MÊTRllE CHRONIQUE
Ces engorgements, surtout ceux qui sont produits par la fièvre, étant presque entièrement formés par du sang qui s'est déposé dans le parenchyme de la rate, par suite des. congestions successives déterminées par les accès de fièvre, et s'y est accumulé en se coagulant, il me semble que c'est bien ici le cas d'alcaliser les malades , de les saturer autant que leur état général peut le permettre, afin de rendre au sang coagulé la fluidité qu'il a perdue et de le mettre dans le cas de pouvoir être repris par les vaisseaux et reporté dans la circulation. Je crois du moins avoir remarqué que ces engorgements guérissent d'autant mieux et d'autant plus vite que les malades ont pu être alcalisés davantage , et qu'ils l'ont été pendant un temps plus long.
§ IV. Métrite chronique.
Je n'ai pas besoin de chercher à démontrer ici combien il est important de ne pas négliger l'inflammation chronique de la matrice. Tous les médecins savent que lorsque la tuméfaction , qui est un des caractères de cette affection , a acquis un certain degré d'induration , que cette induration soit bornée au col ou qu'elle s'étende à tout le corps de cet orffane, que l'inflammation ait débuté par la membrane muqueuse qui en recouvre le col, ce qui est le cas ordinaire, ou qu'elle se soit développée dans le tissu même de l'organe, on doit toujours alors redouter les progrès que cette maladie pourrait faire encore, surtout lorsqu'il existe chez les malades certaines dispositions diathésiques qui peuvent lui donner de la gravité , et qu'il ne s'établisse enfin là une affection
MÉTIUTE ClIllOINIQUE. 133
organique contre laquelle , à moins qu'elle ne soit très superficielle, tous les moyens de l'art sont alors malheureusement presque toujours impuissants.
Il est facile de comprendre, dans ce cas, l'utilité de l'action fondante et résolutive des eaux de Vichy; mais on comprendra aussi que les conditions essentielles de leur emploi sont que la métrite ne soit plus à l'état aigu , et qu'il n'y ait point encore de dégénérescence cancéreuse. S'il existait sur le col de l'organe de ces simples excoriations superficielles qu'on y trouve si souvent, surtout dans le cas de leucorrhée , et qui d'ailleurs n'ont rien d'abord de bien sérieux, il faudrait les faire disparaître, soit par la cautérisation , soit par d'autres moyens , avant d'avoir recours à l'emploi des eaux. J'ai souvent observé d'excellents résultats de leur action contre l'affection qui nous occupe, surtout lorsque les malades ont bien voulu mettre de la persévérance dans le traitement, c'est-à-dire revenir aux eaux plusieurs années de suite , et prendre dans l'intervalle des saisons les précautions convenables pour éviter que la maladie ne fît de nouveaux progrès.
J'ai également employé ces eaux avec un plein succèschez quelques femmes qui, arrivées à l'époque de la cessation de la menstruation , se plaignaient de pesanteur à la matrice, d'irrégularités dans le retour des règles , et d'avoir souvent un écoulement muqueux et sanguinolent , et quelquefois même des pertes abondantes, mais chez lesquelles je m'étais assuré qu'il n'y avait aucune affection cancéreuse. J'ai donné des soins, entre autres, aune dame du département du Loiret, âgée de quarante-neuf ans, qui se trouvait dans cet état, et qui avait en outre
134 ENGORGEMENTS DES OVAIllES.
un très grand relâchement de la matrice , pour lequel on avait été obligé de lui faire porter un pessairc. Cette dame prit les eaux, mais seulement en bains et en boissons, sans douches d'aucune espèce; elle éprouva promptement de l'amélioration , et elle partit , après six semaines de séjour, dans un état beaucoup plus satisfaisant. J'avais fait supprimer le pessaire, et je lui recommandai de ne le remettre que dans le cas de nécessité absolue. Elle revint l'année suivante , ainsi que je le lui avais recommandé. Sa santé était alors considérablement améliorée ; elle n'avait été obligée de remettre son pessaire que pendant quelques jours depuis la saison précédente. A l'exception d'un peu de pesanteur et de relâchement à la matrice qu'elle éprouvait encore , tous les autres symptômes dont elle se plaignait avaient presque entièrement disparu. Je lui fis cependant prendre encore les eaux pendant six semaines, et j'ai appris l'année d'après qu'elle n'avait plus ni perte, ni aucun écoulement, qu'elle n'éprouvait même plus qu'un léger relâchement de la matrice, et qu'elle ne sentait plus du tout le besoin de porter un pessaire.
