‹ Du mode d'action des eaux minérales de Vichy et de leurs applications thérapeutiquesChapitre 16 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GRAYELLE ET CALCULS URINAIUES.

§ I". Historique de leur traitement médical , et notamment des tentatives qui ont été faites pour tâcher de dissoudre les calculs renfermés et retenus dans les reins et dans la vessie.

La dissolution des calculs urinaires a été, de tout temps, un but de recherches et de méditations pour les médecins; mais tant qu'ils furent réduits à former des hypothèses sur la nature de ces concrétions, ils ne purent nécessairement qu'essayer des remèdes au hasard , sans autre guide qu'un aveugle empirisme. Ce ne fut qu'à l'époque où la chimie vint éclairer cette partie si importante de la science, qu'il fut possible de tenter rationnellement l'emploi des dissolvants, et de concevoir l'espérance, au moins dans quelques cas, d'éviter la cystotomie.

On ne trouve, en effet, dans les auteurs anciens, sur la nature des calculs , que les hypothèses les plus erronées et poussées quelquefois jusqu'à l'absurde, surtout depuis Galien jusqu'à Paracelse. Ce dernier, par exemple , les croyait formés de résine animale durcie par l'esprit d'urine. Van Helmont, qui vivait au commencement du xvir siècle , donna une idée assez exacte de leur formation, en la comparant à la cristallisation du tartre dans le vin. Depuis, un grand nombre d'observateurs, parmi lesquels on rémarque Haies, Boyle et Boerhaave , éiTiirent encore , sur la composition de ces

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corps étrangers , diverses opinions qui ne méritent pas d'être reproduites.

Cette ignorance des anciens sur la composition chimique des calculs n'est pas faite pour donner une haute idée des dissolvants ou lilliontriptiques qu'ils leur opposaient ; cependant on ne peut trop louer la persévérance qu'ils mirent dans leurs recherches. Ils essayèrent une foule de remèdes. Souvent, parce que l'un d'eux avait produit ou paru produire, dans quelques cas, l'effet qu'ils en attendaient, ils crurent avoir trouvé un dissolvant infaillible, qu'ils ne manquaient pas alors de préconiser comme devant réussir contre tous les calculs ; mais comme il ne tardait jamais à se présenter des cas dans lesquels ce remède trompait leur attente , il perdait bientôt de son crédit, et tombait même ordinairement dans une défaveur d'autant plus complète, qu'il avait été d'abord accueilli avec plus d'enthousiasme. Ce qui explique ces résultats , c'est que le plus souvent ils employèrent, pour de véritables lithontriptiques, de simples diurétiques , qui n'avaient une certaine action sur les calculs que parce qu'ils augmentaient la parlie aqueuse de l'urine, qui est, dans ce cas, le seul dissolvant. On conçoit que de semblables moyens ne pouvaient pas procurer de grands succès, surtout contre les calculs un peu volumineux ; cependant il est incontestable qu'ils produisaient souvent un soulagement très marqué. C'est ainsi qu'agissait la décoction de raisin d'ours si vantée par de Haen, de même qu'un grand nombre d'autres médicaments qui ont été successivcîTienl décorés du nom de liLlionlripliques.

A force de multiplier les essais, les anciens rencontrèrent copendaal (|i]o](pies dissolvants d'une

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efficacité réelle, dont la chimie nous a depuis révélé le mode d'action, et qui sont restés dans la pratique. Leurs recherches, tout empiriques qu'elles étaient, les conduisirent même à un résultat qu'il est bon de faire remarquer en passant : c'est que, de tous les remèdes qu'ils employèrent, les seuls qui aient eu des succès incontestables étaient des remèdes alcalins, c'est=à-dire de môme nature que ceux que nous employons aujourd'hui. Ainsi , les coquilles d'escargot, recommandées par Pline (1), et, au commencement du xviif siècle , le remède de mademoiselle Stephens , composé de coquilles d'œufs et de savon , n'agissaient que par le sous-carbonate de chaux qui en fait la base.

Mademoiselle Stephens employait d'abord les coquilles d'œufs seules, elle n'y ajoutait du savon que pour faire cesser la constipation. Dans la suite, elle y mêla des limaçons bridés jusqu'au noir, une décoction de fleurs de camomille, de fenouil et de persil, ingrédients qui ne pouvaient que compliquer le remède, sans rien ajouter à ses propriétés lithontriptiques. Quoi qu'il en soit, ce remède acquit par ses succès une si grande célébrité, qu'en 1739 , comme on craignait généralement que la formule n'en fût pas rendue publique , le parlement nomma une commission de vingt-deux membres pour l'examiner, et que , sur le rapport avantageux qu'ils en firent, on l'acheta 5,000 livres sterling. L'Académie des sciences, qui avait pris un vif intérêt à ce qui se passait en Angleterre, fit faire aussi des expériences, et Morand , son commissaire , soumit bientôt un assez grand nombre de calculeux à l'usage de ce

(1) Hisloria naturalis , lib. XXX, cap. vin.

remède. Quelques uns furent guéris et d'autres considérablement soulagés. Des calculs , extraits de sujets qui en avaient pris pendant quelque temps, semblèrent, à Lieutaud et à Morand, comme Yermoulus à leur surface. Morand soupçonna que la chaux, qui entre dans la composition des coquilles d'œufs , était la partie active du remède de mademoiselle Stephens. Haies, en Angleterre, fit des expériences à ce sujet, et, quelque temps après, Whytt publia plusieurs exemples de guérisons qu'il avait obtenues par l'eau de chaux seule, employée à la dose d'une pinte et demie à deux pintes par jour. Telle était à peu près l'état de la science, lorsqu'on 1776, Scheele publia, dans les Transactions de Stockholm, son travail sur l'analyse des calculs urinaires. C'est de là seulement que datent nos connaissances sur la nature chimique de ces concrétions. Mais il arriva que tous les calculs que ce célèbre chimiste soumit à l'analyse se trouvèrent composés d'une matière concrète particulière, qui reçut le nom à'acide litliiqne, et que nous connaissons maintenant, d'après le docteur Pearson, sous celui d'acide uriqiie; d'où il conclut que tous les calculs étaient produits par cet acide. Il reconnut que cette substance était soluble dans les lessives alcalines, que l'urine humaine la contient toujours en plus ou moins grande quantité, et qu'elle s'en sépare souvent, par l'effet du refroidissement, sous la forme d'un sédiment couleur de brique. Bergmann et Morveau confirmèrent bientôt la découverte du chimiste suédois; mais le premier ayant rencontré un calcul formé de phosphates, il fut reconnu que la composition de ces concrétions pouvait varier. Les expériences se continuèrent de toutes parts, et, en

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.1797,Wollaston trouva dans la composition des calculs, indépendamment de l'acide uriqiie et du phosphate de chaux, un mélange de ce dernier sel et de phosphate ammoniaco-niagnésien (calculs fusibles) , le phosphate ammoniaco-magnésienpur, et l'oxalate de chaux (calculs muraux). Presque en même temps Fourcroy et Vauquelin, ayant invité les médecins à leur remettre des calculs pour une analyse qu'ils se proposaient d'en faire, en réunirent six cents, et furent par conséquent à même d'en observer un grand nombre de variétés. Ils trouvèrent, outre les substances que WoUaston avait lui-même rencontrées, de l'urate d'ammoniaque , et, dans deux cas, de la silice. Quoique le carbonate de chaux soit très rare dans les calculs de l'homme, Proust en a trouvé un qui n'était composé que de ce carbonate, avec une faible trace d'urate de chaux. Il dit en avoir vu un autre, pesant sept onces et contenant 0,8 de carbonate de chaux, et 0,2 de sous-phosphate de chaux, sans, trace d'acide urique. Ce sel a été rencontré depuis par Cooper, Proust, Smith, et on dernier lieu par Frommherz. En 1810, Wollaston publia, dans les Transactions philosophiques , la description d'un nouveau principe constituant des calculs urinaires, auquel il donna le nom d'oxyde cystique. Marcet a décrit aussi un nouveau calcul qu'il a appelé oxyde xanthique (de ;avGo;, jaune), parce que la dissolution de cette substance dans l'acide nitrique laissait, après l'évaporation, un résidu jaune; il a même décrit une autre matière qu'il a également trouvée dans la vessie de l'homme, et qui lui a paru être de nature fibrineuse. Berzelius élève quelques doutes sur la nature assignée par Marcet à ces deux substances; cependant le professeur Laugier, père

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du docteur Laujjier, maintenant professeur de cli-. nique chirurgicale à la Faculté de médecine de Paris, a analysé une concrétion urinaire qui avait tous les caractères du calcul xanthiqne de Marcet. M. Magendie (1) a observé plusieurs fois une espèce de gravelle fort singulière qu'il a appelée gravelle pileuse, parce que la matière saline qui la forme, et qui paraît être ordinairement composée de phosphate de chaux , de phosphate de magnésie et d'un peu d'acide urique, est mélangée avec des poils plus ou moins longs et plus ou moins abondants. Enfin, Lindbergson a reconnu, dans un calcul urinaire, de l'urate de soude et du carbonate de magnésie.

