‹ Du microscope et des injections dans leur applications à l'anatomie et à la pathologie, suivi d'une classification des sciences fondamentales, de celle de la biologie et de l'anatomie en particulier [electronic resource]Chapitre 56 sur 77 · a. Au point de vue statique , les propriétés de la · texte numérisé non relu

a. Au point de vue statique , les propriétés de la

7tt DE LA BIOLOGIE EN GÉNÉRAL.

matière se divisent en trois catégories, suivant qu'elles se rapportent :

1° Aux atomes (insécables) simples ou équivalents;

2° Aux molécules intégrantes, formées elles-mêmes d'atomes ;

5° Aux assemblages de molécules intégrantes ou corps proprement dits, susceptibles d'affecter un ou plusieurs de nos sens , soit directement, soit à l'aide de quelques artifices.

70. Première Catégorie. Propriétés des atomes. — Elles sont des créations de notre esprit comme les alomes eux-mêmes :

1° Impénétrabilité. Cette propriété est démontrée par le raisonnement plus que par l'expérience; il est en eifet impossible de concevoir qu'un atome puisse pénétrer dans un autre atome.

2° L'indivisibilité est démontrée par les déductions qu'on peut tirer de la loi chimique , des combinaisons en proportion définie. Mais notre intelligence , gouvernée par les faits physiques, peut toujours concevoir qu'un corps divisé autant que possible ait des extrémités et un milieu.

3° La pesanteur e&l une propriété générale démontrée par l'observation ; nous devons nécessairement attribuer par le raisonnement cette propriété à chacun des atomes dout chaque corps est composé. II est évident que chaque atome a comme le corps entier la propriété de peser; car quel que soit le nombre de ses particules, il pèse toujours.

4° L'inertie, c'est l'indifférence au repos et au mouvement : on ne la démontre que par le raisonnement. Ainsi, en supposant qu'un corps en mouvement ne

trouvât aucune résistance , il n'y aurait pas de raison pour qu'il s'arrêtât. Mais par lui-même un corps n'a aucune tendance à se mettre en mouvement; il faut que celui-ci lui soit imposé par un autre corps ou la pesanteur.

Nous admettons toutes ces propriétés parce que nous ne pouvons pas concevoir les choses autrement, nous ne les constatons pas par l'observation directe , mais par déduction analogique basée sur des faits observés, comme pour la pesanteur dans le cas de la réunion d'un grand nombre d'atomes formant un corps.

5° L'indestructibilité de la matière est absolue ; on ne peut lui faire subir que des changements de forme ou de place.

Il faut, avec M. de Blainville, ne pas ranger X étendue parmi les propriétés de la matière ; car, ou bien c'est la matière elle-même, comme le dit Descaries , ou bien c'est la place, l'espace occupé par elle; mais dans l'un et l'autre cas, c'est vouloir remonter à connaître l'essence, la nature intime d'une chose, c'est-à-dire remonter à une question insoluble. Nous ne pouvons en effet en juger que d'une manière relative, comparative.

On ne peut pas dire Y impénétrabilité, cest la matière; car nous ne jugeons de l'impénétrabilité que par le raisonnement, et après que nous avons constaté l'existence des corps par ce qui lés caractérise à nos sens, et, par suite, par ce qui nous donne les moyens de les définir, comme nous le faisons pour toutes choses. Ce qui caractérise un corps ou la matière qui le constitue, c'est à la fois sa forme et ses propriétés ; nous ne pouvons pas aller au delà sans nous perdre dans les discussions sur la nature intime des choses.

Dire: L'impénétrabilité, c'est la matière, c'est mettre une création de l'esprit à la place de la réalité, ou une propriété que nous ne constatons qu'autant que nous avons la matière à la place de la chose qui possède celte propriété.

71. 2e Catégorie. Propriétés relatives aux molécules intégrantes. — Celles-ci nous sont enseignées par le raisonnement, de même aussi que c'est par le raisonnement seul que nous est démontrée l'existence des molécules intégrantes :

1° Divisibilité. Étant composées d'atomes, elles sont susceptibles d'être divisées.

2° Formalité, c'est-à-dire propriété de se grouper, de se réunir pour former des corps ayant une certaine forme. Cette dernière dérive d'une des propriétés de la première catégorie, de la pesanteur.

1\ . 5e Catégorie. Propriétés relatives aux corps proprement dits. — Nous les connaissons par l'observation, comme les corps eux-mêmes :

1° Tangibilité ou faculté d'être sentis , constatés par le toucher; car une fois assemblés en corps ayant une certaine forme , le corps et les molécules intégrantes de la surface peuvent être touchés à l'aide du doigt.

