ACTION DANS LES MALADIES INFECTIEUSES
§ V\ — Considérations préliminaires.
On a préconisé les mercuriaux contre la plupart des maladies spécifiques; héroïques contre la syphilis, journellement employés contre la dysenterie, ils semblent pouvoir être encore utilisés dans la fièvre typhoïde, la diphthérie et la variole; on les a même vantés dans le choléra. Il nous paraît évident qu'on ne peut invoquer alors leurs effets antiplastiques et dénutritifs non plus que leurs effets irritants, et si nous voulions leur dénier, avec la plupart des auteurs contemporains, toute action sur l'élément spécifique, il ne nous resterait plus qu'à avouer notre ignorance. Nous essayerons de montrer cependant que l'on peut invoquer de sérieux arguments en faveur de la théorie que nous venons d'énoncer en dernier lieu.
§ 2. — Action clans la fièvre typhoïde
Les mercuriaux ont été employés dans la fièvre typhoïde à titre d'abortifs. Déjà, en France, Serres, dans une Note lue à l'Académie des sciences en 18/i7, en avait proposé l'emploi à l'intérieur et à l'extérieur, dans le but d'enrayer le développement des plaques de Peyer ou d'en amener la résolution. Il conseillait des frictions sur l'abdomen, tous les matins, avec 8 à 10 grammes
IIALLOPEAU. I q
d'onguent mercuriel double, et il donnait à Fintérieur le sulfure noir de mercure (1 gramme à 1 gr. 50).
Dans ces dernières années, on a souvent employé le calomel. A l'exemple de Lesser, qui disait en avoir obtenu de brillants résultats,' Wolf, Sicherer, Taufflieb, Sclionlein, Traube, Wunderlich, l'ont prescrit à haute dose; Lesser en donnait 1 gr. 10 tous les jours; plus tard, on descendit à 0,60 et 0,50 centigr. Au dire de Liebermeister, la plupart des observateurs qui ont expérimenté sérieusement cette médication en auraient reconnu l'efficacité. Cet auteur l'emploie encore avec succès ; il donne habituellement 0,50 cà 0,60 centigrammes de' calomel , en trois ou quatre doses, à prendre dans les vingt-quatre heures. Au début, dans la plupart des cas on observe un abaissement passager de la temiDérkture; plus tard, la diarrhée se modère ; la durée de la maladie paraît être notablement abrégée ; et même son intensité ne serait pas moins heureusement modifiée, si l'on en juge par une statistique qui porte sur un chiffre de 839 malades, et qui semble démonstrative, car la mortalité, qui était de 18.3 0/0, dans les cas où la maladie était abandonnée cà elle-même et de 1/^6 0/0 dans les cas où l'on donnait l'iodure de potassium, serait tombée à 11.7 0/0 dans les cas traités par le calomel.
§ 3.__ Action dans la variole.
Dans la variole, le mercure a été regardé comme abortif, soit de la maladie, soit seulement de 1 éruption. Huxham, Boerhaave, van Swieten, Cotugno ont préconisé les préparations mercurielles, à haute dose. Ces illustres médecins voyaient en lui un spécifique, capable d'atténuer le virus varioleux, et un siala-
gogiie favorisant la salivation si utile dans les variétés confluentes.
A côté de cette médication interne, c{ui n'est plus usitée aujourd'hui, se place la médication externe dont refficacité paraît incontestable. L'onguent napolitain, emploj'é par Goblin de Stans, atténue certainement l'éruption sur les parties où on l'applique ; mais c'est surtout l'emplâtre de Vigo, ciim merciirio, qui rend des services comme abortif des pustules varioliques. Zimmermann et Rosen en ont les premiers reconnu l'efficacité. Une malade, Cjui portait un emplâtre de Vigo pour une affection d'un tout autre ordre, ayant contracté la variole, eut la peau couverte de pustules et de cicatrices ; la j)artie du corps qui était restée en contact avec l'emplâtre fut seule respectée. -Zimmermann, qui raconte cette anecdote dans son traité de V Expérience, sut profiter de ce fait, qui n'était dû qu'à un hasard de là clinique; il généralisa la méthode, et elle fut souvent employée, surtout après que Serres, Trousseau, MM. Briquet et Nonat, l'eurent expérimentée avec succès. M. Briquet applique la pommade mercurielle, non-seulement à la face, mais sur la plus grande partie de la peau, et il en vante beaucoup les effets; elle s'opposerait à la suppuration, calmerait les symptômes généraux, les rendrait moins graves et empêcherait les cicatrices difformes.
