NATURE DES CALCULS
avant
après l'ihmer-
pendant l'/jimkh-
pendant l'immer-
Un petit calcul entier cl'aciilo ni-iiiiic offrant plusieurs faccUcs qui annoncent (|n'il n'était pas seul dans la vessie
Gram.
Jouis
Gram.
Gram.
io
Moitié d'un calcul d'oxalate de cliaux, avec des traces dé piios- |)liate de chaux, et ayant un noyau d'urate d'ammoniaque
Moitié d'un calcul de phosphate ammoniaco mai,'iiésien, ayant ini noyau de forme irréguliére , de couleur rougfàtre , d'une très grande dureté ( il raie le verre), et contenant une très grande (|nanliié de silice , un peu d'alumine et d'oxydes de fer et de manganèse .*;
ts
Moitié d'un calcul gris cendré d'urate d'ammoniaque, avec des traces de phosphate et d'oxalate de chaux
fiO (\r,
) La composition de ce noyau, son aspect giàtic et s:i clureté, tencient à faire croire silicate alurnineux , aii^ilogue. à celui qui J
pliysique a M. Lass ait la bas
, sa I aigne du ci
orme iirég lue c'est u ment.
1 produit artificiel,
ik
Ces calculs, en exceptant toutefois ceux d'oxalate de chaux, sur lesquels les eaux de Vichy ne peuvent agir que très faiblement, ont en général perdu d'autant plus, dans le même espace de temps, qu'ils étaient plus volumineux, et qu'ils offraient, par conséquent , une plus grande surface à l'action de l'eau. La perte qu'ils ont éprouvée paraît être aussi un peu en rapport avec leur dureté plus ou moins grande et leur texture plus ou moins serrée ; mais en les examinant et les comparant aux morceaux que j'ai conservés et dont ils faisaient partie, on voit néanmoins qu'ils ont été attaqués tout aussi bien par leur surface extérieure , en général très compacte et très polie, que par les points où il y avait eu solution de continuité.
GUAVELLE ET CALCULS liUNAlRES. 201
Si maintenant on examine ce qu'ont perdu les calculs d'acide urique comparativement à ceux de phosphate ammoniaco-magnésien, on trouve que les premiers {voy. lesn°'5, 7, 9, 12 çXià-), qui pesaient ensemble i 18 gr. 15 cent., et qui sont restés , terme moyen, vingt-sept jours dans l'eau, ont perdu, pendant cet espace de temps, 63 gr. 95 cnt., ce qui fait environ 53 pour 100, et que ceux de phosphate ammoniaco-magnésien {voy. les n°' 6, 10, 11, 13 et 16, qui pesaient ensemble 97 gr. 55 cent., et qui sont restés , terme moyen , seulement un peu plus de vingt-trois jours dans l'eau , ont perdu 58 gr. 75 cent., ce qui fait environ 60 pour 100; d'où il résulterait, si l'on devait s'en rapporter à ce petit nombre d'expériences, que, contrairement à l'opinion généralement reçue , les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien seraient un peu plus faciles à détruire que ceux d'acide urique, qui avaient toujours été regardés jusqu'à présent comme les seuls contre lesquels il était possible d'espérer quelques succès de l'emploi des moyens lithontiiptiques.
Voulant en outre savoir comment s'était opérée la perte que ces différents calculs ont éprouvée par leur immersion dans l'eau minérale , j'ai prié M. Lassaigne de vouloir bien analyser aussi les résidus recueillis dans les vases placés au-dessous de chacun d'eux; mais ces résidus se sont trouvés formés , pour la plus grande partie, indépendamment du sédiment que laisse déposer naturellement l'eau minérale, et qui est ordinairement formé en grande partie de carbonate de chaux et de magnésie, d'une terre argileuse mêlée de sable et de débris orga-
niques, provenant sans doute de poussière tombée sur la fontaine et d'un morceau de toile dont chaque panier était recouvert, et qui a été fortement altéré par l'action de l'eau ; de sorte qu'il était difficile d'obtenir, par cette analyse, un résultat bien concluant. Cependant M. Lassaigne a trouvé , sur 100 parties du résidu (mélangé comme je viens de le dire) du calcul n" 7, qui était formé d'acide urique, avec des traces d'ammoniaque, 4,5 d'acide urique en partie combiné à l'ammoniaque , et , sur également 100 parties du résidu du calcul n^ 13, qui était entièrement formé de phosphate ammoniacomagnésien, 54 de phosphate ammoniaco-magnésien en poudre très fine ; d'où l'on voit que tout l'acide urique que perdent les calculs de cette nature, dans l'eau de Vichy, ne passe pas à l'état d'urate de soude , mais qu'une petite partie se trouve simplement désagrégée, et que, pour les calculs de phosphate ammoniaco-magnésien, il n'y a probablement que désagrégation , par suite de la dissolution de la matière animale qu'ils contiennent.
