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DES CORPS ORGANISÉS COMME INDIVIDUS. lo7
152. Chacune des parties précédentes de la biologie repose sur eelle qui la précède, comme la science de l'organisation tout entière s'appuie sur la chimie, et les faits dont elles s'occupent sonl de moins en inoins généraux et de plus en plus compliqués. Réciproquement ensuite, l'élude de celle qui suit sert à reviser , à contrôler les notions acquises dans celle qui précède. Elles s'enchaînent donc l'une à l'autre; mais elles sont rangées suivant l'ordre de la complication des phénomènes dont elles s'occupent et de leur mutuelle dépendance réciproque.
Mais de ce que ces sciences se prêtent un mutuel appui, en servant l'une à contrôler l'autre, et réciproquement , de ce que surtout ou ne peut aborder rationnellement l'étude de l'une sans connaître et s'appuyer sur les notions fournies par celle qui préccùe , ce n'est pas à dire pour cela qu'elles ne soient pas distinctes, ou que celle qui suit soit un corollaire de la précédente; car à ce litre il faudrait admettre que la biologie se confond avec la chimie, et ainsi de suite. Aucune d'elles ne peut rentrer dans l'autre , chacune a son champ nettement limité, malgré des points de contact fréquents, et ces limites ne peuvent être tranchées sans jeter beaucoup de vague et de trouble sur le sujet même qu'on veut éclairer.
CHAHTRE II.
DE l'anàTOMIE.
Art. I. — Division graduelle et spontanée de l'anatomie en cinq branches d'après un nombre égal de points de vue fondamentaux.
153. La biologie, par suite de la nature de son sujet, de la diversité des opinions qui régnent sur ses divisions et des nombreuses méthodes successivement essayées, combattues ou prônées tour à tour, comme devant présidera son exploration; la biologie, dis-je, exigeait, plus que toute autre science, de la part de l'auteur qui traite une de ses parties, de faire ressortir avec netteté la méthode qu'il doit suivre et comment il étend ou limite ses recherches. Nulle science n'exige davantage une indication de sa délimitation et de ses divisions.
Ce qui précède s'applique à l'anatomie seule aussi bien qu'à toute la biologie ; et pour diviser celle-là d'une manière rationnelle, il était indispensable de connaître déjà exactement les divisions de la science biologique tout entière.
Il s'agit maintenant d'établir ces divisions de l'anatomie sur des données positives, et nulle subdivision des sciences ne l'exige d'une manière plus impérieuse que l'anatomie générale, à cause des nombreuses manières dont elle a été envisagée et du vague de chacune d'elles.
154. L'anatomie (celle des végétaux comme celle des animaux) n'avait guère été faite que sur des êtres isolés, jusqu'à l'époque où, dans la dernière moitié du siècle passé, les travaux de Daubenton, de Vicq-d'Azyr pour les animaux, et bien avant, de Malpighi pour les plantes,
DE LANATOMIE.
vinrent lui donner la généralité qu'elle doit avoir. Mais cette étude était bornée à celle des appareils et des organes, sauf chez les végétaux dont l'organisation, bien plus simple , avait permis d'acquérir plus rapidement des notions d'anatomie générale, encore très vagues toutefois. Les autres branches de l'anatomie étaient complètement laissées de côté, ou à peine prises en considération, malgré les tentatives de Vésale, de Fallope, de Rembert Dodoens, etc. Aussi nulle science peut-être n'était aussi peu préparée avant sa création systématique, que celle que nous devons au génie d£ Bichat. Malgrélehaut degré de perfection où il l'a portée dès sou origine, à la fois au point de vue de la méthode et des applications , c'est cependant difficilement quelle s'introduit en anatomie, comparée d'une manière rationnelle, et même, dans nos éludes habituelles. C'est qu'en effet les changements relatifs à la méthode sont de tous les plus difficiles à réaliser.
