ACTION CAUSTIQUE
Deux sels de mercure servent à pratiquer la cautérisation potentielle, ce sont le sublimé corrosif et le nitrate acide de mercure.
Lorsque le chirurgien ne se propose pour but que la destruction des parties, il n'a garde de recourir à ces agents dont l'action est douloureuse et mal circonscrite en même temps qu'elle fait courir aux malades les dangers d'une intoxication aiguë ; en fait, ils ne sont plus employés que contre les ulcérations syphilitiques, la gangrène et la pustule maligne ; ce sont les seules lésions contre lesquelles la pratique médicale en ait maintenu l'emploi, malgré les répugnances des chirurgiens qui voient dans le fer rouge un moyen beaucoup plus rapide et plus sûr de détruire le mal. Or, il nous semble qu'il y a dans ce fait même une indication relative au mode d'action des caustiques mercuriels.
Si on continue à les employer contre les lésions que nous venons d'énumérer, c'est sans doute qu'ils les guéris-
sent mieux que les autres, c'est qu'ils n'ont pas seulement pour effet de détruire les parties, mais qu'ils exercent une action spéciale sur des produits spéciaux, c'est qu'ils s'attaquent en un mot à la nature même du mal.
Nous avons vu plusieurs fois des ulcérations syphilitiques rebelles, persistant depuis longtemps malgré le traitement général et les cautérisations avec le nitrate d'argent, disparaître ai)rès une ou deux cautérisations par le nitrate acide de mercure. Il v a donc là une action toute spéciale
Il en est de même dans la gangrène de la bouclu; où le traitement par les caustiques mercuriels est un de ceux qui réussissent le mieux à enrayer les progrès du mal.
Ici encore on peut invoquer une action spéciale, sans doute sur les agents de la fermentation septique, (pii paraissent contribuer puissamment à la propagation de la gangrène.
Il en est de même enfin dans la pustule maligne. vSi, à Paris, on la traite le plus souvent par le fer rouge, il n'en est de même dans les campagnes où on la combat surtout par les caustiques au sublimé. Or, tandis qu'il n'est i)as rare de voir à Paris les malades succomber malgré l'emploi du fer rouge aux progrès de cette redoutable affection, nous voyons, au contraire, M. ÏMissa,de Nanteuil-le-Haudoin , déclarer que, surplus de trois cents cas, son caustique à base de sublimé n'a échoué que deux fois , dans laBeauce, d'après M. Salnion, de Chartres, le sublimé jouit de la réputation la plus étendue; enfin, nos excellents confrères, les doctcHirs Foucart et Crouzet, de Pont-Sainte-Maxence, nous ont assuré qu'il en est de même dans l'Oise et les départements voisins, et qu'ils ont eu eux-mêmes à se louer de son usage.
A'oici (jiiels sont les deux principaux modes d'emploi:
A . On t'a] jriqiie de petits emplâtres de diacliylon cle la dimension d'une pièce de :2 francs; on incorpore à la j)àt(^ (Mnplastique du sublimé eu assez grande? quantité, (.'t on saupoudre en outre l'emplâtre de sublimé au moment de ra] )plif[uer sur la peau. Au bout de six heures, on enlève l'emplâtre, et on le remplace par un autre emplâtre i)lus chargé encore de deutochlorure de mercure, qu'on laisse appliqué douze heures sur la' région malade (procédé de M. Montagnier, de Gallardon).
1). On incise crucialement la pustule jusqu'à ce que rincision ait pénétré dans les tissus sains ; puis on excise avec des ciseaux courbes les quatre angles qui résultent de la double incision, et, sur la perte de substance cupuliforme ainsi creusée dans le vif, on dépose un petit amas de sublimé pulvérulent qui en comble éntièrement la cavité. On conseille, dans certains livres, de laisser vingt-quatre heures le sublimé en place; mais il paraît certain que quehpies instants, une (lemi-heure au plus, suffisent dans ces conditions pour obtenir une cautérisation très profonde, et qui, dans tous les cas, amène la destruction du fover infectieux, si l'excision de la pustule a été largement pratiquée.
Quand la cautérisation a été bien faite, on obtient une escarre dure et sèche, qui, dès le deuxième jour, est délimitée des parties saines par une ligne de démarcation bien nette, que forme un sillon baigné de suppuration. Cette apparition de la suppuration indique d'une manière certaine que le virus charbonneux est détruit , les lésions charbonneuses étant en (juelque sorte incompatibles avec elle. ^Vutour de ce sillon de démar- •cation est une zone où l'on observe les phénomènes
de réaction inflammatoire qui se produisent autour des escarres de bonne nature.
Il nous paraît démontré, par l'ensemble de ces faits, que les caustiques mercuriels, dans les affections dont nous venons de parler, n'ont pas seulement une action banale, mais ({u'ils s'attaquent à la cause même du mal, c'est-à-dire vraisemblablement dans la pustule malic;ne et le charbon aux bactéridies et aux vibrioniens. On a tellement abusé du parasitisme , dans ces derniers temps, que l'on est tenté, par une réaction bien légitime, de leur refuser toute influence ; ce serait commettre, en sens inverse, une erreur aussi grave.