‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 39 sur 77 · PART1F · texte numérisé non relu

PART1F

•22t) DES MOYBMS UleXPLOBAÏIO* EN ANaToMII: GÉNÉRALE.

de leur côté. Quand il s'a gi l d'un tissu pathologique, des éléments nouveaux s'ajoutent aux précédents : or, |e microscope montre que leur composition chimique diffère de celle des éléments normaux, sans pouvoir en préciser la nature ; ce sont donc encore des causes d'erreurs qui s'ajoutent aux précédenles.

218. Ces remarques ne tendent pas à montrer que les analyses des liquides et des tissus que nous possédons soient inutiles ; mais elles montrent qu'elles n'ont qu'une valeur relative et temporaire. Elles ne donnent que des résultats encore susceptibles d'utilité pratique et aussi jusqu'à présent peu utilisés ; elles peuvent cependant le devenir bien davantage, comme on peut en juger d'après l'analyse chimique des tissus végétaux qui, étant plus simples , ont conduit naturellement les premiers à des résultats plus précis.

Ainsi, quand les analomisles feront , comme les botanistes , une séparation préalable des éléments d'une constitution physique différente , pour les analyser séparément et non en masse , ils obtiendront comme eux des résultats beaucoup plus utiles à la physiologie et à la pathologie que ne sont encore les analyses des chimistes modernes. La plus grande complexité des tissus et des humeurs animales s'opposera du reste toujours à ce qu'on obtienne des résultats aussi précis que ceux que donnent les analyses des plantes, et surtout rendra les procédés plus longs et plus difficiles.

219. Une cause qui s'ajoute encore à celle qui vient du peu de soin que les analomist.es donnent à leur éducation chimique, et s'oppose à ce que les médecins tirent de l'analyse des parties du corps humain tous les avantages qu'on peut en obtenir, c'est la confiance

K.MHLUI DILS MOYENS CHIMIQUES, ïil

av<ie latjiielle les chiniistes oui fait l'analyse des liquide* smioiil, sans tenir assez de compte des conditions dnns lesquelles ils ontété produits. Aussi la plupart des analyses du suc pancréatique, par exemple, ainsi que l'a montré M. Cl. Bernard, ont été faites sur un liquide obtenu dans des conditions pathologiques, et ne pouvant plus émulsionner les matières grasses, tandis qu'il les émnlsionne quand on le recueille en l'obtenant 6ans déterminer l'inflammation du pancréas.

L'analyse de la salive buccale est l'analyse d'un liquide très complexe, contenant le produit de la parotide, de la glande sous-maxillaire, etc., fournissant chacune un liquide de propriétés très différentes, plus des cellules épithéliales et ordinairement chez l'homme des globules de pus, dits globules muqueux. Les analyses du sperme sont dans le même cas , parce que le liquide prostatique et celui des vésicules séminales sont très différents l'un de l'autre.

Là encore les chimistes ont envahi le domaine de Tanatomie, sans s'appuyer sur des notions physiologiques indispensables à connaître pour arriver à des résultats utilisables. Ou plutôt ce sont les anatomistes qui, par cela seul que les moyens à employer sont différents de ceux mis en usage jusqu'alors , et sont particulièrement employés par les chimistes, oui négligé jusqu'à présent l'étude chimique des tissus , et principalement des liquides, comme si ce n'était pas là des parties du corps humain qu'ils doivent étudier comme les autres.

Enfin, pour achever de montrer la nécessité d'avoir constamment pour guide les notions physiologiques et l'analyse mécanique, ou analomique proprement dite,

les plus précises, dans toutes les analyses chimiques, il sn#t de signaler quelques faits analogues aux précédents, relatifs au sang. Depuis qu'on sait que le sang de la veine rénale ne renferme pas de fibrine spontanément coagulable, que celui de la veine porte diffère de celui des autres veines, etc., on comprend facilement que les analyses du sang à l'état pathologique ne sont applicables qu'au sang veineux de l'avant-bras, mais nullement aux autres veines. Par conséquent on ne sait pas encore quelle est réellement l'altération que subit le sang dans un grand nombre d'affections de certains organes, comme le rein, le foie, l'intestin, etc. C'est la pathologie comparée qui surtout viendra nous prêter secours, dans les cas assez nombreux où les animaux sont atteints d'affections semblables à celles de l'homme, en permettant de les tuer à telle période qu'on voudra par la saignée de veines, dont la lésion entraîne la mort cbez l'homme.

