HALL0PEAU
mois malade, remonte à une année, mais il dit n'avoir pas eu d'autres accidents saturnins que des coliques.
En remontant plus haut dans l'histoire de sa vie, il avoue qu'il a eu un chancre, il y a quatorze ans, mais que le médecin à qui il s'était confié lui avait assuré que ce n'était qu'un simple chancre volant. Il y a quatre mois, ses forces ont diminué, son appétit s'est perdu, son embonpoint a baissé, son teint a pâli, tout son corps est devenu comme boursoufilé, et en particulier les paupières, puis les malléoles ont gonllé d'une façon très manifeste.
Quelques jours après, il a vu apparaître des boutons sur ses bras; ces boutons devinrent bientôt confluents, ils envahirent le sternum et le dos, puis les cuisses et les jambes. Cette éruption l'a grandement étonné, dit-il, car il est certain de n'être pas syphilitique, il n"a jamais eu dans sa vie que ce tout petit chancre volant, il y a quatorze années ; mais jamais de plaques sur le corps, jamais de maux de gorge, jamais d'alopécie, jamais de céphalalgies nocturnes, jamais de vomissements le matin.
Jusqu'à quel point faut-il croire ce malade ? nous allons, le voir. L'éruption s'est faite d'abord aux deux bras, simultanément, par de petites élevures rougeâtres, dures, sèches, opaques, ne provoquant ni douleurs, ni démangeaisons. Les mains furent respectées; mais le sternum, puis les côtés, puis le dos, et presque en même temps, les cuisses et les jambes furent envahis à leur tour.
L'éruption ne présentait pas partout le même aspect; celle du sternum était encore boutonneuse, rougeâtre, quand déjà celle des jambes avait uni ses élevures jDOur former des saillies en plaques assises sur des bases rougeùtres; aux bras, l'éruption était restée tuberculeuse, mais aux bras comme aux jambes l'épiderme était soulevé ou plutôt s'était décollé et ne touchait plus aux saillies que par leur point culminant, et formait autour de ce point un rebord grisâtre à la manière d'une collerette; et, en ces régions, la desquamation était très active. Sur le sternum, les squames se formaient à peine; les papules restaient recouvertes de l'épiderme; elles étaient très confluentes et se rangeaient régulièrement et symétriquement en cercles ou en spirales. L'éruption était presque générale; la face, la partie supérieure du cou, le dos à la partie supérieure, la face dorsale des bras, les mains, la portion postérointerne des cuisses, et la plante des pieds en étaient cependant les unes presque et les autres complètement indemnes ; la face interne des bras, le sternum, les côtés, les lombes et la portion antéroexterne des jambes en étaient particulièrement couvertes. La couleur s'était modiiiée; le rouge avait pàli, il était devenu cuivré et presque bronzé sur certains points et en particulier au sternum ;
cependant aux jambes la couleur première était presque conservée, les élevurcs en plaques recouvertes de leurs squames légères présentaient sous ce voile une teinte rouge mais encore foncée par places et ressemblaient à de la lie de vin. De sorte, que sur l'étendue du corps on pouvait voir plusieurs espèces d'éruptions, ou plutôt plusieurs formes de la même éruption, ou mieux encore la même éruption à ses différentes périodes, papuleuso, squameuse et cuivrée aux bras ; granuleuse et cuivrée sur le sternum, et lenticulaire, squameuse et rouge aux jambes.
L'éruption a employé quatre mois à opérer ces transformations, et aujourd hui elle offre les caractères qui viennent d'être décrits. Pendant ces quatre mois, l'état général du malade n'a pas reçu d'amélioration, aussi le malade s'est décidé à entrer à l'hôpitaljle 19 mai 1873. Le teint est pâle, la figure boursoufflée ; elle porte les traces d'une ancienne variole; tout le corps présente un aspect légèrement cachectique, les jambes sont enflées, surtout au niveau des malléoles. Une éruption coniluente recouvre le corps; elle estTpapuleusc, squameuse; elle n'est d'ailleurs point la même partout, elle est polymorphe. Elle n'a jamais donné de sérosité; elle n'a jamais pro voqué de démangeaisons ; quant aux autres caractères, ils sont les mêmes que ceux décrits ci-dessus.
