ACTION IRRITANTE
§ 1". — Considérai ions préliminaires.
L'action topique irritante des mercuriaux est aujourd'hui très iVéquemment mise à profit pour modifier avantageusement la vitalité et la nutrition des téguments, dans diverses afPections chroniques. Cette action s'exerce de la même manière , quel que soit le composé mercuriel employé ; elle varie seulement d'intensité selon le choix et le degré de concentration des différents sels dont on se sert. C'est ainsi que le protoiodure de mercure, le calomel, le précipité blanc, ont • une action simplement résolutive ; le sublimé en solution faible, le deutoiodure de mercure, sontdes irritants, proprement dits ; le sublimé en solution concentrée, le
bioxyde de mercure, le nitrate acide sont caustiques, et ce dernier est même un des plus énergiques ([ue l'on connaisse.
Ces divers produits sont administrés soit en pommades, soit en solutions : les pommades conviennent surtout pour les cas où il s'agit d'obtenir une action peu énergique, mais prolongée ; le sel mercuriel, incorporé à de l'axonge en proportion variable, peut être maintenu en contact avec les tissus aussi longtemps qu'on le désire. Les solutions ont un eflet plus rapide et plus énergique : la solution de sublimé corrosif est de toutes les préparations mercurielles la plus employée contre les taches du visage, l'acné et les diverses esi^èces de prurigo ; on se sert fréquemment des bains de sublimé, à la dose de 8 à 30 grammes ; mais ce moyen, comme le fait observer Devergie, demande une grande prudence, et doit être rejeté complètement dans les cas où une grande partie de la surface de la peau est dénudée de soc épiderme, à cause des accidents qui peuvent résulter d'une trop prompte absorption du sel mercuriel. La même observation peut s'appliquer aux pommades mercurielles. lorsqu'elles sont appliquées sur de larges surfaces et d'une manière prolongée.
§ 2. — Action dans les maladies de la peau.
^'ouloir énumérer toutes les préparations qu'on a employées dans les diverses maladies de la ])eau, et toutes les applications qu'on leur a trouvées, serait une tache aussi longue que fastidieuse ; nous nous bornerons à passer en revue les principaux cas dans lesquels les merCuriaux peuvent être utiles, et à signaler les formules principales.
Les cphêl ides, ou taches pigmeiitaires du visage, les taches de rousseur sont souvent combattues par les applications mercurielles : M. le professeur Hardy a indiqué la formule suivante, qui agit surtout par le sublimé qu'elle renferme :
Eau distillée 12'» grammes
Sublimé 0,50 centigrammes
Sulfate de zinc 2 grammes
Acitate do plomb 2 »
Alcool q. s. (pour dissoudre le sublimé)
Lotions, répétées matin et soir.
On peut employer de la même manière Teau cosmétique orientale, qui n'est autre chose qu'une eau albumineuse i^arfumée au citron et renfermant 1/1000" de sublimé.
Sous l'influence légèrement irritante de ces solutions, Fépiderme s'exfolie , tombe et se renouvelle avec rapidité; la pigmentation diminue peu à j^eu, mais il est rare qu'elle disjoaraisse entièrement.
Si on veut faire disparaître rapidement les taches de > rousseur, il faut avoir recours à des moyens plus actifs. Hébra indique le procédé suivant : Appliquer sur la peau, soigneusement lavée au savon, de petites compresses imbibées d'une solution de sublimé à 0,^5 centig. pour 30 gr. d'eau et les laisser en place quatre heures ; la peau se rubéfie et se couvre de grosses phlyctènes que l'on perce avec une aiguille; les parties enflammées sont saupoudrées avec la poudre d'amidon; bientôt l'épiderme se dessèche, s'exfolie en lamelles brunâtres, et sa chute laisse à découvert une nouvelle couche épidermique de coloration normale.
Le prurigo, dans ses diverses formes, et les éruption prurigineuse^ ont souvent été traitées avantageusement
par les solutions de sublimé très étendues. Il est probable qu'il faut en chercher la raison, dans la nature de ces affections qui, selon toute vraisemblance, est parasitaire; on peut se demander cependant si l'action légèrement irritante du sublimé, en substituant une simple cuisson à la démangeaison insupportable qui est spéciale au prurigo, ne suffit pas à expliquer les résultats obtenus ?