Le calcul n° 8 , qui était composé en très grande partie d'oxalate et de phosphate de chaux , et d'un peu d'acide urique, a perdu, en trente jours, 16 gr. 25 cent.; mais il faut dire que cette perte a eu lieu particulièrement aux dépens d'une de ses couches et de son noyau central, qui étaient presque entièrement formés par de l'acide urique. Il est bien vrai que son écorce ou couche extérieure, qui était composée de phosphate de chaux , d'un peu de phosphate ammoniaco-magnésien et d'oxalate de chaux , a aussi beaucoup perdu ; mais ici ce n'a été, du moins pour la plus grande partie, que
GRàVELLE ET CALCULS URINAIRES. 203
par désagrégation (1) ; et je dois même faire remarquer qu'il résulte évidemment de l'aspect du calcul , que cette désagrégation n'a été si considérable, que parce que cette couche a manqué de soutien, lorsque celle d'acide urique qu'elle recouvrait, et qui avait été mise à nu par le trait de scie qui avait divisé le calcul en deux parties, a été dissoute dans tous les points où elle s'est trouvée en contact avec l'eau minérale ; car ce calcul a été très peu entamé par sa surface extérieure , qui ne présentait pas de solution de continuité. C'est effectivement là ce qui devait arriver; car les oxalates et les phosphates de chaux étant insolubles dans les alcalis, ce n'est qu'en attaquant l'acide urique qu'ils peuvent contenir, et en dissolvant la matière animale qui leur sert de ciment , en les désagrégeant enfin (2), que l'on peut espérer détruire les calculs de cette nature , et l'expérience prouve malheureu-
(Ij C'est ce dunt il a été facile de juger en examinant le résidu qui a été recueilli dans le vase au-dessus duquel était placé le panier qui renfermait le calcul.
(2) Cette expérience nous indique que, dans le cas où les eaux de Vichy ne réussiraient pas à diminuer d'une manière sensible un calcul renfermé dans la vessie, on devrait le supposer formé par de l'oxalateoH du phosphate de chaux , ou seulement recouvert d'une couche de Tune de ces deux matières. Dans ce cas , devrait-on le perforer au moyen d'un instrument lilhotrileur? Ce serait d'abord le moyen d'arriver à pouvoir en connaître la composition , et ensuite cette perforation permettrait d'en mettre toutes les couches en contact avec l'urine, ce qui augmenterait beaucoup les chances de le détruire au moyen de boissons alcalines. C'est ce qui arriverait inévitablement , s'il renfermait un mélange de couches d'acide urique et de phosphate ammoniaco-magnésien; mais, si l'on croyait pouvoir introduire un instrument lithotriteur dans la vessie pour faire cette perforation, ne vaudrait-il pas mieux alors faire complètement l'opération de la lithotritie?
204 GUAYELLE ET CALCULS URINAUIES.
semont que, dans ce cas, la désagrégation est très lente et très difficile à obtenir.
Le calcul n*^ 1 5, formé par de l'oxalate de chaux, avec des traces de phosphate de chaux, et ayant seulement un petit noyau d'urate d'ammoniaque, n'a perdu, en quarante-quatre jours, que 55 centigr., et cette perte s'explique par la disparition de son petit noyau central, et par une petite quantité de son oxalate de chaux, qui a été trouvé désagrégé dans le résidu. Ce qui démontre que ce calcul a éprouvé une certaine action de l'eau minérale, c'est que tous les mamelons dont sa surface extérieure est hérissée sont un peu corrodés; mais cette action, comme on voit, est extrêmement faible, et donne peu d'espoir de succès contre les calculs de cette nature (1).
