MERCURIALISME INTENSE. — FORME CHRONIQUE
§ l'^'". — Conditions ètiolorjiqiies.
Il est le résultat de Tintroduction prolongée et à failles doses du mercure dans l'organisme ; jadis on l'observait chez les médicastres qui faisaient eux-mêmes avec les mains nues des frictions mercurielles (Fernel) ; aujourd'hui c'est une intoxication presque toujours professionnelle ; on la rencontre chez les ouvriers d'Al-
(1) Nous avons recueilli la plupart des matériaux qui nous ont servi h la rédaction de cet article dans le bel ouvrage de Kiissmaul, intitulé : Untermchungen iiber den constituiionnellen merciiriaUsmus uncl sein verhalten zur* consiitationnellen syphilis, ^^'u^tzbourg, INGI. HALLOPEAU. y
maclen et d'Idria, chez les doreurs, les miroitiers, les constructeurs de baromètres et surtout chez les chapeliers. On sait, en effet, que la fabrication des chapeaux nécessite des opérations diverses :
l'' Sécrétage, frictions des peaux avec la brosse imbibée de nitrate acide de mercure ; â° Battage des poils ; 3° Foule avec le rouleau.
Aussi les ouvriers sont-ils exposés au dégagement des vapeurs, à l'imprégnation des mains, etc.
Nous n'avons pas d'ailleurs à insister sur ces conditions étiologiques qui intéressent plutôt l'hygiéniste que le physiologiste (1).
§ 2. — Symptômes initiaux.
Le plus souvent, le développement des accidents est essentiellement lent et graduel ; il n'est pas rare cependant de voir se produire, soit au début de l'intoxication, soit plus tard, des accidents aigus identiques à ceux que nous venons de décrire, mais généralement d'une intensité modérée.
Parmi les premiers symptômes, il faut mentionner ces troubles vagues de la santé générale et de. l'innervation que nous avons vus déjà (page 85) succéder à l'administration trop prolongée du mercure et qui ont été décrits ' par Kilssmaul et Dieterich sous le nom à'èrèthisme; ils sont ici beaucoup plus accentués et aussi plus complexes : les malades se sentent affaiblis et languissants ; on les voit pâlir et s'amaigrir ; ils se plaignent de douleurs de
(1) Consultez à ce sujet le remarquable Traité d'hygiène dont A. Proust vient d'enrichir notre littérature médicale.
tète quelquefois très violentes, de vertii^es, de bourdonnements d'oreilles et de doideurs vagues dans les membres et les jointures.
Un des traits les plus remarquables de cet ensemble symptomatique est, d'après Kussmaul, une exaltation toute particulière de la sensibilité psychique ; Vémotivitc est exagérée chez ces sujets ; ils se troublent dès qu'on leur parle; ils ne peuvent continuer leur travail en présence d'un étranger; leur caractère change; ils deviennent moroses et irritables ; ils ont de légères contractions involontaires dans les muscles de la face, particulièrement au voisinage des commissures labiales. Si on les invite à montrer leur langue, on remarque que sa pointe est agitée par une fine trémulation; les doigts sont également le siège de légères oscillations et l'écriture devient hésitante, surtout pendant que les malades se sentent observés ; ce sont là les premiers indices du tremblement, qui bientôt va devenir le symptôme dominant. Souvent le sommeil est troublé pur des rêves pénibles ; les malades, en proie à des cauchemars, se réveillent en sursaut, ils ne peuvent se rendormir, et ils se trouvent le matin plus fatigués qu'avant de se mettre au lit.
Leur appétit diminue et c'est là un symptôme important, car on voit quelquefois cette anorexie rester, pendant un certain temps, le seul signe de l'intoxication. Ils ont le dégoût de la viande, ils n'aiment plus « leur pipe, » ils accusent ccnstamment une sensation de goût métallique et leur haleine est « mercurielle » ; leur langue est chargée et un peu tuméfiée ; on voit, sur ses bords, les empreintes des dents. La sécrétion de la salive augmente et souvent ce liquide jaillit involontairement de la cavité buccale, particulièrement quand le
malade parle avec animation. Souvent la région épigastrique semble se tuméfier et les malades y éprouvent une sensation pénible de pression ; ils se plaignent de nausées; leurs digestions sont lentes et pénibles; quelqueibis il se produit des vomissements et une diarrhée (|ui peut devenir le symptôme dominant, alors que la stomatite et le tremblement demeurent peu accentués. La respiration s'accélère au moindre effort, et souvent elle est entrecoupée de soupirs et de bâillements; il n'y a pas de fièvre. Telle est la première période du mercurialisme chronique, d'après la description de Kilssmaul qui l'a étudié sur une grande échelle à Erlangen. Au bout d'un laps de temps plus ou moins considérable, suivant les cas, on voit survenir des accidents plus graves qui se manifestent plus particulièrement du côté de l'appareil digestif et du système nerveux.
§ 3. — Action sur V appareil digestif.
