ARTICLE PREMIER
MERCURIALISME LÉGER.
Dans beaucoup de cas, le mercure, administré à faibles doses, un centigramme de bichlorure ou cincj centigrammes de protoiodure, j^ar exemple, ne semble se
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manifester par aucun trouble physiologique : on voit des malades guérir de la syphilis sous riulluence d'un traitement mercuriel, sans avoir présenté aucun phénomène que l'on soit en droit de rapporter au médicament; le mercurialisme est alors latent (Gubler). Chez d'autres le médicament semble agir comme tonique et augmenter l'embonpoint. Lorsqu'il se produit quelques accidents, ils sont ordinairement légers, et celui qui attire le plus souvent l'attention est une stomatite oitlinairement j^eu intense, caractérisée seulement par la rougeur et le gonflement des gencives avec saveur métallique et altération de l'haleine ; elle n'est pas nécessairement accompagnée de salivation.
On a recherché avec soin, dans ces derniers temps, si ce mercurialisme léger s'accompagne d'altérations du sang et de troubles de la nutrition capables d'expliquer laction thérapeutique du médicament. Des résultats importants, à cet égard, ont été obtenus par MM. WilboQchewitch et Keyes, et nous devons en donner ici la. substance.
M. Wilbouchewitch s'est proposé de déterminer quelle est l'inlluence du mercure donné à dose légère ou modérée sur la richesse du sang en globules. A cet effet, il a d'abord cherché quel était le chiffre moyen des globules chez les malades du service où il prenait ses observations; puis il a fait une série de numérations chez des syphilitiques avant, pendant et après le traitement; enfin, il a répété les mêmes expériences chez des animaux.
1° De la quantité normale de globules sanguins chez l'homme.
En prenant chez un individu le chiffre moyen, en tenant compte des oscillations journalières et des variations momentanées, on trouve chez Thomme sain, dans 1 mmc. de sang :
Globules rou^-es de A. "200. 000 à G.'tTT.OOO
Globules blancs, de G. 000 à 8.550
Rapport des blancs aux rouges, de 603 à 757
2° De l'influence des préparations merciirielles sur la richesse globulaire da sang chez les syphiliiiques.
Les observations, recueillies à l'iiopital du Midi, portent toutes sur des malades atteints de chancre infectant avec pléiade ganglionnaire, quelques-uns avec accidents secondaires.
Ceux de M. Simonet prennent 0,04 centigr. de sublimé en 4 pilules.
Ceux de M. Horleloup, 0,10 centigr. de protoiodure en 2 pilules.
Le régime alimentaire est régulier. Les expériences sont toujours prises quand les malades sont à jeun. Elles sont répétées pendant quatre jours avant le traitement et pendant quelques jours après la cessation. -168 observations différentes sont prises ainsi sur dix malades. Elles donnent toutes des résultats à peu près semblables.
Le nombre des globules roxiges est constamment plus considérable pendant le traitement qu'il ne l'était avant, et pendant la première période du traitement que pendant la seconde.
Durant celle-ci, le nombre a été souvent inférieur au chiffre observé avant le traitement; puis, le traitement cessant, les globules sont revenus à leur chiffre normal.
Le nombre des globules blancs a suivi des variations plus régulières, mais, en général, inverses de celles des globules rouges. Avant le traitement, les globules blancs ont été plus nombreux; pendant le traitement, moins nombreux; ils ont augmenté pendant la seconde période et diminué après la cessation du traitement.
Le tableau suivant donne les moyennes des chiffres qu a trouvés Wilbouchewitch :
Globules rouges.
Avant le traitement 4.321.000
Pendant tout le traitement 4.669.200
Pendant la première période du traitement... 5.015. 'lOO
Pendant la seconde période du traitement. . . 4.390.000
Après le traitement 4.785.500
On peut mesurer l'étendue des variations et la rapidité de leur production en prenant les chiffres extrêmes aux différentes périodes et en comptant le nombre de jours qui s'est écoulé entre les époques des numérations.
Globules blancs.
Rapport.
Et l'on arrive ainsi à constater les faits suivants :
1° Avant le traitement, le nombre des globules rouges tendait a décroître, de 229. 'i05 par nimc. en moyenne, par jour.
2° La période du traitement pendant laquelle le nombre des globules rouges a augmente a été de seize jours en moyenne.