Le calcul n° 17, composé d'urate d'ammoniaque, avec des traces de phosphate et d'oxalate de chaux, a perdu, en dix-huit jours, sur 3 gram, 05 centigr. qu'il pesait, 1 gram, 85 centigr., ce qui fait plus de 60 pour 100. On voit, par conséquent, qu'il a été fortement attaqué, malgré la présence d'un peu de phosphate et d'oxalate de chaux ; mais il ne l'a été
(1) C'est contre celte espèce de calcul que des injections acides dans la vessie seraient particulièrement indiquées; mais on sait combien il serait à craindre , en employant des injections de cette nature, de déterminer l'inflammation de la vessie. Il serait donc important de rechercher s'il n'y aurait pas quelque moyen d'empêcher l'action trop vive des acides sur la membrane muqueuse de cet organe, sans trop affaiblir celle qu'ils devraient exercer sur les calculs eux-mêmes. Déjà on sait, par exemple, que les boissons acides sont plus facilement supportées lorsqu'elles sont administrées avec du sucre ou du sirop. Ne pourrait-on pas, dans le cas d'injections à faire dans la vessie, essayer de se servir d'eau gommée pour étendre les acides dont on ferait usage ?
GP.AVELLE ET CALCULS URUNAIRES. 205
ainsi que parce qu'il contenait en plus grande quantité de l'urale d'ammoniaque^ qui est facilement décomposé par les alcalis.
Il résulte donc de toutes ces expériences, de môme que cela résulte également, comme nous le verrons, d'observations pratiques, que les calculs les plus communs, ceux d'acide urique et de phosphate ammoniaco-magnésien, peuvent être détruits^ soit par dissolution, soit par désagrégation, et que ceux d'oxalate et de phosphate de chaux pourront être désagrégés toutes les fois qu'ils seront mélangés d'acide urique et de phosphate ammoniaco-magnésien, à cause de l'action que les alcalis exercent sur l'acide urique, et de la facilité avec laquelle ils désagrègent le phosphate ammoniaco-magnésion.
Les calculs contre lesquels les eaux de Vichy présentent le moins de chances de succès, sont ceux qui seraient exclusivement composés d'oxalate ou de phosphate de chaux; mais heureusement ces calculs sont rares, et encore est-il probable que, dans ce cas, on parviendrait , avec un temps beaucoup plus long, il est vrai, à les désagréger, en dissolvant la matière animale qui leur sert de lien.
Et si l'on obtient de semblables résultats en mettant séjourner dans de l'eau de Vichy des calculs aussi anciennement extraits de la vessie, et, par conséquent, aussi desséchés, n'est-il pas évident que l'on agira avec bien plus d'avantage dans la vessie, où l'urine, qui s'y renouvelle sans cesse, et qui peut y acquérir, comme l'observation le démontre, un très grand degré d'alcalinité, exerce son action sur des calculs humides qui n'ont jamais été desséchés, et dont le mucus, par conséquent, a conservé
toute sa solubilité? Ne peut-on pas d'ailleurs rendre celte médication beaucoup plus active encore, en faisant, comme M. le professeur J. Cloquet l'a déjà essayé avec avantage, des injections dans la vessie, au moyen d'une sonde à double courant?
Cette opinion que j'avais émise sur la possibilité de dissoudre ou de désagréger certains calculs urinaires, et les faits que j'avais cités à l'appui nelar dèrent pas à m'attirer maille à partir avec quelques chirurgiens lithotriteurs ; il s'ensuivit une longue et vive polémique dans laquelle je fus souvent obligé, non seulement de réfuter des arguments qui ne pouvaient pas soutenir la discussion, mais même de rectifier des faits inexacts, ce qui n'a pas toujours empêché que ces arguments et ces faits ne fussent reproduits l'année suivante, comme si je n'y avais pas déjà répondu d'une manière péremptoire.
Enfin, fatigué de voir contester sans cesse, et toujours avec des assertions hasardées et sans fondement, des faits qui me semblaient incontestables, je pris la résolution d'écrire à M. le ministre du commerce et des travaux publics, pour le prier de vouloir bien solliciter de l'Académie de médecine la nomination d'une commission qui serait chargée de constater avec moi, et avant tout traitement, la présence et le volume de la pierre, ainsi que l'état de la vessie, chez un certain nombre de calculeux pris dans les hôpitaux ou ailleurs, et que l'on mettrait ensuite à ma disposition. Je m'engageais à renvoyer ces malades, après leur traitement, à la môme commission qui aurait alors à constater les résultats obtenus.
L'Académie, sur la demande du ministre, nomma
cette commission le 16 octobre 1838, et elle fut composée de MM. Husson, Blandin, 0. Henry, Bricheteau et A. Bérard, rapporteur.
