‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 55 sur 77 · Bichat, qui soutenait encore l'indépendance des · texte numérisé non relu

Bichat, qui soutenait encore l'indépendance des

7*2 DK LA BIOLOGIE BM GÉNÉRAL.

corps vivants envers les lois générales de la matière, a plus que tout autre jeté le discrédit sur une pareille croyance, par la rigueur avec laquelle il a toujours cherché à établir le rapport des propriétés des tissus comme causes, avec les phénomènes des corps vivants comme effets. Aussi les métaphysiciens seuls soutiennent encore en principe l'existence de propriétés vitales indépendantes des corps. Néanmoins on ne saurait trop faire ressortir que les faits accumulés, en quelque nombre que ce fût, resteraient stériles si, au lieu de baser l'étude de l'homme sur la connaissance préalable des lois chimiques, physiques, etc. , on continuait à maintenir à son égard la manière primitive de raisonner, qui consistait à regarder une telle étude comme directe et isolée de celle de la nature inerte.

La physiologie n'a réellement commencé à prendre un vrai caractère scientifique qu'à l'époque peu éloignée où les phénomènes vitaux ont été regardés comme assujettis aux lois générales de la matière, dont ils ne présentent que de simples modifications dues à une disposition statique, à un arrangement différent. C'est à Bichat plus qu'à tout autre que nous sommes redevables de cet immense progrès.

Toutefois l'extrême complication des phénomènes organiques, comparés à ceux des corps bruts, rend bien compte de l'imperfection relative de leur élude. Elle permet de concevoir jusqu'à un certain point comment les mêmes auteurs qui reconnaissent l'inutilité de toute recherche des causes premières, et l'essence des phénomènes en physique et chimie, abordent encore ces vaines questions dans l'étude des corps vivants. On ne cherche plus à pénétrer le mystère de la pesanteur,

el pourtant on reproche à la physiologie de ne rien apprendre sur l'essence de la vie, de la pensée, etc. De cette tendance métaphysique résulte qu'on s'exagère l'imperfection de la physiologie, et aussi qu'on se laisse trop aller à vouloir résoudre des questions insolubles.

Art. it — Nécessité pour les progrès de la physiologie de la séparer

de l'art médical.

64. Les domaines de chaque science, et de l'art ou des arts qui lui correspondent, sont parfaitement distincts, quoique philosophiquement liés l'un à l'autre. Si chaque science , en commençant à prendre un caractère marqué de positivité, dérive d'un art , il n'en est pas moins certain qu'elle ne saurait se constituer définitivement comme science, d'une manière appropriée à la nature des phénomènes dont elle traite, sans être librement conçue et cultivée, abstraction faite de toute idée d'application. Ce n'est qu'ainsi envisagée qu'une science peut faire des progrès rapides et certains qui réagissent ensuite d'une manière si énergique sur les progrès de l'art auquel elle était unie , comme la physique et la chimie nous en fournissent tant d'exemples.

C'est à la physiologie, plus qu'à toute autre science, que s'appliquent ces réflexions. Aucune science n'a été liée d'une manière plus intime à l'art correspondant que la biologie à l'art médical. Ceci tient à la fois et à la complication de la science et à l'importance de l'art. C'est en vertu des besoins sans cesse croissants de la chirurgie pratique, par exemple, qu'on a senti le besoin de connaître l'anatomie de l'homme; c'est ensuite le besoin de connaître celte analomie qui a conduit à étudier celle des animaux : c'est ainsi que s'est formée

la science analomique. C'est en vertu des besoins de la médecine pratique et des indications qu'elle a procurées nécessairement sur chaque fonction , sur chaque phénomène organique, qu'on a senti le besoin de les étudier directement, indépendamment de toute considération ; et de la sorle insensiblement la physiologie s'est détachée du tronc de la philosophie primitive, pour se composer de plus en plus de notions vraiment positives.

C'est ainsi , pour le dire en passant, que la philosophie ancienne, dépouillée successivement de tout ce qui en faisait la base, de tout ce qui en constituait la partie réelle et solide, est devenue inutile et impuissante entre les mains de ceux qui essaient encore d'en faire un tout , en s'appuyant seulement sur des entités, pures créations de l'esprit. Depuis qu'on l'a séparée de l'observation des phénomènes de la nature, qui en faisait toute la force, phénomènes dont ces parties désignaient les causes, celle philosophie est devenue stérile, ce n'est plus qu'un jeu de l'esprit, ordinairement' vide de sens et surtout d'application quelconque aux besoins intellectuels et moraux de l'homme.

65. Mais aujourd'hui la physiologie est assez avancée pour qu'il faille, dans l'intérêt de ses progrès à venir, la considérer indépendamment de toute adhérence à l'art médical ou autre. Sauf ensuite à s'occuper d'une manière directe et générale à relier le système des arts à celui des sciences, d'après un ordre intermédiaire de conceptions spécialement adaptées à celte importante destination, ainsi que déjà on le fait pour les sciences les plus avancées.