2° Porosité. Propriété des molécules intégrantes, de laisser entre elles des espaces très petits , que l'on ne constate du reste que par la possibilité de faire traverser ou pénétrer un corps par un liquide ou un gaz.

Les physiciens, en constatant la porosité du bois, prenaient les lacunes ou inlerslices placés entre les éléments de ces tissus et les conduits vasculaires pour des pores ; il en est de même du papier non collé et autres tissus. Dans certains tissus animaux , les fais-

ceaux fie fibres circonscrivent des lacunes qui ont pu êlre prises pour des pores, ainsi que le pense M. de Blainville ; niais nous verrons plus tard que chaque élément anatomique est poreux, se laisse traverser, imbiber et pénétrer par des liquides sans présenter la plus petite lacune. Le fait se constate, soit sur ces éléments isolés, soit dans les tissus qu'ils forment en se louchant tous immédiatement.

5° Densité. C'est une propriété relative des corps qui indique le degré de rapprochement de leurs molécules intégrantes. On ne peut pas constater la densité absolue de deux corps , car il faudrait pour cela évaluer le nombre des molécules de chacun d'eux à volume égal.

4° Dilatabilité. Propriété des molécules intégrantes de s'écarter sous l'influence de la chaleur ou de l'extension.

5° Compressibilité. Propriété opposée à la précédente, en vertu de laquelle les molécules se rapprochent quand deux puissances opposées les poussent Tune contre l'autre ; il y a dès lors diminution de volume et augmentation de densité.

6° Elasticité. Propriété en vertu de laquelle les molécules, déplacées par une puissance compressée ou extensive, reviennent à leur première position dès que cesse cette puissance ; avec cette circonstance remarquable que: en vertu du mouvement acquis, le mouvement de retour dépasse le degré suffisant pour remettre les molécules à leur place. Ces mouvements répétés un certain nombre de fois, en diminuant de plus en plus, jusqu'à ce que l'étal de repos soit atteint, constituent ce qu'on appelle des vibrations.

72. b. Propriétés qui se rapportent à l'état dynamique de la matière.

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1° Visibilité. Propriété des corps en vertu de laquelle ils affectent l'organe visuel d'une manière spéciale, par l'intermédiaire de la lumière. Cette impression varie suivant la disposition moléculaire du corps, et suivant les conditions que présente la lumière. Nous donnons le nom de couleur à l'impression qui résulte de l'action de la lumière diversement modifiée par le corps, suivant son état, sur le sens de la vue. C'est la couleur qui nous fait distinguer les corps et leurs limites dans l'espace. Quelques physiciens pensent que nous voyons les corps en vertu de la propriété qu'ils ont de vibrer à leur surface d'une manière spéciale. Pour eux, la lumière n'est qu'un mouvement de la matière, ainsi que Fourier l'a démontré pour la chaleur, et par conséquent reproduitdans ses phénomènes toutes les lois du mouvement des corps.

2° Sonorité. Propriété des corps mis dans de certaines conditions de vibration, en vertu de leur élasticité et de leur compressibilité , d'impressionner le sens de l'ouïe quand ces vibrations sont transmises jusqu'à l'oreille par l'intermédiaire du milieu ambiant. Tous les corps sont sonores, plus ou moins, c'est-à-dire susceptibles de vibration.

5° Caloricité. Propriété des corps mis en mouvement de produire sur nous le phénomène auquel nous donnons le nom de chaleur; il n'y a pas de corps que le mouvement ne puisse échauffer. Fourier a démontré que la chaleur suit dans sa distribution toutes les lois du mouvement : on en conclut que la chaleur n'est pas un fluide impondérable spécial, comme dans le principe on a été obligé de l'imaginer pour pouvoir observer et se rendre compte des phénomènes , mais dépend de mouvements moléculaires des corps.

4° Electricité. Propriété des corps de manifester dans de certaines conditions les phénomènes auxquels on donne ce nom: tous les corps sont susceptibles de les présenter. L'électricité consisterait aussi, comme la lumière et la chaleur, en un mouvement moléculaire ; par conséquent, si le fait est vrai, ses phénomènes fondamentaux ont lien d'après des lois déjà connues, c'està-dire celles du mouvement des corps. C'est afin de suppléer à notre ignorance sous ce rapport, qu'on a, dans le principe, encore imaginé là un fluide impondérable présentant deux variétés.