On a dit que le mercure n'avait, en pareil cas, aucune action spéciale; qu'un corps gras, un enduit protecteur quelconque auraient le même effet : telle n'était pas l'opinion de Grisolle: « C'est envain, disait-il, que j'ai com- » primé les pustules avec des bandelettes de diachylon ; » je n'ai jamais pu réussir à les faire avorter, tandis >j qu'on peut arriver à ce résultat en faisant des onctions
» avec une pommade mercurielle; » et il ajoutait: « L'em- » plâtre de Vigo n'agit point par compression, mais uni- » quement par la préparation mercurielle qu'il contient. »
Signalons, en terminant, l'essai d'Aran qui appliquait sur les pustules le collodion mercuriel (0 gr. 60 à 1 gr. de bichlorure pour 100 grammes).
Ces faits semblent bien en faveur d'une action sur l'élément spécifique.
Des expériences et des observations de M. Briquet plaident dans le même sens. Cet auteur a montré que, suivant l'époque à laquelle on fait l'application des emplâtres mercuriels sur les éruptions varioleuses et suivant l'intensité de l'éruption, on peut obtenir ou la résolution complète, ou la transformation en vésicule, ou enfin l'induration tuberculeuse des pustules et que dans tous les cas, en atténuant l'inflammation de la peau, on prévient la formaiion des cicatrices. Dans un travail où il étudie comparativement l'action des mercuriaux sur les inflammations banales et sur l'inflammation spécifique de la variole, il arrive aux conclusions suivantes :
1° Les mercuriaux appliqués sur la peau avant les vésicatoires ou autres irritants ne diminuent en rien la disposition de la peau à s'enflammer.
Les mercuriaux mélangés avec des substances irritantes et simultanément appliqués sur la peau n'ont ni empêché ni atténué les effets irritants accoutumés.
3° Les mercuriaux appliqués sur diverses phlegmasies cutanées (érysipèle, zona, eczéma, acné, furoncles, anthrax, etc.), n'ont opéré que rarement une diminution de l'inflammation, et le plus souvent n'ont produit aucun résultat.
Ji" Appliqués sur des phlegmasies spécifiques, sur les
piqûres du vaccin, ils ont produit une modificatioTi notable de la marche de la vaccine, souvent une annihilation complète de l'effet du virus vaccin, d'autres fois une pustule très petite, bâtarde, ou une simple vésicule cà contenu blanchâtre, et enfin quelquefois une simple induration grise de la papule vaccinale. L'effet du mercure sur la vaccine est donc identique à celui qu'il exerce sur la variole.
M. Briquet conclut de ces faits que ce n'est pas sur l'inflammation que le mercure agit, mais bien sur le virus lui-même qu'il émousse, neutralise, ou peut-être même détruit. Nous ne voulons, en aucune façon, assumer la responsabilité de cette théorie, mais nous rappellerons que les expériences de M. Chauveau sur le vaccin parlent en sa faveur.
§ .fi. — Action dans la cliphthôrie .
Comme dans la variole, on a employé les mercuriaux dansladiphthérie, soit comme topiques, soit comme altérants.
Dans Vangine diphthérique, Trousseau croit que le protochlorure de mercure est d'une utilité réelle. Administré à doses fractionnées (0 gr. 05 mêlés à h gr. de sucre, divisés en 30 paquets, à prendre un toutes les heures), il va, mélangé à la salive, traverser le pharynx, toucher les surfaces malades et les modifier comme il modifie les j)laies du tégument externe.
Si ces remarques sont exactes, on doit beaucoup espérer de V insu [f^kd ion soit de calomel, soit de précipité rouge projeté à l'état pulvérulent sur les parties malades ; mais l'observation ne semble pas avoir jusfju'ici justifié cette prévision.
On a aussi préconisé le calomel et les onctions mercurielles sans apporter la preuve de leur efficacité.