Ces recherches de la chimie moderne ont puissamment contribué à éclairer les médecins sur les meilleurs moyens à employer pour dissoudre les calculs. Il a été enfin possible de procéder rationnellement, et alors un gTand nombre de praticiens se sont occupés de ce sujet intéressant ; mais c'est surtout aux recherches physiologiques et médicales de M.^ Magendie que nous sommes redevables des progrès que le traitement des affections calculeuses a faits depuis quelques années, et particulièrement de mieux savoir combiner, dans les différents cas , le régime et les boissons. M. d'Arcet a aussi rendu un éminent service à cette partie de la science , en démontrant, par les observalions qu'il fit aux eaux de Yichy en 1824 et 1825 , la facilité avec laquelle ces eaux , prises en boisson et même seulement en bains, rendent l'urine alcaline, et l'innocuité pour la vessie de cette alcalinité, quoique prolongée sou-

(1) Recherches pliysiolofjiqucs el médicales sur les causes, les symplômes el le Irailement de la gracelle, Paris, 1828 ; et Dictionnaire de médecine el de chirurgie pratiques, Paris, 1833.

venl pendant plusieurs nriois. « Il est, dit-il , hors de doïite que l'on peut alcaliser l'urine dans la vessie sans danger, pourvu que l'on fasse usage, pour produire cet effet , des bi-carbonates alcalins, et qu'on en aide l'action dissolvante par ées boissons chargées d'acide carbonique. Les travaux de Wollaston, de Fourcroy, de Vauquelin, de Mascagni, de Luiscius , de Brande , de Home, de Hatchelt ^ de Marcet, de M. Magendie, etc., avaient déjà fait connaître les avantages que peut présenter Temploi des alcalis , soit purs , soit carbonates, dans le traitement des affections des voies urinaires ; mais je crois qu'il est permis d'espérer plus de succès de ce mode de traitement, maintenant que l'influence de l'acide carbonique y est mieux appréciée , et que l'innocuité des bi-carbonates se trouve démontrée par tout ce que nous avons dit. Ce qu'on observe dans les établissements thermaux où se trouvent des eaux alcalines gazeuses, dans les fabriques de soude factice et de sel de soude, en Angleterre où l'on consomme une si grande quantité d'une eau alcaline gazeuse, connue sous le nom de soda-ivater, et lorsqu'on fait usage des pastilles alcalines , indique la possibilité d'obtenir de grands succès en examinant dô nouveau, avec plus d'exactitude et de hardiesse qu'on ne l'a fait jusqu'ici, le traitemeut du calcul, de la gravelle et de la goutte , par le moyen des dissolvants chimiques (1).»

§ II. Principaux caraclères de la gravelie et des calculs urinaires.

Je ne dirai ici, de ces corps étrangers qui se forment quelquefois dans les reins et dans la vessie

(1) Annales de chimie ei de physiqiie , 1826.

aux dépens des sels que contient la sécrétion urinaire , que ce qui est nécessaire à l'intelligence de l'action que les dissolvants peuvent exercer sur eux.

La gravelle n'est autre chose que le premier degré des calculs ; elle n'en diffère que parce que les graviers qui la composent n'ont pas assez de volume pour ne pouvoir pas encore parcourir les voies urinaires et être entraînés par le jet d'urine. La grosseur, la forme et l'aspect extérieur de cette espèce de sable sont très variables. On le rend quelquefois sous forme de petit cristaux anguleux ; ordinairement, néanmoins, il est plus ou moins arrondi. Dans quelques cas, ces petits graviers sont expulsés, agglomérés en plus ou moins grand nombre, et cette agglomération, déjà plus ou moins solide, suivant son ancienneté , nous montre comment se forme souvent, dans la vessie, un premier noyau qui, acquérant ainsi un trop gros volume pour pouvoir s'introduire dans le canal de l'urètre et être expulsé , devient le commencement d'un calcul.

Ces graviers se forment quelquefois dans la vessie , mais le plus souvent dans les reins , où ils séjournent plus ou moins , et d'où ils se détachent ensuite et descendent dans la vessie en parcourant les uretères, mais non pas toujours sans occasionner de ces douleurs, souvent si violentes, qui caractérisent alors ce que l'on appelle des coliques néphrétiques. Et cependant, à ce prix même de coliques néphrétiques plus ou moins violentes , c'est encore une chose heureuse quand ils peuvent descendre dans la vessie; car, s'il en reste dans les reins, "ce qui arrive quelquefois, ils y grossissent nécessairement par suite de l'addition lente, mais constante

et successive^ des sels que contient l'urine ; ils peuvent même y acquérir un volume considérable, et déterminer alors des accidents d'autant plus graves qu'il n'est pas possible d'aller jusque-là les chercher pour les extraire.

On rencontre assez souvent des personnes qui n'ont pas , ou du moins qui n'ont pas encore de graviers formés dans les reins ou dans la vessie , et chez lesquelles cependant l'urine, bien que parfaitement claire au moment où elle est rendue, laisse précipiter au fond du vase, en se refroidissant, un sédiment rouge ou bien une quantité plus ou moins considérable d'un petit sable très fin , mais arrondi et parfaitement cristallisé. Si l'on ne peut pas donner à cela le nom de gravelle, on doit au moins voir, dans cet excès d'acide urique, une disposition très prononcée à cette affection , les éléments , si ce ne sont déjà les premiers rudiments de la gravelle, disposition , par conséquent , qui mérite déjà toute l'attention du malade et du médecin.

M. Magendie établit sept espèces de gravelles : 1° gravelle rouge; 2° gravelle blanche; 3° gravelle pileuse; 4" gravelle ^me; 5° QVà\e\\e, jaune; 6° gravelle transparente ; T gravelle multiple.

La gravelle rouge ou d'acide urique est la plus commune de toutes ; elle est ordinairement , comme l'indique son nom, d'une couleur rouge plus ou moins foncée , quelquefois d'un jaune pâle.

La gravelle blanche se présente , suivant M. Magendie , tantôt sous la forme d'une poussière blanche ou blanchâtre qui se dépose en quantité plus ou moins considérable au fond du vase qui contient l'urine, tantôt sous celle de graviers de forme irré-

gulière, anguleuse , et de consistance variable. Il la croit la plus fréquente après la gravelle rouge, et l'analyse qu'il en a fait faire lui a donné pour résultat qu'elle est composée de phosphate de chaux et d'une très faible proportion de phosphate de magnésie.

La gravelle pileuse, que le même auteur a décrite le premier, et que j'ai rencontrée moi-même une fois depuis , est caractérisée par la présence de poils plus ou moins longs et plus ou moins abondants, mélangés avec la substance saline. C'est quelquefois une poussière blanchâtre , mêlée à une quantité de petits poils dont la longueur varie depuis une ligne jusqu'à un pouce et plus; d'autres fois ce sont des graviers de volume variable , velus à leur surface, et dans quelques cas réunis en grappes les uns aux autres. La matière saline, analysée par M. Pelletier, a été trouvée composée en grande partie de phosphate de chaux, d'un peu de phosphate de magnésie et de quelques traces d'acide urique.

M. Magendie n'a rencontré la gravelle grise ou de phosphate ammoniaco-magnésien que sous l'état de graviers plus ou moins volumineux , ayant quelquefois, à peu de chose près, la forme et le volume d'olives ou dé pistaches, et présentant dans d'autres cas nombre d'irrégularités anguleuses à leur surface. Ces graviers sont composés par le phosphate ammoniaco - magnésien uni à de la matière animale en petite quantité et à quelques traces d'acide urique.

M. Magendie a appelé gravelle jaune celle qui est composée par l'oxalate de chaux. Il ne l'a vue qu'une seule fois, et le malade n'avait rendu qu'un gravier unique. Il crut d'abord que ce gravier était

composé d'acide urique; mais l'ayant fait analyser par un habile chimiste , M. Despretz , il le trouva composé d'oxalate de chaux presque pur. Proust, qui croit aussi que cette espèce de gravelle est très rare, dit qu'elle est d'une couleur verdâtre ou noirâtre, et M. Jules Cloquet m'a fait voir , dans la collection remarquable qu'il possède, une assez grande quantité de graviers de cette espèce , ayant également une couleur plus ou moins noire. Parmi les nombreux graveleux auxquels j'ai donné des soins à Yichy, j'en ai rencontré tout au plus cinq ou six ayant cette espèce de gravelle , et excepté dans un cas où les graviers avaient une couleur qui se rapprochait de celle indiquée par M. Magendie , et où j'ai douté de leur nature, à cause de cette couleur, jusqu'après l'analyse qui en a été faite, les graviers m'ont toujours présenté la couleur foncée, noirâtre, qui caractérise ordinairement , à l'œil , les calculs d'oxalate de chaux.

La gravelle transparente ou d'oxyde cystique est aussi fort rare. Les graviers qui lui appartiennent sont, d'après M. Magendie, qui n'a eu qu'une seule fois l'occasion de l'observer , d'une couleur jaune citrine ; ils offrent une transparence qui rappelle celle de la topaze , et leur surface est couverte de petits mamelons cristallins d'un certain volume. J'ai rencontré une seule fois cette espèce de gravelle : c'est chez un ecclésiastique de Clermont (Puy-de- Dôme) , M. l'abbé G... Ce malade vint à Vichy , le 29 mai 1843 , ayant eu des coliques néphrétiques, à la suite desquelles il avait rendu des graviers, et éprouvant cependant toujours un sentiment de gêne dans la vessie, surtout après avoir uriné. Le 19 juin

suivant, après trois semaines de l'usage des eaux, il rendit un fragment de calcul , qui me parut avoir tous les caractères de la cijsline ou oxijcle cijslique, et le 20, deux autres fragments, dont un plus gros que le premier. Je dis fragments , parce qu'à leur aspect, comme on peut encore en juger par un d'eux que j'ai conservé, il était évident, ou qu'ils avaient été réunis entre eux, ou qu'ils avaient adhéré à un calcul plus gros, et qu'ils s'étaient séparés par une fragmentation opérée, très probablement, sous l'influence de la médication qu'il suivait alors. Les deux fragments que je n'ai plus ont été remis par moi à M. Ossian Henry, qui, comme je l'avais présumé, les a trouvés composés d'oxyde cystique (1).