On demande au malade si ses cheveux sont tombés; s'il a eu des croûtes sur la tête. Il le nie et cependant l'alopécie existe encore ; elle est même en pleine vigueur et de nombreuses croûtes recouvrent le cuir chevelu. Les ganglions sous-occipitaux sont engorgés; les ganglions épitrochléens le sont aussi. On demande au malade s'il y a quelques mois, il n'a pas eu de chancre, il le nie formellement, il n'a jamais eu dans sa vie qu'un tout petit chancre volant ; et encore il n'a duré que quelques jours, et n'a point laissé de traces.
Mais si l'on examine les parties génitales, on remarque au toucher une induration au côté droit du prépuce, et le cordon des lymphatiques dorsaux de la verge est induré aussi, et enfin les ganglions de l aine le sont également, car là on trouve des ganglions engorgés transversalement.
A l'examen de la bouche et de l'arrière-gorge, on ne trouve rien.
L'exploration des organes profonds .ne découvre rien ni au cœur, ni aux poumons, ni au foie. Le pouls est régulier, il bat 72 par minute, la température rectale est normale, le thermomètre marque 370,2.
Les urines ont une couleur normale, claire ; elles ne présentent pas de sédiments, elles ne contiennent pas d'albumine.
Le malade pisse bien et va bien à la selle, mais il n'a pas d'appétit
On ordonne, le ÎO mai, deux cuillerées par jour de liqueur de van Swieten dans un verre de lait.
Le 21, le 22, le 23, le 2i et le 25 mai, le malade prend sa potion^ 1 "éruption ne se modifie guère, la desquamation paraît devenir plus active et les papules semblent s'aplatir; mais le changement n'est pas accentué. Le 26 mai, le malade accuse des douleurs aux deux yeux; les paupières sont un peu rouges, les conjonctives sont légèrement injectées. Le 27 mai, la blépharite et la conjonctivite s'accusent davantage, surtout à gauche. Le 28, l'œil gauche paraît tout à fait enflammé, le malade souffre, sa vue est trouble; la pupille est contractée à gauche; on aperçoit profondément des traînées rougeàtres; un cercle grisâtre entoure la cornée; la conjonctive est rouge, mais surtout profondément; les vaisseaux sclérotico-conjonctivaux paraissent surtout enflammés. C'est une iritis. Collyre à Tatropine.
Le 29 mai, les mêmes signes d'inflammation persistent; on change le traitement.
On supprime la liqueur de van Swieten, et comme depuis quelques jours l'éruption s'est un peu modifiée, et que la partie interne des cuisses est libre des quelques papules qui I4 recouvraient au début, on ordonne des frictions à l'onguent mercuriel simple 4 gr. par jour.
Le 30 mai au matin, le malade accuse une légère inflammation de la bouche et des gencives et un léger mal de gorge. Il n'y a qu'un jour que les frictions sont ordonnées ; on ne fait pas attention à cette complication nouvelle.
Le 31, l'inflammation est plus vive, les gencives sont un peu rouges, mais le malade peut encore boire et manger aisément. Température rectale le matin, 38®, 4.
Le 1^' juin, l'inflammation s'est accusée davantage; la salivation mcrcurielle commence ; les joues sont enflées, surtout celle de gauche.
Le 2 juin, la stomatite mercurielle est considérable, toute la bouche est enflammée et recouverte d'un enduit blanchâtre ; le u^alado a les joues considérablement gonflées, il ne peut plus manger ni avaler librement. On supprime les frictions mercurielles et on lui ordonne le chlorate de potasse. La température est h 38°.
Le 3 juin, l'état du malade est déjà inquiétant; le gonilement des joues est considérable, le patient ne parle que très difficilement, son haleine est fétide; les ganglions sous-maxillaires sont engorgés. Mais l'éruption s'est considérablement modifiée, les petites élevures se sont aplaties; la desquamation a cessé; il n'existe plus aux bras, au sternum et au dos que des plaques cuivrées et brunâtres ; aux jambes, les saillies se sont aussi effacées, mais la couleur rou<'e ou
lie de vin y a persisté. Aujourd'hui, la pupille est dilatée et l'inflamination a considérablement diminué; Tiritis est donc presque guérie.
Le 'i juin, la stomatite est plus terrible que jamais, le malade ne dort plus, il ne mange plus; à peine peut-il prendre un peu de tisane, et une nouvelle complication survient; la fonction urinaire semble s'arrêter, les urines sont très peu abondantes.
Le 5 juin, les mêmes symptômes persistent, on fait garder les urines. On double la dose de chlorate de potasse. L'œdème des jambes a reparu, il s'est même produit de l'anasarquc, et à l'auscultation des poumons, on entend quelques râles bullaires disséminés. La température rectale du soir est de 38°,2.