§ V. Engorgements des ovaires.
Les tumeurs qui ont leur siège dans les ovaires peuvent être de natures très différentes. Dans quelques cas, ces tumeurs sont une simple augmentation de volume et de densité de ces organes ; qu'elles soient alors le résultat d'un travail inflammatoire, ou que leur développement n'ait été précédé ni accompagné d'aucune inflammation appréciable, c'est dans cette condition que les eaux de Vichy, à cause
de leurs qualités fondantes et résolutives, peuvent être employées avec avantage, et c'est, par conséquent, de ces engorgements que je m'occuperai ici.
Les autres tumeurs des ovaires peuvent tenir, soit au développement d'un corps fd^reux dans leur tissu, soit, ce qui est le cas le plus fréquent, à celui des vésicules de Graaf, disséminées au milieu du parenchyme de ces organes, qui, sous l'influence de causes peu appréciables et peu connues, se sont agrandies, distendues par l'accumulation de leur propre sécrétion, et se sont ainsi transformées en poches qui varient beaucoup sous le rapport de leur nombre, de leur grandeur, des qualités du liquide qu'elles contiennent, et qui sont alors désignées sous le nom d'hydropisies enkystées des ovaires. Enfin, ces tumeurs peuvent être formées par des masses plus ou moins considérables de tissu squirrheux et encéphaloïde, qui se développent quelquefois dans ces organes. Dans tous ces cas, les eaux de Vichy sont impuissantes, et je ne parle de ces tumeurs que pour tâcher de les faire distinguer, ce qui n'est pas toujours facile, surtout lorsqu'elles ont déjà pris un grand accroissement, des simples engorgements.
Il est souvent d'autant plus difficile de distinguer ces tumeurs entre elles, et, par conséquent, de pouvoir indiquer à l'avance, avec quelque certitude, celles contre lesquelles les eaux de Vichy pourraient être employées avec chances de succès, et celles contre lesquelles il est inutile d'en essayer l'action, qu'elles ne sont pas toujours simples; que les diverses altérations dont je viens de parler peuvent quelquefois, lorsqu'elles sont très anciennes, exister en
136 ElNGORGEMEMS DES OVAIRES.
même temps. Il est surtout tout à fait impossible de rien affirmer sur leur nature, lorsqu'elles ont pris un très grand développement, car, le plus souvent, dans ce cas, quand on a l'occasion d'examiner de ces tumeurs, on y trouve, avec des poches plus ou moins nombreuses, à parois plus ou moins épaisses, ayant ou n'ayant pas de cloisons intérieures, des liquides et des tissus de toutes sortes.
C'est ordinairement de vingt à quarante-cinq ans que ces tumeurs se développent, et comme ce développement est rarement accompagné de douleurs, ce n'est souvent que, lorsque déjà elles ont acquis un cerîain volume que l'attention des malades est éveillée sur leur existence.
Lorsqu'on les cherche avec attention, môme lorsqu'elles sont encore d'un très petit volume, à moins que la malade n'ait beaucoup d'embonpoint, et le ventre très tendu et très dur, on les rencontre ordinairement, sous une forme globuleuse, dans la fosse iliaque, ou un peu plus bas, dans l'excavation du bassin, où il faut les chercher en déprimant le ventre et en enfonçant môme quelquefois les doigts assez profondément. On peut alors acquérir facilement la certitude qu'elles ont bien pris origine dans l'un ou l'autre ovaire, ce qui devient ensuite d'autant plus difficile qu'elles ont acquis un plus grand volume, et qu'elles s'élèvent davantage au-dessus du pubis. Mais lorsqu'on n'est appelé à examiner ces tumeurs que lorsqu'elles ont pris un très grand développement, qu'elles occupent une grande partie du ventre, comme j'en ai rencontré un assez grand nombre de cas, et sans être guidé par aucun renseignement précis sur les premiers temps de leur
EINGORGEiMElNTS DES OVAIRES. 137
développement, il esl quelquefois tout k fait impossible de pouvoir affirmer dans quel point du bas -ventre elles ont pris naissance, si c'est dans l'un ou l'autre des ovaires ou dans la matrice ellemême.
