‹ Du mercureChapitre 28 sur 58 · ACTION ANTIPHLOGISTIQUE · texte numérisé non relu

ACTION ANTIPHLOGISTIQUE

§ l*-'''. — Considèraiions prcliminaires.

Nous avons vu que, doimé à haute dose, le mercure et ses composés apportent une perturbation considérable dans la constitution du sang ainsi que dans les actes nutritifs, qu'ils détrinsent les hématies», et que peut-être ils s'opposent à leur régénération; nous avons vu de phis que, par les hypercrinies qu'ils provoquent du côté des glandes salivaires, du côté de l'intestin et du côté de la peau, ils pi'oduisent une spoliation énergi(pie ; on conçoit donc que, par cette action complexe, ils puissent s'opposer à la formation et à l'organisation ultérieure des exsudats plastiques et combattre ainsi les lésions phlegmasiques. En fait, ils sont fréquemment employés

comme mitiplilogistiques, sans que toutefois leur efficacité soit absolument démontrée.

Trousseau allait certainement trop loin quand il écrivait :

<( Les mercuriaux sont considérés comme les anti- 2j]ilogistic[ues les plus puissants que possède la matière médicale, et peut-être leur puissance est-elle plus grande que celle des émissions sanguines. »

Il est probable que, faute de connaître la marche naturelle des phlegmasies aiguës auxquelles on opposait dans tous les cas uiie médication perturbatrice des plus énergiques, on a souvent attriljué aux mercuriaux comme aux autres médicaments antiphlogistiques des guérisons auxquelles ils étaient complètement étrangers. Depuis le jour où l'on a reconnu que la pneumonie peut guérir sans saignée, on est en droit de se demander si les phlegmasies et les adénites ne guériraient pas aussi bien sans les onctions mercurielles qui sont d'un emj^loi banal dans leur traitement. On peut se demander de même si les péricardites, si les pneumonies, si les laryngites, qui ont été traitées par l'emploi du mercure, n'auraient pas suivi la même évolution sans cette intervention thérapeutique. Nous ne voulons, en aucune mesure, nier l'acftion antijohlogistique de notre médicament, mais nous ne croyons j^as qu'on puisse la considérer comme tout à fait certaine.

Il n'y a pas, pour prendre un exemple, de comparaison à établir entre la puissance curative qu'exerce le mercure sur les lésions purement inflammatoires et celle qu'il exerce sur les lésions syphilitiques; autant celle-ci est évidente, autant celle-là est discutable.

On a particulièrement préconisé le traitement mer-

curiel, en dehors des phlei^masies sous- cutanées et des adénites, contre la méningite, la péritonite et l'hépatite.

§ 2 — Action clans la méningite.

Beaucoup de médecins considèrent les méningites, et particulièrement la méningite tuberculeuse, comme des maladies incurables. Bien que l'expérience de la plupart des médecins les porte malheureusement à regarder comme vraie cette désespérante proposition, nous la croyons trop absolue. Un maître dont l'Ecole de Paris regrette la perte récente, Barth, a communiqué, en 1877, à la Société clinique un fait dans lequel la guérisonest survenue et s'est maintenue; quelques faits analogues ont été signalés dans ces derniers temps; or, dans la plupart de ces cas, on avait employé le calomel. Notre excellent maître, M. Archambault, dit([u'ilavuplusieurs fois une amélioration se produire sous l'influence de ce médicament. C'est donc au mercure qu'il faut encore s'adresser de préférence dans cette affection, sans se faire d'illusion sur les résultats qu'il pourra donner.

Dans la méningite aiguë, les mercuriaux ont été j^réconisés par Gœlis, Abercroml^ie et Guersant.

Les frictions mercurielles et le calomel ont encore été employés sans succès par MM. Tourdes et Forget à Strasbourg et par M. Lévy, à Paris, dans la méningite cérébro-spinale. Ziemssen prescrit, dans cette maladie, des frictions avec 3 grammes d'onguent gris, renouvelées deux fois par jour.

§ 3. — Action clans la péritonite.

C'est surtout Velpeau qui a préconisé la médication

par les inercLirianx dans la péril onite, et notamment dans la péritonite pnerpérale; avant lui, Vandezande avait employé le ealomel et les frictions ; Laennec les avait prescrits dans la péritonite chronique ; Cliaussier les avait essayés, mais ti-oj) timidenienl. Velpeau se proposa de mettre le sang, en peu d'heures, dans des conditions telles qu'il devînt impropre à l'ournir les éléments d'une phlegmasie grave ; dans ce but il prescrivit le mercure; à des doses énormes, et sous toutes les formes ; il donnait en même temps du ealomel et des frictions sur le ventre et les cuisses, avec 30 à 00 gr. d'onguent, mercuriel. Trousseau alla jusqu'aux doses de 100 et de 150 gr. en vingt-quatre heures, et Paul Dubois osa atteindre celles de 500 et de 750 grammes. Une pareille médication, justifiée par l'imminence du danger, produisait une intoxication mercurielle violente et rapide (lésions graves de la bouche, éruptions eczémateuses intenses, gangrènes); aussi Trousseau lui préféra-t-il la méthode de Law, et il annonça qu'en donnant le ealomel à petites doses fréquemment répétées, il ol)tenait les mêmes résultats qu'avec les frictions.