Nous ne ferons que mentionner l'emploi du calomel dans le traitement du choléra ; un auteur anglais, Ayre, a publié en sa faveur une statistique trop belle pour qu'on lui attache de l'importance. Nous ne sommes pas plus en mesure de nier que d'affirmer l'utilité du calomel dans cette maladie.
De toutes les maladies infectieuses aiguës, la dysenterie est celle sur laquelle l'action de ce médicament est le plus incontestable. Associé à l'opium et à l'ipéca (pilules de Segond), il donne les meilleurs résidtats; on doit en continuer l'usage jusqu'au moment où les selles reprennent le caractère stercoral, à moins qu'il ne survienne une salivation excessive ou que les malades n'aient tendance à se cachectiser.
§ 5. — Action clans la syphilis.
Nous arrivons à l'action la plus remarquable du mercure, à celle- qui lui assigne le premier rang dans la matière médicale et le place, pour l'importance, à côté du quinquina.
Nous montrerons successivement : 1° Avec quelle puissance il agit sur la maladie ; S° Comment on peut s'expliquer son action; 3° Comment on doit Tadministrer.
Puissance antisyphilitiqiie du mercure. — Le mercure agit sur la syphilis â toutes ses périodes; il en fait le plus souvent disparaître les manifestations; il les modifie toujours avantageusement, et selon toute
vraisemblance, il peut, dans une certaine mesure, en prévenir le retour: c^est donc rantisyphilitique par
excellence. . i ^ -i
Son action sur le chancre est des plus évidentes ; il ne le fait pas avorter, mais il en abrège la durée et il provoque la fonte de l'induration. Ecoutons sur ce point rantimercurialiste Diday :
Lorsque l'induration est énorme, comptez peu pour le résoudre sur « les cataplasmes, pommades, applica- » tion de sparadrap de Vigo, bains tièdes, etc. : le trai- » tementmercLiriel a seul cette puissance; c'est une de » ses spécialités, et, cà coup sûr, l'une de^splus cer- » tailles. )^
Son influence curative sur les accidents secondaires, n'est pas moins certaine; elle peut en prévenir oli tout au moins en restreindre le développement, en atténuer l'intensité et en accélérer la disparition. Donnez, par exemple, le médicament à un sujet atteint d'une éruption dont l'évolution est facile à observer, telle qu'une syphilide papulo-tuberculeuse en groupe : sous l'influence du traitement vous voyez bientôt les papules d'abord très saillantes, dures, et douloureuses au toucher, d'une coloration cuivrée ouliede vin, devenir indolentes, pâlir et s'afi^aisser pour la plupart plus ou moins complètement, cà la condition, bien entendu, que le mercure soit absorbé en quantité suffisante, et l'on n'en est jamais plus certain que si on l'emploie en frictions ou en injections sous-cutanées. La modification est évidente, alors même que la syphilide serait d'origine récente, au début d'une évolution qui, sans l'intervention du médicament, se prolongerait vraisemblablement pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Au bout d'un
laps de temps vai-iable, les papules ^int en grande partie disparu; quelques-unes seulement subsistent, affaissées et flétries et semblent près de s'éteindre. Mais vient-on alors àsuspendre la médication, et l'on est souvent obligé de le faire à cause de la salivation, aussitôt l'évolution rétrograde des papules qui subsistaient s'arrête ; elles deviennent comme des centres d'infection locale, et l'on voit se développer autour d'elles, à peu de distance, une série de papules filles, qui se disposent en fragments de cercles et constituent un nouveau groupe semblable au premier. Nous avons suivi plusieurs fois, jour par jour, les différentes phases de cette évolution et observé les périodes successives d'amélioration et d'augmentation qui coïncidaient avec la reprise et la cessation du traitement. Nous ne voulons pas dire que les choses se passent toujours ainsi : Il y a des syphilides qui résistent, soit parce qu'elles ont un caractère pernicieux, soit parce qu'elles se sont développées dans un organisme affaibli; mais nous affirmons que, dans la règle, elles sont modifiées, et, au bout d'un certain temps, guéries par le mercure ; et ce que nous venons de dire des syphilides s'applique aux lésions des muqueuses, aux adénopathies, aux douleurs, à la fièvre, aux paralysies, en un mot, à tous les accidents de la syphilis secondaire.