Dans les cas oîi il y a hydropisie enkystée, la fluctuation du liquide renfermé dans la poche les fait distinguer des tumeurs d'une autre nature; mais ce n'est pas toujours sans difficultés que l'on parvient à établir cette distinction. Quelquefois les parois du kyste sont si épaisses qu'il devient très difficile de constater la fluctuation, et cela arrive surtout lorsque le kyste est divisé par des cloisons ; dans d'autres cas, la difficulté vient de ce que le liquide qu'il renferme est plus ou moins épais, plus ou moins gélatiniforme. Mais je ne crois pas nécessaire de donner ici tous les caractères auxquels on peut reconnaître ces tumeurs et les distinguer les unes des autres ; je n'aurais rien à apprendre, sous ce rapport, à mes confrères. Je répéterai seulement que ce n'est que dans les cas de simples engorgements des ovaires que l'on peut espérer des eaux de Vichy, sinon toujours, au moins dans quelques cas, ainsi que j'en ai recueilli quelques exemples, leur entière résolution. Mais, si l'on ne réussit qu'assez rarement à obtenir ce résultat, on arrive du moins très ordinairement, avec de la persévérance dans le traitement, à amener une diminution notable du volume des tumeurs, et à en empêcher l'accroissement.
L'observation suivante appartient aune dame dont la maladie avait fait de trop grands progrès, et dont la santé générale était déjà trop altérée pour que je pusse espérer un très grand résultat du traitement;
138 EINGORGEMEINTS DES OVAIRES.
cependant il y eut un effet assez marqué sur la tumeur pour me donner l'espoir d'être plus heureux dans d'autres cas plus favorables.
— Celte dame , qui habitait Rouanne , était âgée de quarante-cinq ans. Elle vint à Vichy en 1833, à la fin de mai. Elle avait à la partie inférieure et gauche du ventre une tumeur qui, dans l'espace de cinq à six ans, avait atteint un volume considérable^ Cette tumeur présentait tous les caractères 'd'un squirrhe et me parut appartenir à l'ovaire ; elle semblait sortir du bassin, et elle s'élevait au-dessus du pubis sur lequel elle était appuyée. Elle avait la grosseur de la tête d'un enfant; elle était ronde, très dure et assez mobile. En l'embrassant à sa partie inférieure avec les deux mains , on la détachait du pubis , et on l'en éloignait d'environ un pouce avec assez de facilité. Elle n'était pas sensible à la pression ; cependant, la malade ne pouvait pas marcher longtemps , ni même rester debout , sans éprouver une douleur assez vive, qui m'a paru tenir à ce que , dans cette position , cette tumeur était posée et appuyait de tout son poids sur le pubis. Cette malade ne put rester , cette année-là , qu'un mois à Vichy, et cependant elle trouvait déjà qu'elle était plus libre dans tous ses mouvements, que la marche était plus facile, et qu'elle pouvait rester plus longtemps debout sans souffrir. La tumeur n'avait pas diminué sensiblement de volume , mais elle était évidemment beaucoup moins dure. Cette malade est revenue à Vichy en 1834, et, celte fois, elle a pris les eaux depuis le 27 mai jusqu'au 1 1 juillet. La légère amélioration qu'elle avait obtenue l'année précédente s'était maintenue pendant
assez longtemps ; mais depuis quelques mois elle souffrait un peu, et la marche était surtout très pénible, à cause des douleurs qu'elle déterminait dans la tumeur. Cette dernière n'avait cependant pas fait de progrès bien sensibles ; elle avait seulement un peu moins de mobilité que l'année précédente. Je mis promptement la malade à un traitement assez actif. Elle but beaucoup, prit des bains dans lesquels elle restait longtemps , des douches et même des lavements d'eau minérale. Au bout de quinze à vingt jours , la marche commença à devenir moins pénible et moins douloureuse. La tumeur était aussi plus mobile et un peu moins dure. Lors du départ de la malade , que je regrettai de ne pouvoir pas retenir plus longtemps , elle soutenait une marche assez longue sans se fatiguer ; la tumeur me parut moins grosse et en la pressant entre les deux mains, on était surtout frappé de la différence que l'on remarquait dans sa dureté, ce qui me permit de distinguer, pour la première fois, à son sommet, une sorte de plaque qui était restée très dure, et qui , sous ce rapport, faisait contraste avec le reste de la grosseur. On aurait dit qu'une partie de son enveloppe était devenue cartilagineuse.