La moyenne générale des gains a été de 102. 'i 50. Ces gains sont donc moindres que n'étaient les pertes du début. Mais il y a un rapport entre ces deux termes, car les gains ont été plus considérables quand les pertes l'avaient été davantage.
3° Dans la période du traitement où les globules ont diminué, la perte a été telle qu'en douze jours les globules sont revenus à leur chiffre primitif. D'une façon générale, la perte a été plus rapide à ce moment que n'avaient été les gains de la première période, mais moins considérables que les pertes d'avant le début du traitement.
Le traitement cessant, au bout de neuf jours, il y a une augmentation de 87.746.
Les globules blancs ont subi des variations en sens inverse; elles ont été plus grandes que pour les globules rouges.
M. Wilbouchewitcli a interprété de la manière suivante les résultats qu'il a obtenus :
1° Avant le traitement, l'hypoglobulie est causée par la syphilis ;
2° A la première période du traitement, le mercure arrête et guérit l'hypoglobulie syphilitique ;
3° A la seconde 'période du traitement, le traitement semble devenir nuisible et produit l'anémie ;
4° Le traitement cessant, le mercure s'élimine peu à peu et il revient dans réconomié à des proportions où ses effets sont plutôt favorables que nuisibles.
Mais bientôt, ainsi que le montre une observation de INLalassez, la quantité de mercure retenue dans le sang devient trop faible pour combattre Fanémie syphilitique, et il est bon de reprendre le traitement.
Dans une troisième série d'expérience, M . Wilbouchewitch étudie l'inlluence des préparations mercurielles sur le nombre des globules rouges chez les animaux.
Tantôt il donne 0,02 centigrammes seulement de calomel mêlés aux aliments en augmentant ensuite la dose ; tantôt il injecte sous la peau une solution qui contient 0,001 milligramme du même médicament : dans les deux cas, il obtient des résultats analogues :
1° A ces doses le mercure détermine toujours l'hypoglobulie.
2° Les doses restant constantes, l'hypoglobulie a augmente progressivement comme si le médicament s'accumulait dans l'économie.
3° Si Ton augmente les do55es, rhypoglol^iilio augmente également, mais en proportion relativement plus considérable, ce qui semble prouver encore l'accumulation du mercure. Elle disparaît graduellement dès que l'on cesse le traitement.
Los conclusions que Wilbouchcvitch croit pouvoir tirer de l'ensemble de ses expériences, sont les suivantes :
1° Le mercure à petites doses, chez les syphilitiques, produit pendant un certain temps l'augmentation des globules rouges avec une légère diminution des blancs; l'hypoglobulio syphilitique est arrêtée et le sang redevient normal.
"2° Le traitement trop prolongé produit les mêmes accidents que le mercure à haute dose provoque d'emblée chez les animaux : c'està-dire de l'hypoglobulie et de la diarrhée.
3° Par conséquent, il est très important de savoir à quel moment précis doit se suspendre le traitement mercuriel, et ce moment ne peut être déterminé qu'au moyen de la numération des globules.
4° Il faut diviser le traitement dans la syphilis en plusieurs périodes. D'abord, on doit combattre l'hypoglobulie qui coïncide avec les premiers accidents par le mercure à petites doses jusqu'à ce que l'on constate la diminution des globules rouges ; à ce moment, on suspend le traitement jusqu'à ce que l'hypoglobulie se reproduise ; alors on donne de nouveau du mercure et on le suspend encore quand la diminution des globules se reproduit de nouveau.
Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que les règles de thérapeutique posées par M. Willjoucliewicth n'ont qu'une valeur relative, et que les accidents d'anémie mercurielle n'ont pas une telle gravité qu'ils doivent nécessiter l'interruption du traitement, au risque d'en compromettre l'efficacité.
M. Keyes, en Amérique, a répété les expériences de M. Wilboucliewitch ; il a trouvé que le mercure, à petites doses, augmente le nombre de globules chez tous les sujets, syphilitiques ou non; mais il n'admet pas que cette augmentation soit temporaire ; il n'a pas vu la continuation du traitement amener l'hypoglobulie.
Voici d'ailleurs ses conclusions :
1° Le mercure pris en excès diminue le nombre des
globules rouges, surtout chez les malades d'hôpital.
T La syphilis dimiuue le nombre des globules.