L'opinion que nous venons d'exprimer est celle de tous les syphiliographes les plus éminents. « Le mercure, dit Hunter, est le grand spécifique de la syphilis constitutionnelle, comme du chancre. » Et Ricord n'est pas moins affirmatif : « Les thérapeutistes peuvent dire qu'ils préviennent ou font disparaître, par l'emploi du mercure, les manifestations constitutionnelles, dans un grand nombre de cas. » Cependant, ces vérités si claires ont trouvé et ont encore des contradicteurs.
A rexpérience de l'immense majorité des syphi- [ liographes, on a opposé la statistique. En 1853, Bœck, I après avoir étudié comparativement les résultats des \ traitements mercuriel et non mercuriel , annonce que \ les malades soignés par le mercure ont mis 61 jours, [ <ni moyenne', pour être guéris des accidents j^rimitifs, {■ et 53 jours pour être guéris des accidents secondaires, i tandis que les malades traités par les purgatifs et une médication locale avaient été guéris des accidents primitifs en h9 jours , et des accidents secondaires en 35 jours.
Pour apprécier la valeur de cette statistique, il suffit I de savoir que Bœck, en sa qualité de syphilisateur, est nécessaii'ement uniciste, et que ses expériences ont porté sur des malades atteints de chancre simple en même temps que sur des syphilitiques.
Il n'y a guère, en fait, de pathologiste qui mette en doute l'action du mercure sur les accidents secon- I daires.
! M, Diday lui-même, que l'on doit considérer aujour-
I d'hui comme l'adversaire le plus sérieux du mercure (et il le donne souvent contre l'induration chancreuse ainsi que contre les accidents secondaires), s'exprime i ainsi :
« Contre les accidents franchement secondaires, j'ai >' toujours vu réussir les pilules de protoiodure de mer- I » cure (formule Ricord). »
Nous dirons donc avec A. Fournier aux partisans de : ; l'expectation :
« Quel temps, d'une part, un accident donné de sy- ; » philis demande-t-il pour disparaître spontanément?
» Et d'autre part, quelle est la durée de ce môme ac- » cident alors qu'il est traité par le mercure? Donnez- )) nous votre moyenne; nous vous donnerons la notre, » et nous les mettrons toutes deux en parallèle.
» Or, cette comparaison, messieurs, a été faite. Elle » a été instituée sur des bases sérieuses. Et le résultat » en a été ce qu'il devait être, de par l'expérience de » nos pères, de par les observations de près de quatre » siècles. Inutile de vous mettre sous les yeux toutes les » pièces à conviction de ce procès, car j'ai presque » honte d'occuper votre temps à vous parler de choses )) tant de fois discutées et tant de fois bien jugées. »
L'action du mercure sur les accidents tertiaires a été plus sérieusement contestée, mais elle n'est pas cependant moins bien établie : sans doute, la maladie a pris plus complètement possession de l'organisme, ses manifestations sont plus profondes et plus tenaces, et elles résistent plus longtemps à l'influence du mercure, mais elles la sulDissent encore :
« Son efficacité, dit M. le professeur Gubler, est » incontestable encore dans les accidents plus tar- » difs de la maladie spécifique et l'expérience justifie » la conduite de ceux qui débutent toujours par les pré- » parations hydrargyriques dans le traitement de la >, svphilis constitutionnelle avancée, quand bien même >> la forme hyperplastique des lésions semble réclamer » instamment l'emploi de l'iodure de potassium. »
Chaque fois que l'on se trouve en présence d'accidents tertiaires qui offrent une gravité immédiate, tels que ces gommes du voile du palais qui en peu de jours peuvent amener une infirmité incurable, ou ces ence-
phalopathies qui menacent, dans un bref délai, la vie du malade, c'est au mercure sous ses formes les plus actives qu'il faut avoir recours et c est lui qui, associe à riodure de potassium, peut, mieux que tout autre agent, sauver les malades d'un péril imminent.