La stomatite se présente dans la forme chronique du mercurialisme avec des caractères un peu différents de ceux que nous lui avons reconnus dans sa forme aiguë et qui ont été bien décrits pour la première fois par M. Th. Roussel, dans ses remarquables lettres médicales sur l'Espagne. La salivation est moins abondante, l'haleine moins fétide, la douleur moins vive ; les dents noircissent, sans doute par suite de la formation de sulfure de mercure ; une sécrétion purulente et sanieuse suinte des alvéoles ; les gencives deviennent fongueuses et saignent facilement ; enfin , sous l'influence de la périostite alvéolaire , les dents se déchaussent, s'ébranlent et finissent par tomber ; de même que nous avons vu la stomatite aiguë débuter au pourtour
des molaires,- de même ces dents sont celles qui tombent les premières dans l'intoxication chronique. La muqueuse, d'un rouge cuivreux, un peu tuméfiée, sillonnée de vaisseaux variqueux, apparaît quelquefois parsemée de taches blanchâtres qui ne sont autres que des amas d'épithélium ; de temps à autre on y voit se développer des vésicules qui se rompent rapidement et laissent à leur suite de petites ulcérations arrondies et bien limitées; plus rarement il s'y forme des ulcérations larges et profondes.
Le tableau que nous venons de tracer est celui de la stomatite intense ; dans beaucoup de cas les désordres sont moins prononcés ; néanmoins ils persistent le plus souvent aussi longtemps que les malades restent soumis à l'intluence du mercure, si ce n'est toutefois quand les dents ou au moins toutes les molaires sont tombées ; c'est un fait bien connu à Almaden et à Idria : plus de dents, plus de mal dans la bouche. Or, la chute des dents est fréquente dans l'intoxication chronique; elle produit une altération frappante de la physionomie ; l'on voit à Almaden des jeunes gens •qui, à trente ans, ont le masque de la vieillesse ; si on leur examine la bouche, on voit que les gencives et les alvéoles se sont atrophiées et l'on peut constater parfois la présence de cicatrices qu'ont laissées après elles les ulcérations.
Les glandes salivaires peuvent participer aux altérations ; Kilssmaul a trouvé les sous-maxillaires et Baumler la parotide indurées. Chez le malade de M, Sée, dont nous rapportons ci-après l'observation, la parotide était tuméfiée et le malade la vidait pour ainsi dire en la comprimant.
Plus rarement, la muqueuse phary?igée dcxient é^a-
lemenl le siùa.c d'une iutlammation chronique; elle prend une coloration cuivrée, et il s'y développe, quelquefois à plusieurs reprises, de petites ulcérations qui ont tendance à persister. Du pharynx, les lésions peuvent s'étendre à la trompe d'Eustache; telle est du moins l'explication la plus rationnelle de la surdité passagère que l'on observe chez quelques malades.
Dans certains cas, les phénomènes de catarrhe gastro-intestinal, sur lesquels nous avons déjà insisté, deviennent prédominants et conduisent rapidement à la cachexie.
Graves et Rokitansky avaient admis que le mercurialisme peut amener la dégénération cireuse du foie et de la rate ; ils ont probablement fait erreur, car Ktissmaul, dans ses nombreuses observations, n'a jamais rencontré ces lésions.
§ h. — Action sur Vappareil de Vinnervation.
Les troubles de l'innervation, qui manquent complètement ou n'occupent qu'une place tout à fait secondaire dans le tal^leau du mercurialisme aigu, sont au' premier plan dans celui du mercurialisme chronique et parmi eux, le plus fréquent et le plus typique est le tremblement. C'est là un caractère commun aux trois grandes maladies d'origine toxique, le mercurialisme, le saturnisme et l'alcoolisme : elles frappent, toutes trois, de préférence le système nerveux, et d'une manière à peu près analogue ; le tremblement et les pai^alysies constituent avec les troubles de la sensibilité et de l'innervation encéphaliques leurs symptômes essentiels ; nous verrons cependant qu'ils se présentent dans chacune d'elles, avec des traits particuliers, c[ui leur
donnent, par leur ensemble, une physionomie spéciale.
Eu l'absence d'observations auatomo-patiiologiques sérieuses, l'on rie peut faire que des hypotlièses relativement à la cause prochaine de ces accidents ; les chimistes ont trouvé du mercure dans le cerveau, mais ce fait ne nous apprend rien relativement au mode d'action du poison, car il n'est pas prol)able que les troubles fonctionnels soient l'expression directe de son iniluence nocive sur les organes de l'innervation.
Si l'on veut arriver à formuler une hypothèse plausible relativement à la pathogénie de ces accidents mercuriels, l'on doit, croyons-nous, prendre pour point de départ les notions positives que l'on possède sur la pathogénie des névropathies saturnines et alcooliques. Or, il est constant que ces affections reconnaissent pour causes prochaines la phlegmasie chronique et la dégénérescence graisseuse des centres nerveux ou des nerfs périphériques (l); il en est vraisemblablement de même pour les névropathies mercurielles. Nous pouvons invoquer en faveur de cette manière de voir l'autorité de M. le professeur Gubler, qui rapporte les troubles de l'innervation à la transformation régressive des éléments nerveux.