Le rapport que cette commission fit à l'Académie, le 9 avril 1839 (1), ne pouvait être et ne fut, en effet, qu'un rapport provisoire; car, chez les calculeux dont j'avais publié les observations, quoique les symptômes rationnels de la pierre eussent complètement disparu, comme ils n'avaient pas voulu consentir à être sondés après le traitement, et qu'il m'avait été, par conséquent, impossible de faire constater leur entière guérison, la commission ne dut voir, dans ces observations, que des probabilités de l'efiicacité du remède ; et je sentais si bien, qu'en effet, dans l'état oii était la question, on ne pouvait rigoureusement arriver à une autre conclusion, que ma demande n'eut d'autr but que d'obtenir que l'Académie me mît à même de lui fournir des preuves qui, pour elle comme pour tout le monde, fussent irrécusables.
Néanmoins, pour moi qui avais vu, dans les divers cas que j'avais publiés, tous les symptômes de la pierre disparaître pendant le traitement, en même temps que les malades avaient expulsé de la vessie, soit des débris de calculs en plus ou moins grand nombre, soit les noyaux eux-mêmes de ces calculs, offrant, dans tous les cas, des traces manifestes d'un agent destructif, et lorsque j'avais appris qu'aucun symptôme de la pierre n'avait reparu depuis plusieurs années chez ces mêmes malades ; pour moi , dis-je, il était impossible de ne pas voir dans ces observations des exemples de guérisons complètes.
(1) Bulletin de l'Académie de médecine, t. III, p, 609.
Quoi qu'il en soiL, voici un extrait du rapport qui a été fait à l'Académie de médecine par M. le docteur A. Bérard, au nom de la commission, ainsi que des recherches chimiques auxquelles se livra alors M. 0. Henry, chef des travaux chimiques de l'Académie, et membre de la commission, pour tacher de résoudre ou au moins d'éclairer la question.
Après l'examen et l'appréciation des expériences que j'avais faites à Vichy, en soumettant des calculs à l'action de l'eau minérale, et que j'ai rapportées plus haut, voici ce que dit le rapporteur de la commission :
« L'eau de Vichy exerce donc une double action sur les concrétions urinaires. D'une part, le bi-carbonate de soude contenu dans l'eau se combine avec l'acide urique des calculs, le fait passer à l'état d'urate de soude et en détermine ainsi la dissolution ; d'autre part, le mucus que renferment les pierres est attaqué par les sels alcalins de l'eau minérale, et les éléments du calcul, privés du ciment qui produit leur agglutination, tombent en parcelles plus ou moins volumineuses. C'est en vertu de cette disgrégation que certaines concrétions urinaires insolubles outrèspeusolubles dans les alcalis subissent une diminution de volume plus prompte et plus considérable que celle qui résulte de la dissolution des calculs d'acide urique.
» Bien que ces faits, signalés par M. Petit, aient déjà cours dans la science, qu'ils aient été indiqués par quelques chimistes de plus haut mérite , et en particulier par un de nos honorables collègues, M. Chevallier, dans un mémoire sur la dissolution de la gravelle et des calculs de la vessie, néanmoins
GllAVELLE ET CALCULS LUL\A1RES. 209
voire commission, ne pouvant reproduire exactemont les expériences annoncées, a cru de son devoir de chercher à reproduire ces expériences en se servant des eaux de Vichy transportées; elle a en outre cherché à résoudre expérimentalement quelques questions nouvelles.
» Voici les résultats que nous avons obtenus :
w Nous avons fait immerger plusieurs calculs de nature différente dans des quantités déterminées d'eau minérale, tenue sans cesse à une chaleur de 35 à 45 degrés centigrades.
» Les calculs étaient fort différents , quant à leur nature, leur volume etlaur texture. Ceux-ci, formés de phosphate calcaire et de phosphate ammoniacomagnésien avec des traces d'acide urique, renfermaient peu de mucus. Leur cohésion était assez faible; ceux-là, d'une couleur orangée on jaune chamois, étaient plus ou moins gros, ovoïdes, formés de couches concentriques superposées , et leur composition donnait une grande quantité d'acide urique et d'urate ammoniacal , puis du mucus et un peu de phosphate ; enfm les autres étaient très durs, mamelonnés, en fragments provenant d'un calcul primitif volumineux , et l'analyse y faisait reconnaître beaucoup d'oxalate de chaux , du mucus , ainsi qu'une certaine proportion d'acide urique, puis des traces de phosphate.
» Ces calculs ont été soumis isolément à l'action d'un litre d'eau minérale pendant quinze jours, et le liquide, à cette époque, fut remplacé pendant quinze nouveaux jours par une nouvelle dose semblable que l'on répéta une troisième fois.