Le mercure est également héroïque contre la syphilis héréditaire. Voici, traduits en chiffres, quelques résultats obtenus par INI. F. Weber (1875) : cet observateur a traité 35 femmes enceintes par les frictions mercurielles, et toutes ont accouché dans des conditions normales ; au contraire, chez celles qui étaient soumises au traitement mixte, mais qui, en réalité, par suite de l'intolérance de leur organisme pour le mercure, avaient pris surtout de l'iodure de potassium, il a observé l'avortement à peu près dans la proportion de '20 0/0; dans celle de 15 0/0 seulement, lorsque l'iodure de potassium et le sublimé ont été pris simultanément ; enfin, de 36 0/0 chez les malades qui n'ont pris que de l'iodure de potassium. (Parrot, Maladies du premier âge.)
L'action du mercure sur la syphilis infantile est réellement merveilleuse. Sous l'influence des bains de sijblimé et des onctions mercurielles, on peut voir de petits êtres cachée tisés, semblables à de petits vieillards, et menacés de succomber rapidement aux progrès de la redoutable maladie que leur ont transmise leurs parents, revenir pour ainsi dire à la vie, et fournir la preuve la plus évidente de l'action favorable du mercure.
Ce n'est pas seulement par son action générale que le mercure combat la syphilis; il exerce en outre une action locale sur ses manifestations. Nous avons vu que des ulcérations rebelles au nitrate d'argent disparaissaient quelquefois après une ou deux cautérisa-
^Oh —
tions avec le nitrate acide ; un des meilleurs moyens de, faire disparaître les exostoses, les gommes et les sypliilidcs rebelles des périodes intermédiaire et tertiaire est de les traiter localementpar les emjolâtres mercuriels, comme le faisaient déjà les premiers sypliiliographes, etVigo luimême : l'emploi du sublimé en collyre et en gargarismes a paru également donner de bons résultats dans les affections spécifiques de la conjonctive et de la muqueuse-pharyngée ; enfin, il n'est pas certain que le calomel, employé fréquemment comme topique dans le traitement du chancre, ne soit utile, comme on le dit souvent, que comme absorbant.
En résumé, le mercure agit d'une façon évidente sur toutes les manifestations présentes de la syphilis. Presque tout le monde l'admet , mais quelques-uns disent: Cette action n'est que passagère; le mercure blanchit et ne guérit pas; il n'empêche pas la récidive, il n'enraye pas l'évolution delà maladie, et, si l'on considère, d'autre part, qu'il n'est- pas inoffensif, on peut se demander si ses avantages ne sont pas compensés et au delà par ses inconvénients .
« Le mercurialisme, dit Baeresprung, fait disparaître » en se développant les phénomènes visibles de la » syphilis ; la maladie reste à l'état latent aussi long- )) temps que les effets du mercure continuent; mais elle
réapparaît ensuite, sous une forme qui est d'autant » plus défavoralDle que la constitution a plus souffert » dans l'intervalle. «
Pour M. Diday, antimercurialiste très conciliant, le mercure agit sur la plupart des accidents de la syphilis , mais il est impuissant contre certains d'entre eux, et surtout il est impuissant à les prévenir. A son tour, il
invoque la statistique : sur Ih malades qu'il a observés chez lui, du 10 février au l'^' juillet 1871, i»9 n'avaieut pas pris de mercure durant le cours de leur chancre ; 25 en avaient pris sous la direction de divers médecins ; or, « chez les h9 sujets n'ayant pas pris de mercure pendant le chancre, la syphilis a été 17 fois faible, 27 fois moyenne et 5 fois forte ; et sur les S5 sujets ayant pris du mercure pendant le chancre, la syphilis ultérieure a été 6 fois faible, Ih fois moyenne et 5 fois forte. »
Il résulterait de ces chiffres que le traitement mercuriel donné à un chancreux aggraverait sa vérole ! M. Diday veut bien reconnaître qu'admettre cette conclusion serait peut-être (il souligne peut-être) abuser de coïncidences purement accidentelles, mais il croit pouvoir conclure que chancreux mercurialisès et chancreux non mercurialisès sont égaux devant la maladie consécutive et qu'ils ont même chance d'avoir une vérole forte ou faible. Un dès jeunes chirurgiens les plus distingués de l'Ecole de Lyon, M. Jullien, est arrivé à des conclusions analogues; sur 218 malades atteints d'accidents tertiaires, il a trouvé que 159 avaient pris du mercure durant la phase primitive ou secondaire.