Le tremblement merciiriel est le symptôme le plus constant du mercurialisme chronique; aucun ouvrier n'y échappe dans les mines de mercure; il peut se produire
(1) Lcincereaux. Article Alcoolisme du Dictionnaire encyclope'dique. — Vulpian. Lésions inflammatoires de la moelle chez des animaux empoisonne's par le plomb et l'arsenic. (Bulletin de la Socie'té philomatique, 1875.)
Raymond. Socie'té de Biologie, 1876.
Hallopeau. Article Moelle épiniére (pathologie médicale) du Nouveau Dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques, tome XXII.
indépendamment de la stomatite et de réréthisme; c'est ([vielquelbis la seule manifestation apparente de l'intoxication.
Nous avons vu comment l'on pouvait remarquer souvent dès le début une fine trémulation des lèvres, de la langue et des extrémités : à mesure que l'organisme s'imprègne plus i^rofondément de mercure, ce symptôme s'accentue de plus eu plus, et il finit quelquefois par atteindre une extrême intensité. Dans des cas exceptionnels, on le voit se manifester tout d'un coup avec une grande violence à la suite d'une émotion morale, ou sans cause occasionnelle appi'éciable.
11 commence d'habitude par les membres sujiérieurs, puis s'étend graduellement à tous les muscles ; quelquefois plus prononcé dans un côté du corps, il reste rarement localisé à un membr(^ Un de ses caractères les plus importants est de ne se manifester, au moins dans la plupart des cas, que sous l'influence de mouvements volontaires ; il se rapproche ainsi beaucoup du tremblement de la sclérose en plaques et plusieurs fois nous avons été frappé de cette analogie : tant que le malade est au repos, il n'y a aucun désordre apparent de la motilité ; mais s'il clierclie à exécuter un mouvement déterminé, si, par exemple, il veut boire, il ne panaient qu'avec beaucoup de difficulté à saisir son verre et à le porter à sa bouche; le membre décrit des oscillations d'autant plus brusques et d'autant plus amples que le but est plus près d'être atteint ; le mouvement est ti'oublé par les contractions violentes des antagonistes et quelquefois ]3ar des secousses des groupes musculaires les plu& voisins ou même de tout le corps ; il en résulte une impotence fonctionnelle (pielquefois complète. Au dél)ut, les malades ont surtout de la peine à exécuter les menus
ouvrages, ceux qui exigent des mouvements précis et délicats ; s'ils veulent écrire, les caractères qu'ils tracent sont irréguliers, car leur main est incertaine et inhabile ; quand ils veulent marcher, leurs membres inférieurs sont le siéiie d'oscillations violentes et irréi^ulières. Plus tard, le désordre devient tel que l'on est obligé de leur donner à manger et de les habiller comme des enfants. Les muscles du cou ne sont envahis que tardivement et seulement dans les cas graves ; la mastication peut devenir impossible.
Le tremblement de la langue est un des plus constants. Il contribue avec celui des lèvres et des muscles du cou à produire une gène de l'articulation que Sauvage décrit à tort comme une forme particulière du mercurialisme ; elle est quelquefois assez considérable pour empêcher les malades de se faire comprendre. Dans les cas extrêmes, ils ne profèrent plus que des sons inarticulés. En général, la parole est saccadée, irrégulière et hésitante.
Les mouvements involontaires augmentent le plus souvent sous l'influence des émotions morales et de la fatigue. Les malades redoutent d'être observés, car la gcne et l'embarras qu'ils éprouvent accroissent l'intensité de leur mal. L'agitation peut diminuer, au contraire, et c'est là un fait digne d'être noté, sous l'influence de l'ivresse ; Fourcroy cite à ce propos l'exemple d'un doreur qui j^arvenait, dans l'état d'ivresse, à tenir son verre sans le renverser, ce qui ne lui arrivait pas lorsqu'il n'avait pas bu.
L'intensité des mouvements varie beaucoup d'un jour à l'autre. Ils cessent d'habitude pendaut le sommeil, mais cependant les malades s'endorment difficilement , et assez souvent un soubresaut convulsif vient les réveiller.
Les détails dans lesquels nous venons d'entrer montrent assez qu'il s'agit là d'un tremblement de nature convulsive, bien distinct des tremblements paralytiques (Gubler). On peut s'en expliquer la production si l'on admet que le pouvoir excito-moteur de la moelle est accru, et que les excitations parties du centre nerveux, ayant une intensité inégale, donnent lieu à des secousses d'amplitude différentes ([ui ne peuvent se fusionner et produire le tétanos physiologique, condition nécessaire de la contraction normale.
On peut comprendre également de la sorte comment le tremblement mercuriel s'accomjDagne souvent de pMnomènes convulsifs. Ce sont quelquefois des contractions toniques qui se localisent surtout dans les muscles fléchisseurs. On voit parfois la main du malade, appuyée sur un objet, le saisir convulsivement avec tant de force que l'on ne peut l'en arracher et que les malades eux-mêmes ne peuvent lâcher prise.