220. L'emploi des agents chimiques est très utile pour l'élude des tissus considérés en masse, à cause de leurs diverses propriétés, et sert à les distinguer entre eux Quant aux éléments anatomiques, il serait inutile de revenir sur ce qui a été dit à propos de l'emploi des réactifs sous le microscope.

Ainsi il faut d'abord essayer sur eux l'action de l'eau, de l'alcool; celle de l'éther, de l'essence de térébenthine, lorsqu'il s'agit du tissu renfermant de la graisse.

L'action de la soude, de la potasse et de l'ammoniaque, celle de leurs carbonates étudiée dans les divers tissus, surtout comparativement à celle des acides, conduit à d'importants résultats, en ce qu'elles durcissent certains tissus et en ramollissent d'autres inat-

EMPLOI ItliS MOYENS CHIMIQUES, 2*29

taquables par les acides, l'acétique , par exemple.

L'acide nitrique, surtout, étendu , sert fréquemment à distinguer, par exemple, ce qui dans un nerf ou un muscle est tissu nerveux proprement dit, ou tissu musculaire et tissu cellulaire, parce qu'il gonfle et ramollit ce dernier, durcit et coagule les autres, dont il fait ressortir les fibres et la direction de leurs faisceaux.

Dans beaucoup d'autres circonstances, il sert, comme l'acide chlorbydrique, à débarrasser les tissus des substances salines qui lesincrustenl et laissent la susblance organique à nu. L'acide chlorhydrique pur ramollit en pulpe presque tous les tissus, et ne peut pas être employé aussi utilement que l'acide nitrique.

Ce dernier sert aussi à démontrer si un liquide renfer me la matière colorante de la bile , même en petite quantité, par la propriété qu'il a de la faire passer successivement par les teintes verte, bleue et rougeâtre; puis, à la longue, brune. On peut obtenir celle réaction d'une manière très nette, même sous le microscope, sur le liquide contenu entre deux plaques de verre.

L'acide sullurique racornit et détruit presque tous les tissus; étendu, il gonfle le tissu cellulaire, les muscles, etc., il durcit un peu les nerfs. L'acétide acétique gonfle et dissout le tissu cellulaire et les muscles, il gonfle aussi les membranes des artères; mais c'est surtout pour l'élude des éléments analomiques, par la netteté avec laquelle il dissout les uns ou les rend transparents, et laisse les autres intacts, comme les épîihéliums, les culs-de sac glandulaires, les lubes nerveux les capillaires, etc., qu'il est utile à employer.

L'acide cliromique esl utile pour l'élude de quelques

2T)U l>ES MOYENS DEXI'LOHATION EN ANATOM1E (iÉNÉRALK.

tissus spéciaux qu'il durcit, comme les humeurs de l'œil, par exemple.

Ou peut joindre aux caractères précédents , ceux qu'on peut tirer, d'une part, des différences d'altérations qu'éprouvent les tissus dans l'acte de la digestion, et, d'autre part, ceux que fournit la putréfaction plus ou moins rapide de chacun d'eux.

A. Des caractères organolep tiques.

221 . M. Chevreul a réuni sous ce nom l'êftsemble des caractères fournis par le sens du goût, celui de l'odorat et celui du loucher. Nous avons déjà traité assez longuement de ce qui regarde ce dernier sens pour ne pas être obligé d'y revenir.

Le sens du goût est assez souvent utilisé pour distinguer certains liquides les uns des autres, comme le lait, le sérum du sang, la lymphe, etc., et les solides cuits ; ces impressions varient assez pour être quelquefois très caractéristiques.

