‹ Du microscope, au point de vue de ses applications à la connaissance et au traitement des maladies chirurgicalesChapitre 14 sur 22 · I. — Production |)ntliologi<iue de tissu* élémentaires · texte numérisé non relu

I. — Production |)ntliologi<iue de tissu* élémentaires

Je me suis déjà occupé , dans une autre partie de ce travail, de la régénération des tissus élémentaires, envisagée comme acte morbide ; mais cette régénération n’ayant pas lieu pour certains de ces tissus , qui peuvent cependant se produire pathologiquement , il est nécessaire d’y revenir en quelques mots.

Les formations pathologiques de tissus élémentaires peuvent être divisées en deux ordres : celles qui sont parfaitement organisées et ressemblent aux tissus normaux, et celles qui ne jouissent que d’une organisation incomplète.

i. — Formations incomplètement organisées.

« A l’ouverture des corps on rencontre très-souvent des pseudo-morphoses solides qui, sans appartenir à la classe des concrétions , n’offrent cependant au microscope aucune trace d’organisation. On leur donne, suivant les circonstances, des noms très-divers, tels qu’exsudation solide, lymphe coagulée, fausses membranes récentes, etc. Ce qui les caractérise , c’est qu’au microscope elles se montrent parfaitement amorphes ' . »

Ces pseudo-morphoses sont extrêmement communes , et on peut les rencontrer dans toutes les parties du corps sans exception ; on les trouve à la surface des membranes , surtout des séreuses, ou dans les parenchymes, dans lesquels elles occasionnent des épaississements de tissus , des

1 Vogel ; Traité (l'anat. patli. cjénér., pag. 153.

hypertrophies incomplètes ou des tumeurs. « Il arrive souvent, lorsqu’elles forment des tumeurs isolées, qu’on les prend pour des tubercules ; et une bonne moitié des productions classées sous ce nom doit être rangée ici , particularité qui mérite de fixer l’attention * . »

il. — Formations complètement organisées.

Dans cet ordre de formations nouvelles, nous trouvons presque tous les tissus de l’économie. On peut les observer sous forme de régénération , sous forme hypertrophique, ou sous forme de tumeurs.

1° Le tissu cellulaire se produit avec une grande facilité, tantôt sous forme de cicatrice , tantôt sous forme d’hypertrophie ou même sous celle de tumeurs. Il succède souvent aux fausses membranes.

2° Le tissu fibreux qui , sous le rapport histologique , ressemble au tissu cellulaire , ne diffère pas non plus de ce dernier, quant à son mode de formation , lorsqu’il vient à se développer par suite d’un travail pathologique.

3° Quant aux vaisseaux , nous savons la différence d’opinion qui existe au sujet de leur mode de formation; les uns les considérant comme une émanation des vaisseaux anciens , tandis que les autres les regardent comme des produits entièrement nouveaux. Quelle que soit l’interprétation,

1 Vogel; Traité d'anat. patli. gén., pag. 154. — Je crois devoir avertir le lecteur que presque tous les détails micrographiques qui suivent sont puisés dans l’ouvrage de Vogel, à qui je n’ai pas cru pouvoir mieux faire que de les emprunter.

le fait n’en est pas moins réel. Il en est de même pour la formation du sang dans les fausses membranes.

4° La production accidentelle de graisse et de tissu adipeux peut avoir lieu dans plusieurs circonstances. Tantôt elle consiste simplement en une augmentation de la graisse normale, et constitue la polysarcie; d’autres fois elle forme un tissu adipeux anormal, comme dans la dégénérescence graisseuse des reins , des muscles, etc.; ou bien, enfin, elle se montre sous forme de tumeurs constituées , soit par du tissu adipeux seul , comme le lipome ; soit par une association de ce tissu avec le tissu cellulaire, comme le stèatôme. Toutes ces formations ont pour caractère commun que la graisse est renfermée dans des cellules propres , plus ou moins semblables à celles du tissu adipeux normal. Dans d’autres cas , la graisse , accidentellement produite, est libre et se montre sous forme de gouttelettes répandues au milieu d’autres tissus.

5° J’ai dit précédemment que le tissu musculaire détruit ne se régénérait jamais. Ce fait est d’une généralité jusqu’ici sans exception ; mais cela n’empêche pas que ce tissu ne puisse se former accidentellement ; c’est , en effet , ce qui a lieu. On sait que, dans l’état normal, les fibres musculaires sont distinguées en celles de relation , striées en travers , et en celles de la vie organique, qui sont lisses ou non striées. L’examen microscopique démontre que les premières ne se forment accidentellement que dans les hypertrophies ; au lieu que les autres peuvent, de plus, constituer des tumeurs particulières , auxquelles on donne le nom de fibroïdcs. Elles se rencontrent surtout dans la substance de

la matrice , dans la tunique musculaire de l’estomac et du canal intestinal (Vogel).

6° La formation accidentelle de pigment grenu , ou mélanose, s’observe très-souvent dans l’organisme. 11 en résulte tantôt des taches, tantôt des infiltrations, des tumeurs, etc. Dans quelques cas , le nouveau pigment consiste en de véritables cellules, analogues à celles du pigment normal; dans d’autres circonstances , il ne paraît pas organisé. M. Yogel admet trois espèces de pigment , dont la première , formée de cellules, est appelée par lui vraie mèlanose, et dont les autres, réunies sous le nom de fausse mèlanose, proviennent : l’une d’une altération del’hématine à la suite d’une décomposition du sang, et l’autre d’une 'formation du sulfure de fer sur les parois de certains abcès fétides, etc.

7° Le tissu nerveux se reproduit après la section des nerfs ; cela est aujourd’hui incontestable. Cette formation nouvelle se réduit à une production de fibres nerveuses. Elle s’accomplit d’une manière lente et généralement tardive et n’a jamais été observée en dehors d’un acte de réparation. Les myélocytes sont cependant considérés comme des productions du système nerveux.

8° La formation pathologique du tissu cartilagineux offre une particularité qui est l’inverse de celle que nous venons de signaler dans le tissu nerveux ; en effet, le véritable cartilage ne se régénère pas ; les pertes qu’il peut éprouver, ou les lésions traumatiques dont il est le siège , sont réparées, non par de la substance cartilagineuse, mais par du tissu cellulaire. Par contre, la formation pathologique de substance cartilagineuse nouvelle , donne lieu à des tu-

meurs particulières connues sous le nom d’ cnchondr ornes ; ou bien elle précède les formations osseuses accidentelles.

9° La production de tissu osseux accidentel est un phénomène qui se montre souvent. On l’observe, tantôt comme régénération d’os détruits ou brisés , tantôt comme hypertrophie d’os normaux, comme ossification de cartilages , ou enfin comme formation de tumeurs osseuses absolument nouvelles. Les procédés morbides qui, dans tous ces cas, président à cette ossification accidentelle, sont absolument les mêmes que ceux de l’ossification normale.

Page 1