Le malade se sentit très soulagé à la suite de l'expulsion de ces trois fragments ; cependant, lorsqu'il revint à Vichy, l'année suivante, le 3 juin 1844, il m'apprit qu'il avait eu encore , depuis que je ne l'avais vu, deux coliques néphrétiques très violentes, à un mois d'intervalle, et qu'à la suite de chacune, il

(1) Voici le résullat de l'analyse qu'il en fit, et qu'il voulut bien m'envoyer aussitôt après :

« J'ai analysé les deux petits fragments que vous m'avez remis, provenant d'un calcul qui avait été récemment Ijrisé sponianément dans la vessie en trois fragments dont un très petit et les deux autres de la grosseur, à peu près, d'un petit pois.

» Ces fragments, d'un aspect cireux, légèrement translucides, jaunâtres, offraient à la loupe des lames comme cristallisées , un peu analogues à des calculs biliaires de cholestérine. Les fragments que nous examinons m'avaient paru , à Vaspect , formés de cystine ou oxyde cystique presque pur. Les essais chimiques m'ont bientôt convaincu de l'exactitude de ce fait,

» Ils sont insolubles dans l'eau et dans l'alcool bouillant , solubles dans la potasse , dans l'ammoniaque, et cristallisent en petits grains brillanls par l'évaporation spontanée.

» Décomposés au feu sur une lame de platine, ils brûlent avec

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avait rendu un très gros gravier. Il me remit ces deux graviers qui me frappèrent par leur volume, bien qu'en se desséchant, ils eussent probablement déjà perdu de leur grosseur, et qui, par conséquent, pouvaient parfaitement donner l'idée des vives douleurs qu'il avait éprouvées. Ils avaient, comme les fragments rendus l'année précédente, tous les caractères des calculs d'oxyde cystique, le volume d'une noisette ordinaire, la forme à peu près ronde, seulement avec une surface un peu inégale et mamelonnée ; mais ces deux petits calculs étaient bien entiers, et ne paraissaient pas, comme les fragments qu'il avait rendus à Vichy môme, l'année précédente, avoir fait partie d'un autre calcul. J'ai donné un de ces petits calculs à M. O.Henry, et j'ai gardé l'autre. Ce malade prit les eaux pendant un mois , et ne rendit , pendant ce temps , aucun autre gravier ni fragments de calcul ; cependant il éprouvait encore de temps en temps un petit sentiment de gêne dans la vessie , qui me laissa la crainte qu'il ne fût pas

une odeur fétide sulfurée , qui rappelle les produits de l'huile volatile de moutarde ; ils ne laissent qu'un résidu très insignifiant de phosphate calcique , et un peu alcalin.

» Traités par l'acide nitrique, ils se décomposent en donnant un liquide incolore , sirupeux , qui, additionné d'ammoniaque, prend une teinte brune , mais nullement purpurine , comme cela arrive avec l'acide urique ou les urates.

» Dissous dans l'acide chlorhydrique pur et évaporé sur un verre de montre , on obtient , avec les fragm'ents , de très jolies aiguilles soyeuses de cysline.

» Dissous dans l'acide acétique , ils cristallisent aussi par évaporation.

» Enfin , tous les caractères annoncent que ces fragments provenant d'un calcul unique primitif se rapportent à un calcul d'oxyde cystique, ou cysline à peu près pure.

» Paris , le 17 avril 184^. » 0. Henry.

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encore entièrement débarrassé de Ions ses graviers. Je ne l'ai pas revu depuis.

La gravelle mMltiple est celle dont les graviers sont de différentes natures et rendus par le même individu, soit en même temps, soit à des époques plus ou moins rapprochées.

Les calculs vésicaux commencent ordinairement par des graviers descendus des reins, qui, ne trouvant pas une issue facile à travers le canal de l'urètre, séjournent dans la vessie et deviennent le noyau autour duquel se déposent les sels que , dans certains cas, l'urine ne peut tenir en dissolution. Quelquefois, cependant, ils prennent origine dans la vessie même; mais alors, ils ont fréquemment pour noyau, soit un caillot de sang, soit un corps étranger venu du dehors, tel qu'un morceau de bougie ou de sonde^ une balle, une épingle, une aiguille, un morceau d'étoffe, etc. ; et une chose assez curieuse, et qui résulte des recherches de Marcet, c'est que les calculs qui se forment sur des corps étrangers introduits accidentellement dans la vessie sont le plus souvent , si ce n'est pas toujours , des phosphates mêlés ou calculs fusibles.

En général, les calculs vésicaux sont d'autant plus volumineux qu'ils sont moins nombreux. On en a trouvé plusieurs centaines dans une seule vessie, qui étaient tout au plus gros comme des pois. Dans d'autres cas, on en a rencontré qui avaient plus de six pouces de diamètre. On peut en voir, dans le muséum de la Faculté de Paris, d'assez volumineux pour remplir toute la cavité de la vessie; et James Earle en a décrit un dans las Transactions pliUosopliifjues, 1809, extrait, après la mort, de la vessie

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d'un nommé David Ogilvie, qui avait été taillé sans succès, et qui était énorme. Ce calcul, de nature fusible, comme tous ceux d'un gros volume, avait une forme ovoïde et pesait 44 onces ; mesuré dans son plus grand diamètre, il avait 16 pouces, et dans le moindre 14. Néanmoins le volume ordinaire des calculs vésicaux est celui d'une noisette, d'une noix ou d'un œuf de poule. Leur poids n'est pas toujours en rapport avec leur volume : les diverses substances qui entrent dans leur composition en font varier la pesanteur.

Les calculs sont ordinairement libres et mobiles dans la vessie, quelquefois adhérents à ses parois, et, dans d'autres cas, chatonnés, c'est-à-dire, logés dans une poche formée par la hernie de sa membi'ane interne.

Le docteur Proust a fait des recherches fort curieuses sur la fréquence comparative des diverses espèces de calculs. Voici les résultats auxquels il est arrivé, d'après les observations particulières faites par le docteur Brande, sur les calculs de la collection de Hunter; par le docteur Marcel, sur ceux des collections de Norwich et de Guy ; par le docteur Henry, sur les diverses collections conservées chez quelques habitants de Manchester et de ses environs, et par M. Smith, sur ceux contenus dans la collection de Bristol. Tous les calculs examinés par ces observateurs s'élèvent à 823. 294 se trouvèrent formés d'acide urique : dans 98, l'acide urique était presque pur ; dans 151, il était mêlé à un peu d'oxalate de chaux ; et dans 45, à un peu de phosphate; 1 13 étaient composés d'oxalate de chaux, et trois d'oxyde cystique. Les calculs phosphaliques

s'élevaient à 202 : 8 élaient de phosphate de chaux presque pur-, 84 de phosphate ammoniaco-magncsien, môle à une petite proportion d'acide urique ; 1 9 de phosphate ammoniaco-magnésien presque pur, et 91 de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien (calculs fusibles). Les calculs alternants ou de couches de différentes natures étaient au nombre de 186 : 15 d'acide urique et d'oxalate de chaux, l'acide urique prédominant; 40 autres de môme nature, mais dans lesquels, au contraire, c'était l'oxalate de chaux qui était en plus grande proportion; 51 d'acide urique et de phosphates; 12 d'oxalate de chaux, d'acide urique et de phosphates ; 49 d'oxalate de chaux et de phosphates; 1 de matière fusible et d'acide urique; 2 de matière fusible et d'oxalate de chaux, et 16 dont la composition n'a pas été mentionnée. Il y avait 25 calculs composés dont la nature n'a pas été spécifiée.

Il faudrait peut-être examiner un plus grand nombre de calculs pour avoir des données exactes sur la fréquence relative de leurs différentes espèces ; et encore ils sont si souvent composés de plusieurs substances, et dans des proportions si variables, que cette classification serait toujours fort difficile à établir, quelque soin que l'on apportât à leur analyse chimique. Aussi ne faut-il considérer les résultats obtenus par Proust que comme approximatifs, et en les estimant ainsi, on voit que les calculs d'acide urique forment un peu plus que le tiers du nombre tolal dos calculs ; et je suis porté à croire que ces résultats ne s'éloignent pas beaucoup de la vérité, parce qu'ils se rapprochent de ceux obtenus par Fourcroy et Vauquelin, qui, sur les 600 calculs

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qu'ils souinirenl à l'analyse, en trouvèrent 150 d'acide urique. Mais Proust va plus loin, et pense que, comme cet acide est le noyau ordinaire autour duquel la matière calculeuse se dépose, on peut le considérer comme produisant réellement plus des deux tiers des calculs. Il résulte aussi des mêmes recherches que les calculs d'oxalate de chaux forment un septième du nombre total, sans aucune régularité cependant, dans différentes collections ; que ceux d'oxyde cystique sont si rares, que la proportion est seulement de 1 sur 274 ; que ceux composés de phosphates en forment un quart, et que les calculs alternants varient entre le quart et le cinquième.

Quoi qu'il en soit de ces résultats, voici la désignation et les caractères principaux des différentes espèces de calculs que l'on a rencontrées dans la vessie.

Calculs d'acide urique. — Ils ont, en général, une forme ovoïde un peu aplatie. Leur couleur, ordinairement d'un rouge brun, varie depuis la teinte jaune jusqu'à celle de l'acajou; leur surface est tantôt lisse, tantôt parsemée de mamelons arrondis ; leur coupe montre des couches concentriques minces, et leur cassure est, ou imparfaitement cristalline, ou terreuse.