Je n'ai pas revu cette malade depuis , il est probable qu'elle a fini par succomber à cette affection.
Mais , dans les deux faits suivants , la maladie étant beaucoup moins avancée, j'ai eu à constater des résultats beaucoup plus satisfaisants.
— Une femme d'environ quarante ans , madame S..., de la Motte-Saint-Jean (Saône-et-Loire), et qui était obligée de travailler à la journée pour gagner sa vie, me fut adressée par M. le docteur
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Puzenat, de Charollos , le 17 juin 1835. Elle souffrait depuis longtemps de la partie inférieure gauche du ventre, tout à fait dans le bassin. On distinguait dans cette région , depuis huit à dix mois , une tumeur un peu plus grosse que le poing , ronde et mobile ; elle semblait appuyée sur le pubis d'où on la déplaçait facilement. Pendant un mois que cette malade passa à Vichy, cette tumeur diminua un peu de volume et de dureté; elle diminua surtout d'une manière très sensible quelque temps après l'usage des eaux ; mais à la fin de l'hiver suivant, elle fit de nouveaux progrès , et lorsque la malade revint à Vichy , le 21 juin 1836 , je lui trouvai à peu près son volume primitif. Je fis faire à cette malade un traitement aussi actif que l'état de son estomac le permettait pendant environ un mois qu'elle put consacrer à son traitement, et lorsqu'elle partit je pus constater, sinon beaucoup moins de volume dans la grosseur, au moins une diminution très sensible dans sa dureté. Enfin, au mois de juillet 1837, lorsque cette malade vint à Vichy pour la troisième fois, je ne trouvai plus aucune trace de la grosseur , et j'appris qu'elle avait diminué graduellement après la saison précédente, et qu'elle avait entièrement disparu au bout de trois mois.
— Madame T..., âgée de trente-huit ans, demeurant à Dracy-le-Forl (Saône-et-Loire), me fut adressée au mois de juillet 1838 par MM. les docteurs Daumas, de Givry, et Allier , de Marcigny. Elle portait dans le ventre une tumeur située au-dessus du pubis, de forme à peu près ronde , légèrement mobile de droite à gauche , dure comme le sont ordinairement les tumeurs squirrheuses , complètement indolente
ENGOllGEMElSTS DES OVAIRES. 141
à la pression, sans aucune apparence de fluctuation et ayant de sept à huit pouces de diamètre en tous sens. Pour toute cause à laquelle on put attribuer le développement de cette grosseur , la malade se rappelait avoir fait une chute sur le côté deux ans auparavant ; elle paraissait du reste d'une bonne et forte constitution , quoique un peu lymphatique. Cette tumeur occupait toute la partie moyenne du bas-ventre et donnait à celui-ci un volume considérable. Ne l'ayant pas suivie dans tout son développement, et la trouvant avec le volume et dans la position que je viens d'indiquer, il m'était difficile de lui assigner , avec certitude , un point de départ. J'ai pensé qu'elle devait appartenir à l'ovaire gauche , parce qu'elle tendait toujours un peu plus à se porter de ce côté-là que de l'autre , mais je n'aurais pas osé l'affirmer. Quoi qu'il en soit , la nature de cette tumeur n'étant nullement douteuse pour moi , et cette dame supportant très bien les eaux, convaincu d'ailleurs qu'elle ne parviendrait à s'en débarrasser qu'en s'alcalisant fortement, je les lui fis prendre à hautes doses , jusqu'à 15 et 20 verres par jour, et pendant cinq semaines de suite. Cependant, à son départ, on ne remarquait encore qu'une très légère amélioration. Cette dame revint à Yicliy au mois de juin 1839. Je fus tout étonné de trouver sa tumeur diminuée de plus de moitié ; elle était aussi infiniment moins dure. Je lui fis prendre les eaux avec la même activité que l'année précédente, et pendant le même temps. La tumeur perdit très sensiblement de son volume et de sa dureté pendant ce second séjour à Yichy , et la malade partit dans un état de santé très salisfai-
sant. Enfin madame T... revint encore à Vichy en 1840. Sa santé générale était parfaite, et la tumeur n'égalait pas alors la moitié du poing. Lorsque cette dame quitta Vichy , cette dernière année , après un mois de l'usage des eaux, sa tumeur, sans avoir entièrement disparu, était tellement réduite et avait si peu de dureté qu'il fallait la chercher et en connaître la situation , comme je la connaissais , pour la trouver.