3" Le mercure, à joetites doses, même longtem^DS continué, augmente le nombre des globules.
Ji" Le mercure à petites doses agit comme tonique et il augmente le poids du corps, à fortes doses il affaiblit et il tue.
5° L'action tonique du mercure donné à petites closes s'observe même chez les sujets vierges de syphilis.
Les deux expérimentateurs sont comme on le voit en désaccord sur la question de savoir si l'usage prolongé du mercure, à faibles doses, augmente ou diminue le nombre des globales. Ce désaccord tient peut-être à la différence des doses; celles que prenaient les malades de M. Wilboucliewitch étaient en somme assez élevées (0,0/i cent, de sublimé), et il est possible que les effets tardifs d'hypoglobulie ne se produisent pas si Ton donne, comme on le fait souvent, une cpiantité moindre de mercure ; mais l'opinion de ces auteui's est la même sur un point des plus importants : ils admettent tous deux que, donné à petites doses chez un syphilitic[ue, non-seulement il ne diminue pas, mais il augmente le nombre des globules au moment même où il agit efficacement sur les manifestations de la syphilis. Nous ne pouvons dissimuler que ces faits ne sont guère favorables à la théorie qui explique l'action du merCure sur cette maladie par ses effets dénutritifs. L'augmentation du poids du corps signalée par Keyes, indiquée autrefois par Hufeland et constatée plus récemment par MM. Basset, Liégeois, Armaingaud et Martin-Damourette, paraît être également en opposition avec cette manière de voir cpie nous aurons à discuter plus loin. M. Liégeois considère le
sublimé , à faibles closes , comme un reconstituant des plus puissants, et il admet qu'il porte son action sur le travail d'assimilation nutritive; telle est éi^alement 1 opinion d'un de nos sypliilioi^raphes les plus expérimentés, M. Clerc. Ces faits semblent tout au moins établir nettement que dans ces conditions le mercure n'est pas un dénutritif, ni un antiplastique.
Pour contrôler les résultats obtenus par l'examen du sang et par la constatation du poids de l'animal avant et après le traitement, nous avons prié M. le docteur Couty (1), à qui l'on doit déjà un grand nombre de travaux intéressants sur la physiologie et la pathologie expérimentales, de vouloir bien rechercher quelle est l'influence du mercure, à dose thérapeutique, sur la sécrétion urinaire. Ces observations ont été faites dans le service de M. le docteur Mourlon, à l'hôpital militaire Saint-Martin. Bien qu'elles n'aient pu être continuées aussi longtemps qu'il eût été désiral^le, elles ont fourni des résultats intéressants.
M. Couty a d'abord examiné des syphilitiques soumis au mercure au point de vue de la quantité d'urine, et il a consigné le résultat de ses observations dans la note suivante :
Obs. n° 1 . — La quantité d'urine sécrétée dans les 24 heures a varié entre 1,500 et 2,000 cent, cubes chez un vieux syphilitique soumis au mercure depuis un mois, pour éruption de rupia.
Quantité moyenne, 1,650 ce.
N° 2. — Elle a varié entre 850 et 1,000 ce. chez un autre malade
(1) Notre ami, M. le docteur Malassez, avait bien voulu également, sur notre demande, faire des expe'riences pour rechercher si le mercure modifie le pouvoir colorant des he'maties; il voulait eh outre e'tudier son action sur la capacité respiratoire du sang; un accident de laboratoire l'a empêché d'obtenir des résultats en temps utile.
atteint de syphilis depuis six mois, soumis au mercure depuis deux mois et demi pour plaques muqueuses à la bouche et à l'anus, avec syphilides du cuir chevelu, accidents guéris au moment de l'observation.
Quantité moyenne pendant dix jours, 850 gr.
^0 ;3 Elle ^ y.^i-ii; entre 1,000 et i,AOO ce. chez un syphilitique non encore guéri de son chancre et soumis au mercure depuis vingt-cinq jours pour plaques muqueuses et roséole.
Quantité moyenne pendant sept jours, 1,300 gr.
ÎS'o /j — Elle a varié entre 1,100 et 1,800 gr. chez un autre syphilitique guéri de son chancre depuis quinze jours, et présentant seulement des plaques muqueuses à l'anus traitées par le mercure, les cautérisations depuis douze jours.