Calculs d'urate d'' ammoniaque. — Ordinairement d'un petit volume, blanchâtres ou plutôt d'un gris argileux, à surface lisse et parfois tuberculeuse , ces calculs sont formés de couches concentriques, et leur cassure est terreuse, très fine, et semblable à celle du carbonate de chaux compacte. L'urate d'ammoniaque forme assez rarement des calculs à lui seul, et on les rencontre plutôt chez les enfants que

chez les adultes, mais on le Iroiive fréquemment mêlé à l'acide urique, et il forme alors avec lui une variété de calculs.

Calculs de pliosphate de chaux. — Les calculs de phosphate de chaux sont très rarement purs-, Wollaston est le premier qui en ait rencontré. D'après cet auteur, leur surface est d'un brun clair, et si lisse, qu'on la dirait polie" Sciés en deux, on les trouve composés de lames très régulières, et qui se laissent séparer très facilement les unes des autres, de manière qu'on parvient à réduire le calcul en crotites concentriques. Le phosphate de chaux, dit Berzelius, y est combiné avec une matière animale, probablement identique avec celle qui, hors du corps même, se précipite de l'urine avec lui.

Calculs de phosphate ammoniaco-magnésien. — Selon Proust, les calculs entièrement composés de ce sel sont extrêmement rares ; mais ceux dans lesquels il prédomine sur les autres principes constituants sont, au contraire, fort communs. Les calculs qu'il constitue présentent presque toujours une couleur blanche ; leur surface est inégale et couverte de petits cristaux brillants ; leur substance n'est pas lamelleuse, ils se brisent et se réduisent facilement en poudre. Dans quelques cas rares, on lésa trouvés durs, compactes, et offrant alors, si on les divisait, une texture cristalline plus ou moins transparente.

Calculs de phosphate de chaux mélangé au phosphate ammoniaco-magnésien, ou calculs fusibles. — Ces calculs , les plus communs après ceux d'acide urique, sont ordinairement plus blancs et plus friables qu'aucune autre espèce. Ils ressemblent quelquefois beaucoup à une masse de craie laissant une

GilAVËLLE ET CALCULS UPJNAmES. 171

poussière blanche sur les doigls, el se séparent facilement en couches ou lames dans les interstices desquelles on voit de petits cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. D'autres fois ils se présentent sous la forme d'une masse blanchâtre , spongieuse et très friable , dans laquelle la structure lamelleuse se distingue difficilement. Ce sont surtout les calculs de cette espèce qui sont susceptibles d'acquérir une grosseur considérable, et qui se moulent quelquefois sur la cavité de la vessie contractée, prenant ainsi une forme que ne possède aucune autre espèce de calcul. Tonnant avait remarqué qu'au lieu de se consumer entièrement au chalumeau, il s'en fondait une grande partie en un globule vitreux blanc, d'où leur est venu le nom de fusibles que Wollaston leur a donné.

Calculs d'oxalate de chaux ou calculs muraux. — Ces concrétions, qui s'observent assez communément et qui s'élèvent rarement au delà du volume moyen, ont ordinairement une surface inégale et couverte de tubercules plus ou moins proéminents, assez semblable enfm à celle d'une mûre, ce qui leur a fait donner le nom de calculs muraux. Ils tont en général d'une couleur brune foncée tirant sur le noir, très durs, d'un poids considérable, et offrent, lorsqu'on les divise, une texture lamellée imparfaite. On rencontre assez souvent des calculs de cette classe qui, loin de ressemblera une mûre, sont lisses, d'une couleur pâle^ toujours d'un petit volume, et que Marcet compare, à cause de cela, à des grains de chènevis. Berzeliusena vu qui étaient blancs ou d'un jaune clair, et qui formaient une agrégation très eolide de cristaux à arêtes tran-

172 GRWELLE ET CALCULS LRINAIKES.

chantes. C^ux dont la couleur est foncée paraissent , d'après ce célèbre cliimisle, la devoir moins à du sang qu'à la matière animale qu'ils contiennent, dont la quantité n'est pas peu considérable, et qui se précipite de l'urine avec les autres sels calciques peu solubles.

Calculs d'oxijde cystique. — Cette dénomination leur a été donnée par WoUaston, qui en publia pour la première fois la description dans les Transactions philosophiques pour 1810, parce que la substance qui les compose se dissout également dans les acides et les alcalis, et qu'elle ressemble, sous ce rapport, à quelques oxydes métalliques; mais Berzelius, ne trouvant pas valables les motifs allégués par Wollaston pour justifier cette dénomination, propose de lui substituer celle de cijsline. Ces calculs, très rares, d'un petit volume, ne dépassant pas du moins la grosseur moyenne, se présentent sous la forme d'une masse d'un blanc jaunâtre, translucide et cristallisée irrégulièrement; ils ressemblent, dans leur apparence extérieure, beaucoup plus à ceux de phosphate ammoniaco-magnésien qu'à aucune autre espèce de calculs.

Calculs de carbonate de chaux. — Très communs parmi ceux des animaux herbivores, ils sont très rares chez l'homme, surtout à l'état de pureté. Cependant Proust en a vu quelques petits formés presque en totalité par ce sel, et qui étaient parfaitement blancs et friables. Ces calculs sont en général, d'après Berzelius, blancs ou gris, et quelquefois jaunes, bruns ou rouges. Le carbonate de chaux, ajoute ce célèbre chimiste, y est toujours combiné avec une matière animale à laquelle ils doivent leur

GRAVELLE ET CALCULS UllINAlRES. 173

couleur. La formation de ces calculs suppose que l'urine est alcaline, et qu'elle ne contient pas ses phosphates ordinaires. On les reconnaît aisément à ce qu'ils se dissolvent avec effervescence dans l'acide hydrochlorique ;, et à ce qu'ils laissent de la chaux vive lorsqu'on les calcine à un feu assez vif.

Calculs alternants. — Ils peuvent être formés par les différentes couches qui composent les espèces précédentes ; d'où il résulte que leur texture et leurs caractères généraux , qui sont subordonnés à leur composition, peuvent varier à l'infini. Le plus communément ils sont composés de couches alternatives d'acide urique, d'oxalate de chaux et de divers phosphates. Ces calculs acquièrent souvent un volume considérable, et nous avons vu qu'ils sont assez communs pour pouvoir former le quart ou le cinquième du nombre total des calculs.

Calculs composés. — Ces calculs consistent dans la réunion intime d'un nombre plus ou moins considérable des espèces précédentes ; mais , en général, ils sont le résultat d'un mélange d'urate d'ammoniaque et de phosphates. Marcel propose de rapporter spécialement à cette dénomination les calculs qui n'ont pas de caractères distincts qui puissent les faire considérer comme appartenant à aucune dés autres espèces. Il dit qu'on peut quelquefois les reconnaître à leur figure plus ou moins irrégulière et à leur couleur moins déterminée. Ces calculs ne sont pas communs ; ils acquièrent rarement un grand volume, mais ils sont souvent très durs. Lorsqu'on les soumet à l'analyse chimique, on n'obtient que des résultats confus, ce qui fait bientôt reconnaître leur nature composée.

Il serait à désirer que l'on eût les moyens de connaître au juste quels sont les éléments qui constituent les calculs, lorsqu'ils sont encore cachés dans la vessie ; on pourrait alors en diriger le traitement avec plus de certitude , employer toujours les dissolvants les plus convenables , et, par conséqueirt, obtenir des succès plus prompts et en plus grand nombre. Cependant, comme c'est surtout, suivant moi , ainsi que je le montrerai plus loin, sur la matière qui sert de lien à la substance calculeuse q'ue doivent agir les moyens dissolvants^ je ne pense pas qu'il soit aussi nécessaire qu'on le croit généralement, pour chercher à détruire les calculs renfermés dans la vessie, d'en connaître parfaitement la composition chimique. Quoi qu'il en soit, Proust s'est particulièrement occupé d'éclairer ce sujet de recherches , et je ne crois pouvoir mieux faire que de lui emprunter ce qu'il dit des symptômes qui accompagnent chaque espèce de concrétion, ou du moins celles que l'on rencontre le plus communément et qu'il nous importe le plus de bien connaître.

L'urine des personnes affectées de calculs d'acide urique présente toujours, dit-il, une couleur naturelle , mais qui est plus ou moins foncée ; la pesanteur spécifique de ce liquide surpasse celle qu'il a dans l'état de santé ; il laisse déposer presque toujours un sédiment cristallisé qui devient, en général, plus abondant lorsque la douleur et l'irritation augmentent ; alors le sédiment cristallisé se trouve mêlé assez souvent avec les dépôts pulvérulents, et il contient une grande quantité de mucus. Cependant nous observerons qu'en général le mucus est moins abondant dans cette espèce de calculs que

GRA.VELLE ET CALCULS lIRIlNAmES. î 75

clans les autres , et que l'urine, qui est quelquefois opaque, dans le principe, devient ordinairement transparente après quelque temps de repos.

En général , les symptômes qui accompagnent le calcul mural sont très intenses et bien caractérisés. Lorsque tous les symptômes du calcul se trouvent réunis ; lorsqu'on s'est assuré qu'il existe actuellement un calcul dans la vessie ; lorsque l'urine est claire, et qu'elle ne dépose ni acide urique, ni phosphates, on peut présumer que le calcul existant est composé d'oxalate de chaux ou d'oxyde cystique. Les individus qui sont atteints de la diathèse cystique , rendant souvent de petits fragments composés de cette substance , si l'on s'est assuré que les malades n'en ont point évacué, cette circonstance et la plus grande fréquence du calcul mural donnent presque la certitude que , dans ce cas , le calcul est composé d'oxalate de chaux.