» Chaque calcul avait donc eu le contact de trois
210 (lUWELLE ET CALCULS mUNAlUES.
lilrcs d'eau lïiinéralo; sèches alors, ils furent pesés, el le liquide, lire à clair, fiUré, fut analysé à part.
« N° 1. Un calcul assez gros, arrondi, lisse, couleur nankin, formé d'acide iirique, d'urate d'ammoniaque , d'une petite quantité de mucus et de phosphates terreux, pesait, sec, k grammes 65.
» Au bout de six semaines de contact, il fut essuyé, séché et pesé de nouveau. U avait perdu 1 gramme 73, c'est-à-dire 37,2 pour ÎOO.
» N" 2. Un calcul de la môme nature , mais plus petit, pesant, sec, 0 gramme 67, perdit 0,39, c'està-dire 58,2 pour 100,
«N" 3. Un calcul volumineux, scié en deux parties égales , composé de couches concentriques superposées , ayant une écorce moins lisse que les précédents , une couleur plus orangée et présentant plus de cohésion, fut analysé; il donna : acide nrique prédominant, iirate ammoniacal, mucus et phosphates terreux.
» Son poids , sec , était de 24 grammes 3, et après six semaines , il perdit 2 grammes 8, c'est-à-dire 11,5 pour 100.
» N° 4. Un fragment de calcul scié par la moitié, assez friable, d'une couleur blanchâtre , formé de zones peu épaisses , donna à l'analyse pour composition , savoir : à peu près parties égales de phosphate calcaire et de phosphate ammoniaco -magnésien, im peu de mucus, d'acide urique ou d'urate, et, dans son noyau, de l'oxalate de chaux.
» Il pesait, sec, 4grammes55,etperditlgram. 35, c'est-à-dire 29,6 pour 100.
» N° 5, Enfin, un fragment mamelonné, brunâtre, très dur, offrant quelques couches concentriques.
GRAYELLE ET CALCULS LRINAIRES. 211
était formé en grande partie d'oxalate de chaux, avec de l'acide iirique et du mucus.
» Il pesait 0,75, perdit 0,13 d'acide urique, c'està-dire 17,3 pour 100.
» 11 devint caverneux , lorsqu'on l'examina avec la loupe , mais perdit peu de sa cohésion.
»La dissolution plus ou moins complète de ces calculs avait donc eu lieu par l'action prolongée de l'eau de Vichy sur eux.
» Cette dissolution s'opère avec quelques phénomènes qu'il est bon de rapporter.
«Après quelques jours d'immersion dans l'eau minérale, les calculs, ceux principalement où dominent l'acide urique et l'urate d'ammoniaque, deviennent blanchâtres , opaques , à leur surface et dans les parties qui indiquent les couches concentriques (lorsqu'ils sont sciés). Bientôt après , cette surface se fendille , et il se détache une matière blanchâtre en petits feuillets qui se précipitent au fond du vase ; cette matière recueillie est formée d'urate de soude; l'action étant continuée ainsi sur le calcul, de nouvelles croûtes se détachent et se précipitent ou se dissolvent en partie dans l'eau surnageante.
» Le calcul devient alors ordinairement friable et souvent très facile à briser. Quelquefois même, il se fendille naturellement, parce que l'eau minérale, en s'infiltrant entre les couches qui le composent, y gonfle en partie le mucus , puis en dissout une certaine quantité, et réagit aussi sur les principes de ce calcul , pour fournir de nouvelles combinaisons qui, par leur arrangement, tendent à en écarter les molécules.
212 GIIÂYELLE ET CALCULS UUIN AIRES.
» Ainsi , les résultats que nous avons obtenus confirment ce que l'on a dit touchant l'influence des eaux de Yichy. Aux raisons qui précèdent, il faut ajouter cette remarque qui n'avait point échappé à M. Petit, que, dans toutes les expériences qui ont été faites sur ce sujet, les calculs dont on s'est servi étaient desséchés ; quelques uns étaient retirés de la vessie depuis plusieurs années ; le mucus qui entre dans leur composition était par conséquent moins attaquable par les alcalis, et la dissolution ou ladisgrégation devait en être plus difficile et plus lente que quand le calcul est encore humide.