B. Propriétés spéciales d'une part aux êtres inertes, et d'autre part aux êtres vivants, ou comparaison des corps inorganiques et des corps organisés.

73. Les corps peuvent être comparés sous le point de vue statique, c'est-à-dire dans leur état fixe , sans mouvement, comme aptes à agir , et sous le point de vue dynamique, c'est-à-dire en action.

Sous le premier rapport on étudie :

1° Leur matière, c'est-à-dire les éléments chimiques ou atomes.

2° Les principes immédiats (molécules intégrantes) qui résultent de la combinaison des atomes, et les lois d'après lesquelles ont lieu ces combinaisons.

5° Le mode dégroupement des principes immédiats, d'où résultent chez les corps vivants les éléments anatomiques des tissus (fibres, cellules, corps ou corpuscules élémentaires) ; et dans le règne minéral, la forme primitive à laquelle chaque espèce cristalline peut être ramenée par le clivage , absolument comme un tissu peut être (par une analyse appropriée, véritable clivage)

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ramené à son clément ou ses éléments anatomiques fondamentaux, ainsi que déjà le remarque Haiiy.

4° L'arrangement réciproque ou texture de ces éléments organiques; premiers groupements, d'où résultent chez les animaux les tissus proprement dits, et dans le règne inorganique , les minéraux. Ceux-ci sont constitués, soit par une seule espèce cristalline, un seul cristal, soit par l'assemblage régulier ou non de plusieurs cristaux d'une ou de plusieurs espèces; de même qu'il y a des tissus formés par un seul élément anatomique , et d'autres par plusieurs de ces éléments.

5° La forme extérieure que cet assemblage de matières affecte.

Sous le point de vue dynamique, c'est-à-dire le point de vue dans lequel la matière est considérée en mouvement , en action , on étudie :

1° Le mode de formation ou naissance ;

2° Le mode de composition (nutrition pour les êtres vivants), d'où résulte l'augmentation ou l'accroissement du corps ;

3° La décomposition , d'où résulte son décroissement ou sa destruction.

74. D'après ce qui a été dit précédemment, il est impossible de s'abstenir d'un parallèle entre les corps bruts et les corps vivants pour arriver à définir ces derniers , puisque leur définition doit être l'expression de tout ce qui appartient à ces corps et n'appartient qu'à eux. Ce n'est même qu'après avoir bien étudié comparativement deux corps ou deux classes de corps; ce n'est qu'autant qu'ils sont bien connus sous tous les rapports, qu'on peut arriver à dire s'il est possible ou non de les distinguer l'un de l'autre. De là vient que ce n'est

qu'après s'être déjà très développée qu'une science reçoit une définition satisfaisante, les autres étant toutes rejelées ; il en est de même pour quelque objet que ce soit.

Ce parallèle doit nécessairement être court, parce que, quoique les propriétés des corps vivants ne soient que des propriétés générales de la matière plus ou moins modifiées, leur complication est telle, que les points de ressemblance avec les antres sont très peu nombreux. Après quelques lignes il n'est plus possible d'établir un parallèle, puisqu'il n'y a plus que des différences à signaler, et tellement frappantes, tellement évidentes, que la comparaison devient complètement oiseuse.

C'est ce que Vicq-d'Azyr , qui le premier a établi cette comparaison , avait très bien senti lorsqu'il indiquait en peu de mots , et d'une manière très remarquable pour celle époque, comment il divisait les corps de la nature en deux classes , et par quels caractères il les distinguait l'une de l'aulre (1). Aussi rien de plus pbilosopbique que ce parallèle sans prétention , et rien de moins rationnel que l'exagération dans laquelle sont tombés (sauf M. de Blainville) tous ses successeurs. Se perdant au milieu de détails inutiles et se copiant mutuellement les uns les autres, ils ont jeté le discrédit sur ce sujet et ont mérité les reproches si judicieux de Dugès (2), qui a cru devoir le rejeter absolu-

(1) Encyclopédie méthod., Système anatomiqne, Quadrupèdes, par F. Vicq-d'Azyr ; Second discours préliminaire sur l'analomie simple et comparée , Paris, 1792, in-ft», p. m.

(2) Physiologie comparée, Paris, 1839. t. J, p. Z|.

nient en se basant, du reste, sur une fausse donnée philosophique.