Le même auteur pense que les calculs composés de phosphates ne peuvent exister longtemps dans la vessie sans produire, de la manière la plus frappante, tous les symptômes qui appartiennent en général aux affections calculeuses. Les souffrances horribles auxquelles ces concrétions donnent lieu surpassent de beaucoup tout ce qu'on observe dans les autres espèces de calculs. Non seulement, dit-il, les symptômes locaux sont portés à un point de violence extrême, mais l'ensemble de la constitution paraît éprouver une altération remarquable ; de sorte que ceux qui sont habitués à voir des malades atteints de ce calcul peuvent les reconnaître à la simple inspection de leur physionomie.

L'urine évacuée par les personnes qui sont affec-

176 GIUVELLE ET CALCULS URINÀIRES.

tées de calcul pliosphatique , ajoute toujours le même auteur, est si bien caractérisée , qu'elle ne peut être méconnue un seul instant ; en général , elle est abondante, légèrement opaque, et offre une couleur pâle analogue à celle du petit-lait. Ce liquide laisse précipiter les phosphates qui sont mêlés , dans ce cas, avec une grande quantité de mucus ; il passe rapidement par tous les degrés de la décomposition alcaline et putride, et exhale, dans cet état, une odeur des plus offensives ; sa décomposition s'effectue d'une manière si prompte, que, dans les cas graves de ce genre, la chambre du malade est toujours infectée de cette odeur putride (I).

On peut ajouter que , dans la diatlièse iirique, l'urine est acide et rougit le papier de tournesol, et que, dans la diallièse pliospliatiqiie ., elle est, au contraire , plus ou moins alcaline.

Fourcroy avait proposé, pour reconnaître la nature des calculs contenus dans la vessie, d'injecter successivement dans cet organe une très faible lessive de potasse, ou de l'acide hydrochlorique affaibli, et, après un séjour de quelques instants, ces liquides étant évacués, d'examiner les précipités qu'ils laisseraient déposer. Mais, soit qu'on ait considéré cette méthode comme étant d'une exécution difficile, soit qu'on ait craint l'irritation que ces injections auraient pu produire sur les parois de la vessie, je ne sache pas qu'elle ait jamais été mise en pratique.

Néanmoins, quelle que soit la valeur des symptômes indiqués par les auteurs et de tous les

(1) W. Proust , Trailé de la gravelle, du calcul vésical, clc , tratluil (le l'nnslais. Paris , 1822.

GHAYELLE ET CALCULS LRINAIRES. 177

moyens proposés pour arriver à constater la composition chimique des calculs , lorsqu'ils sont encore renfermés dans la vessie, ces concrétions sont si souvent formées d'éléments divers et différemment combinés, qu'on ne peut se dissimuler que, dans un grand nombre de cas , il ne soit très difficile d'obtenir à cet égard des notions exactes.

§ III. Causes des calculs.

La cause immédiate de la formation des calculs urinaires tient toujours à un défaut de proportion entre la faculté dissolvante de l'urine et la quantité de matière calculeuse fournie par les reins. En effet, l'urine n'a, comme tous les liquides, qu'un certain degré de puissance dissolvante qu'on appelle son point de saturation, au delà duquel elle laisse déposer sous forme pulvérulente ou cristalline les diverses substances qui entrent ensuite dans la composition des calculs. Cette faculté dissolvante de l'urine est toujours en rapport avec la quantité de sa partie aqueuse, et comme celle-ci varie suivant un grand nombre de circonstances, on conçoit qu'il doit arriver fréquemment qu'une partie de ses autres principes l'abandonnent et se précipitent. C'est ce qui arrive particulièrement lorsque les reins produisent des substances calculeuses en plus grande abondance que d'habitude , surtout de celles qui sont peu solubles dans l'urine, comme, par exemple, de l'oxalate de chaux. Un premier noyau étant une fois formé et séjournant dans les voies urinaires, il s'augmente graduellement des substances qui, dans certaines circonstances , se trouvent en excès dans

l'urine. Ces substances se déposent à sa surface, s'y concrètent et y adhèrent au moyen du mucus vésical, qui alors se combine avec elles et leur sert en quelque sorte de ciment; mais cette augmentation n'a pas toujours lieu d'une manière régulière : la partie aqueuse de l'urine peut être longtemps en assez grande abondance pour tenir à l'état de solution les matières calculeuses, et par conséquent, ne permettre aucune précipitation. C'est ainsi qu'on a vu des calculs séjourner plusieurs années dans la vessie , sans y augmenter de volume d'une manière bien sensible.

Les causes qui prédisposent le plus à cette formation des calculs urinaires sont le défaut d'exercice, le travail du cabinet, le séjour prolongé au lit, la mauvaise habitude de garder longtemps l'urine dans la vessie, celle de ne prendre des boissons aqueuses qu'en petite quantité, l'usage des vins généreux, des liqueurs fortes , et particulièrement , selon M. Magendie, un régime trop nutritif, principalement composé d'aliments contenant beaucoup d'azote. On peut encore ranger parmi ces causes la paralysie de la vessie, le rétrécissement du canal de l'urètre, et tout ce qui peut mettre obstacle au libre écoulement de l'urine. Enfin, l'usage habituel de l'oseille a été, dans quelques cas, la cause unique et évidente de calculs d'oxalate de chaux: M. Magendie et le professeur Laugier en citent des exemples.

M. Magendie a particulièrement étudié l'influence du régime sur la production des calculs urinaires : il a démontré, par un grand nombre d'expériences et d'observations, que l'urine de l'homme et des animaux qui se nourrissent plus particulièrement

d'aliments fortement azotés , tels que la chair de toute espèce, le poisson, les coquillages et les œufs, etc., contient de l'acide urique, et que sa proportion varie avec celle des aliments azotés dont les animaux font usage : « S'ils se nourrissent exclusivement de matières animales , dit ce célèbre physiologiste, l'urine est abondamment chargée d'acide urique, et même peut en être entièrement formée, comme cela résulte des expériences de MM. Vauquelin et Wollaston sur les oiseaux. Cependant on ne trouve point d'acide urique dans l'urine du lion et du tigre , mais on y trouve de l'urée en grande proportion. Au reste , la quantité et la nature des aliments n'influent pas seulement sur la production de l'acide urique, mais sur celle des autres substances salines en dissolution dans l'urine; fait qui est de la plus haute importance sous le rapport de la production de la gravelle.

» Si , au contraire , les animaux se nourrissent de végétaux, comme il arrive aux herbivores, l'urine ne présente aucune trace d'acide urique. »

M. Magendie déduit des recherches auxquelles il s'est livré , la conséquence importante qu'il existe une relation évidente entre le régime et la présence de l'acide urique dans l'urine; en d'autres termes, qu'il n'existe d'acide urique dans l'urine qu'autant que les animaux se nourrissent de chair et autres aliments azotés. M. Chossat, qui a aussi publié un très beau travail relatif à l'influence des aliments sur les propriétés physiques de l'urine (1), est arrivé exactement aux mêmes résultats : il a trouvé , en

(1) Journal de physiologie de M. Magendie , t. IV.

180 GRÂVELLE ET CALCULS URIIN AIRES.

expérimentant sur lui-môme, avec une attention et une patience clignes d'éloge, que Turine donne d'autant plus de résidu , lorsqu'on la fait évaporer au bain-marie, que l'on prend plus d'aliments, et que, la quantité d'aliments restant la même , toutes choses égales d'ailleurs , le résidu est d'autant plus abondant que le régime est plus azoté.

Il ne faut pas croire cependant que toutes les causes des calculs urinaires nous soient parfaitement connues, et que les conjectures fondées sur les divers genres de nourriture, de boisson et d'habitude ne soient sujettes à aucune objection. Il est certain qu'on est souvent exposé aux influences auxquelles on attribue ordinairement la formation des calculs, sans en être affecté, tandis qu'en les évitant on n'est pas toujours sûr d'en être préservé. Il faut donc bien , dans un grand nombre de cas , recon naître chez les calculeux une prédisposition particulière, tout à fait indépendante des causes occasionnelles. M. Magendie est entièrement de cet avis, car il fait la remarque que l'on voit tous les jours des individus qui, par leur âge, leur régime, leurs habitudes, semblent dans les conditions les plus propres au développement de la gravelle , et qui n'en sont point affectés ; tandis qu'au contraire il en est d'autres qui, par leur régime alimentaire et leur genre de vie, sembleraient ne devoir jamais en être atteints, et qui en souffrent. Il ajoute qu'à la vérité les exemples en sont rares , mais que le fait n'en est pas moins certain ; et il cite, à ce sujet, d'après Scudamore , les pauvres d'un district entre Tumbridgewels et Lewes, dans le comté de Susscx, parmi lesquels la gravelle est fréquente , bien qu'ils soient

GIlAVIiLLE ET CALCULS UlUNAIRES. 181

maigres et qu'ils se nourrissent presque exclusivement d'aliments vé^jétaux et de bière dure {liard becr), tandis que celle maladie épargne les autres habitants. Le môme physiologiste cite encore comme des bizarreries inexplicables, des personnes qui rendent abondamment des graviers avec leur urine chaque fois qu'elles font un grand exercice auquel elles ne sont pas accoutumées, et d'autres qui sont d'ailleurs sobres et bien portantes, ei chez lesquelles il n'est pas extrêmement rare d'observer le môme phénomène , si elles ont une digestion laborieuse , accompagnée d'éructations , de rapports amers ou acides, de pyrosis , etc. Il connaît une dame qui rend environ deux gros de gravier rouge avec son urine le lendemain du jour où il lui est arrivé de manger de la salade, et Béclard lui a rapporté l'histoire d'un individu qui expulse un ou deux petits calculs par l'urètre, chaque fois qu'il fait usage de fruits crus.