Contre le prurigo des parties génitales, Doyon conseille la solution suivante :
Eau distillée 100 grammes
Sublimé 1 »
Alcool q. s.
Une cuillerée à café de cette solution pour une lotion, qui sera faite avec ménagement, sans frotter, et qu'on renouvellera trois fois par jour.
Ce moyen n'est que palliatif. Bserensprung a vanté les bains de sublimé comme capables de guérir toutes les variétés du prurigo; mais Hébra, par des expériences, a prouvé que les résultats diffèrent peu de ceux que donnent les bains simples.
Contre le lichen chronique et les démangeaisons qu'il détermine, on pourra employer de même les lotions de sublimé à 0,10 ou 0,05 centigr. pour 300 gr.; mais on n'obtient ainsi qu'un soulagement momentané. Pour faire cesser entièrement les démangeaisons, il est quelquefois nécessaire de modifier la vitalité des plaques lichénoïdes par une cautérisation superficielle; la pommade au protonitrate de mercure 0,05 centigr. pour 30 gr. d'axonge, remplit bien cette indication.
'L'herpès des parties génitales donne lieu fréquemment à de petites ulcérations très douloureuses et lentes
à cicatriser. A. Fournier recommande de les saupoudrer avec la poudre de calomel.
Le traitement de Veczéma comporte rarement l'emploi des préparations mercurielles. Toutefois , dans l'eczéma chronique et localisé, M. le professeur Hardy emploie volontiers les pommades à l'oxyde rouge au calomel, au i^rotonitrate de mercure, dans la proportion de 0,5 à O.AO centigr. pour 30 gr. d'excipient ; Hébra, contre l'eczéma du mamelon, souvent très tenace, conseille les lotions avec la solution de sublimé à ,4 : Devergie, contre l'eczéma des parties génitales, se sert de la solution de sublimé très étendue (0,10 à 0,15 pour 500 gr. d'eau). M. Guéneau de Mu ssy donne la préférence au calomel à la dose de 1 gramme pour 60 grammes de glycérolé d'amidon.
A la période de déclin de V impétigo, on pourra, d'après l'exemple de Rayer, employer les pommades au calomel, auprotoiodure, au protonitrate et audeutoxyde de mercure. Les lotions de sublimé rendront aussi quelques services, surtout dans les cas tenaces d'impétigo du cuir chevelu.
Le sycosis arthritique réclame l'emploi des mêmes moyens, suivant Rayer, On emploiera les pommades résolutives au précipité blanc, au turbith minéral; dans les cas plus sérieux, on aura recours à l'épilation, suivie de lotions au su])limé. Après la guérison des pustules, il reste souvent des nodosités dures, qui ne se résolvent que très lentement; on pourra, suivant le conseil d'Hébra, cautériser avec une solution très concentrée de sublimé.
Contre les ulcérations qui se montrent souvent dans l'impétigo scrofuleux des enfants, Hardy s'est servi avec succès d'une pommade composée de parties égales de
biiodure de mercure et d'axonge, et appliquée à chaud; il en résulte une cautérisation légère, qui stimule la plaie et hâte souvent sa cautérisation. Dans le même but, E. Vidal a préconisé, sous le nom d'emplâtre rouge, la préparation suivante :
Emplâtre diachylon 20 grammes
Minium 2 gr. 50
Cinabre 1 gr. 50
Dans le psoj^iasis chronique, Rayer a recommandé, comme modificateur local, la pommade au précipité blanc, à h gr. pour 30. La pommade de Rochard, au deutoiodure de mercure mercureux , peut aussi être utile dans le même but ; mais on devra s'en servir avec précaution, car elle produit vite une inflammation excessive. M. Lailler a encore expérimenté la pommade au sul- Ibcyanure de mercure, au 50° et au â5°, et celle à l'iodliydrargyrale de potassium à 1 et 2 pour 100. Ces pommades amènent souvent la disparition de l'éruption, mais beaucoup moins stirement et moins rapidement que l'huile de cade; leur seul avantage est de n'avoir ni couleur ni odeur, et à ce point de vue elles sont quelquefois utiles. Contre les plaques psoriasi({ues du front, qui forment souvent une espèce de couronne à la naissance des cheveux, on pourra employer de légers badigeon nages avec un pinceau imbibé de nitrate acide de mercure ; on aura soin d'absterger promptement avec une boulette de charpie mouillée d'eau froide (Doyon). La ponmiade au turbith minéral, à 1 ou â gr. pour 30, r-épond aux mêmels indications.