Les convulsions cloniques peuvent être généralisées et de très faible amplitude. Elles ressemblent alors au frisson initial de la fièvre intermittente. D'autres fois, les mouvements sont violents et s'étendent à un grand nombre de muscles, qui paraissent affectés isolément; ils se reproduisent alors sous forme d'accès, pendant lesquels la tête oscille de l'une à l'autre épaule, se penche en avant et se relève, les paupières se ferment et s'oiivrent, les yeux roulent dans l'orbite, les ailes du nez se soulèvent, les commissures des lèvres s'étirent, les mâchoires se rapprochent et s'éloignent, en même temps que les bras et les jambes s'agitent en divers sens. La violence des convulsions peut être telle que plusieurs hommes vigoureux ne parviennent pas à maîtriser le malade et à le maintenir sur son lit. Ces accidents,
décrits à Almaden, sous le nom de calambres, semblent y être très communs : sur 3,900 individus qui travaillent à la mine, on doit compter environ /i8 calambristes, dont une moitié meurt dans l'année, et l'autre moitié reste impropre au travail des mines (Th. Houssel).
Les cas légers de tremblement peuvent guérir en quatre ou cinq semaines ; les cas graves durent toujours plusieurs mois, et souvent môme des années. L'amélioration ne survient pas brusquement, mais par une décroissance très lente, par lysis.(Kûssmaul) : on voit peu à peu chaque symptôme s'atténuer progressivement, puis disparaître. Plus les attaques sont fréquentes et plus elles ont de peine à guérir.
Le tremblement peut persister indéfiniment ; c'est le seul symptôme constant de l'hydrargyrisme chronique; s'il n'est pas très violent, il n'empêche pas le ^travail; les malades sont obligés seulement de renoncer aux ouvrages délicats ; quelques-uns d'entre eux continuent à faire de longues courses bien qu'ils tremblent de tout le corps.
Dans les cas de guérison, il persiste souvent une tendance à trembler sous l'influence des émotions; la parole reste mal assurée, difficile et bégayante, et l'on peut voir le tremblement, plusieurs années après sa cessation apparente, revenir encore par accès.
Dans les cas où l'intoxication se termine par la mort, ce symptôme persiste souvent jusqu'au moment de l'agonie.
On l'a vu se transmettre aux enfants et ex'ister à l'état congénital chez des descendants d'ouvriers intoxiqués par le mercure.
Paralysie, anesihésie et atrophie mercuriellcs. —
Les phénomènes d'excitation sur lesquels nous venons d'insister se compliquent, après un certain temps, de paralysies. La situation des malades est alors des plus misérables.
« On les garde dans les maisons, dit ]\L Tardieu )' dans le Dictionnaire cVliygiène et de salubrité, au )) coin du feu, assujettis sur une chaise, comme des en- » fants en l^as âge; beaucoup d'entre eux ne peuvent ni » s'habiller ni maneer seuls; leur visace devient stu- -» pide en même temps qu'ils n'articulent plus que des » sons vagues et confus. » (Paris, 1863, tome II, p.
Le tableau n'est pas toujours aussi sombre; on peut, dans certains cas, alors que l'organisme n'est pas encore atteint très profondément, rencontrer des accidents de parésie musculaire très évidents. Cette parésie est, ou bien diffuse, ou bien localisée dans un certain nombre de muscles, le. plus souvent dans les extenseurs; elle paraît d'habitude en rapport avec le degré du tremblement. 11 ne faut pas cependant la confondre avec ce dernier symptôme. Certains malades ont de la peine à étendre les bras, à faire agir tel ou tel groupe de muscles par suite de la trémulation continuelle qui les agite, et cependant la force musculaire est complètement conservée cliez eux. Il se passe alors ce que l'on constate souvent au début de l'ataxie locomotrice progressive, où l'on voit une difficulté très grande dans les mouvements volontaires coïncider avec la complète intégrité de lafo.rce musculaire.
Quelquefois la paralysie est passagère et revêt la forme hémiplégique. Tel est le cas de l'observation suivante qui nous a été communiquée par M. Jean, un des internes les plus distingués des hôpitaux.
- lAl -
Obs. — Paralysie mercurielle à forme hémiplégique.
(j..., 32 ans, fabricant de baromètres, entre, le 8 mai 1877, à l'hôpital Temporaire.
C'est un homme vigoureux, ancien mécanicien, ne présentant aucune affection antérieure, n'ayant pas d'antécédents de paralysie dans sa famille. Il n'est ni syphilitique ni alcoolique.
Il travaille dans les baromètres depuis trois ans.
Il y a dix-huit mois, on laissa par négligence un flacon de mercure débouché. On ne le retrouva qu'un an après, complètement vide. L'atelier était très chauffé, ce qui facilitait l'évaporation du métal.
Depuis dix-huit mois, céphalalgie, fourmillements, engourdisseluenls dans les bras et les jambes, douleurs dans les jointures, perte d'appétit, amaigrissement.
11 y a huit mois, les fourmillements devinrent plus intenses et continuels dans le bras et la jambe gauches. De plus, ils étaient plus lourds, et obéissaient mal à la volonté. Un matin, au réveil, notre malade était paralysé incomplètement du bras gauche, de la jambe gauche, de la langue ; il pouvait à peine parler. La figure n'était pas déviée.
Il ne sentait ni son bras, ni sa jambe, il pouvait encore marcher avec une canne. Il resta ainsi quarante-huit heures, et le surlendemain, en se réveillant, il n'était plus paralysé. Il conserva cependant un peu de faiblesse dans le bras gauche, rien à la jambe.