Madame!... se porta parfaitement ensuite pendant trois ans, et sa tumeur n'avait fait aucun nouveau progrès, lorsqu'au mois de juillet 1843, après de très grandes fatigues , elle fut prise tout à coup de douleurs vives dans ce qui restait de cette tumeur. Il s'ensuivit une péritonite aiguë , puis une hydropisie et enfin une altération très grande de la santé générale. M. le docteur Allier, de Marcigny, voulant profiter d'un moment où la malade paraissait se trouver un peu mieux, me l'adressa à Vichy, au mois de juillet 1844; mais le ventre était très distendu par l'accumulation de l'eau, les jambes et les cuisses étaient aussi déjà très infiltrées, et les eaux de Vichy étaient impuissantes contre un état aussi grave.
J'ai constaté encore , en 1849, un cas très remarquable de résolution complète d'un engorgement de l'ovaire droit chez une dame du Havre , madame F..., qui me fut adressée , en 1843 , par M. le docteur Lecadre , son médecin ordinaire, et par un praticien distingué de Paris, M. le docteur Nacquart qui, comme médecin de sa famille, la connaissait depuis longtemps.
— Chez cette dame, la tumeur de l'ovaire s'élevait au-clessus du pubis de quatre travers de doigt,
et présentait, avec un volume que Ton peut apprécier par son élévation hors du bassin, une très grande dureté. Après cinq semaines de l'usage des eaux, la malade quitta Vichy, sans aucun changement appréciable dans la tumeur. Je lui conseillai néanmoins d'en continuer l'usage chez elle, et de prendre fréquemment des bains alcalins.
Elle revint à Vichy au mois de juin 1844. Sa santé générale me parut avoir beaucoup gagné, et la tumeur me présenta certainement un peu moins de dureté, et peut-être aussi un peu moins de volume que l'année précédente; mais tout cela n'était pas très sensible. Elle fit encore une cure de cinq semaines , après laquelle la tumeur me parut avoir encore un peu perdu de sa dureté. Depuis , elle a continué à faire un usage assez souvent répété d'eau de Vichy en boisson, à prendre surtout fréquemment des bains alcalins, et lorsque je l'ai revue à Vichy, à la saison dernière, j'ai eu la satisfaction de constater, ainsi qu'elle me l'avait annoncé d'ailleurs , d'après ce que lui avait dit le docteur Lecadre, qu'il n'y avait plus, ni dans la fosse iliaque, ni même dans l'excavation du bassin , où la souplesse du ventre permettait à mes doigts de pénétrer, aucune trace de la tumeur. Du reste , la santé générale de celte dame était très bonne, et elle ne venait à Vichy que pour consolider sa guérison , et lâcher d'éviter le retour de cet engorgement. M. le docteur Nacquart a constaté lui-même depuis que la résolution de la tumeur est complète.
En donnant les faits qui précèdent, j'ai voulu démontrer que les tumeurs des ovaires, même déjà d'un assez gros volume, lorsqu'elles sont dans les
144 ENGORGEMENTS MÉSENTÉRIQUES.
condilions que j'ai indiquées , ne sont pas toujours incurables , comme on le croit assez généralement ; mais je dois îijouler, comme je me suis hâté déjà de le dire plus haut, que les faits de résolution complète de ces engorgements sont rares, exceptionnels, et qu'il faut même ordinairement une très grande persévérance de la part des malades, dans l'emploi des boissons et des bains alcalins, pour obtenir une diminution notable de leur volume et en empêcher l'accroissement.
§ VI. Engorgements mésentériques.
On sait qu'après les inflammations des organes abdominaux, surtout celles du canal intestinal, cpii ont duré longtemps ou qui se sont fréquemment renouvelées, soit que ces inflammations aient entièrement disparu, soit qu'elles subsistent encore à l'élat chronique, on rencontre souvent, notamment chez les individus d'une constitution lymphatique, et beaucoup plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes, une sorte d'empâtement dans des points plus ou moins étendus du -mésentère, ou môme des engorgements très distincts, appartenant manifestement à des ganglions mésentériques plus ou moins développés, et différant seulement par leur volume et leur dureté. On trouve quelquefois sur le môme individu un grand nombre de ces tumeurs glandulaires plus ou moins grosses, ordinairement arrondies et plus ou moins mobiles. Dans quelques cas , ces tumeurs acquièrent un volume très considérable.