Ces chiffres paraissent démonstratifs (nous verrons bientôt que ce n'est qu'une apparence), et M. Diday s'en autorise pour conclure que le mercure est à la fois impuissant à prévenir les accidents et capable de produire des complications sérieuseâ. Il ajoute qu'il est utile seulement contre certaines manifestations de la vérole, et ne doit être donné que dans les cas où ces manifestations sont trop incommodes ou dangereuses. Il distingue à ce sujet des syphilis faibles et des syphilis fortes.
Les syphilis failjles tendent naturellement à la guérisoii; après quck^ues poussées de plus en plus atténuées, vers la peau et les muqueuses, les accidents cessent spontanément sans raercui-e; abandonnez ces syphilis faillies ci leur évolution naturelle, contentezvous de prescrire une hygiène convenable, et elles guériront toutes seules. Le mercure doit être réservé pour le traitement des syphilis fortes, caractérisées par le volume, rinduration ligneuse du chancre, les lésions profondes de la peau, les squames palmaires et plantaires, la dysphonie, Talbuginite, l'iritis, l'onyxis, enfin et spécialement contre toutes les lésions de la syphilis infantile héréditaire. Telle est la doctrine; elle repose, comme on le voit, essentiellement sur deux points fondamentaux : 1" les caractèi-es des premiers accidents permettent de prévoir si la syphilis sera grave ou bénigne; 2" la statistique démontre l'impuissance du mercure à prévenir les accidents. Examinons ces deux
points. -
1° Le caractère des accidents initiaux de la syphilis permet-il de reconnaître si la maladie sera faible ou forte? M. A. Fournier le nie absolument. « Les prétendus éléments d'un diagnostic prévisionnel de la vérole, nous les avons étudiés longuement, dit-il, et de leur étude il est résulté ceci pour nous, qu'aucun d'eux n'a de valeur. sérieuse; aucun d'eux ne permet de préjuger l'évolution future dans un cas donné de syphilis, aucun d'eux n'autorise le médecin à prédire une vérole forte ou une vérole faible, une vérole bénigne ou une- vérole grave. Dans ces conditions, comment serions-nous autorisés à dire à tel malade : « Traitez-vous, car vous avez tout à craindre; et à tel autre : « Ne vous traitez pas, vous n'avez rien à redouter? » Dire cela serait pro-
phétisev à l'aventure. Et, clans l'espèce, promettre à lui malade une vérole bénigne, à jamais bénigne, serait lui donner une consolation dangereuse, une sécurité dont il pourrait bien se repentir quelque jour; disons le mot, ce serait le tromper à ses dépens. Et ne pas le traiter alors, l'abandonner aux hasards d'un avenir inconnu, ce serait le laisser exposé à des dangers graves, sur la foi de données incertaines et d'assurances illusoires. »
2° Est-il vrai que le mercure soit impuissant à prévenir les manifestations de la syphilis, cà enrayer l'évolution de la maladie, à diminuer les chances d'accidents tertiaires ? Posons d'abord en fait que les statistiques produites par MM. Diday et Jullien ne prouvent rien, car aucun des deux auteurs n'indique suffisamment dans quelles conditions a été donné le mercure. Or, c'est là un des points des plus importants. On ne peut légitimement invoquer contre la médication mercurielle que les faits dans lesquels elle a échoué après avoir été méthodiquement appliquée, et dans de bonnes conditions ; si le mercure n'a pas été donné à doses suffisantes, si on ne l'a pas continué assez longtemps, si on n'en a pas surveillé l'emploi de manière à s'assurer qu'il était réellement absorbé, son échec ne prouve rien.
Ni M. Diday, ni M. Jullien ne nous apprennent que ces conditions aient été remplies dans les cas à l'aide desquels ils ont édifié leurs statistiques, et cette lacune suffit pour nous permettre de dénier toute valeur aux résultats qu'ils ont obtenus. Nous sommes loin de croire, d'ailleurs, à l'infaillibilité du mercure ; personne ne soutient aujourd'hui que ce médicament, même bien administré, doive toujours réussir à prévenir les acci-
dents tertiaires ; il diminue la gravité de la vérole, il en ralentit l'évolution, il l'enraye dans certains cas, et c'est déjà beaucoup ; mais, quand on accumule les faits pour prouver que les syphilitiques traités par le mercure peuvent avoir des accidents tertiaires, on enfonce une jDorte ouverte.