Quantité moyenne pendant huit jours, 1,500 gr.
On le voit, la comparaison de ces quatre syphilitiques soumis au mercure depuis des temps divers, mais assez longs, montre que la quantité d'urine est variable. On remarquera qu'elle a été au minimum : 850 à 1,000 ce, chez le n° 2, soumis au mercure depuis le plus longtemps.
Nous avons comparé deux autres syphilitiques avant et après l'administration du mercure, malheureusement pendant un temps assez court.
N° 5. — Syphilis datant de 1877, sorti de l'hôpital guéri d'accidents multiples, le 1®"" mars; entré le 28, avec plaques muqueuses à la gorge : conjonctivite.
Les deux jours qui suivent l'entrée, il rend 800 et 900 ce. d'urine: cette quantité varie les jours suivants jusqu'au 6 avril, entre 800 et 1,400 gr.
Ce malade paraît donc avoir eu une légère augmentation d'urine ; mais il n'en est pas de même du suivant.
N° 6. — Syphilis datant de décembre 1877, il entre pour les premiers accidents : plaques muqueuses à l'anus, psoriasis aux membres.
Présente du 20 au 25 mars, de l,'i00 à 1,800 ce. d'urine; soit moyenne de cinq jours, 1,500 gr. ; alors est mis au mercure et l'urine varie jusqu'au 3 mars, de 1,100 à 1,600; un seul jour, le 2G mars, ayant atteint 1,800, et sa quantité moyenne pour 'les huit jours correspondants où elle a été recueillie égalant 1,400 gr.
Enfin, pour mieux comparer ces malades syphilitiques et mercurialisés à des jnalades dans les mêmes conditions hygiéniques, nous avons fait d'autres observations.
IS^ 7. — Syphilis ancienne contestable ; pharyngite actuelle ; traitement par le mercure et l'iodure de potassium depuis quinze jours : l'urine varie de 1,500 à 1,000 gr.
N° 8. — Herpès du gland, non encore guéri avec induration des ganglions inguinaux, léger phimosis.
Urine variant de 1,200 à 1,700 gr. Quantité moyenne 1,400 gr.
N° 0. — Chancre phagédénique ayant détruit la base du gland, envahi le dos de la verge, nécessité des incisions multiples et en voie de cicatrisation.
Urine variant de 1,200 à 1,500 ce. — quantité moyenne, penda*nt huit jours, i,'i00 gr.
. Les trois autres malades indiqués plus loin, et examinés seulement chacun trois ou quatre jours, étaient complètement guéris.
N° 10. — Phimosis inflammatoire guéri, quantité d'urine variant de 900 à 1,100 gr.
N° 11. — \'égétations sur le gland et le prépuce, guéries par cautérisation. Urine variant de l,iOO à 1,800 gr.
îs° 12. — ^JPériostite costale datant de trois mois, en voie de guérison, peu de svippuration. L'urine varie de 800 à 950 gr.
En résumé, de la comparaison de ces douze observations, nous croyons pouvoir conclure que le mercure, au moins dans les conditions que nous indiquerons plus loin, n'a pas d'influence sur la quantité d'urine. Nous voyons, en effet, cette quantité varier d'un jour à l'autre dans des proportions assez considérables.
Nous voyons surtout sa quantité moyenne être chez un syphililique mercurialisé depuis deux mois de 850 ce. alors que chez d'autres elle atteint 1,300, 1,500, 1,650 ce.
Nous voyons la quantité d'urine paraître même légèrement diminuée après l'administration du mei-cure chez le malade n° G.
Enfin et surtout, nous voyons d'autres individus, qui ne sont ni syphilitiques, ni mercurialisés, présenter les mêmes variations de la quantité d'urine; cette quantité n'atteignant pas 1,000 ce. chez le malade n° 22, dépassant 1,700 ce. chez les sujets n° 1 1, n° 8.
En présence de ces faits contradictoires, et quoique les chiffres moyens les plus élevés de ces douze observations aient été obtenus chez deux sypiiditiques mercurialisés l et i, nous croyons ({u'il est impossible d'établir aucune relation constante et précise entre l'administration du mercure et la quantité d'urine excrétée chaque jour.
Nous avons examin .^ l'urine des mêmes malades au point de vue de l'urée.