On peut encore citer avec C. Hutchinson, comme preuve que le régime animal ne peut pas seul rendre les calculs plus fréquents , l'exemple des matelots qui mangent une grande quantité de bœuf et de porc salés, et qui cependant en sont rarement affectés. Nous avons vu, au contraire , que cette maladie est fort commune chez les enfants, quoique en général ils ne fassent pas un grand usage d"aliments très azotés. Il existe aussi l'exemple d'un savant naturaliste italien du dix-septième siècle , Hyacinthe Cestoni (1), qui vécut quatre-vingt-un ans de légumes et de fruits, et qui mourut cependant de la gravelie.

(1) Journal de pharmacie , janvier 1828.

On doit conclure do tous ces faits que la cause des calculs urinaires est encore enveloppée d'une grande obscurité.

§ IV. De la dissolution et de la désagrégation des calculs urinaires.

Dans un premier mémoire que j'ai publié en 1834 (1), et dans lequel se trouvaient déjà, en grande partie, les considérations qui précèdent, j'ai dit, en thèse générale , qu'il n'est pas de calculs insolubles (2) ; seulement, comme ils ne sont pas toujours de la même nature, on conçoit qu'ils ne peuvent pas tous être solubles au même degré et par les mêmes moyens, et que par conséquent il serait avantageux de pouvoir leur opposer des dissolvants de nature différente. C'est pour cela qu'on a conseillé , selon leur composition chimique , tantôt des alcalis et tantôt des acides. Mais c'est là précisément la grande difficulté du traitement par les dissolvants; car nous avons vil que, malgré tous les moyens indiqués pour arriver à connaître d'avance la nature de ces concrétions, on était souvent, à cet égard, dans une grande incertitude; et, d'un autre côté , les éléments qui les composent, en les supposant même bien connus, sont souvent si différents et combinés d'une manière si variée, qu'il serait toujours fort difficile de savoir à quelle espèce de dissolvant il faudrait avoir recours, ou s'il faudrait les employer alternativement.

(1) Du traitement médical des calculs urinaires , et particulièrement de leur dissolution par les eaux de Vichy et les bicarbonales alcalins.

(2) Il fiiiit excf'ptcr la silice, qui a été trouvée dans quelques calculs, mais si rarement et en si petite quantité, qu'on peut, ce me semble, la négliger sans inconvénient.

GRAyELLE ET CALCULS mUNÂlRES. 183

D'ailleurs, la première condition dans ce cas, pour un dissolvant, c'est de pouvoir arriver par la circulation, et sans changer de nature, jusque dans les voies urinaires, à moins qu'on ne veuille se borner à l'employer en injections dans la vessie. Or il paraît douteux, d'après un assez grand nombre d'observations, que tous les acides introduits dans l'estomac puissent arriver à l'état libre jusque dans les voies urinaires. Il résulte d'expériences fort curieuses et faites avec soin par le docteur Wœhler, médecin de la Faculté de Heidelberg, sur le passage de diverses substances dans l'urine (1), que les acides oxalique, tartarique, benzoïque, et vraisemblablement, ajoutet-il, tous les autres, ne passent jamais dans les urines que combinés avec une base ; de sorte que, employés, comme on les a conseillés, contre les calculs phosphatiques, ils seraient plutôt nuisibles qu'utiles. Ces observations du docteur Wœhler sont confirmées par une expérience de Berzelius qui, ayant eu à observer un malade dont l'urine était alcaline et déposait des phosphates , lui fit prendre de l'acide phosphoriqae à dose croissante , sans que l'urine devînt acide ; mais l'acide finit par purger le malade et alors l'urine prit le caractère acide; elle recouvra sa transparence et déposa de l'acide urique. Ces phénomènes cessèrent avec lapurgation, et ni l'usage continué de l'acide phosphorique, ni celui de l'acide acétique, ne purent ensuite empêcher la formation du sédiment et l'alcalescence de l'urine. M. Magendie a également essayé plusieurs fois de faire

(l) Journal des progrès des sciences et ins Util lions médicales, I. 1 et IT. Paris, 1827.

18 i GRAVELLE ET C\I,CLLS URmAlRES.

cesser ralcalinité de certaines urines en donnant aux malades soit des acides minéraux, soit des acides végétaux à forte dose , et n'a jamais pu obtenir ce résultat d'une manière non équivoque. Mais en supposant môme que les acides puissent arriver à l'état libre jusque dans la vessie , il est probable que ce ne serait pas sans danger pour l'estomac qu'on les administrerait à assez forte dose et pendant assez longtemps pour mettre l'urine dans le cas de pouvoir dissoudre les calculs phospbatiques.

On voit qu'on ne peut pas fonder de grandes espérances sur l'emploi des acides comme dissolvants des calculs pbospbatiques, les seuls du reste auxquels il est à regretter qu'ils ne soient pas plus facilement applicables. Cependant quelques praticiens assurent en avoir obtenu quelquefois de bons effets, particulièrement de l'acide carbonique. Ainsi, par exemple, Loizon, de Toulouse, cité par Fourcroy, a rapporté deux cas de guérisons obtenues par l'eau deSeltz, et constatées par le cathétérisme. Brande rapporte aussi avoir administré de l'eau imprégnée d'acide carbonique à un malade sujet à évacuer , avec son urine, un sable blanc, composé de phosphate de chaux et de magnésie , et avoir observé que le dépôt cessait d'avoir lieu , tant qu'on faisait usage de celle eau acidulée, et qu'il commençait à reparaître dès qu'on l'abandonnait. Mais je crois que, dans ce cas, les phénomènes observés ont été mal interprétés; car, bien que M. d'Arcet ait cru luimême que l'urine des buveurs d'eau , à Vichy, contient plus d'acide carbonique que dans l'état ordinaire, je doute que cet acide puisse arriver dans la vessie autrement que combiné avec une base, et

GUAYELLE ET CALCULS UIUNAIUES. 185

alors il n'agirait plus comme acido. N'esl-il pas plus probable qu'en administrant les boissons indiquées , si l'on a fait cesser des dépôts pliosphaliques, c'est en modifiant ou en [juérissant une affection chronique de la vessie , dont ils sont ordinairement le résultat , et non pas par une action exercée par l'acide carbonique, à l'état pur, sans combinaison, sur ces dépôts?

D'après tout ce qui précède , on voit que l'on ne peut guère compter sur les acides comme moyen dissolvant des calculs urinaires.

Quant aux alcalis, la propriété qu'ils possèdent de dissoudre l'acide urique est depuis longtemps parfaitement connue ; mais ce n'est pas leur principale action , même dans le cas de calculs d'acide urique , et c'est précisément là où a été la grande erreur de tous ceux qui se sont occupés de recherches relatives à la dissolution des calculs urinaires , et qui se sont toujours beaucoup trop préoccupés de trouver un -dissolvant de la matière calculeuse elle- même, qui devrait par conséquent varier, suivant la nature du calcul que l'on aurait à attaquer.

Pour se faire une juste idée de l'action des alcalis sur les différentes espèces de calculs, il faut se rappeler que les sels qui composent ces concrétions ne sont jamais purs, et qu'ilsne formentpas un tout parfaitement cristallisé. Ces sels se déposent lentement, successivement, par couches concentriques, plus ou moins régulières, ou quelquefois par une sorte d'agglomération sans régularité bien apparente ; mais il fautsurtoutfaireattentionau rôle important que joue, dans ce cas , le mucus vésical. Ce mucus qui , dans tous les cas de calculs, mais particulièrement dans

186 GRAVELLE ET CALCULS UllUNAIRES.

ceux de calculs pbospbaliques , toujours sécrété en plus grande quantité que dans l'état normal , se mêle avec les dépôts calculeux , s'interpose entre leurs molécules, en augmente la force adhésive, et se comporte enfin comme un véritable ciment à l'égard de ces molécules et des différentes couches dont se composent ces calculs. Or ce fait du mélange de cette matière animale dans tous les calculs m'a semblé d'une grande importance , à cause de la propriété que possèdent les alcalis de !a dissoudre. N'est-ce pas déjà une raison de plus de compter sur l'efficacité de ces dissolvants dans les cas de calculs d'acide urique? Et ne peut-on pas aussi profiter de cette propriété des alcalis , de dissoudre ce principe constituant des calculs , pour chercher , soit par des boissons alcalines , soit par des injections de môme nature dans la vessie, à désagréger tous ceux dont les autres éléments ne sont pas ou sont peu solubles par les mômes moyens ; de manière à n'avoir plus qu'à favoriser la sortie du sédiment calculeux , en excitant une sécrétion abondante d'urine, ou au moyen des injections ellesmômes? Ne doit-il pas suffire pour cela de rendre l'urine alcaline et de la maintenir à cet état pendant un certain temps, ce qui est facile et peut se faire sans inconvénient pour les malades, surtout en employant les eaux naturelles de Vichy, on bien la soude ou la potasse à l'état de bi-carbonates,

Morveau a bien eu la pensée, dans les cas de calculs phosphatiques, d'attaquer la matière animale qui leur sert de lien , mais ce n'était pas précisément dans le môme but. Il cherchait seulcment'alors une liqueur capable de s'approprier cette matière ,

GRAVELLE ET CALCULS UlUNAIRES. 187

qu'il considérait comme ôlant le principal obstacle à la dissolution de la partie terreuse de ces calculs , et qu'il cberchait ainsi à mettre à nu , autant que possible , afin de tâcher de dissoudre cette partie terreuse, au moyen d'acides injectés dans la vessie. Il pensa que des eaux de chaux , de savon et de la lessive des savonniers, dont on vantait beaucoup l'efficacité de son temps, agissaient principalement de cette manière. Pour s'en convaincre, il fît une expérience qui me semble venir parfaitement à l'appui de l'opinion que les alcalis peuvent désagréger les calculs qu'ils n'ont pas la propriété de dissoudre. «J'ai pris, dit-il, différents calculs tirés du corps humain par l'opération ; je les ai tenus jusqu'à quatre mois de suite dans suffisante quantité de liqueur alcaline végétale, caustique, très concentrée ; ils ont tous été attaqués en peu de jours , c'est-àdire qu'ils ont été comme brisés et réduits en une sorte de sable grossier , qui se rassemblait au fond du vase ; mais l'effet s'est borné là , la dissolution n'a pas été plus loin , et la liqueur, séparée de la matière du calcul par la simple décantation , n'a pas laissé précipiter un atome de terre calcaire (1); lorsque j'y ai versé des acides, elle s'est comportée, à une légère nuance près , tout de même que la liqueur pareille qui n'avait pas servi (2). »

L'expérience suivante , que je dois à l'obligeance de M. d'Arcet , est encore plus concluante.