Il faut donc actuellement, avant toute application, isoler la physiologie de la médecine pratique, afin d'en

assurer les progrès; séparation dont Haller a le premier commencé à ouvrir nettement la marche. La physiologie seule fait exception à toutes les autres sciences. Chacune, si ce n'est celle-ci, est. spécialement cultivée par des hommes qui s'y consacrent exclusivement sans s'occuper des arts qui s'y rattachent, autrement que pour y puiser tout ce qu'ils peuvent fournir d'utile à la science même, soit en données expérimentales, soit en instruments. Ces sciences n'en sont, pas moins celles dont les progrès sont les plus marqués, celles aussi qui donnent la plus puissante impulsion aux arts. Jamais, ainsi envisagée, la biologie ne perdra tellement de vue les besoins de la pratique, qu'elle ne puisse concourir aux progrès de l'art. Elle atteindra ce dernier but bien plus qu'en la laissant adhérente à la pratique, qui s'oppose évidemment à son développement, ainsi qu'il serait facile de le démontrer en citant les nombreux travaux des physiologistes purs ; qui à chaque instant viennent renverser sans réplique possible toutes les théories, constituant ce qu'on appelle les doctrines médicales, basées sur les faits pathologiques seuls.

Art. III. — Des corps organisés.

66. Le seul moyen de bien étudier une chose , c'est d'abord de la distinguer de toutes les autres choses; le seul moyen d'arriver à cette disliuction , c'est la comparaison. Alors seulement il est possible d'en donner une définition qui ne puisse appartenir qu'à elle , tout en comprenant les variétés ou accidents dont elle est susceptible.

A. Propriétés générales de la matière communes aux corps organisés et aux corps bruts.

67. Tous les corps, quelle que soit leur nature, peuvent être comparés sous deux points de vue différents : 1° Sous le point de vue statique, c'est-à-dire comme aptes à entrer en action; 2° sous le point de vue dynamique , c'est-à-dire comme corps en état d'activité ou agissants. L'étude d'un corps et les déductions à tirer de cette étude seront nécessairement toujours incomplètes tant qu'il ne sera pas envisagé de ces deux manières. Ce sont les deux seules voies générales complémentaires l'une de l'autre , par lesquelles on puisse arriver à des notions véritablement rationnelles et certaines sur les corps de la nature ; ils peuvent de la sorte être étudiés dans tous les phénomènes qu'ils présentent sans exception (1).

Les propriétés de la matière, ou des corps en général, doivent être considérées sous ces deux rapports.

68. On se rappelle que depuis Epicure et Lucrèce, puis Gassendi, etc., on admet que les corps sont formés par des particules indivisibles appelées atomes, équivalents , atomes élémentaires, hypothèse que l'on peut considérer comme démontrée par la chimie moderne. Ces noms s'appliquent aux dernières particules, en lesquelles sont réductibles par le raisonnement les corps simples , ou encore par extension , à celles des corps composés qui jouent le rôle de radical.

On admet que les atomes ou équivalents se réunissent en nombre déterminé pour former un premier ordre

(1) De Blainville, Principes d'anal, comparée. Paris, 18'22, in-8, t. I, Introduction, p. viij.

de groupes appelés depuis Hatiy molécules intégrantes. Celles des corps simples, comme le soufre, etc., sont formées d'une seule espèce d'atomes; mais dans tous les corps composés, elles renferment autant d'atomes que l'on reconnaît de corps simples ou éléments dans ces corps.

Les anciens admettaient l'identité de tous les atomes ; les minéralogistes, sans trop s'inquiéter de cette question, et avec raison, admettent avec Hatiy, que les molécules intégrantes ont des formes variables, mais régulières , cristallines, dans tous les corps composés. Ces formes sont toujours les mêmes pour les molécules des corps de même composition proportionnelle ; mais celles-ci peuvent se grouper de différentes manières , de façon à former des cristaux de formes différentes ou des corps non cristallisés.

Les atomes et les molécules intégrantes ne sont pas perceptibles à nos sens ; nous n'en connaissons les propriétés qu'à l'aide du raisonnement.

Elles ne deviennent perceptibles qu'autant qu'elles se réunissent en nombre assez considérable pour former un groupe d'un volume particulier proportionné à la force de nos organes seuls ou aidés d'instruments. Dans cet étal, elles constituent ce que nous appelons un corps proprement dit.

Les propriétés des corps nous sont révélées par un ou plusieurs de nos sens.

Ainsi, un corps est composé de molécules intégrantes, celles-ci iïatomes ou équivalents appartenant à un ou plusieurs éléments, suivant qu'il s'agit d'un corps simple ou composé.

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