A son entrée <à l'hôpital, les troubles paralytiques n'existent plus, jnais il y a des troubles sensitifs très appréc/iables.
Analgésie très marquée sur la face dorsale des deux avant-bras, un peu sur la partie droite de la poitrine et aux deux régions temporales.
Pas d'analgésie aux membres inférieurs.
Pas de perte de la sensibilité tactile ni de retard en aucun point du corps. y
Les pcirticularités importantes de cette observation sont la localisation de la paralysie à un côté du corps, ainsi que .son apparition et sa disparition brusques.
Nous n'insistons pas actuellement sur les troubles sensitifs qu'a présentés ce malade. Nous y reviendrons plus tard.
Dans l'observation suivante, que nous devons aussi
à M. Jean, la paralysie existait aux deux bras, mais elle était plus marquée à droite, et il en était de même du tremblement et de l'anesthésie. Cette localisation semble indiquer que l'origine des lésions était encéphalique.
Un caractère important de ces paralysies est la conservation de la contractilité électro-musculaire.
Les troubles de la sensibilité sont fréquents dans la plupart des intoxications par le plomb, le sulfure de carbone, la vapeur de charbon et l'alcool. Il est facile aussi de retrouver l'anesthésie comme accident passager dans l'empoisonnement lent par l'arsenic et les poisons hypostliénisants en général ; elle est beaucoup plus rare dans le mercurialisme, et les observations de M. Jean présentent à cet égard beaucoup d'intérêt. Ce symptôme était encore beaucoup plus accusé dans la seconde que dans la première :
Obs. — Intoxication mevcurielle. — Paralysie diffuse. — Hémianesthésie, par Alf. Jean, interne des hôpitaux.
Bournique, i'i ans, miroitier, entre le 13 novembre 1876, à l'Hôtel- Dieu, service de M. Frémy.
Depuis cinq ans, il travaille à l'étamage des glaces, et a toujours joui d'une bonne santé. Jamais dans son métier il ne s'est servi d'aucun métal autre que le mercure. Il y a six semaines, le malade a ressenti dans la plante des pieds des fourmillements qui ont bientôt gagné les jambes et les cuisses, la sensibilité de ces parties devient aussi très obtuse; le malade croyait marcher sur du carton, et déjà ces désordres paraissaient plus accusés du côté droit.
A la même époque, douleurs vives dans toutes les articulations du membre supérieur, suivies trois semaines après de fourmillements dans la main, l'avant-bras et le bras. Glandes salivaires droites très douloureuses, et abondante salivation.
Le malade n'est ni alcoolique ni syphilitique.
Il y a trois mois, transpiration abondante, mais exclusivement du côté droit.
Etat actuel. — Etat général assez bon, téguments pâles, chairs flasques. Si on le fait marcher, il ne s'avance pas avec assurance ; il
a de La peine à lever les pieds, et cependant il ne les glisse pas complètement sur le parquet. Les yeux fermés, il chancelle et penche du côté droit.
Les bras n'ont plus de vigueur, les mains serrent avec peine l'objet qu'elles tiennent. La force musculaire presque nulle à droite est un peu mieux conservée à gauche, cependant le malade n'est pas gaucher. Si on lui fait étendre lés deux bras, il y a du tremblement manifeste, mais ce tremblement est beaucoup plus manifeste à droite qu'à gauche.
La sensibilité de la peau au toucher, à la doulcvn*, àla température, est variable suivant les régions ; en général on peut dire qu'elle est beaucoup diminuée, abolie en certains points à droite.
L'anesthésie est complète à droite depuis les malléoles jusqu'à Tombilic; le bras droit et l'avant-bras droit, sauf son bord interne, sont aussi complètement insensibles au contact. A la partie interne et postérieure de la jambe gauche, à la moitié inférieure de la face antérieure de la cuisse gauche, le malade n'a nullement la sensation du contact.
La sensibilité au toucher existe, bien que très diminuée dans les autres parties du corps, c'est-à-dire aux deux pieds, à la face antérieure de la jambe gauche, dans la moitié supérieure et aux faces interne, externe et postérieure de la cuisse gauche, dans la moitié gauche de l'abdomen, au thorax, au dos, au cou, à la face, aux deux mains, au membre supérieur gauche, sauf la main, au bord interne du bras et de l'avant-bras droits. Dans tous ces points où la sensibilité tactile persiste, elle est beaucoup plus émoussée du côté droit.
La recherche de la sensibilité cutanée peut donc se résumer ainsi : anesthésie plus ou moins complète de toute la moitié droite du corps avec quelques points insensibles à gauche.
L'analgésie est complète au bras droit, à la partie externe de Ta- . vant-bras droit, dans la moitié droite de l'abdomen, aux deux cuisses, sauf dans la moitié antérieure et supérieure de la cuisse gauche.
L'exploration de la sensibilité avec un objet froid donne pour résultat : insensibilité aux deux jambes, à la cuisse droite, à la moitié droite du tronc, au bras et l'avant-bras droits.
Les muqueuses et les organes des sens participent aussi à cette sorte d'hémianesthésie droite.