Pour juger si le mercure agit réellement sur l'ensemble de la maladie, il faut, comme l'a fait M. Fournier, établir un parallèle entre la vérole traitée et la vérole non traitée.
D'après les observations de cet éminent syphiliographe, « 95 fois sur 100, pour le moins, la syphilis trai- » tée est réellement bénigne. La presque totalité des )) malades ,qui se soignent sérieusement traversent la » vérole à peu de frais, ne présentant guère qu'un pe- » tit nombre d'accidents sans gravité, tels que les sui- » vants : syphilides cutanées, de forme superficielle et » sèche (roséole, syphilides papuleuse ou papulo-squa- » meuse) ; syphilides muqueuses se renouvelant parfois » à plusieurs reprises, parce qu'elles sont provocpées » par une excitation locale (exemple : les plaques de la » bouche chez les fumeurs), mais n'ayant en somme » d'autre importance que celle d'aphthes plus ou moins » rebelles ; quelques adénopathies ; quelques douleurs » passagères (céphalée, arthralgies, etc.); — un éclair- » cissement temporaire de la chevelure, et quelques » autres manifestations tout aussi légères. Nombre de » nos malades sont quittes à ce prix de la vérole, alors » même qu'on les observe de longues années après le » début de l'infection. Je compterais par milliers, pour » ma part, ceux que j'ai vus ainsi relativement épar- » gnés par la diathèse, grâce à un traitement conve- » nablement suivi. Et il n'est pas de médecin qui n'ait
» en souvenir quantité de cas où leurs malades en ont » fini avec la vérole à tout aussi bon marché. Chez » les syphilitiques traités, les accidents sérieux ou » graves de la vérole sont chose rare, très rare. « Et plus loin :
« C'est alors surtout qu'elle n'est pas traitée, mes- » sieurs, que la vérole devient sérieuse et redoutable, » qu'elle multiplie ses coups^, qu'elle s'épanouit en acci- » dents de tout genre, de tout siège et de toute gravité, » qu'elle détermine des lésions menaçantes ou des in- » firmités incurables, qu'elle peut même aller jusqu'à » compromettre l'existence. Ce qu'on la voit produire » dans ces tristes conditions, ce sont d'abord, pour la » période secondaire, des éruptions cutanées de toute » espèce, sèches d'abord, puis humides, suppuratives » et ulcéreuses; des syphilides muqueuses ; des adéno- » pathies multiples, dégénérant parfois en cette va- » riété de bubons que nous avons décrits sous le nom » de strumoïdes ; des alopécies, qui peuvent dénuder le » crâne, et voire même des dépilations générales ; des » douleurs aussi variées que possible (céphalées atroces, » névralgies, périostites, myosalgies, arthralgies, etc.);' » des iritis, des choroïdites, des rétinites, susceptibles » de troubler à jamais ou d'abolir la vision ; des sarco- » cèles, d'où résulte trop souvent l'atrophie testicu- » laire; des désordres nerveux des plus divers, des » paralysies, des accidents fébriles, des troubles ' gas- » triques, intestinaux, nutritifs, etc., ouvrant parfois » la voie à de véritables cachexies; et plus tard, cà une » période plus avancée, dans le stade dit tertiaire, des » syphilides profondes, pustulo-crustacées, ulcéro- » tuberculeuses, phagédéniques, etc.; des gommes sui- » vies d'ulcérations ou de destructions d'organes • des
HALLOPEAU. , , '
)) exostoses, des caries, des nécroses ; des lésions du cer- )) veau ou de la moelle, d'où dérivent des hémiplégies, » des paraplégies, des ataxies locomotrices, des trou- » bles de Fintelligence, etc., toutes lésions entraînant » à leur suite des infirmités incurables, quand elles ne ), déterminent pas la mort ; des accidents viscéraux de » tout siège et d'un pronostic des plus menaçants ; sans » parler encore de l'avortement, de l'accouchement pré- >) maturé, et des formes si g'raves, si souvent mortelles, » de la syphilis héréditaire. »
