit des lésions semblables à celles qui caractérisent les brûlures au premier et au deuxième degré. Les deutosels (bichlorure, biiodure, nitrate acide de mercure) , en solution concentrée , déterminent des escarres ; il est vraisemblable qu'ils produisent la mortification des tissus, en amenant la coagulation de l'albumine.
Outre l'hydrargyrie de cause externe, nous aurons à décrire une hydrargyrie de cause interne, mais son lus-
toire se lie trop étroitement à celle du mercurialisme aigu pour que nous puissions l'en séparer.
§3. — Action directe sur la muqueuse cligestive.
Les préparations mercurielles qui pénètrent dans l'intestin exercent sur la muqueuse une action très comparable à celle que nous leur avons vu produire sur la peau; elle est également beaucoup plus intense pour les composés très solubles comme le sublimé et le biiodure, que pour les protosels. Le mercure métallique, introduit en grande quantité dans l'intestin, n'agit ordinairement que par sa masse; on cite des cas, cependant, où il a donné lieu à des phénomènes d'intoxication, sans doute par suite de sa transformation partielle en sul)limé.
C'est à son action plilogogène que le calomel doit ses propriétés pui'gatives ; nous avons vu précédemment quelles circonstances peuvent en atténuer ou en augmenter l'action.
Le sublimé, sous la forme de liqueur de van Swieten, provoque chez beaucoup de sujets des douleurs à l'épîgastre, douleurs qui parfois s'exagèrent par la pression et aussi par l'ingestion des aliments et coïncident avec de la dyspepsie, de l'anorexie et de la diarrhée ; ce dernier accident a le double inconvénient d'abaisser les forces des malades et d'amener l'expulsion du médicament avant qu'il n'ait eu le temps d'être absorbé ; c'est une des causes qui peuvent amener l'échec du traitement.
En solution concentrée, les deutosels de mercure donnent lieu à des accidents d'intoxication aiguë : les malades éprouvent une sensation très pénible de brûlure dans le pharynx, derrière le sternum et à l'épi-
gastre; ils ont des vomissements et de la diarrhée cruel quefois sanguinolente; les phénomènes généraux sont ceux du collapsus, petitesse du pouls, abaissement de la température, sueur visqueuse, état syncopal. dyspnée refroidissement des extrémités. Dans quelques cas 11 s est pi^duit des hémoptysies, et l'on a constaté a présence d albumine et de sang dans les urines (01livier). Ces phénomènes sont analogues à ceux que l'on observe chaque fois que le tube digestif est le sié^e dune violente inflammatiôn ou d'un traumatisme- .Ils s en distinguent cependant, en plusieurs points •' leur évolution est différente ; les hémorrhagies pulmonaires et rénales n'appartiennent pas aux empoisonnements dans lesquels l'action toxique porte exclusivement sur le tube digestif; souvent, enfin, dans empoisonnement par le sublimé , on peut constater 1 existence d'une stomatite; c'est qu'il se produit alors en même temps qu'une entérite suraiguë, une intoxication aiguë par le mercure, comparable à celle qui éclate chaque fois qu'une quantité relativement, considérable . de ce métal pénètre brusquement dans l'organisme.
A l'autopsie, outre les signes d'une violente inflammation du tube digestif, on trouve de la congestion pulmonaire, ainsi que de la congestion et une dégénération granulo-graisseuse des reins. Dans un cas, Buchner a constaté que le foie, les reins, l'estomac et le duodénum renfermaient des traces de mercure. Un fait prouve enfin que les accidents de l'empoisonnement par le sublimé sont bien réellement dus en partie à une absorption du métal, c'est que le mercure, introduit en grande quantité par une autre voie, donne lieu à des accidents très analogues.
Nous aurons à revenir sur les troubles digestifs comme
sur les affections cutanées produites par le mercure ^ quand nous décrirons les accidents liés à sa résorption. Après l'action directe du médicament sur les téguments interne et externe, nous aurons à étudier l'action indirecte qu'il exerce secondairement sur les mêmes parties, dans des conditions toutes différentes.