‹ Du mode d'action des eaux minérales de Vichy et de leurs applications thérapeutiquesChapitre 12 sur 38 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les eaux de Vichy m'ont toujours paru produire d'excellents effets chez les scrofuleux. Sous l'influence de ces eaux , et après quelque temps de leur usage, leur appétit devient plus vif, leurs digestions se font mieux et plus régulièrement, leur teint s'anime, leurs chairs perdent de leur bouffissure et deviennent plus fermes ; leur ventre , s'il était auparavant gros et empâté , comme cela est si commun chez les enfants de cette constitution , acquiert de la souplesse , s'affaisse et revient à son état normal ; enfin leurs forces se développent et ils repren-

l/j-8 AFFECTION SCROFULEUSE.

nent sous tous les rapports l'aspect d'une meilleure santé. Lorsqu'ils ont eu des abcès qui suppurent encore, comme on en observe si souvent autour de la mâchoire inférieure , ces abcès prennent assez promptement un nouvel aspect. Les trajets fistuleux et les plaies qui résultent de leur ouverture, au lieu de cet aspect pâle et blafard qu'ils présentent ordinairement, deviennent d'un rouge vermeil et acquièrent bientôt tous les caractères des plaies de bonne nature. Enfin, ces eaux paraissent en général modifier d'une manière très heureuse toutes les inflammations chroniques de nature scrofuleuse , comme on pourra en juger par l'observation suivante, qui m'a beaucoup frappé par la promptitude des résultats obtenus.

— Une jeune fille de huit ans me fut adressée au mois d'août 1835 , par M. le docteur Tellier, médecin au Donjon (Allier). Cette enfant, d'une constitution lymphatique, avait un gonflement scrofuleux très considérable des ailes du nez, et surtout de la lèvre supérieure, qui était rouge , très dure et renversée. Elle avait en même temps une ophthalmie de même nature , avec une sensibilité excessive des yeux au contact de la lumière. Sa tête était constamment abaissée sur sa poitrine , et elle tenait si exactement ses mains appliquées sur ses yeux pour les garantir de la lumière , que j'eus une peine extrême à m'assurer de leur élat. Les paupières étaient gonflées et collées entre elles ; la conjonclive palpé brale était boursouflée et rouge , mais non pas d'un roup^e très vif, et cette rougeur s'étendait à la conjonctive oculaire où elle était seulement un peu plus diffuse. Son ventre était très gros et très tendu, sans que cependant il fût possible d'y distinguer

des glandes engorgées. Au bout de très peu de jours de l'usage des eaux, qu'elle supporta parfaitement, tant en bains qu'en boisson, on remarquait déjà de l'amélioration dans son état. Le dixième jour du traitement , la rougeur des yeux avait considérablement diminué, et la malade supportait beaucoup mieux la lumière. Il y avait aussi incomparablement moins de gonflement et de rougeur aux ailes du nez et à la lèvre supérieure. Enfin, après seulement trois semaines de séjour à Yichy, les yeux étaient presque entièrement revenus à l'état sain ; elle n'était plus obligée de les cacher à la lumière , et tous les autres symptômes s'amélioraient aussi chaque jour d'une manière extrêmement sensible.

Mais il ne faut pas croire que l'on obtienne toujours une amélioration aussi prompte. On ne peut même ordinairement bien apprécier l'amélioration produite par les eaux dans ce genre d'affection que quelques semaines et quelquefois même beaucoup plus longtemps après qu'on les a prises. En général, les résultats se font sentir assez rapidement chez les sujets très jeunes , tandis que chez les individus déjà arrivés à un certain âge, surtout lorsqu'ils ont des engorgements glandulaires anciens et très durs , comme on en observe souvent le long du cou et ailleurs, sur le trajet des vaisseaux lymphatiques , ces résultats ne s'obtiennent qu'avec une lenteur extrême. Quelquefois même alors les engorgements glandulaires résistent plus ou moins complètement au traitement le plus actif.

Si l'on veut se rappeler les faits que j'ai cités et les considérations dans lesquelles je suis entré au commencement de cet ouvrage , en parlant de l'influence de la prédominance acide dans nos humeurs sur le

Page 1