Le 6 juin, le malade se sent mieux, la parole est plus libre; la langue paraît moins volumineuse; la salivation est moins abondante On fait l'analyse des urines.
Quantité 150 cent. cub.
Densité 1017
Réaction Acide, très acide.
Couleur Plus que rouge = N° 5,5 par litre = 3,60 par jour.
Transparence Trouble.
Sédiments Pas de sédiments.
Albumine Traces.
Sucre N'est pas recherché.
Bile N'est pas recherchée.
Chlore par litre.-
/ 0.144 par jour
Urée ^ ) 3 gr 6 par litre.
/ 0.o4 par jour.
Acide phosph j If-^^ par litre.
>■ j 0. 168 par jour.
Mat. extractives ) f //• P-'^': li^e-
/ 4.4o parjour.
Urochrome et Uroxanthine, couleur qui disparaît par l'agitation.
La température du matin est à 38°, 2 et le soir 38°, G.
Le 7 juin, le malade va réellement beaucoup mieux; il a dormi toute la nuit; la parole est presque libre ; la face a dégonflé; la salivation est beaucoup moins abondante. La température matinale est de 38°,2 et celle du soir 38°,4.
Les urines sont encore analysées :
Quantité 165 cent. cub.
Densité 1018.
Réaction Très acide.
Couleur Rouge, n° 5,5 = 24 par litre, 3,36 par jour.
Transparence Trouble. •
Sédiments Pas.
Albumine Traces.
Sucré Traces.
, ( 3 pr (18 pur litre.
1 0,(i0~2 par jour.
Chlore *i 1 ffi'- i8 Pfr litre.
/ (),194~ pi>>" jour.
Acide phosphorique.... | « <rr 74(i8 par litre.
• ) 0,057222 par jour.
Matières extractives. . . . Tas dosées.
TTroclirome En quantité, et la couleur persiste.
Uroxanthine En quantité, et la couleur persiste.
On peutMcduire de ces deux dernières recherches, que le malade n'a pas pris son chlorate de potasse, ce que démontre aussi l'essai fait avec le sulfate d'indigo et l'acide sulfurique.
Le 8 juin, le malade se trouve moins bien que les deux jours précédents; le ronflement des joues et de la lanprue a reparu, le repos de la nuit a été impossible. Notons aujourd'hui qu'il ne reste plus aucune trace d'iritis, et que l'éruption papulo-squameuse a disparu partout pour ne laisser sur ses traces que des plaques cuivrées. La température du matin est de 38°, 'i , celle du soir est de 38°,G. Urines: quantité 260 cent. cub. densité 1.017.
Le 9 juin au matin, le malade est trouvé dans le coma et dans la prostration, avec des joues et des lèvres épouvantablement G-onilées. Il a eu de l'agitation pendant la nuit; il s'est levé plusieurs fois pendant la nuit; la température axillaire e§t de 35°, 6. Quelques heures après le malade meurt. Analyse des urines :
Quantité 44 cent. cub.
Densité -|-
Réaction Très acide.
Couleur Rouge, u" 7 = 64 par litre, 2,816 par jour.
Transparence Trouble.
Sédiments Pas.
Albumine Traces.
Sncre Traces.
Bile Pas recbercliée.
y, , (4 Kr. par litre.
^^''^ } 0,1848 par jour.
Chlore ( ^ P''^'
•"''"^^^ I 0,0528 par jour.
Acide phosphorique.... \ f;i:'J!'^ P"*^" l'*»'^" ^ ^ ^ ( 0,0.3D.ia04 par jour.
Uroohrome Bi'aucoup.
Uroxanthine Beaucoup.
Mat. extractives \ 25 gr. par litre.
( 1,10 par jour.
Autopsie faite le 10 Juin 1873, à 9 heures du matin, 3A hernies après la moi/t, par M. H. Clozel de Boyer.
Sujet peu musclé, téguments décolorés, œdème de la face, des paupières principalement, faible œdème des jambes.
L'éruption syphilitique que le sujet avait présentée pendant- la vie était presque elïacée.
A l'ouverture on constate assez de graisse tant sur la poitrine que sur l'abdomen. Les muscles sont flasques et bruns.
Pas d'épanchement dans la cavité abdominale, faible épanchement pleural et péricardique. Aucun épanchement dans la cavité céphalorachidienne.