§ h. — Action dans les JtcpatKcs.

Ce n'est plus du mercure et des mercui'iaux en g(*néral que nous avons à parler dans ce paragraphe, mais seulement du ealomel. Ce médicament a été en effet considéré pendant longtemps, surtout en Angleterre et dans l'Inde, connue héroïque contre les phlegmasies hépa- (iques, et sa vieille réputation, bien (pic très ébranlée, résiste encore aux attaques ([ui de toutes parts sont dirigées contre lui.

C'est Annesley qui a posé les rèi^les de son emploi dans l'hépatite, affection rare dans nos climats, Iré- ({uente, au contraire, et très grave dans les pays intertropicaux. Après lui, l'immense majorité des médecins de rinde se conforma aux principes (pi'il avait établis ; aussi croyons-nous devoir indique? ici (pjielle a été sa pratique :

Dans son livre, il recommande de donner le calomel à dose élevée, jusqu'à salivation, et d'en suspendre ensuite l'emploi ; il insiste beaucoup sur ce mode d'administration ; d'après lui, en donnant le merciu'c à doses fractionnées, on entretient dans le foie un état d'inflammation subaiguë qui peut se terminer par un abcès.

« Nous croyons, au contraire, ajoute-t-il, que l'ac- » tion complète des mercuriaux étant amenée rapide- » ment et le ptyalisme devenant abondant, il se prodidt » une dérivation sur la bouche et l'appareil salivaire; on » voit alors l'affection du foie s'amender et les fonctions » de l'organe revenir à leur état normal. Nous croyons » qu'il résulte souvent beaucoup d'inconvénients de » l'halîitude de donner des doses trop fréquentes de ca- » lomel, dans l'intention de produire les effets consti- » tutionnels du mercure. On amène ainsi une plus » grande irritation du tuhc digestif, et on obtient plus » lentement un résultat. On donne, somme toute, plus )' de calomel, en l'administrant par cinq grains toutes y> les trois ou quatre heures qu'en prescrivant une dose » de .^0 grains seulement , au moment (hi coucher ; » cette dernière dose agit sur l'estomac comme un sé- » datif, tandis que des doses phis petites augmentent » l'irritaljilité de ce viscère quand elh^ existe, et sou- » vent la produisent quand elle n'existait pas. »

Quand il se produit des troubles intestinaux très ac-

cusés dans le cours cle la maladie, le calomel peut être associé à 1 ou 2 grains d'opium et à autant de poudre d'ipéca ou à une potion calmante.

Outre son acdon locale, Annesley attribue au calomel une action générale. Il pense que la production des effets constitutionnels du mercure est un fait favorable à la prom^Dte guérison de la maladie. Mais continuer, alors que les sécrétions sont revenues à leur état normal et que les symptômes morbides ont disparu, à donner l^s mercuriaux, ce serait s'exposer, d'après lui, à une rechute.

Quand l'usage du calomel a provoqué la sensibilité des gencives, il faut, toujours d'après Annesley, s'arrêter, à moins que la persistance des symptômes n'indique la nécessité d'aller jusqu'à la salivation. Si, par exemple, les selles et les sécrétions gardent leurs caractères morbides, s'il reste quelque trouble du côté du foie ou de l'abdomen, si la langue n'est pas normale et si l'habitus du patient est jaune et maladif, on doit continuer la médication pendant quatre ou cinq jours, puis l'abandonner si l'amélioration ne se produit pas. On peut hâter la salivation en associant aux mercuriaux des préparations antimoniées qui en facilitent les effets spécifiques, spécialement après les évacuations sanguines.

Ce qui a été dit jusqu'ici s'applique plus spécialement aux formes les plus aiguës de l'inflammation hépatique. Dans les formes subaiguës, on ne donnera le mercure jusqu'à salivation que si elles ont une longue durée ou si elles ont été précédées d'attaques antérieures.

La méthode d'Annesley, plus ou moins modifiée, est encore généralement employée dans l'Inde ; nous devons dire cependant que, depuis quelques années, une

réilction se produit, à tort ou à raison, contre le calomel ; son action cholagogue est, comme nous l'avons vu, mise en doute, et son efficacité dans les inllammamations de cet organe commence également à être contestée.

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