HALLOPEAU. G
Dosée deux jours chez le n° 1, elle a égalé 1-2 et 13 gr. Elle a, chez le n° 2, varié entre 7 et 9 gr.
Dosée deux fois aussi chez le malade n° 3, elle a égalé dans un cas 12 gr., dans l'autre 9. '
Sa quantité a été un peu plus élevée chez le n° A, et a varié entre 12 et 16 gr.
Quantité moyenne pour quatre dosages, gr. 5.
Chez le malade n° 7, soumis aussi au mercure et à l'iodure de potassium, mais non syphilitique, trois dosages ont donné les chiffres suivants : 14 gr., 10 gr., 15 gr.
Tous ces chiffres sont, on le voit, fort peu élevés, et, en les rapportant aux moyennes physiologiques, on aurait pu conclure à la diminution de l urée par le mercure.
Cette conclusion aurait pu être appuyée aussi sur le dosage de l'urine du malade n° 6, avant et après l'administration du mercure. Ces dosages ont donné les chiffres de 15 grammes, 11 grammes, 12 grammes avant, et de 15 grammes, 12 grammes, 1] grammes 5 centigrammes. 19 grammes après l'usage du médicament.
Au contraire, chez le malade ri° 5, l'urée qui était en quantité de 12 grammes, s'est élevée à 18, 17 grammes après Templai du mercure.
La seule comparaison de ces observations ne fournit donc pas de conclusions bien précises, et nous allons voir que la comparaison de ces syphilitiques mercurialisés avec des malades dans les mêmes conditions, mais sans syphilis, ni mercure, ne montre pas non plus de différence^! nettes.
Ainsi, le 8, herpès et phimosis, a eu 10 grammes, 11 grammes et 7 grammes d'urée par 24 heures.
Le n° 9 a eu aussi 7 et 12 grammes d'urée par jour; l'urine du n° 10, ulcération, phimosis guéris, dosée une seule fois, n'a contenu que 8 grammes d'urée; celle du n° 11, végétation guérie, 12 grammes 5, et enfin le n° 12 avec périostite costale, 7 grammes 50.
Or, si on compare l'ensemble des analyses faites chez des individus merculiarisés, et chez d'aittres malades, on voit que la moyenne de l'urée a été encore plus faible chez ces malades non mercurialisés. Mais on ne peut tirer de ces différences légères aucune conclusion pour deux raisons :
1° Des malades très' merculiarisés, guéris par le traitement comme le n° 2, ont eu des quantités d'urée aussi faibles que les n°s 12 et 10 les plus faibles;
2° Les malades non syphilitiques, 9, 10, 12, étaient légèrement affaiblis par des ulcérations ou des lésions ayant suppuré longtemps, et
se trouvaient ainsi placés dans des conditions spéciales de nutrition pouvant influer sur l'urée.
En résumé, dans toutes nos observations, la quantité d'urée n'a pas présenté de variation constante en rapport avec l'administration soit récente, soit prolongée du mercure.
Et nous voyons que pour l'urée comme pour la quantité d'urine l'analyse de ces douze observations, incomplètes cependant, montre tout au moins qu'il est impossible de chercher dans les urines des caractères spéciaux permettant de distinguer :
1° Les malades syphilitiques des individus normaux ;
Parmi ces syphilitiques, ceux soumis au mercure, de ceux chez qui on n'a fait aucun traitement.
On a dû remarquer que nos chiffres d'urée ont toujours été très faibles et inférieurs aux moyennes dites physiologiques.
A cela nous répondrons que toutes nos analyses ont été faites dans les mêmes conditions, sur de l'urine de vingt-quatre heures, dans la journée qui a suivi l'émission. Nous nous sommes servis do l'appareil Regnard, et de la solution d'hypobromite de soude du laboratoire de pathologie expérimentale. La même solution un peu ancienne a été employée pour tous nos dosages, hormis les plus récents, de sorte qu'une cause d'erreur s'y serait-elle glissée, ils garderaient encore toute leur importance comparative.
Mais celte minime quantité d'urée chez les individus soumis au régime hospitalier est, du reste, depuis Becquerel, un fait bien connu.