Poumon droit. — Faiblement adhérent au sommet, il est d'une couleur gris de cendre à la partie postérieure ; dans la gouttière costo-vcrtébrale il y a un peu d'imbibition du poumon par une sérosité sanguinolente, celle-ci peu abondante, 250 grammes au plus, paraît avoir pénétré dans la plèvre mécaniquement ; on ne trouve, en effet, nulle part sur la plèvre de portion enflammée; il n'y a pas (le fausses membranes, et la plèvre a conservé sa transparence ordinaire. Le lobe supérieur du poumon droit présente à la coupe quelques tubercules crus, dont le volume varie de celui d'une tête d épinglc à celui d'un petit pois ; aucun d'eux n'est complètement ramolli ; il n'y a pas non plus de caverne. Autour de ces tubercules, existe une zone où le tissu pulmonaire est devenu plus dense ; quelques points paraissent, au contraire, plus mous et exhalent une odeur fétide.
Dans le lobe moyen, on trouve de la congestion pulmonaire sans qu'aucun point soit de l'hépatisation. Il n'y a pas du tout de tubercules ni de granulations tuberculeuses dans cette portion du poumon. Dans le lobe inférieur du poumon droit, on ti'ouve de l'œdème pulmonaire à la coupe, on voit suinter un liquide rose, spumeux, mélangé de bulles d'air.
11 y a de la pleurésie interlobaire, se manifestant par quelques brides fibreuses situées entre les lobes.
Le 'poumon gauche est un peu emphysémateux au sommet et à la partie antérieure; dans le lobe supérieur, il y a des tubercules crus plus volumineux et plus ramollis que ceux du sommet droit.
Il existe deux petites cavernes, l une inférieure et du volume d'un petit pois, l'autre, plus grande et supérieure, est du volume d'une petite noix.
Ces cavités contiennent une matière caséiforme, elles sont traversées par des brides et sont anfractueuses.
Autour de ces cavernes existe une zone de pneumonie caséeuse, parsemée de quelques granulations grises, hyalines et dures.
Le lobe inférieur du poumon gauche coiftient quelques rares granulations, il y aussi beaucoup de congestion pulmonaire, mais nulle part de pneumonie.
La plèvre gauche présente des adhérences tout à fait au sommet du poumon ; il y environ deux cuillerées de sérosité citrine épanchées dans le sac pleural.
Cœur. — Le péricarde contient environ un demi-verre de sérosité citrine transparente, sans cependant qu'il y ait eu de péricardite; le feuillet viscéral et le feuillet pariétal de cette séreuse ne présentent aucune trace d'inflammation ; il n'y a ni dépoli de cette surface, ni fausses membranes.
Le cœur est assez gros, il est mou, plein de caillots agoniques, le tissu cardiaque est pâle, mou, exsangue. En enlevant tous les caillots qui obstruent les valvules, on constate que quelques-uns de ces caillots sont striés et fibrineux; ce sont ceux qui sont engagés le plus profondément entre les replis des valvules.
Par l'épreuve par l'eau, on constate qu'il n"y a pas de lésions d'orifices.
Foie. — Le foie, assez volumineux, ne présente rien de particulier à noter.
Reins. — Les reins sont volumineux, ils sont durs, se dépouillent facilement de leur capsule fibreuse ; on constate alors que la substance corticale est hérissée de petites saillies dures, d'apparence calcaire, du volume d'une tête d'épingle. La substance corticale épaissie est mate et paraît parsemée de points blancs; l'aspect général du rein est celui d'un albuminurique ancien. Il y a quelques petits kystes séreux sous la capsule fibreuse du rein.
Vessie. — La vessie est petite, mais ne présente pas de lésions.
Testicules- — Il n'y a ^aucune altération, soit syphilitique, soit tuberculeuse des testicules.
Organes digestifs. — La bouche est le siège d'une stomatite des jdIus intenses, la langue est très gonflée, il y avait de la gingivite, les dents ne tiennent presque plus. Pas d'ulcération, pas plus que dans le pharynx; toute cette portion des voies alimentaires est le siège d'une inflammation considérable. Les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés.
L'œsophage et l'estomac ne présentent rien de curieux à noter ; pas plus que l'estomac , la dernière portion de l'intestin ne contient ni granulations, ni ulcérations.
La rate contient un tubercule cru; elle est grosse et diffluente.