Quand on pique la langue avec la pointe d'une épingle, c'est à peine si le malade a conscience qu'on le touche, il en est de même du palais et du pharynx. Une cuiller promenée dans l'arrière gorge ne produit aucun phénomène reilexe. Le goût est très diminué ; si on pose sur chaque côté de la langue un peu de sulfate de quinine, le malade n'en a nullement conscience.
— Ihh —
L'odorat est très cmoussé, car en mettant un llacon d'ammoniaque sous le nez du malade, celui-ci n'en est ])as incommodé.
La conjonctive oculaire est complètement insensible à droite. Le malade ne voit pas distinctement de l'œil droit les objets placés à quelque distance, la pupille droite est plus dilatée.
L'ouïe est conservée, mais le malade se plaint d'élancements dans l'oreille droite.
La sensibilité électro-musculaire parait nulle à droite, car la contractilité électro-musculaire étant conservée, le malade n'a nullement conscience des mouvements exécutés par son pied.
L'analyse de cette observation nous permet de constater la prédominance à droite des troubles delà sensibilité, et l'existence de l'analgésie dans des points où la sensibilité tactile et thermométrique est à peu près conservée.
De même que chez les hystériques, une piqûre, même profonde, dans les points analgésiques, ne saigne pas.
L'exaltation de la sensibilité s'observe plus fréquemment que sa diminution. Souvent on observe des douleurs de tête durant jour et nuit, frontales ou occij^itales; des douleurs lancinantes dans les bras, les épaules et les jambes, qu'exaspère la chaleur du lit ; des sensations de fourmillements et engourdissements dans les membres; souvent aussi des sensations de froid, que n'explique aucun changement apparent de la température.
Un malade de Goetz portait des fourrures en été.
Aldinger a observé un cas où la vue et l'ouïe furent altérées pendant la maladie, mais retrouvèrent leur intégrité après guérison. Plus fréquemment les malades accusent des bourdonnements d'oreilles.
En résumé, ces troubles d'innervation présentent des analogies incontestables avec ceux que l'on observe dans l'intoxication saturnine, et il est vraisemblable que leur cause prochaine diffère peu ; pourtant leur physionomie
n'est pas identique et, si nous cherchons à analyser les traits qui les différencient, nous voyons que, dans le mercurialisme, le tremblement est le phénomène dominant, quïl y présente des caractères spéciaux, et en particulier l'exagération par les mouvements volontaires, que les paralysies y surviennent plus tardivement, et qu'elles ne semblent s'y accompagner ordinairement ni de diminution de la contractilité électro-musculaire, ni d'atrophie, tandis que, dans le saturnisme, ces symptômes se présentent avec des caractères précisément inverses.
L'observation suivante que M. le professeur Sée a bien voulu nous autoriser à publier et dont nous devons la rédaction à M. le D"" Robert Moutard-Martin, chef de clinique adjoint de la Faculté, montre cependant que, si l'atrophie est rare dans le mercurialisme, elle n'est pas cependant étrangère à sa symptomatologie.
Obs. — Intoxication mercurielle; paralysie airophique; anesthésie.
Auguste S..., âge de vingt-deux ans, étameur de glaces, entre le 50 mars à l'IIôtel-Dieu dans le service de M. Sée, salle Saint-Joseph, n° 5.
Antécédents héréditaires. — Mère morte à trente-trois ans d'une maladie de poitrine (?) qui dura six mois ; elle crachait beaucoup et était excessivement amaigrie.
Père mort en 1870, pendant la guerre ; — une sœur morte cà sept ans de la poitrine ; — un frère bien portant.
Antécédents personnels. — Gourme, coryza et ophthalmic dans l'enfance. Quelques ganglions cervicaux étaient fréquemment engorgés. Il y a six ans, le malade reçoit au front un coup de pied de cheval dont il porte la cicatrice au-dessus de l'œil droit.
Après avoir été tourneur en cuivre pendant quatorze mois et avoir éprouvé des coliques et de la diarrhée, il commença, il y a trois ans, la profession d etameur do glaces. — Au bout d'un an, faiblesse et impossibilité d'étendre la main droite; étourdissenients, vertiges; le malade tombait à terre, mais revenait très rapidement à lui; pas de contractions épileptiformes. Il entra, à cette époque, à l'hôpital Beaujon (service de M, Gubler, 1876), et y séjourna trois mois. On
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constata, dit le malade, de l'insensibilité du bras droit avec amaigrissement du membre; la main restait fléchie, il ne jjouvait pas la relever. Le membre fut électrisé. En même temps il y avait engourdissement de la jambe droite, et la langue était déviée à droite ('').
Il y a cinq semaines, frissons, point de côté à gauche, le lendemain,'hémoptysie. Il a persisté depuis une douleur à gauche. La fièvre dura quinze jours, deux vésicatoires furent appliqués. Depuis ce moment, l'amaigrissement s'est montré, la diarrhée à laquelle il n'était pas sujet est apparue; sueurs la nuit, perte d'appétit, quelques vomissements pendant la quinte de toux.
