II. ANIMAUX
Forcé par les limites de temps qui me sont imposées de faire un choix parmi les nombreux organes des animaux dont le microscope a [)ermis de pénétrer l’organisation intime, je me suis décidé pour les globules du sang. Deux motifs m’ont déterminé : le premier, c’est que leur découverte est une des plus belles conquêtes du microscope; le second, c’est qu’il y a plus d’analogie qu’on ne le suppose généralement entre un globule sanguin et une utricule végétale. Le globule vit isolément comme l’utricule; comme elle, il paraît se composer d’une enveloppe et d’un contenu; comme elle enfin, il contribue à l’accroissement de l’être auquel il appartient.
Depuis Malpighi (1) qui reconnut leur existence jusqu’à ces derniei's temps, le microscope a éclairci plusieurs points de leur histoire, quoi-
(1) De omento et adiposis ductibuf ; Opéra onmia, 1668, p. 42.
que les savants ne soient d’accord ni sur la forme ni sur la structure de ces globules dans les différents animaux.
1“ Grandeur. — Le diamètre de ceux de l’homme, qui sont dans la catégorie des plus petits, a été estimé entre — de ligne (1) et (2). La moyenne des mesures indiquées par les observateurs depuis l’année 1821 donne environ de ligne. N’oublions pas que les globules sanguins d’un animal n’ont pas tous la même grandeur, et que l’adop^ tion d’une moyenne est par conséquent très-légitime. La salamandre aquatique est de tous les animaux examinés jusqu’ici celui dont les globules sont les plus gros. Leur grand diamètre est d’j^ de mill. suivant MM. Prévost et Dumas (3), et de jV fie millim. d’après M. Mandl, auquel on doit le travail le plus récent sur ce sujet (4).
2" Forme. — On sait maintenant que l’eau modifie la forme des globules sanguins en dissolvant une partie de leur substance. Si donc on ne veut pas examiner le sang tel qu’il sort du vaisseau qui le fournit, il faut l’étendre avec une dissolution de sous-carbonate de soude, de sel marin , d’ammoniaque, de sucre, ou mieux encore avec du sérum de sang de grenouille passé à travers un filtre (5). Dans tous les mammifères, les globules du sang sont circulaires, excepté dans le Dromadaire et l’Alpaca (6). Ils sont, au contraire, elliptiques dans les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons. Si on est d’accord sur pes faits généraux, on ne l’est pas sur les particularités de la forme des globules. Voyons
(1) Leuwenhoeck, 1673.
: (2) DellaTorre, 1769.
(3) Examen du sang et de son action dans les divers phénomènes de la vie ; Biblioih. univ. de Genève, i. xvil, 182t.
(4) Mémoire sur les parties microscopiques du sang, 1838, p. 17.
(5) J. Millier, Handbuch der Physiologie des Menschen, t. i, p. 112. ' ’
(6) Mandl, Comptes rendus de l'Institut, 17 décembre 1838.
d’abord les différentes opinions que les auteurs ont émises sur ceux .de la grenouille etde la salamandre, qui sont les plus visibles de tous. Pour ne citer que les modernes : MM. Prévost et Dumas, Wagner (1), Milne- Edwards (2) et Turpin admettent un renflement central. Müllerles considère comme sensiblement plats; enfin, Young (3), Hodgkin et Lister (4), et M. Dujardin (5), comme légèrement concaves. Ce dernier, en les étudiant avec son mode d’illumination, se fonde sur les apparences suivantes: Si le globule, dit-il, était convexe, il faudrait éloigner l’objectif pour voir le centre du globule plus lumineux que le champ du microscope; s’il était à faces planes, dans aucun cas le centre ne serait plus lumineux que le champ de l’instrument; nîais le globule étant légèrement biconcave, il faut rapprocher l’objectif pour voir le centi'c lumineux. Peut-être les différentes apparences signalées par les auteurs sont-elles toutes réelles; car il est probable que les globules subissent des modifications dès qu’ils sont sortis des vaisseaux sanguins.
Les globules du sang ont-ils un noyau central? Même divergence sur cette question. Quelques-uns nient l’existënce de ce noyau dans le globule vivant , et le regardent comme un produit de la coagulation de la fibrine: tels sont Blumenbach , de Blainville, Weber (6), Wagnei’, Dujardin , Mandl , et Donné (7). Celui-ci va plus loin : il considère le noyau qu’on observe d’une manière incontestable dans les g'o!)u!cs des Batraciens comme l’anaJogue du globule sanguin de l’hoa.me. Hewson (8),Ev. Home (9), Prévost et Dumas, ainsi que Müller, admet-
(1) Zur vergleichendcn Physiologie des Blutes^ 1834.
(2) Bulletin^ soc. philomat., 14 janvier 1837.-
(3) Introduction to the medical littérature , 1813.
(4) Philosophical magazine, 1827.
(5) Bull. soc. philomat. (loc. cit.).
(6) }i\\Aehrainàt^ , Anatomie des Menschen , 1830.
(7) Recherches sur les globules du sang, thèse n° 8, t831.
(8) Experimental inquiries. Philos, trans., 1773.
(9) Philosophical transactions, 1818.
tent un noyau central auquel la matière colorante sert d’enveloppe. Celui-ci ayant versé du sang sur le porte-objet d’un naicroscope de Frauenhofer, le mit en contact avec une goutte d’acide acétique, et vit la matière colorante disparaître; toutefois un contour incolore et très-fin dessinait encore la forme du globule sanguin. Cette expérience est d’accord avec les idées de MM. Mandl et Donné, qui admettent que la matière colorante est simplement déposée dans la trame des globules. M. Turpin a bien voulu me faire voir des dessins représentant les globules sanguins de la grenouille, grossis 260 fois. On reconnaît que le noyau est tantôt central , tantôt périphérique , et se compose de granules qu’on peut faire sortir du globule en pressant le sang entre deux lames de verre bien planes. 11 résulte de tous ces faits que si le globule sanguin ne saurait être assimilé complètement à l’utricule végétale isolée, il est du moins de tous les organes propres aux animaux celui qui s’en rapproche le plus, et l’analogie que nous avons établie est aussi marquée qu’elle peut l’être, quand il s’agit d’organismes aussi éloignés les uns des autres dans la hiérarchie de la création.