Centres nerveux. — La dure-mère adhère faiblement au crâne, le cerveau est pale, exsangue, il y a des caillots dans les vertèbreset dans le tronc basilaire. Les circonvolutions cérébrales semblent
un peu aplaties; la pic-mère se détache assez facilement du cerveau. A la coupe on ne trouve rien à noter dans le cerveau, ni tumeurs, ni foyers anciens ou nouveaux. Le cervelet, les pédoncules, la protubérance et le bulbe ne présentent avicune particularité à noter. Il y a une faible quantité de liquide dans les ventricules.
Moelle. — La moelle ne présente pas non plus, à l'œil nu, rien de particulier à noter. Les méninges rachidicnnes sont aussi normales. Les articulations et les muscles ne présentent aucune collection purulente.
Examen du cerveau et du rein, par M. Darembero.
1° Dans le cerveau on trouve du mercure en quantité très appréciable et des traces de plomb.
'1° Dans le rein on ne trouve que du mercure.
Nous avons opéré d'après le procédé de MM. Bergerct et Mayenqon {Journal de Robin, mars, avril et mai, juin 1873).
Les matières organiques sont détruites par l'acide chlorhydrique et le chlorate de potasse; dans la solution acide, on plonge un fil de platine et un lil d'aluminium unis ensemble.
Au bout de quelque temps on retire ce couple, on le lave et on le met au-dessus d'un vase d'où il se dégage du chlore (chlorure de chaux et acide quelconque). Il se forme sur le fil de platine un chlorure du métal contenu dans la liqueur.
Puis on frotte le fil avec un papier imprégné d'iodure de potassium. Avec le mercure, on a une raie rouge d'iodure de mercure, et avec le plomb une raie jaune d'iodure de plomb.
Comme ic^ nous avions à rechercher les deux métaux, nous avons traité la tache rouge par un excès d'iodure de potassium qui dissout l'iodure de mercure, et nous avons vu, dans l'essai du cerveau, apparaître une tache jaune d'iodure de plomb insoluble.
Reins. — Autopsie du 11 janvier 1878. — Examen (ait par MM. Bouchard et Cornil. — Intoxication mercarielle.
Les reins sont d'un volume inférieur à l'état normal.
La capsule lilireuse se détache malaisément; en décortiquant le rein on enlève avec la capsule fibreuse une couche mince, irrégulière, de la substance rénale.
La surface de la capsule adhérente au rein présente, lorsqu'on l'examine de près, après l'avoir étendue sur une lame de verre, des grains blancs opaques. Si on place la lame de verre sur une surface
noire, ces mêmes grains paraissent noirs quand on les regarde par transparence sur un fond blanc.
La surface du rein est parsemée de pareilles petites granulations.
De plus, cette surface est finement granuleuse, et la substance corticale est un peu atrophiée. Vu sur une section, suivant son grand diamètre, le rein présente une congestion des pyramides et une couleur jaunâtre de la substance corticale.
L'examen microscopique de la substance corticale montre une atrophie avec dépôt calcaire des glomérules de Malpighi.
Les grains blancs opaques constatés à l'œil nu ne sont autres, en effet, que les corpuscules.
A un faible grossissement, un certain nombre d.'entre eux paraissent noirs, soit dans toute leur masse, soit dans leur périphérie seulement, soit à leur centre ; le dépôt, opaque et noir à la lumière directe, est composé de petits grains réfringents arrondis ou anguleux. Ce dépôt, qui existe aussi le long de quelques vaisseaux et dans un petit nombre de tubuli, n'est pas modifié par l'acide acétique, mais il est complètement dissous par l'acide chlorhydrique et par l'acide azotique, avec effervescence de bulles gazeuses. L'acide sulfurique donne naissance à des aiguilles de sulfate de chaux.
Les corpuscules de Malpighi sont irréguliers, les uns petits, les autres d un volume normal. On voit qu'autour du bouquet vascu-laire, qui est alors atrophié, il existe une zone claire anhiste pré • sentant des lignes parallèles concentriques, sans éléments llgurés.
Cette zone claire, qui entoure le glomérule de Malpighi, pouvait être prise au premier abord pour une formation nouvelle de tissu conjonctif, parce que les lignes concentriques qu'on y rencontre simulent des interstices de fibres. Mais, en examinant des sections colorées au carmin de cette zone, on n'y trouve pas de cellules le long de ces lignes.
De plus, en isolant complètement le glomérule, on fait sortir de sa loge fibreuse tout ce qui y est contenu, et cette zone claire se gonfle dans l'eau additionnée d'acide acétique en se plissant et en révélant sa nature.