A l'entrée. — On constate du côté du thorax, au sommet gauche en arrière, un peu de souffle à l'expiration et quelques craquements après la toux ; en avant, respiration rude et quelques craquements moins nombreux après la toux. — Rien au cœur.
Le malade a moins de force dans le bras droit que dans le gauche et serre moins fortement de la main droite que de la gauclie. Amaigrissement symétrique des masses musculaires des deux bi*as; pas d'anesthésie.
Aux membres inférieurs, douleurs spontanées dans la continuité des membres sous forme d'élancements douloureux (rien dans les articulations), du côté gauche principalement la pression est douloureuse, le malade a une certaine raideur dans la jambe gauche et une douleur assez vive dans le flanc gauche au niveau de la partie moyenne de la crête iliaque. — Les douleurs n'existent pas au bras; on n'y constate pas d'anesthésie.
La parotide du côté droit présente, à certains jours, un gonflement, une tension qui augmentant peu à peu jusqu'au moment où, pendant la mastication, se produit une détente brusque; alors, un Ilot de salive s'écoule dans la bouche. Le cathétérisme du canal de Sténon, pratiqué dans le service de M. Gubler. aurait permis d'évacuer, d'après le dire du malade, quelques petits calculs.
Nous serions bien étonné si cette observation restait isolée et nous nous demandons si le silence j)resque unanime des auteurs sur ce point ne tient pas à ce qu'il n'a pas été suffisamment étudié. Si nous émettons ce doute, c'est que nous savons par expérience avec quelle facilité l'atrophie musculaire échappe à l'observation, particulièrement chez les sujets cachectiques.
Les détails clans lesquels nous venons d'entrer montrent que les auteurs du seizième siècle avaient raison quand ils accusaient le mercure de produire le tremblement et la paralysie. Etaient-ils également dans le vrai quand ils comptaient parmi ses funestes conséquences Vèpilepsie et V apoplexie ? \i est probable que l'on a confondu avec l'épilepsie les attaques convulsives dont nous avons parlé et qui en diffèrent par l'absence de perte de connaissance. Le malade de Vidal de Cassis qui fut pris d'attaques épileptiques après l'usage de bains de sublimé était peut-être un épilep tique. En effet, il suffit qu'un épile]3tique ait pris du mercure pour que les antimercurialistes accusent le médicament de produire des attaques.
Cependant si le grand mal ne s'observe pas dans le mercurialisme chronique, certains sujets éprouvent des symptômes très analogues à ceux du petit mal, et surtout des vertiges, tantôt subits, tantôt précédés de bourdonnements d'oreilles, de phosphènes, d'obscurcissement de la vue, de nausées et même de vomissements ; ces accidents peuvent forcer les malades à garder le lit, alors que leurs jambes ont encore la force de les porter; ils persistent même quelquefois dans le décubitus horizontal; le sujet qui en est atteint se compare à un homme ivre. Ils peuvent, enfin, s'accompagner de perte de connaissance ; les malades tombent alors brusquement et restent à terre un certain temps. On ne saurait refuser à de pareils accès la qualification d'épileptif ormes.
Dans une observation de Kiissmaul, des mouvements de propulsion irrésistibles les accompagnaient.
Quant aux apoplexies, les sujets mercurialisés n'en sont pas plus exempts que les autres hommes; mais rien
ne prouve qu'elles soient aucunement en relation avec l'intoxication.'
Les troubles intellectuels doivent être comptés i^armi les symptômes les plus remarquables du mercurialisme.
Nous avons mentionné déjà j^armi les phénomènes initiaux une exaltation singulière de la sensibilité psychique et une tendance très marquée à s'émouvoir sans motif. Chez certains sujets peut-être prédisposés, ces symptômes s'accentuent davantage, et jDarfois des terreurs sans objet s'emparent des malades : celui-ci veut avoir une garde auprès de lui ; il pousse tout à coup des cris de frayeur, pleure, se plaint, veut quitter son lit, et s'enfuir ; cet autre est tourmenté par des hallucinations terrifiantes : dès que le jour baisse, il se croit entouré de personnages imaginaires qui le touchent, vont et viennent, se couchent près de lui ; des démons, des visions affreuses, des morts apparaissent et s'évanouissent, et néanmoins il ne dort pas, il a les yeux grands ouverts, et ses visions le remplissent de terreur et d'effroi. Kûssmaul a même observé des accès d'excitation maniaque. Fréquemment on constate des troubles du sommeil ; il y a même quelquefois ijisomnie complète. Certains malades se plaignent souvent de faiblesse de la mémoire, et leur intelligence est diminuée; enfin, M. Diday a reproduit contre le mercure l'antique accusation de produire la folie, mais sans donner aucune preuve à l'appui de son dire.
Il ne faut pas appeler hypochondrie mercurielle la vésanie de ces malades qui, tourmentés par la crainte du mercure, rapportent à l'influence de ce médicament tous les plîénomènes morbides qu'ils peuvent présenter après en avoir pris une fois, et vouent une haine éternelle au médecin qui le leur a prescrit.
§ 5. — Action sur la peau.
Nous ne retrouvons pas dans le mercurialisme chronique d'affections cutanées comparables à celles que nous avons étudiées dans le mercurialisme aii^u.