155. Ainsi l'étude des appareils, celle des organes, étaient fondées et portées déjà à un haut degré de perfection. L'anatomie pathologique était fondée par Morgagni, et elle avait montré que dans les maladies aucun organe proprement dit n'est jamais entièrement lésé ; ses altérations, au contraire, sont ordinairement limitées à quelques uns de ses éléments anatomiques , tandis que les autres conservent leur état normal. Aussi rien de pius caractéristique pour établir une distinction entre les parties constituantes des organes.
156. L'association dans un seul organe de tissus sains à des tissus altérés, puis la considération purement, pathologique, due à Pinel, d'organes différents affectés de maladies semblables par suite de la présence
d'un même élément anatomique dans l'un et l'autre, venaient ébaucher spontanément l'étude des tissus. En même temps elle en rendait directement la connaissance approfondie plus importante que celle des organes.
Cette étude est désormais le vrai point de départ de l'anatomie pathologique , ainsi que Bichat l'a manifestement établi.
157. Continuant ainsi l'analyse anatomique des corps vivants , ébauchée dès l'origine de la science, par la subdivision presque spontanée des appareils en organes, il vint ajouter à ces deux premières branches l'étude des systèmes , constitués par l'ensemble des parties formées des mêmes tissus, et enfin celle de ces tissus euxmêmes.
158. Il restait encore à ajouter à ces diverses branches de l'anatomie celle des éléments anatomiques , qu'on pouvait regarder comme ébauchée, en anatomie végétale, par les travaux de Malpighi, et, en anatomie des animaux, par ceux de Leeuwenoeck, Muys et Fontana. Mais les instruments nécessaires à cet ordre de recherches anatomiques n'étaient pas encore portés à un degré de perfection suffisant pour pouvoir être employés utilement. Aussi n'est-ce que proportionnellement aux progrès de l'optique qu'on a vu celte dernière partie de l'anatomie se développer et être rattachée aux précédentes.
Il est remarquable d'observer jusqu'à quel point, émerveillés d'avoir porté l'analyse anatomique plus loin que Bichat, les anatomistes modernes ont méconnu les véritables relations de cette nouvelle branche de l'anatomie avec celles déjà si parfaitement étudiées par cet homme de génie.
de l'anatomie. Kit
159. Bichat, procédant de l'animal, considéré dans son ensemble vers les parties élémentaires organiques, laisse les appareils et les organes suffisamment connus, et aborde l'élude des systèmes (cellulaire, nerveux, etc.); puis, celui-ci étudié dans son ensemble, il en considère l'organisation, c'est-à-dire sa texture, qui envisagée en un seul point du corps est la même pour toutes les parties du système; en un mot, il arrive à étudier là le tissu proprement dit.
Or, dans celte étude il voit que ce tissu n'est pas simple, qu'il est composé par la combinaison 4 à 4, etc., de quelques uns de ses vingt et un tissus simples ou éléments organisés de nos organes ; c'est ainsi qu'il les nomme, et il les considère comme analogues aux corps bruts élémentaires et se combinant comme eux pour faire des composés. Aussi, dans l'étude de ce tissu, il étudie à part chacun de ces éléments organisés, d'abord le tissu simple propre, c'est-à-dire l'élément qui prédomine et caractérise le (issu; puis les éléments accessoires ou surajoutés, vaisseaux, nerfs, etc. Ainsi, il ne manquait à Bichat que le microscope pour arriver à faire l'histoire complète de chaque élément analomique, dont il n'éludie que l'arrangement avec les autres, parce qu'il n'a pas l'instrument nécessaire pour en étudier isolément les caractères propres.
Méconnaissant celle tendance philosophique de la manière la plus singulière, Meckel n'envisage que les systèmes et ne maintient plus les séparations si tranchées et si rationnelles de Bichat ; Béclard fait de même, seulement c'est le lissuseu\ qu'il envisage. Enlîn, quanti récemment l'histoire des éléments organiques est assez avancée pour former un corps de doctrine, Henle ne iic paujie. il
Ki'2 DE LA BIOLOGIE EN GÉNÉRAL.
traite, sous le nom d'analomie générale, que de ceuxci, à l'exclusion des tissus et des systèmes.