Cest tout simplement la membrane anhiste de la capsule épaisse et comprimée dans une loge atrophiée. Elle laisse voir par transparence les anses vasculaires plus ou moins atrophiées du glomérule, les noyaux des vaisseaux, quelques cellules épithéliales plus ou moins granuleuses et des granulations calcaires.
Dans d'autres glomérules, également isolées, la capsule est plissée par des plis concentriques, et elle n'est pas gonflée irrégulièrement comme dans le cas précédent.
En outre de cette lésion atrophique de la substance corticale, ac -
compagnée d'incrustation des glomérules par du carbonate de chaux, lésions anciennes, il y avait dans le rein une lésion plus récente.
Les canaux contournés de la substance corticale montraient en effet, dans la plupart d'entre eux, des cellules granulo-graisseuses. Rien aux calices ni au bassinet.
Analyse chimique du sang, Mto -par M. Bouchard; mort leO juin IS7o;
autopsie le 10 juin.
70 centig. de sang sont recueillis dans le cœur droit, triturés avec l alcool et étendus d'alcool de manière à l'aire 500 cent. cub. de mélange.
On laisse en contact dans un tlacon bouché, en agitant fréquemment pendant 6 jours.
On laisse déposer. On filtre le liquide. On prend deux portions d'un vfllume de l'i'.i cent, cub., représentant chacune les matières solublcs dans l'alcool de 20 cent. cub. de sang.
On évapore au bain-marie.
La première portion est traitée par le réactif de Millon ; elle contient 0 gr. 052 d'urée, soit pour 1,000 cent. cub. de sang, 2 gr. 60 d'urée.
La seconde portion, évaporée à siccité, donne de résidu sec 0 gr. 4,105, soit pour 1,000 cent. cub. de sang 20 gr. 525, sur lesquels 2 gr. 60 d'urée.
Reste do matières extractives, 17 gr. 9 pour 1,000 cent. cub. de sang. — Comparé à l'état normal, c'est plus du double des matières extractives et 17 fois plus d'urée.
Ainsi, chez ce malade, sous Tinfluence de l'intoxication mercurielle, sept jours après la première friction, cinq jours après le début de la stomatite, il se produit une suppression presque complète de la sécrétion urinaire ; le chiffre de l'urine excrétée s'abaisse à 156 ce, puis deux jours après à hh ce; celui de l'urée, à 0,6072, puis à 0,18Jj8, au lieu de 25 grammes qui représentent le chiffre moyen ; on peut donc affirmer que la mort est survenue, dans ce cas, par anurie, d'autant mieux que l'analyse du sang y révèle la présence d'une quantité
relativement énorme d'urée, â gr. GO par litre. Ce fait nous paraît mieux que tout autre de nature à montrer quelle est l'importance des méthodes exactes en pathologie. Voici un fait d'une importance capitale, j^uisqu'il explique le mécanisme de la mort dans l'hydrargyrisme aigu, qui aurait certainement échappé aux investigations si des analyses comj^lètes et répétées de l'urine n'avaient été méthodiquement pratiqués.
Nous ne pouvons pas savoir si l'anurie et l'urémie sont les causes constantes de la mort dans l'intoxication mercurielle aiguë, car depuis Ulric de Hutten l'attention des auteurs n'avait pas été attirée sur ce point; mais il semble, d'après les faits qui ont été publiés dans ces dernières années, que ces accidents soient fréquents.
Dans un cas d'empoisonnement par le sublimé, qui a déterminé la mort en neuf jours, Lavey a constaté pendant quatre jours une diminution considérable de la sécrétion urinaire ; Kaloman Balogh a noté le même phénomène chez des lapins auxquels il avait injecté du sublimé sous la peau.
Les lésions que l'on a trouvées constamment dans ces différents cas, ont consisté principalement en une dégénération graisseuse, avec tuméfaction de l'épithélium des tubuli et une congestion habituellement peu prononcée; jNIM. Bouchard, Gornil et Saikowsky ont, en outre, constaté la présence de dépôts calcaires dans les glomérules de Malpiglii.
§ 8. — Action sur la nutrition générale.
On a admis à plusieurs reprises l'existence d'une fièvre mercurielle (Dieterich, Falk, Wunderlich); il est bien probable que, dans les faits où elle se produit, elle
est toujours liée aux plilogoses toxiques, et particulièrement à la stomatite, à l'hydrargyrie ou à l'entérite. Son intensité est rarement considérable. Chez le malade de M. Bouchard, la température ne s'est, à aucun moment, élevée au-dessus de 38°, G ; il en a été de même dans la plupart des observations qui nous ont passé sous les yeux.