Toutes ces recherches ont été faites sur des individus placés dans les mêmes conditions hygiéniques : conditions de sexe, tous mâles; d'âge de vingt et un à vingt-trois ans; d'occupations, logement, nourriture habituelle ; tous soldats, dans les mêmes conditions actuelles; ils recevaient tous trois portions de pain, viande, légume, et la plupart deux ou trois portions de vin, ce qui constitue, dans les hôpitaux militaires, un régime très suffisant.
Nous ajouterons que l'urine a été recueillie et mesurée avec soin; les malades ayant pris soin, dans plusieurs cas, de nous avertir des oublis qu'ils avaient pu commettre et l'examen correspondant ayant été annulé.
Enfin, et surtout, nous ferons remarquer que tous les malades mercurialisés ont été soumis à un traitement identique par le protoiodure de mercure, porté uniformément à dose de 0,06 ccntigr. pendant nos recherches.
Ce traitement, dans des doses variant de 0,G'i à 0,06 centigr. par jour, est presque le seul employé depuis longtemps par M. le docteur
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Mourlon dans son service; il amène rapidement la disparition des accidents sjqîhilitiques, et peut même amener, quoique assez rarement, de la stomatite.-
Il est donc suffisamment actif; mais il se maintient dans des dosesqui, en aucun cas, ne peuvent déterminer d'accidents graves, par le fait du traitement. Toutes les conclusions, conclusions négatives indiquées plus haut, doivent donc être rapportées à un seul sel de mercure, le proloiodure, à ce sel employé à closes thérapeiiUqueSy et non à doses plus fortes, et peut-être nuisibles; et nous pouvons donc simplement conclure que le mercure à doses suffisantes, pour éire Lhévapeutiqae, n'a pas d'action constante et précise sur la quantité d'urine et les proportions d'urée.
En résumé, ces expériences montrent que le mercure à dose thérapeutique n'a j^as d'influence a^^préciable sur la production de Furée. Harvey, en 186â, et Bœck, en 1869, étaient arrivés à des conclusions analogues. C'est encore là un fait que l'on peut invoquer contre la théorie qui rapport^ l'action thérapeutique du mercure à son action dénutritive.
Nous avons vu précédemment qu'il y avait désaccord entre MM. Wilbouchewitch et Keves relativement aux effets de l'administration prolongée du mercure à doses thérapeutiques : le premier de ces auteurs admet qu'à la longue le médicament produit l'hypoglobulie ; le second le nie ; les faits cliniques semblent donner raison au premier de ces auteurs.
On voit, en effet, survenir au bout d'un certain temps, chez les malades soumis à l'influence du mercure, un ensemble de symptômes très analogues à ceux de la chlorose et qui semblent devoir être rapportés à l'hypoglobulie. Ils ont été décrits, en 1800, par Pearson sous le nom d' éréthisme mercuriel; ce nom nous paraît assez mal choisi, car l'excitation n'est rien moins que constante, et, quand elle se produit, ce n'est que passagère-
ment et pour faire bientôt place à un état de langueur et de dépression physique et morale.
Les malades éprouvent généralement une sensation vague de malaise; ils poussent fréquemment de profonds soupirs, leur respiration est accélérée et un peu gênée, sans qu'il y ait de sensation de dyspnée ; quelques-uns ont un léger degré d'oppression épigastrique ou de constriction tlioracique; leur appétit est inégal et capricieux; ils digèrent péniblement et parfois ils vomissent leurs aliments ou ils ont de la diarrhée ; pâles et languissants, ils se fatiguent facilement et sont épuisés parle moindre effort. Pour compléter le tableau, ajoutons que d'après Pearson et Buteman, on peut constater, dans ces circonstances, l'irrégularité et l'affaiblissement des fonctions cardiaques. Ce sont bien là les symptômes d'une anémie ; ils offrent cependant une physionomie particulière et l'on peut se demander s'ils ne doivent pas être rapportés en j^artie à une action du médicament sur le système nerveux. Ils sont généralement d'une longue durée et nous les avons vus persister, pendant des mois, après la cessation de cures prolongées, en s'atténuant graduellement.
Chez les sujets qui ne supportent pas bien le mercure, les accidents peuvent prendre plus de gravité, la stomatite est plus intense , les troubles digestifs s'accentuent, il survient de la diarrhée, et l'on est obligé fréquemment de suspendre la médication; on peut observer tous les intermédiaires entre le mercurialisme bénin dont nous venons de parler et le mercurialisme intense dont nous allons essayer la description.