;l) Il me paraît évident, d'après ce résultat, que Morveau s'est servi, dans cetie expérii'nce , de calculs de pliosphale de chaux.

(2) Lettre de M. Morveau à M. Macquer, sur l'action successive des alcalis et des acides , pour la dissolution de la pierre {Journal des savants, Mil , p. 103).

188 GUWELLE ET CALCl LS UKINÂIRES.

Un os compacle ayant été longtemps expose par ce chimiste à l'action du bi-carbonate de soude dissous dans de l'eau distillée , a été complètement désagrégé. La dissolution ne contenait que de la graisse et de la gélatine ; il n'y trouva ni chaux ni phosphate de chaux. L'os n'a été ici désagrégé que par suite de la dissolution de la gélatine.

Ce qui m'a fait croire encore qu'il n'était pas aussi difficile qu'on le pense de dissoudre les calculs urinaires, c'est qu'il existe des exemples qui prouvent qu'ils peuvent quelquefois se dissoudre ou se désagréger naturellement dans la vessie , probablement par l'effet de quelques changements survenus dans la composition de l'urine. D'ailleurs cette dissolution ne peut- elle pas même arriver par suite d'une simple augmentation de la sécrétion de ce liquide, entretenue pendant longtemps? Car, si l'urine laisse déposer un sédiment propre à former des calculs , lorsque sa partie aqueuse n'est pas assez abondante pour le tenir en dissolution , ne peut-elle pas, au contraire , lorsque cette même partie aqueuse se trouve en grande proportion relativement aux sels à dissoudre , reprendre ceux qu'elle avait laissés déposer, et se saturer ainsi aux dépens des calculs déjà formés? On doit d'autant plus chercher à rendre abondante la proportion de la partie aqueuse de l'urine, qu'avant de rien dissoudre , elle a à vaincre la force de cristallisation qui tient à l'affinité que les molécules ont toujours , comme on sait , pour les masses déjà formées. M. le professeur Jules Cloquet, qui s'est beaucoup occupé de la dissolution des calculs, possède un assez grand nombre de faits qui démontrent parfaitement la possibilité de ces dissolu-

GRAYELLE ET CALCULS UlUNAIRES. 189

tions spontanées. 11 m'a fait voir des calculs de différentes espèces qui ont été extraits de la vessie dans un état de dissolution plus ou moins avancée. Les uns présentent des espèces de sillons de profondeur variable p qui paraissent évidemment avoir été formés par le passage continuel d'un courant d'urine, et qui donnent en quelque sorte, à la surface de ces concrétions, l'apparence du lit d'une rivière mise à sec. D'autres présentent des excavations irrégulières et plus ou moins profondes , et par conséquent des parties saillantes , probablement d'une nature différente et d'une dissolution plus difficile que celles qui ont disparu. Ces calculs ayant été sciés, rien n'est plus facile que de se convaincre que les altérations qu'ils présentent sont dues à une véritable dissolution; car, si ces calculs s'étaient formés tels qu'on les voit maintenant, leurs différentes couches, qu'il est très facile de distinguer, suivraient sans interruption toutes les sinuosités , toutes les excavations dont j'ai parlé, tandis qu'au contraire elles présentent autant de solutions de continuité qu'il y a d'excavations. Il est évident que ces calculs ont été ronds ou à peu près , et que les couches que l'on voit se terminer sur les bords des enfoncements étaient entières et parfaitement concentriques , comme on le remarque dans tous les calculs qui n'ont pas éprouvé de pertes de substance.

M. J. Cloquet, pour prouver qu'il n'est pas de calculs insolubles, en a soumis de phosphate et d'oxalate de chaux à la seule action de Feau chauffée à la température ordinaire du corps, et il a été facile de constater, au bout de quelque temps, qu'ils avaient sensiblement diminué de volume. Il a aussi

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fait des tentatives de dissolution par des injections dans la vessie, an moyen d'une sonde à double courant, de son invention, dans le genre de celle de Haies. 11 n'osa d'abord employer que l'eau distillée, et cependant elle suffit pour amener une diminution notable du volume d'un calcul.

Ces injections auraient eu sans doute beaucoup plus d'effet si elles avaient été faites avec des dissolutions alcalines, parce que, comme je l'ai dit plus haut, elles auraient agi plus puissamment, non seulement sur la matière calculeuse, mais aussi sur le mucus, qui lui sert de lien ; mais les injections n'ont pas, comme les boissons et les bains, l'avantage d'agir sur les reins eux-mêmes, et, par conséquent, de s'opposer à la formation des matières calculeuses, ou de les dissoudre à leur origine ; et d'ailleurs, l'introduction fréquente de la sonde a double courant n'est pas toujours facile et sans inconvénient, surtout chez certains individus très irritables, ou qui ont déjà, soit le canal de l'urètre, soit le col de la vessie plus ou moins malade.

Je ne suis nullement étonné que les remèdes alcalins, tels qu'ils étaient employés par les anciens, aient souvent échoué, et que les praticiens aient été conduits, comme cela est arrivé en effet, à renoncer entièrement à leur usage, à ne les considérer du moins que comme des moyens palliatifs, et à regarder, par conséquent, l'opération, malgré ses dangers, comme la seule ressource des calculeux.

Ce qui a dû surtout faire renoncer à l'emploi de ces remèdes, c'est que, comme tous les alcalis employés à l'état de pureté ou faiblement carbonates, ils devaient être fort irritants, dangereux même chez

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beaiicoop de malades, et alors ne pouvoir être le plus souvent administrés qu'à des doses beaucoup trop faibles pour donner à l'urine le degré d'alcalinité nécessaire pour produire l'effet qu'on en attendait. Aussi combien ne doit-on pas regretter qu'étant dans une aussi bonne voie d'observation, les médecins qui s'occupaient alors avec tant de zèle de la recherche de remèdes propres à dissoudre les calculs urinaires n'aient pas attaché plus d'importance aux heureuses modifications que les alcalis subissent par leur combinaison avec l'acide carbonique, à l'innocuité qu'ils acquièrent, sans rien perdre de leur propriété dissolvante, lorsqu'ils en sont parfaitement saturés, et, par conséquent, à l'avantage que l'on a de pouvoir alors les employer à des doses beaucoup plus élevées. Il est probable que si cette influence de l'acide carbonique sur les alcalis avait été mieux appréciée, il y a longtemps que la possibilité de guérir la pierre sans opération ne serait plus pour personne une question douteuse.

Si donc bea-ucoup de médecins ne conçoivent pas encore que l'on puisse, dans quelques cas du moins, débarrasser les malades de la pierre autrement que par une opération chirurgicale, cela tient à ce cfu'ils n'ont pas suffisamment étudié les effets des alcalis, lorsqu'ils sont employés à l'état de bi-carbonates, et quelquefois même administrés dans une eau qui est, en outre, saturée d'acide carbonique;-' et je suis persuadé qu'ils donneront la préférence à cette médication, dès qu'ils se seront convaincus que, par ce moyen, non seulement il est très facile de rendre l'urine alcaline, même lorsqu'elle était très acide auparavant, mais encore de l'entretenir à cet état

aussi longtemps qu'on le juge nécessaire, et qu'ils auront mieux apprécié l'action chimique que doivent subir les calculs, lorsqu'ils se trouvent baignés dans une urine ainsi et constamment alcalisée, souvent agitée, sans cesse renouvelée, à la température ordinaire du corps, et contenant naturellement divers sels en dissolution, ce qui, comme on sait, doit encore augmenter son action sur ces corps étrangers.

Ce mode de traitement a du moins le mérite de ne faire courir aucun danger aux malades (1), de sorte que si l'on ne réussit pas, on a toujours le temps de recourir à l'opération. Cette médication est d'ailleurs la seule véritablement curative, puisqu'elle offre, sur les meilleurs procédés opératoires, l'immense avantage de ne pas agir seulement sur les calculs renfermés dans la vessie, mais encore de pouvoir les attaquer dans tout le trajet des voies urinaires, et qu'elle peut ensuite être employée comme moyen de prévenir le retour de la maladie.