Dès le début, les malades sont abattus et prostrés ; et, dans les formes graves, la cachexie se produit rapidement; l'altération profonde du sang nous est révélée, en dehors de toute idée préconçue, par le caractère des urines. Nous avons vu dans l'observ-ation de M. Bouchard la proportion de l'urée contenue dans le sang s'élever à 2 gr. 60 pour 1 ,000 ce. et celle des matières extractives à 17 gr. 9 pour 1,000 ce. ; il est peu d'états morbides dans lesquels on ait démontré l'existence d'une dyscrasie aussi profonde, puisque si l'on compare ces chiffres avec ceux que l'on trouve normalement, on trouve que celui des matières extractives est doublé et celui de l'urée dix-sept fois plus grand !
On peut donc affirmer que l'empoisonnement métallique entraîne à sa suite un empoisonnement organique par l'accumulation et la viciation des produits de dénutrition ; l'augmentation des extractifs prouve, en effet, qu'il n'y a pas seulement une insuffisance rénale, mais en môme temps un trouble profond dans l'évolution des albimiinoïdes ; de là l'altération profonde des traits, de là une bouffissure œdémateuse de la face et des extrémités que contribue également à produire l'anurie, de là les hémorrhagies multiples qui ont été signalées à diverses reprises par plusieurs auteurs et en particulier par Trousseau et par Christison. L'observation suivante de notre excellent maître, M. Siredey, monti'e
que la dyscrasie peut également donner lieu à la formation de thromboses et prouve ainsi de nouveau que contrairement à l'opinion ancienne le mercure, à haute dose, augmente plutôt qu'il ne diminue la coagulabilité du sang.
ObS. INTOXICATION MERCURIELLE. STOMATITE INTENSE.
CACHEXIE KAPIDE. PHLEBITE DES DEUX JAMBES-
Service de M. Sivedey.
Pas d'antécédents de famille. Pas de maladie antérieure.
Le malade est employé comme chauffeur dans une usine à vitrifier les couleurs, et se trouve ainsi exposé aux vapeurs des diverses couleurs employées.
Pendant la semaine qui a précédé les accidents qui l'amènent à l'hôpital, les ouvriers avaient svirtout employé des couleurs à base de mercure, et le malade était donc resté tout ce temps exposé aux vapeurs de ce métal.
Dans la journée du 6 mars, le malade éprouve une sensation de brûlure, d'astriction de la gorge qui fait place pendant la nuit à une douleur violente. Le lendemain toute la cavité buccale est prise, douloureuse, tuméfiée. Le malade est incapable d'articuler, de faire le moindre effort de déglutition. En même temps, il est pris de violentes coliques, et raconte qu'il est allé à la selle de douze à quinze fois par vingt-quatre heures. Il a éprouvé quelques nausées, mais pas de vomissements. Il entre à l'hôpital le il mars.
Le malade présente les traces d'une cachexie évidente : le teint est pâle, la face est bouffie, comme œdématiée; les muqueuses sont décolorées.
A l'inspection de la bouche, on est d'abord frappé de l'horrible fétidité de l'odeur, et de la couleur noirâtre de ses dents, qui ne portent cependant pas de traces de carie, à part une grosse molaire supérieure gauche qui est en grande partie éliminée. Elles sont déchaussées. Toute la muqueuse buccale est rouge, tuméfiée et recouverte pfir places de plaques d'aspect diphthéroïde, blanchâtres, épaisses, qui se laissent assez facilement détacher par le raclage et laissent à nu, après leur enlèvement, une surface ulcérée. Ces plaques sont très étendues et occupent une grande partie de la face interne des joues, des lèvres et de la muqueuse gingivale. Les amygdales sont gonflées, la luette tuméfiée. Le voile du palais est rouge.
épaissi. La langue est également tuméfiée, et on remarque sur ses bords les empreintes profondes que les dents y ont laissées. Cette tuméfaction est telle que les arcades dentaires ne peuvent se rapprocher, et le malade, assis sur son lit, la tête penchée sur son crachoir, laisse échapper sa salive sous forme de mucosité filante, car il est dans l'impossibilité de cracher. Le ptyalisme est considérable; le malade rend jusqu'à huit crachoirs de salive dans sa journée, près de deux litres de liquide. L'haleine est fétide, repoussante, pré sente une saveur métallique dont le malade se rend parfaitement compte. La phonation, la déglutition sont impossibles. Pas de tremblement.
Pas d albumine dans les urines.