On en rencontre parfois qui sont très mobiles, et
CATARRHE VÉSiCAL. 145
qui ont en même temps une forme beaucoup plus exactement sphérique que celles dont nous venons de parler. Il est probable qu'alors elles ont leur siège dans l'épiploon.
J'ai Yu quelquefois de ces engorgements céder avec assez de facilité à Faction des eaux de Vichy, surtout de ceux que je suppose épiploïques. J'ai vu même quelques exemples très remarquables de la résolution prompte et complète de ces derniers; mais dans le plus grand nombre des cas j surtout lorsqu'ils sont anciens et qu'ils ont acquis une très grande dureté, ils ne se résolvent que très lentement, souvent après plusieurs années de traitement, et même un assez grand nombre résistent tout à fait au traitement, mais alors ils restent ordinairement stationnaires.
Après ce que j'ai dit des engorgements en général, et de ceux des ovaires en particulier, je ne crois pas devoir m'étendre davantage ici sur l'action résolutive des eaux de Yicliy ; j'ajouterai seulement que les engorgements mésenlériques étant souvent une conséquence de quelque affection des intestins, l'état de ces organes doit toujours être pris en considération , afin de ne pas donner au traitement une activité qui puisse y. déterminer une trop grande excitation.
§ VII. Catarrhe vésical.
Nous avons déjà vu que les eaux de Vicliy modifient très heureusement les membranes muqueuses affectées d'inflammation chronique, qu'elles en diminuent surtout les sécrétions, en même temps qu'elles rendent celles-ci moins épaisses et moins
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plastiques. C'esl à cause de ces propriétés qu'elles sont depuis longtemps employées avec succès contre les catarrhes chroniques de la vessie. Leur efficacité plus ou moins grande dans ce cas est subordonnée à l'ancienneté de ces affections, et à leur degré de gravité, qui dépend souvent de certaines complications qui peuvent exister, telles que, par exemple, la présence d'un corps étranger dans la vessie, la paralysie de cet organe, une altération plus ou moins profonde de ses membranes ou de la prostate, ou encore l'existence d'un rétrécissement du canal de l'urètre, enfin un obstacle quelconque au libre écoulement de l'urine, d'où il résulte, pour la vessie, une difficulté plus ou moins grande de se vider, et, conséquemment, le séjour d'une partie de l'urine dans son bas-fond , cause qui suffit souvent pour entretenir l'affection catarrhale et en empêcher la guéri son.
Lorsque le catarrhe est encore à l'état muqUeux, et que d'ailleurs la vessie est saine et son conduit excréteur libre, on voit ordinairement la sécrétion devenir promptement moins abondante, se modifier graduellement et revenir enfin à l'état normal, en même temps que les besoins d'uriner deviennent moins fréquents ; et il suffit quelquefois, dans ce cas, d'une seule saison pour amener une guérison complète. Mais lorsque la sécrétion est à l'état purulent, et que l'affection est déjà ancienne, on conçoit qu'il faut un temps plus long pour modifier l'état de la membrane et ramener sa sécrétion à l'état normal ; il faut souvent alors un traitement de plusieurs années. A plus forte raison, la guérison est beaucoup plusdifficde à obtenir, lorsqu'il existe quelques unes des complications dont j';ii parlé plus haut. On peut
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encore, il est vrai, dans ces divers cas, et malgré ces complications, améliorer l'élat catarrlial; mais il est évident que, pour obtenir un succès réel et durable, il faut avant tout s'occuper de faire disparaître, s'il est possible, ces complications. Ainsi, lorsqu'il existe un rétrécissement du conduit excréteur, il faut commencer par dilater ce conduit, afin de donner un libre cours à l'urine et d'en empêcher le séjour dans la vessie; si cet organe renferme un calcul, on ne peut espérer voir disparaître complètement le catarrhe que lorsque ce calcul aura pu être détruit par l'action des boissons alcalines ou extrait par une opération; enfin, lorsqu'il existe quelque altération profonde de la vessie ou de la prostate , le cas devient plus grave, car il n'est pas toujours alors au pouvoir de la médecine de triompher de ces affections.