Le sens de l'odorat peut être employé utilement dans les mômes circonstances et dans un grand nombre d'autres, principalement pour l'élude des produits, comme l'urine, la bile, la matière sébacée, les matières fournies par les glandes axilîaires, anales, vulvaires, prépuciales, etc., chez un grand nombre de mammifères.

Ces moyens peuvent êire utiles dans quelques circonstances, mais d'une manière assez vague et approximative seulement; car l'impression produite sur ces organes est souvent très difficile à exprimer et sujette à varier, soit en intensité, soit même de nature suivant les individus et les conditions physiologiques de l'observateur ou du sujet observé.

KMI'LOl OES MOYENS PHYSICO-CHIMIQUES. 231

K. Hemarques sur F emploi du calorique , des moyens chimiques et organolepliques.

222. On sait quel parti remarquable Bichat sut tirer de l'emploi judicieux des moyens précédents, dont on lui doit l'introduction méthodique en anatomie générale.

Lorsque, par un trait de génie, dont il n'existe pas d'exemple dans l'histoire des sciences, cet homme éminent aborda systématiquement et directement l'étude des systèmes et des tissus, et indiqua même celle des éléments analomiques, pour les considérer comme des choses distinctes devant être étudiées à part, ainsi qu'avant lui on le faisait pour les appareils et les organes , l'action de la chaleur et des réactifs avait une grande valeur.

Nul ouvrage, nulle science, avec des moyens physiques et chimiques aussi limités et aussi imparfaits qu'ils étaient, ne fut encore, dès sa création, portée à un degré de perfection aussi grand, principalement au point de vue de la méthode; le plus important, le plus difficile, et aussi le moins apprécié des points de vue, celui sans lequel les meilleurs matériaux restent sans influence, sans effet utile, comme Loule chose qui n'est pas à sa place.

Les autres moyens manquaient alors, et rien n'était plus rationnel que de mettre en usage les agents physiques et chimiques pour reconnaître, par leur action sur les tissus, quels étaient ceux qui étaient identiques ou diiléienls. Mais l'action du calorique, celle des réactifs, du moins de la manière dont Bichat les employait, celle du tube digestif et de la putréfaction, ont perdu de leur importance depuis que le microscope est venu donner

252 DES MOYENS D'-EXPLOiUATlON ElN AN A VOMIE GENEltALE.

un moyen d'exploration beaucoup plus précis, eu donnant à la fois la notion exacte de 1 clément caractéristique et fondamental du tissu et celle des éléments accessoires.

Les caractères fournis par ces divers procédés, et par les sens du goût et de l'odorat, restent cependant utiles à employer dans une description , pour donner au lecteur un premier point de repaire, et parce que de temps à autre il se trouve un tissu ou un produit doué d'une odeur spéciale ou présentant des réactions particulières; mais ils n'enseignent en général rien de bien précis.

Il est encore utile d'étudier l'influence de ces agents au poiut de vue de la médecine légale. Beaucoup des recherches de cet art sont basées sur l'action des acides ou du feu sur les tissus. Souveul le médecin légiste est appelé à reconnaître si tels débris plus ou moins carbonisés appartiennent à des tissus animaux, il faut, par conséquent, qu'il connaisse exactement l'action du feu au moins sur les principaux d'entre eux.

Enfin , la dilïérence de rapidité de la putréfaction des tissus isolés ou réunis, dans l'eau ou dans la terre, les différentes phases par lesquelles ils passent suivant le temps, etc., sont autant de notions scientifiques qui doivent être éludiées d'une manière méthodique et aussi précise que possible, car on peut être appelé à en déduire l'époque de la mort.

223. Il faut avant tout que les moyens qu'on emploie pour étudier les tissus soient mis en usage dans un but d'utilité réelle et connue, ou au moins prévue d'une manière certaine. On ne doit donc pas les employer au hasard et noter sans guide certain l'action de tous les agents quelconques ; mais il faut l'aire un choix aussi

Page 1