Les assertions des auteurs qui ont décrit des ulcérations mercurielles comparables à celles de la syphilis ne reposent sur aucun fait probant. L'histoire de ce qu'on a appelé le chancre mercuriel (Mathias) est une fable.
On observe cependant ini accident qui dénote un trouble dans les fonctions cutanées ; nous voulons parler de l'alopécie ; Kiissmaul dit l'avoir observée très souvent; mais toujours d'une manière passagère.
La conjonctivite n'est pas rare dans le mercurialisme professionnel .
§ 6. — Action sur V appareil respiratoire.
Nous ne ferons que mentionner l'aphonie que l'on a rapportée à la paralysie des muscles du larynx.
Mayr, à Fiirth, et Kiissmaul, à Erlangen, ont constaté que la plithisie y est plus fréquente chez les ouvriers travaillant le mercure que dans les autres classes de la population ; mais il ne faut pas en conclure que le mercure produise la phthisie; il peut seulement y prédisposer en abaissant les forces et diminuant ainsi la résistance vitale.
§ 7. — Action sur V appareil iirinaire.
L'action du mercurialisme chronique sur l'appareil urinaire ne paraît pas avoir été étudiée de près. Nous ne trouvons notées dans les traités spéciaux ni l'albuminurie, ni la diminution de la sécrétion urinaire qui
comptent parmi les symptômes les plus importants du mercurialisme aigu ; il y a là un contraste digne d'être signalé.
§ 8. — Action sur les fonctions de reproduction.
Les troubles de la menstruation n'ont rien de constant ; le plus habituellement diminuées, les règles peuvent être au contraire augmentées. On a signalé la fréquence des avortements et des accouchements prématurés (Colson) .
Lussana a fait des expériences sur des poules pour savoir si le mercure exerce réellement une influence stérilisante. Elles lui ont montré que l'intoxication amène, au bout de huit à dix jours, la cessation de la ponte. Mais peut-on conclure en pareille matière des oiseaux à l'espèce humaine?
Mayr rapporte un fait dans lequel une étameuse de glaces conçut et mit au monde un bel enfant pendant la période de trembl-^ment. Mais le plus souvent les enfants qui naissent dans ces conditions sont chétifs; Goetz a même vu un cas de tremblement congénital.
Il ne s'agit ici, bien entendu, que du mercurialisme intense, car, à dose thérapeutique, le mercure est au contraire le seul médicament qui puisse prévenir l'avortement chez les femmes syphilitiques. (V. page 203.)
M. Porak a recherché, dans une dizaine de cas au moins , le mercure dans l'urine d'enfants nouveau-nés, dont les mères avaient pris du mercure, pendant longtemps, un an au moins. Toutes ces expériences ont été négatives. Il ne faut pas cependant en conclure que le mercure ne passe pas à travers le placenta, mais seulement qu'il n'y séjourne pas en quantité suffisante pour y être décélé par la pile de Smithson.
§ 9. — Action sur le squelette.
Les auteurs anciens ont souvent reproché au mercure d'amener des altérations des os, et dans le courant de ce siècle les antimercurialistes ont renouvelé les mêmes accusations.
En vertu de l'axiome post hoc, ergo pr opter hoc, on rapportait à l'action du mercure la production des exostoses syphilitiques, ou même, semble-t-il, des caries et des arthropathies scrofuleuses qui pouvaient se produire chez les sujets mercurialisés.
Les études qui ont été faites dans ces derniers temps sur le mercurialisme professionnel montrent que cette intoxication ne produit jamais d'autres nécroses que parfois celle des ^naxillaires, et seulement dans les cas de stomatite intense.
§ 10. — Action sur la nutrition générale.
Les troubles de la nutrition générale qui se produisent dans le mercurialisme chronique, sous l'influence surtout de l'altération du sang et des troubles digestifs, présentent la plus grande analogie avec ceux que nous avons décrits dans le mercurialisme aigu. Les traits pâlissent et se décolorent ; la prostration des forces devient extrême ; les malades, paralysés, peuvent à peine se traîner ; une tuméfaction œdémateuse se manifeste à la face et aux extrémités ; des taches de purpura
apparaissent sur les jambes ; il n'est pas rare de voir survenir des liémorrhagies multiples; l'appétit est nul, la diarrhée fréquente ; tout indique un trouble profond des actes nutritifs ; et les malades finissent par succomber dans un état de marasme tout à fait comparable à celui
qui caractérise la cachexie scorbutique ; aussi ra-t-on qualifié de scorbut mer cartel .
Nous devons faire observer encore une fois, en terminant cette histoire du mercurialisme intense, que tous les accidents dont nous venons de faire la longue énumération appartiennent presque exclusivement à Tmtoxication professionnelle ou accidentelle, et ne s'obser- Tent presque jamais dans le mercurialisme thérapeutique.
Nous ferons remarquer, en outre, que, considérés dans leur ensemble, ils ne présentent aucune analogie même lointaine avec la syphilis, et que, par conséquent les doctrines contraires des antimercurialistes ne méritent môme pas discussion. Il n'y a aucune comparaison à établir, M. le professeur Chauffard Fabien montré, entre une intoxication et une maladie virulente (1).