‹ Du mercureChapitre 8 sur 58 · A. FOURNIER · texte numérisé non relu

A. FOURNIER

Quel est Fauteur qui, le premier, a indiqué Tusage du mercure dans le traitement de la syphilis ? Fallope voulait que ce fût Berenger ue Carpi, dont les écrits remontent à 1518; AsTRuc le conteste; il montre que, dès IhdS, Conrad Gilini, et dès l/i97, Gaspar Torella, préconisaient ou blâmaient l'emploi des onguents mercuriels, et il ajoute : « Primus tamen qui ad debellandum trucu- » lentumhocmalum... mercuriousus est, videtur fuisse » Jo. Widmann, seu de Salicet" ». La plupart des auteurs se rangent à son opinion; elle n'est cependant pas exacte, car M. Bouchard a trouvé tout dernièrement (communication orale) que, dès lJi95, AIarcellus Cu- MANus recommandait un onguent ainsi compose :

2c Avgcnti vivi cxtincti cum saliu — cerus. loli 15 gr.

Amygcl. excort. musil. in icque ros '\~) —

Lithar. loti 15 —

» Mêlez dans un mortier, en forme de liniment, et » faites l'onction superficiellement sur la partie, renou- » velez-la souvent et le mal guérira. »

Une autre erreur a été souvent commise et doit être relevée : on a dit que le mercure avait été d'abord exclusivement employé dans le traitement de la syphilis par des charlatans et des vendeurs d'orviétan.

M. Després, dans son réquisitoire contre le mercure, s'approprie cette opinion et cite à l'appui le passage suivant de Fracastor : « Les préparations mercurielles

» furent introduites dans la thérapeutique du mal fran- » eais par de misérables emi)iriques. »

Pour réduire à néant l'assertion de Fracastor, il suffit de considérer que les auteurs dont nous venons de citer les noms comme ayant les premiers parlé du mercure écrivaient au moment même, pour ainsi dire, où la maladie s'est manifestée pour- la première ibis , et que ces auteurs n'étaient rien moins que des charlatans. Marcellus Cumanus assistait au siège de Novare (liiOij) en qualité de médecin de l'armée vénitienne ; et JoHANNis WiDMAN cst qualifié de clarissimiis medicinariim docior. En réalité, il est probable que les onguents usités depuis longtemps dans le traitement de la gale, et connus de tous, ont été essayés concurremment dans le traitement delà syphilis par les empiriques et par les médecins, timidement et avec réserve par ceuxci, brutalement par ceux-là.

On connaît dès lors les dangers du mercure et l'on s'eflbrce de les éviter. On l'administre sous trois formes : les onguents, les emplâtres et les fumigations.

Frictions. — « L'ne ou deux fois par jour, suivant les )) cas , dit Jean de Vioo , on frictionne avec ledit » onguent les bras et les jamljesdu malade. On continue » ce traitement sans interruption, jusqu'à ce que les » dents commencent à s'ai;acer et à devenir doulou- » reuses, symjîtôme qui sert d'indice pour suspendre » l'emploi du remède.

» Il se produit à ce moment un écoulement de pituite » qui sort des gencives et des tissus avoisinants. T^ar- » fois aussi il se développe dans la bouche, sous l'in- » fluence de cette salivation al)ondante, des ulcérations » véritables qui communiquent à l'haleine une notable

— lU —

» fétidité. Ces derniers symptômes réclament de la )) part du médecin une surveillance attentive et minu- » tieuse. Tant que dure le flux pituiteux de la bouche, » il faut exiger que le malade se confine dans un milieu » à température élevée. Lorsque s'établit l'écoulement » salivaire, on aura garde de prescrire des médicaments » styptiques, dont l'action répercussive courrait risque » de refouler à l'intérieur du corps l'humeur morbide » qui tend à s'éliminer par la bouche. On se contentera, » pour une semaine, d'administrer des gargarismes » tempérants, adoucissants et légèrement détersifs. »

(Traduction de A. Fournier.)

J. de Vigo, conformément aux idées humorales qui régnaient de son temps, croyait que la salivation servait à éliminer l'humeur- morbide, et il la considérait comme utile, tout en s'efîbrçant de la modérer.

Jacques de Bethencourt, dont nous devons également la traduction à la plume élégante de M. A. Fournier, entre dans des détails encore plus minutieux, relativement au traitement adjuvant de la cause :

« Le traitement parle mercure doit être institué de la manière suivante.

» Comme préparation à la cure, il faut tout d'abord évacuer l'estomac, le foie, les premières voies et les intestins. Non pas que les superfluités . de ces organes soient les germes et la cause de la nmladie ; mais, sans cette précaution préalable, le traitement serait plus difficile.. Cette évacuation est surtout nécessaire dans le cas où la cause humorale de l'éruption, des tumeurs, des ulcères ou des douleurs, dérive des organes précités.

» Ct la fait, le malade sera placé dans une chambre bien

défendue contre le froid, dans laquelle on entretiendra un feu permanent avec des bois de bonne qualité.... Autant que possible, du reste, on aura soin de choisir pour commencer cette cure un temps doux ou légèrement chaud...

» Chaque jour, à quatre heures du matin, le malade sera frictionné doucement, sur les bras et les cuisses, avec un onguent mercuriel, et cette friction sera faite devant le feu.

» Il déjeunera à dix ou onze heures.

» Il dînera à cinq heures de l'après-midi .

» A neuf heures du soir, il sera frictionné de nouveau, de la même manière et avec les mêmes précautions que la première fois.

» A la suite de chaque friction, il se couchera et essayera de provoquer une forte sudation en s'enveloppant de couvertures . »

Les emplâtres .étaient appliqués souvent sur de vastes surfaces, de manière à produire la salivation; le plus célèbre était celui de Jean de Vigo, dans lequel entraient des grenouilles vivantes, de la graisse de vipère et une foule d'autres ingrédients, en même temps que du mercure. Les vieux auteurs n'ignoraient pas que la plupart de ces substances étaient inertes, car l'un d'eux dit expressément : « C'est le mercure, le mercure seul qui agit. »

Les /'iimj^/ai/o/î.s sont moins souvent prescrites 2^ar les médecins; mais il ne faut pas croire cependant qu'elles fussent, comme on l'a dit, employées exclusivement par les empiriques, car, en 1502, Jacques Cata- NÉE, de Lacu-Marcino, egregius medicinœ docior, les recommande, et dit qu'il leur a vu produire des effets merveilleux.

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