Or, la liaison de ces dilîérenles parties les unes aux autres esi telle , qu'on ne saurait désormais hésiter à les réunir et à revenir au plan de Bichat, qui n'a besoin, pour être complété, que de recevoir en addition les conquêtes récentes du microscope, l'histoire des éléments anatomiques; ce que Henle appelle l'analomie générale.
160. C'est en prenant comme point de départ les notions résultant des travaux de Morgagni et des observations de Pinel, que Bichat, par une énergique supériorité d'intelligence, enleva aux anatomistes comparateurs la découverte de l'une des idées mères les plus indispensables au perfectionnement générai de la philosophie anatomique , idée dont l'importance est pourtant restée méconnue pendant longtemps de ceuxlà même qui auraient pu la perfectionner le plus par l'étude de la hiérarchie des êtres vivants.
461. On ne saurait trop admirer combien, malgré la considération exclusive des applications pathologiques, Bichat sut néanmoins toujours se maintenir au vrai point de vue de la science spéculative. Son travail a même essentiellement consisté à rattacher rationnellement à l'état normal une considération primitivement déduite del'état pathologique, en vertu probablement de cette réflexion, que si les divers tissus d'un même organe peuvent être isolément malades chacun à sa manière, cela seul doit l'indiquer que, dans l'état sain, ils offrent nécessairement des modes d'existence distincts dont la vie de l'organe est en réalité composée. L'objet tle son livre est d'établir, à posteriori., d'une manière
DR l'aNATOMIE. ^00
aussi satisfaisante que possible, et supérieure à ses successeurs, le développement de ce principe évident, jusqu'alors inaperçu , mais désormais inébranlable (1).
Ainsi considérer, d'une part, les êtres depuis le plus complexe jusqu'au plus simple, ou réciproquement; d'autre part, descendre de leurs appareils successivement jusqu'à leurs éléments organiques irréductibles (au point de vue anatomique), telles sont les deux idées mères dont la combinaison profonde donne à la philosophie anatomique son vrai caractère positif, et en même temps susceptible 8'liflë évolution continue.
Art> h. coordination et classification des différentes branches
de l'anatomie.
162. Il suffît de jeter un coup d'œit sur la liste des cinq ou six espèces d'anatomie encore admises pdr la plupart des auteurs, pour reconnaître combien est irrationnelle cette distinction. On constate immédiatement aussi que ces divers points de vue généraux ne sont aucunement coordonnés d'après des relations existantes et réelles, qui, en effet, n'existent pas entre dépareilles divisions.
Celte vicieuse dispersion lient à ce que chacune est considérée isolément et à l'exclusion des autres, sans qu'on s'inquiète de leur subordination mutuelle. Envisagée, au contraire, sous ce point, de vue, en tenant compte à la fois de la division successive du corps en différentes parties, depuis les appareils jusqu'aux éléments anatomiques, et de la méthode comparative, on
(1) Comte, loc. cil., t. III, p. Û92, 1835.
est bientôt conduit à reconnaître qu'il n'existe qu'une seule analomie nécessairement homogène et complète, dont les divers aspects fondamentaux se trouvent intimement combinés.
Ceci n'empêche pas qu'on puisse suivre l'élude analomique jusqu'à tel ou tel degré de développement spécial, suivant les besoins ; ou bien la traiter en ayant en vue telle ou telle application déterminée. Mais ce ne sont pas là des séparations scientifiques; elles ne sont faites qu'au détriment de l'enchaînement réciproque des divers points de vue fondamentaux de l'anatomie, dont le système rationnellement indissoluble ne peut être rompu sans de graves inconvénients.
165. Toute anatomie comparative surtout qui se bornerait désormais à la seule étude des appareils, comme on a dû le faire autrefois, deviendrait par cela seul en grande partie stérile. L'analyse anatomique étant actuellement portée jusqu'au degré le plus élémentaire, le plus simple et le plus général, il n'y a plus à continuer à suivre la marche descendante adoptée spontanément par les anciens et continuée par Bichat.