Dans les diverses formes de lupus, les topiques mercuriels rendent souvent de grauds services, soit lorsqu'on cherche à modifier la vitalité des parties ulcé-
rèes, soit quand on s'efforce d'amener la résolution des tubercules, soit enfin lorsqu'il s'agit de détruire les tissus dégénérés pour arrêter l'extension du mal.
Contre les lupus ulcéreux torpides, atoniques, à marche lente, M. Lailler emploie communément une pommade ainsi composée :
99 grammes ââ 0,50 centigrammes
-appliquée quotidiennement sur les ulcérations bien débarrassées de leurs croûtes; cette pommade donne lieu à des douleurs assez vives et à une congestion marquée des téguments ; grâce à l'irritation ïoca e qu'elle produit, les bourgeons charnus sont modifiés dans leur vitalité, les surfaces ulcéreuses, souvent grisâtres, fongueuses et indolentes, j)rennent promptement un meilleur aspect et marchent vers la cicatrisation. La même pommade peut être formulée au 50®, au :2y et même au 10^ elle est alors très irritante et il est nécessaire d'en interrompre fréquemment l'emploi.
Dans les cas de lupus tuberculeux non ulcérés, la pommade à l'iodhydrargyrate de potassium joroduit aussi de bons résultats, selon M. Lailler ; elle détermine sur les parties malades une abondante exfoliation épidermique, et entj-aîne souvent la résolution des nodules lupeux en favorisant le travail de résorption interstitielle. Dans les mêmes circonstances, Vidal emploie avec succès l'emplâtre rouge au cinabre, pour hâter la résolution des nodosités et amener la cicatrisation des ulcères.
Enfin le nitrate acide de mercure était autrefois, et est même encore, très usité pour cautériser et détruire les
Axonge
lodure de potassium
Deutoiodure de mercure
lupus qui menacent de s'étendre vers les régions importantes, telles que les yeux par exemple; observons cependant que l'extrême facilité avec laquelle ce corps est absorbé et les accidents d'hydrargyrisme auxquels il donne lieu assez souvent, ont déterminé MM. Hardy, Courty et plusieurs autres obsei-vateurs à y renoncer.
Les ulcérations de la lèpre sont quelquefois modifiées avantageusement par le sublimé en solution faible, mais ce résultat n'est pas constant et il est loin d'égaler ceux qu'on obtient par d'autres topiques, aussi n'en parlons-nous que pour mémoire.
Il est difficile de déterminer quel est exactement le mode d'action des mercuriaux dans les différentes affections que nous venons d'énumérer. La théorie de l'irritation substitutive n'est que renonciation d'un fait. Pourquoi la phlegmasie artificielle guérit-elle la phlegmasie diathésique, spécifique ou traumatique? Nous l'ignorons.
Peut-être faut-il encore soupçonner quelquefois une action parasiticide ? On sait que M. Malassez a trouvé récemment des parasites dans le pityriasis capitis, et l'on peut supposer, d'autre part, sans tomber dans l'application abusive du panspermisme à la pathologie, que, dans les dartres humides, les liquides stagnant sous les croûtes forment un terrain éminemment favorable à la pullulation des vibriouiens, et que les mercuriaux peuvent agir en éloignant cette cause d'irritation.
Il est 23ossible enfin que, dans ces circonstances, ces agents n'agissent pas exclusivement comme topiques, car nous avons vu, et nous sommes revenu sur ce point à plusieurs reprises, qu'ils s'absorbent et agissent sur tout l'organisme, même dans les cas où ils ne sont que momentanément en contact avec le tégument (Gubler).
g 3. — Action dans les maladies des yeux.