Les conséquences de l'expectation appliquée à la vérole sont donc désastreuses et, pour prendre un exemple quel médecin oserait ne pas donner de mercure a un 'enfant atteint de syphilis héréditaire? Ne serait-on pas en droit de lui retourner l'épithète d'homicide mflicrée autrefois par Torrella aux partisans du mercure? Nous conclurons donc avec A. Fournier : « Celui qui, connaissant les conséquences funestes de l'expectation, abandonnerait ses malades à révolution naturel e de leur maladie, alors qu'il a en main un remède capable de prévenir de si lamentables désordres, ce médecin serait coupable et encourrait une responsabilité morale des plus graves. H faut administrer le mercure, nonseulement contre les accidents de la période secondaire, mais aussi et surtout en prévision de l'avenir. Ce n est ni le présent ni un avenir prochain qu'il faut redouter pour un malade affecté d'un chancre ou d'une syphilis c'est l'avenir éloigné, l'avenir de six, dix, quinze, vingt, trente ans et plus : L'idéal que je poursuis c est d atténuer la diathèse dans le présent pour sauvegarder V avenir. »
Mode cV action du mercure dans la syphilis. — Un premier point nous paraît établi par les faits que nous venons d'indiquer, c'est que le mercure agit non-seulement sur les manifestations de la syphilis, mais sur la syphilis elle-même. S'il atténue, ou fait disparaître les accidents, s'il en prévient le retour, s'il en débarrasse à jamais les enfants qui naissent infectés, s'il semble même agir comme prophylactique, car les médecins qui ont observé à Almaden, à Idria et dans les fabriques où l'on emploie le mercure affirment pour la plupart que les sujets mercurialisés ne sont que très rarement atteints de syphilis, n'est-on pas en droit de dire qu'il s'attaque au mal lui-même et non pas seulement à ses effets ?
Il est plus difficile de savoir quel est son mode d'action . Faut-il invoquer sa propriété antiplastique et dénutritive, et dire qu'il agit sur les produits syphilitiques comme sur les produits inflammatoires? Nous ne le pensons pas, et cela pour plusieurs raisons. Nous avons, en premier lieu, établi que les efPets dénutritifs et antiplastiques du mercure se produisent exclusivement quand on le donne à doses élevées,. et que son action à faillies doses est plutôt tonique et reconstituante. Or nous voyons dans la syphilis des injections sous-cutanées de 0,005 cà 0,006 miUigr. de sublimé, modifier en peu de jours, delà manière lapins évidente, les éruptions spécifiques, et les faire rapidement disparaître : Est-il possible, en pareil cas, d'expliquer leurs efPets curatifs par une action dénutritive qui serait en contradiction avec les enseignements de la physiologie ?
^ D'autres faits dénotent également que le mercure n'agit pas seulement, en pareil cas, par la perturbation
ou'il apporte dans la nutrition générale; cest ainsi mr exeniple, que les lésions traumatiques qui surv.enent accidentellement pendant le traitement mercurie Lérissent aussi bien que chez les sujets sains. Nous ferons remarquer, enfin, que les lésions syplulitlàues présentent, au point de vue histologique, une aS frappante avec les lésions de la tuberculose, de la morve il de la lèpre : or, parmi toutes ces productions, presque identiques en apparence, celles qui sont de nature syphilitique sont puissamment influencées, £ ~iil son? pas ou le sont peu V^^^^^^^ Que conclure de ces faits, sinon que ce médicament ?rt sur la cause même de ces lésions, sur leur spécifie té sur les propriétés virulentes qu'ont acquises fef e—ts de'ro^ganisme. Et ^^,.^^^;Z!Z admettre avec M. A. Fournier, qu û est \ antidote de hTvo iÙs dans le sens où l'entendaient les anciens?
On appelle à proprement parler antidotes et contre- „ " ison c tFerneU les remèdes qui, administr s non pa à ' xtérieur. mais à l'intérieur du corps s'oppo- Lnt aux poisons, les combattent par toute leur sul stance etLrspropriétés secrètes, et en détruisen t a l r^îi-nité Car; ainsi que les poisons mortels que Ion rpelle délétè es, dès ciu'ils sont entrés dans le corps ^Mm animal le ransforment tout entier en un mon^tSt^rent par une affection -r^laMe^^ ^
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>> sont le. remèdes et altération con- » forment aussi tout le coips pai u i,oHr>,...tinn » traire aux poisons mortels, et annulent 1 altération ), produite par ces deraiers^j>^