Rien au cœur, ni au poumon.
Les fausses membranes enlevées avec une spatule, on touche les surfaces ulcérées avec de l'acide chromique, — eau d'orge miellée pour gargarisme avec chlorate de potasse.
Le traitement par l'acide chromique répété le 13 et le 11 a amené une amélioration notable; les ulcérations ont en grande partie disparu; la tuméfaction delà muqueuse buccale a considérablement diminué ; le ptjalisme est moins considérable; le malade n'a rendu que trois crachoirs. L'odeur de l'haleine est moins infecte. Les mouvements de déglutition sont moins douloureux. Le 15, bouillon, potage, œufs, vin de quinquina. 2 oranges. Le 17, 2® degré : 2 cuillerées sir. d'iodure de fer, café extr. kina, 2 gr. ; suppression de l'acide chromique.
Le 18, le malade sent des douleurs dans les mollets qui l'empêchent de marcher, de se tenir debout. Ses deux mollets sont dvirs, gonflés, par la palpation on sent un empâtement profond au milieu duquel, au niveau de l'interstice des jumeaux, on distingue de chaque côté un cordon dur, qui nous paraît dû à une phlébite profonde.
Œdème de la partie inférieure de la jambe, disséminée en bas à partir des malléoles, et ne dépassant pas en haut le milieu de la Jambe.
Repos absolu au lit, — les jambes étendues sur un coussin incliné et recouvertes de cataplasmes. — Sp. iod. de fer. Café. Quinquina, 2 port.
Le 4 avril, la bouche est en bon état. — Les gencives plus fermes ne sont pas tuméfiées, ni saignantes, ni ulcérées. — Mastication et digestion faciles.
Le malade guérit.
La mort peut être la terminaison de cette toxémie et survenir rapidement. On a observé, dans les derniers
moments de la vie, l'abaissement de la température ; le malade de M. Bouchard n'avait que 35" le jour de sa mort; dans les expériences sur les animaux, on a également signalé plusieurs fois l'abaissement de la température; ce fait donne à penser que l'algidité signalée plusieurs fois et particulièrement par M. A. Ollivier dans l'empoisonnement aigu par le sublimé, n'est pas due exclusivement, comme l'algidité de l'empoisonnement par l'acide sulfurique, à l'état de collapsus provoqué par l'excitation violente du tube digestif, mais aussi à la dyscrasie et surtout, sans doute, à l'urémie.
Nous avons indiqué déjà, et nous ne saurions trop insister sur ce point, que ces accidents sont tout à fait exceptionnels; il n'y a pas de comparaison à établir entre le nombre d'accidents mortels que produit le mercurialisme thérapeutique et le nombre de ceux qui doivent être imputés au chloroforme et à l'opium. Connaissant le danger, s'efforçant, non plus comme autrefois de provoquer, mais d'éviter la salivation, les médecins surveillent attentivement l'action du mercure ; dès l'apparition des signes d'intoxication, ils le donnent à plus faible dose ou en suspendent complètement l'usage, et, grâce à ces précautions, les accidents graves sont tout à fait exceptionnels : on ne les ol^serve guère que dans les cas où l'on se trouve contraint par l'imminence du péril (syphilis cérébrale) d'obtenir immédiatement une action thérapeutique puissante, en introduisant le médicament à doses élevées par la méthode la plus rapide (frictions) .
Nous n'avons pas mentionné parmi les accidents du mercurialisme aigu le tremblement, les paralysies et autres troubles graves de l'innervation ; c'est que ces symptômes ne s'observent pour ainsi dire pas dans cette
forme (rintoxication ; les anciens auteurs cependant les ont souvent signalés'; mais il faut toujours tenir compte des doses énormes auxquelles ils employaient le médica ment. Ces faits sont aujourd'hui absolument exceptionnels ; on n'en trouve dans les auteurs modernes que quelques exemples observés parColson, M. A. Louis et Sanders, dans des cas où l'on avait prolongé outre mesure la médication mercurielle, et où surtout on l'avait continuée trop longtemps sans interruption.
Le merciu'ialisme aigu thérapeutique guérit donc presque toujours sans laisser à sa suite de désordres aj)préciables ; le sombre tableau qu'ont tracé de ses conséquences les mercurialiste s anciens et modernes est tout à fait de fantaisie ; on n'a réussi à le composer qu'en attribuant au mercure les accidents de la syphilis, et même de toutes les maladies accidentelles ou diathésiques ({ui pouvaient se développer chez les sujets mercurialisés.