Les préparations mercurielles employées comme topic[iies dans le traitement des maladies des yeux paraissent jouir de propriétésparticulièresetdifférentes de celles des autres astringents. L'expérience en pareille matière a fait jusqu'à j^résent plus que la théorie, et l'on sait fort bien que, dans certaines formes de conjonctivite, le sulfate de cuivre, dans d'autres le sous-acétate de plomb, dans d'autres -enfin les mercuriaux présentent une efficacité plus grande, sans que l'on jouisse saisir la raison de ces différences non plus que de celles qui font préférer dans tel ou tel cas donné soit le calomel en poudre, soit l'oxyde rouge, soit l'oxyde jaune de mercure, soit enfin le biiodure ou le deutochlorure.
A mesure que l'on s'éloigne, d'ailleurs, des parties superficielles de l'appareil de la vision, les topiques sont d'un usage plus restreint, l'action des myoticpies ou des mydriatiques est au contraire plus importante, enfin l'intervention opératoire domine le traitement, et relègue au second plan ce que l'on peut appeler le traitement médical. C'est ce qui fera comprendre pourquoi, dans le court résumé qui va suivre et où ont été retracés les principales indications et les modes d'administration les plus importants des mercuriaux dans la thérapeutique des afïections oculaires, nous n'ayons guère à jiasser en revue que le traitement des maladies des paupières et du bord ciliaire, de la conjonctive, de la cornée et enfin de l'iris.
Voici, suivant les maladies qui les réclament, quelles sont les indications principales des composés de mer-
cure, et quelles sont les formules le plus généralement employées dans leur prescription .
Affections iraumatiques de Vœil (Spencer Watson) (1). Quand la cornée est lésée et que la pupille est maintenue dilatée par Tatropine, il suffit d'onctions mercurielles autour de l'œil. S'il y a iritis consécutive à un hypopyon, on donne l'atropine et en même temps un traitement mercuriel interne jusqu'à stomatite légère pour faire cesser les adhérences. Dans le cas de kératite, le mercure doit être abandonné. Spencer Watson rapporte deux cas de guérison par le mercure d'épan-. chements sanguins dans le corps vitré et d'hypopyon traumatique.
Blèpharite pityriasique. — Pour calmer les démangeaisons palpébrales, saupoudrer les bords libres, souvent dans la journée, avec la poudre de calomel porphyrisé.
Blèpharite glandulo-ciliaire. — L'usage des pommades au précipité rouge est utile surtout à l'origine de la maladie, quand les bulbes ciliaires ne sont pas trop altérés et qu'il n'y a pas d'ulcérations trop étendues du bord libre des paupières. Les pommades de Lyon, de Desault, de Régent et d'Arlt, sont des pommades au précipité rouge additionné de doses variables d'acétate de plomb et de camphre (Régent), d'oxyde de zinc (Deval), de précipité blanc (Arlt). Voici deux formules recommandées pour cette pommade qui doit être étendue en couches minces sur le l)ord des joaupières :
Précipité rou.t^c 0,10 centigrammes
Acétate de plomb cristallisé .... 0,05 » / ç,,^^^.^^^^^^^^
Axongc •> grammes i
Huile d'amande douce ô gouttes '
<1) Med. Times and Gaz. Juillet 187G.
Précipité rouge 0,1") centigrammes
Camphre 0,15 >» ■ t-w
^ , > Desmarres
Huile d olives 1 goutte l
Beurre lavé à l'eau chaude 3 grammes ;
Après la disparition OU ratténiiation de la période Inflammatoire, on pourra baigner les paupières avec la solution suivante :
Sublimé 0,05 à 0,10 centicrrammes i ,
„ c,A • Mackenzie
Eau 2'i0 grammes )
Notre ami, M. le docteur Haltenhoff, de Genève, fait grand cas du précipité blanc en pommade dans les blépharites et pour combattre les engorgements des glandes de Meibomius. Il a vu, dans des cas rares il est vrai, des frictions palpébrales produire la diminution et même la résorption des chalazions.
Eczéma des paupières. — Les pommades les plus employées contre cette affection sont les pommades mercLirielles :
Hardy
Axonge 10 grammes \
Protonitrate d'hydrargyre. 0,01 à 0,03 centigrammes \
Calomel 0,25 à 0,50 centigrammes | ^ ,
^, . 1- 1, j Galezowski Glycirule d amidon 10 grammes \
Alopécie des paupières. — On a recommandé, dès le début de cette affection, d'appliquer sur les sourcils malades des compresses trempées dans la solution suivante :