Il est incontestable qu'il faut, au contraire, actuellement traiter l'analomie en commençant par l'élude des éléments analomiques ou organiques, suivre leur combinaison, soit seulement entre eux, soit avec d'autres en nombre plus ou moins considérable pour formel' des tissus; considérer ensuite le système que forme l'ensemble d'un même lissu dans sa distribution dans l'économie tout entière , en un mot , les lois de sa distribution ; puis étudier à part les lois des diverses combinaisons des tissus ou organes, pour considérer
DE LANATOMltë.
enfin le groupement de ces organes eux-mêmes en appareils proprement dits.
104. C'est en suivant cette marche naturelle et invariable, c'est-à-dire ces considérations régulièrement reliées l'une à l'autre, d'après l'ordre ascendant de leur complication croissante, qu'il est possible de juger jusqu'où il faut aller pour traiter un sujet d'une manière qui ne peut jamais être complète que relativement, c'est-à-dire proportionnellement au développement des autres sciences. C'est encore le seul moyen de parvenir à mettre de l'ordre dans ces longues monographies dont le nombre et l'étendue rendraient bienlot la science inabordable, s'il n'était plus simple et plus instructif de refaire le travail en recommençant les recherches, et à l'aide des notions nouvelles que chaque partie de l'anatomie fournit incessamment à l'autre. Car c'est à ce contrôle continuel d'une branche des sciences par l'autre qu'est due cette révolution incessante, qui fait qu'un travail quelconque ne peut jamais être complet que d'une manière relative, et vient à chaque lustre en renouveler l'aspect, au grand scandale de ceux qui n'ont pas toujours présent à l'esprit l'évolution régulièrement progressive et ascendante des scieuces et des sociétés.
165. Envisager ainsi l'anatomie dans ses différentes parties, en ne perdant jamais de vue l'idée de la fonction dont on veut élucider le mécanisme; n'étudier jamais l'anatomie d'un animal plus simple, sans avoir en vue d'arriver à éclairer la structure de ceux qui sont plus compliqués et plus difficiles à étudier, telle est la marche rationnelle à suivre. Nulle élude plus que relie de l'homme n'exige qu'on s'appuie à chaque in-
slaulsur l oi -^a nisalion analogue, mais plus simple, des animaux moins élevés que lui, puisque de tous il esl le plus compliqué el le plus difficile à étudier.
En étudiant la physiologie, c'est à connaître comment les organes s'altèrent, et dans quelles limites les fonctions peuvent dévier de l'état normal, que nous devons ensuite chercher à arriver. En négligeant ce hut , qui deyient un puissant moyen de contrôle, on cesserait bientôt de pouvoir distinguer les faits utiles de ceux d'importance secondaire. De là résulte celle confusion qui empêche de reconnaître la valeur relative des faits, en laissant se noyer dans des détails sans nombre qu'on ne pourrait épuiser ceux qu'il est important de se graver dans l'esprit. De là cette aridité de l'anatomie descriptive, tant qu'elle ne fait pas ressortir à côlé de chaque fait son importance physiologique ou pathologique.
466. En résumé , d'abord Yélément anatomique des tissus qui détermine la structure fondamentale ; puis le tissu même et le parenchyme qui fixent la composition et ['arrangement anatomique essentiel ; en troisième lieu, le système qui détermine la distribution générale et variée du tissu ; ensuite Yorgane , où l'on envisage surtout la forme spéciale que prend chaque partie du système conformément à sa destination ; et enfin Yappareil où domine la considération de la disposition réciproque des organes qui le constituent dans un but déterminé : tel est l'enchaînement des divers degrés que doit parcourir toute idée anatomique.
167. Ces différentes parties de l'anatomie peuvent être représentées par le tableau synoptique suivant :
IDEE OU ATTIUDUT NOMS DES BUANCUES