En effet , ce ne sont pas des types, c'est-à-dire des créations idéales et abstraites, qu'il s'agit de mettre en présence; il ne faut pas chercher ce que dans un minéral on peut regardercomme un type pour le comparer à des êtres organisés, qui sonttoujours des individus, des objets déterminés. Là n'est pas la question , il faut se placer au point de vue de Vicq-d'Azyr, et dire : Etant donnés deux corps quelconques, un minéral, une couche géologique, poudingue ou autre, une statue, une plante, un animal, de la poussière , etc., établir à quel règne ils appartiennent et par quels caractères on peut les distinguer l'un de l'autre. C'est la comparaison qui résout la question en montrant ce qu'ils ont de commun et en quoi ils diffèrent.

C'est ainsi qu'on est arrivé à voir que les uns sont organisés, et les autres inorganisés.

75. a. Comparaison des êtres vivants et des corps bruts au point de vue statique.

l°Dans tous les êtres de la nature les matières élémentaires ou corps simples sont identiques. Il n'y a pas une matière organique , ni une matière inorganique différentes l'une de l'autre, comme le voulait Buffon.

Aucun corps de la nature, minéral ou organique, ne renferme tous les éléments connus, à moins de prendre le globe tout entier; mais il serait possible d'en composer un artificiellement par voie chimique et par mélange. 11 n'y a pas de corps simple qui soit spécialement et exclusivement propre à tous, ni à un seul des individus d'une classe de corps, et puisse servir à les distinguer en masse ou séparément.

Mais on sait qu'il n'y a pas de corps vivant composé d'un seul corps simple, et l'on a remarqué qu'il y a des corps élémentaires, toujours les mêmes, au nombre de quatre, qui se trouvent dans tous les corps organisés en plus grande quantité que les autres. Leurs combinaisons constituent la partie fondamentale et la plus abondante des éléments anatomiques des tissus. Ce sont tous des corps non métalliques , l'oxygène , l'hydrogène , le carbone et l'azote.

A ceux-ci s'en joignent d'autres, qui, pour exister en plus petite quantité, ne sont pourtant pas moins indispensables, les uns plus, les autres moins, suivant les groupes d'êtres vivants ; car il n'est aucun de ceux-ci qui ne contienne quelques uns d'entre eux. Ce sont d'abord, parmi les corps non métalliques, le soufre, le phosphore , le chlore ; et, parmi les métaux, le calcium, le potassium, le sodium et le magnésium.

Puis viennent quelques autres corps, soit non métalliques, comme le silicium, l'iode, le brome et le fluor; soit métalliques, comme l'aluminium, le fer, le manganèse, le cuivre, le plomb, et peut-être l'or et le titane, qui se trouvent, les uns en grande quantité, les autres en très petite quantité. Les uns indispensables à certains êtres, les autres accidentels, éventuels en quelque sorte, se trouvent chez les individus qui vivent dans un milieu renfermant quelques uns de ces éléments. Joints aux premiers, ils forment un total de 20 à 22 corps simples que renferment les corps organisés, sur les 61 connus comme constituant le globe terrestre ; sur ces 22 éléments , il y en a 11 non métalliques.

Tous ces corps sont par conséquent moins importants que les 4 premiers. Il est probable qu'on pour-

rait ainsi, en plaçant artificiellement tous les éléments sous une forme appropriée dans les matières nutritives d'un être vivant, les fixer tous dans les tissus; ce que montrent déjà le mercure, l'antimoine, l'argent, sur les individus traités par les préparations qui ont ces métaux pour base.

76. Les remarques précédentes sont l'expression d'un fait d'observation , qui nous prouve qu'il y a une harmonie générale entre la composition chimique élémentaire des corps vivants et celle de l'ensemble de leurs aliments , puisés par les uns dans le règne minéral exclusivement, par les autres à la fois dans celui-ci et dans le règne organique même. Il est , en effet, évident que tout corps vivant, quelle que soit l'origine qu'on lui suppose, doit à la longue se trouver composé des éléments chimiques divers, propres aux substances solides, liquides et gazeuses dont il se nourrit habituellement. Nous constatons, en effet, que les différentes parties des corps vivants sont soumises à un état de rénovation continuelle, et d'autre part il serait absurde de soutenir encore , avec quelques métaphysiciens , que les êtres doués de la vie font des éléments chimiques.

Ce qui précède aurait déjà pu faire deviner que les corps organisés ne diffèrent pas des autres, quant aux éléments chimiques qui les constituent. Car les animaux carnassiers se nourrissent d'herbivores , ceux-ci de plantes, et les végétaux prennent leurs aliments dans l'air et les liquides. Les éléments de l'air, ceux de l'eau et ceux des substances qu'elle dissout étant connus par l'analyse, les êtres vivants ne pouvaient pas en comporter d'autres.

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