On ne conteste plus aux eaux de Yichy la propriété de guérir la gravelle, surtout celle d'acide urique, mais .la plupart des praticiens ne croient pas encore que leur action soit assez puissante pour détruire de véritables calculs. Ce manque de confiance de leur part ne peut tenir qu'à ce qu'ils n'ont pas étudié avec assez d'attention comment et avec quelle promptitude s'opère la guérison de la gravelle sous l'influence des boissons alcalines ; car, s'ils avaient mieux observé ce qui se passe dans ce cas, ils se se-

(1) Un des cfîels de ce traiicment , et qui paraît êlre presque conslani, c'est de rendre au bout de très peu de jours les douleurs beaucoup plus supportables, el quelquefois mc^mc presque insensibles.

raient facilement convaincus que les calculs euxmêmes doivent nécessairement être attaqués par les mêmes moyens ; qu'il n'y a aucune raison pour qu'on ne puisse pas les détruire tout aussi bien que la (jravelle, mais qu'il faut seulement un temps plus long pour amener ce résultat. En effet, il ne faut pas oublier que les eaux de Vichy, de même que toutes les boissons qui seraient également alcalines, n'agissent pas seulement en augmentant la sécrétion de l'urine et en facilitant, par ce moyen, l'entraînement des graviers ; que leur véritable effet, dans ce cas, leur effet le plus prononcé, c'est, en communiquant leurs qualités chimiques à l'urine, d'offrir aux graviers un liquide dans lequel ils doivent naturellement se dissoudre ou se désagréger, et dans un temps d'autant plus court qu'ils sont moins volumineux ; d'où il résulte qu'il est extrêmement rare que les malades les plus' graveleux rendent encore des graviers, après en avoir fait usage pendant quelques jours. Cette disparition des graviers de leur urine est quelquefois si prompte, que j'en ai vu quelques uns s'en inquiéter, s'imaginant alors que les eaux ne produisaient pas un bon effet; et cela parce qu'ils avaient cru, ainsi que c'est encore l'opinion de quelques médecins, que ces eaux n'avaient d'autre action que de les entraîner, et que, par conséquent, ils devaient en voir passer pendant une plus grande partie de la durée de leur traitement. C'est effectivement ce qui devrait arriver si elles étaient simplement diurétiques ou si elles n'avaient qu'une faible action dissolvante; mais il est évident qu'en rendant, comme elles le font, l'urine alcaline, elles nous fournissentun moyen puissantdedissolution, au-

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quel les calculs, de même que les graviers, ne peuvent résister qu'un peu plus ou un peu moins longtemps, suivant leur volume et leur composition chimique.

Un des grands arguments contre la possibilité de détruire les calculs urinaires sans opération , et par le seul effet de médicaments administrés en boisson ou en bains , c'est que les éléments qui les composent sont souvent très différents ; que tant que ces corps étrangers sont renfermés dans la vessie, il est difficile d'en connaître au juste la nature, et que cependant c'est un point sur lequel il est indispensable d'être fixé d'avance, parce qu'il est impossible, ajoute-t-on, de combattre par les mêmes moyens des calculs de nature si différente; que si, dans certains cas, par exemple, ce sont les alcalis qui conviennent, dans d'autres, au contraire, c'est aux acides qu'il faut avoir recours.

Cette objection ne serait pas sans quelque fondement, si, comme on l'a pensé longtemps, et comme beaucoup de médecins, qui n'ont pas eu l'occasion d'étudier le mode d'action des alcalis, dans ce cas, le pensent encore, il était nécessaire, pour réussir, d'agir sur la matière calculeuse elle-même ; car il est certain que, malgré les moyens indiqués pour arriver à connaître la nature des calculs renfermés dans la vessie , on serait souvent très embarrassé de savoir si l'on devrait donner le choix aux alcalis sur les acides ou aux acides sur les alcalis , et s'il ne conviendrait pas quelquefois de faire succéder les uns aux autres.

Mais d'abord, ce qui doitôter toute crainte de se trouver dans un semblable embarras, c'est qu'il est extrêmement douteux que l'on puisse jamais tirer le

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moindre avantage, connime moyen de dissoudre aucune espèce de calculs , de l'emploi des acides , qu'il est plus que probable que nos organes n'en supporteraient pas l'action, sans de graves inconvénients , pendant assez longtemps et à une dose assez élevée pour parvenir au résultat voulu, et que d'ailleurs, quand bien même ils pourraient la supporter, il est à peu près démontré par les expériences du docteur Wœhler, de Berzelius et de M. Magendie, que ces agents, introduits dans l'estomac, ne peuvent pas, comme les alcalis, arrivera l'état libre jusque dans les voies urinaires, condition sans laquelle ils ne peuvent produire aucun effet. Ensuite, il est heureusement facile de prouver qu'il est possible de détruire les calculs de toutes natures, excepté peutêtre ceux de phosphate et d'oxalate de chaux purs , par le seul moyen des boissons alcalines, soit simples, soit saturées d'acide carbonique, mais seulement avec un temps plus ou moins long, suivant leur volume et leur composition chimique.

C'est ce que j'ai déjà cherché à faire comprendre , dans plusieurs mémoires , en montrant que les boissons simplement alcalines, par la faculté qu'elles ont de dissoudre la matière animale qui sert de ciment aux molécules et aux couches dont se composent les calculs, pouvaient agir sur les calculs phosphatiques, surtout sur ceux de phosphate ammoniacomagnésien, presque aussi bien que sur ceux d'acide urique; que ces calculs, par suite de cette action, devaient être nécessairement désagrégés et rendus avec l'urine en parcelles plus ou moins fines; que seulementleuraction devaitêtre un peu plus puissante sur les calculs d'acide urique, puisque, dans ce cas,

en même temps qu'ils agissent sur lamatière animale, ils exercent une action dissolvante sur l'acide urique lui-môme. J'ai même rapporté à ce sujet des expériences de Morveau et de M. d'Arcet, qui ne peuvent laisser aucun doute sur la possibilité de cette désagrégation.

Quant à la crainte manifestée par quelques chimistes, que l'excès d'alcalinité de l'urine n'entraîne la précipitation des phosphates de chaux et de magnésie que cette urine contient à l'état de sels acides, je répondrai d'abord que je doute que l'urine des sujets alcalisés, qui, par conséquent, est sécrétée alcaline, puisse contenir de ces sels, et ensuite que, si elle en contient, les expériences que j'ai faites, comme on le verra plus loin, prouvent que, dans ce cas, la soude ne les précipite pas. J'ajouterai d'ailleurs que, quand bien même ces sels se précipiteraient, on ne devrait avoir aucune crainte qu'ils pussent servira former des calculs, parce que, pour cela , il faudrait encore qu'ils rencontrassent une matière muqueuse assez plastique pour leur servir de lien, et que l'alcalinité de l'urine, qui tient cette matière muqueuse en dissolution, lui ôte précisément cette faculté.

Pour mieux démontrer encore cette action des alcalis , et particulièrement des eaux de Yichy sur les calculs urinaires, M. Chevallier, professeur à l'école de pharmacie, et moi , mais chacun de notre côté , nous en avons plongé , après les avoir pesés avec la plus grande exactitude , un certain nombre dans une des sources de Yichy, en tenant comple de sa température et du temps pendant lequel ces calculs y ont séjourné , afin de nous assurer combien

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CCS corps étrangers perdraient par cette immersion. M. Chevallier a fait connaître , dans un ouvrage qu'il a publié en 1837 (1), les résultats qu'il a obtenus ; j'ai consigné ceux que j'ai obtenus moi-même dans un mémoire que j'ai également publié en 1837 {oiiv. cit.). Voici, pour mon compte, comment j'ai procédé.

Je me suis procuré des calculs ou des parties de calculs de nature différente. Ils ont été sciés par la moitié, et j'ai pu conserver ainsi une partie de presque tous pour point de comparaison. L'autre partie do chacun de ces calculs a été pesée très exactement, et, en outre, dessinée, alin d'en connaître le poids et d'en conserver l'aspect. Ces calculs ont été ensuite renfermés, chacun séparément, dans un petit panier d'osier, et plongés dans la fontaine de la Grande-Grille , chaque panier étant placé sur un vase destiné à recevoir les parcelles du calcul qui , n'étant pas ou étant peu solubles , pouvaient se désagréger. Tout était aussi disposé pour que l'eau pût se renouveler autour de chacun d'eux. D'ailleurs, la chaleur de l'eau de la Grande-Grille étant d'environ 38 à 39 degrés centigrades, c'était placer ces calculs dans des conditions à peu près semblables à celles dans lesquelles ils se trouvent dans la vessie.

Après une immersion plus ou moins longue, suivant qu'ils ont été plus ou moins promptement attaqués par l'action de l'eau minérale , ces calculs ont été retirés et séchés. Ils ont été ensuite pesés et dessinés , comme cela avait déjà été fait avant de les plonger dans l'eau, afin de faire connaître avec

(1) Essai sur la dissoliUion de la gravelle et des calculs de la vessie. Paris , 1837.

exactitude ce qu'ils avaient perdu de leur poids , et de pouvoir montrer en même temps jusqu'à quel point leur aspect avait changé.

Je dois faire observer que, pour ces expériences , je me suis placé dans la condition la plus défavorable, en ce que je ne me suis servi que de calculs provenant de collections très anciennes, et dont, par conséquent, le mucus, qu'il? contiennent tous en plus ou moins grande quantité , était extrêmement desséché, etconséquemment devenu très peu soluble. L'un de ces calculs, par exemple, celui indiqué sous le n° 7, qui m'a été donné par mon confrère et mon ami, le docteur Jacquemin, avait été conservé dans sa famille, et était accompagné d'une note qui nous a appris qu'il avait été extrait de la vessie le 10 mars 1695, Presque tous d'ailleurs étaient très bien cristallisés, d'une contexturetrès compacte et d'uhe très grande dureté.

Tous ces calculs ont été analysés avec le plus grand soin par l'un de nos chimistes les plus distingués, M. Lassaigne, professeur à l'école vétérinaire d'Alfort. C'est d'après cette analyse que je donne la nature chimique de chacun d'eux , et même des différentes couches dont quelques uns se composent.

Le tableau suivant fera voir les résultats obtenus. Le numéro sous lequel chaque calcul y est indiqué correspond, dans le mémoire où j'ai publié ces résultats, à un même numéro des planches, que je crois inutile de reproduire ici, où on les voit représentés avant et après leur immersion dans l'eau.

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