)) Ces faits sont certainement d'une grande importance, mais il faut bien se garder de leur faire dire plus qu'ils ne disent réellement. De ce qu'un calcul s'est dissous dans de l'eau de Vichy, s'ensuit-il nécessairement qu'il se dissoudra également dans de l'urine devenue alcaline par le fait de l'usage de cette eau (1) ? Il faudrait, pour que l'expérience fût plus concluante, que l'on eût fait dissoudre un calcul dans cette urine rendue alcaline; mais on sait combien ce liquide s'altère promptement, lorsqu'il est excrété. Ajoutons que la quantité d'urine que contient la vessie n'est point aussi considérable que celle de l'eau de Vichy employée par M. Petit dans ses expériences ; que l'urine n'est point incessamment renouvelée, circonstances qui influent notablement sur les résultats, puisque l'on a vu de l'eau
(1) Je crois que les calculs ont plus de chances de se dissoudre lorsqu'ils sont baignés , dans la vessie , dans de l'urine renJue alcaline , que lorsqu'ils sont plongés dans de l'eau de Vicliy ; j'en ai donné les raisons, page 192, etnolamnienl celle-ci, que l'urine contient naturellement divers sels en dissolution , ce qui augmente son aciion dissolvanle sur ces corps étrangers.
GKAVELLE ET CALCULS IIUNAIUES. 213
pure, en courant continu, faire sensiblement diminuer certains calculs.
)) Enfm, dans la plupart de ces expériences, ce ne sont pas des calculs entiers, mais des fragments qui ont été soumis à Faction de l'eau de Vichy, ce qui a dû favoriser leur destruction. Ce n'est donc point dans les faits de cet ordre que doit se trouver la solution de la question qui nous occupe. Voyons si les observations recueillies sur les malades nous permettront de la résoudre.
» Notre critique doit porter sur deux points : 1° l'état des concrétions urinaires rendues par les malades soumis à l'emploi des eaux de Vichy ; 2° les changements survenus dans la santé des personnes qui ont fait usage de ces eaitx.
» Relativement au premier point, M. Petit nous a remis un assez grand nombre de fragments de calculs qui ont été expulsés spontanément des voies urinaires. Nous devons dire que tous ces fragments portent évidemment des traces d'altération. Leur surface est inégale, poreuse, semblable à celle des concrétions que l'on a fait séjourner dans Feau de Vichy. Il est donc rationnel de conclure qu'ils ont éprouvé une certaine altération dans la vessie, et que la diminution de volume qu'ils ont subie a dû favoriser leur expulsion.
» Le deuxième point nous offre la partie vraiment importante du travail de M. Petit. Afin de mettre l'Académie à même de porter un jugement précis sur ce sujet, nous voudrions pouvoir présenter ici un exposé complet de tous les faits qui ont été recueillis par ce médecin ; mais cela nous entraînerait bien au delà des limites que comporte notre
214 GRÂVELLE ET CALCULS URlNÂlllES.
travail. Néanmoins, ces faits devant servir de base principale aux conclusions de notre rapport, nous allons essayer d'en offrir l'analyse , en les rangeant en plusieurs groupes, parmi lesquels nous prendrons quelques exemples propres à les faire connaître.
w Dans la première catégorie se trouvent les malades qui, de l'aveu même de M. Petit, étaient simplement affectés de gravelle ; leur examen ne peut donc, en aucune façon, éclaircir la question qui nous occupe.
^i La seconde catégorie renferme des personnes qui éprouvaient les symptômes rationnels de la pierre, et chez lesquels ces symptômes ont complètement disparu, après l'expulsion de détritus lithiques. Du reste, le cathétérisme n'a été pratiqué ni avant ni après le traitement; or^ pour quiconque a observé un certain nombre de calculeux, il pourra rester des doutes, relativement à l'existence des calculs urinaires chez les malades que cette clnsse renferme , et l'on pourra objecter à M. Petit que ces personnes n'avaient autre chose que des graviers d'un volume un peu considérable. On sait, en effet, que les accidents que produisent ces corps étrangers sont plus en rapport avec la sensibilité des individus , l'état de maladie des voies urinaires, la contraction habituelle de la vessie, qu'avec le volume absolu du calcul.
» A la troisième classe appartiennent des malades chez lesquels le cathétérisme a été pratiqué avant le traitement, mais ne l'a pas été depuis.
« Enfin, dans la quatrième catégorie se trouvent les malades chez lesquels le cathétérisme a été pratiqué à plusieurs reprises avant et pendant la durée du traitement, classe la plus importante et dont les
GRAVfcLLE ET CALCULS UIUNAIRES. 215
résultats sont de nature à faire juger définitivement la question. Malheureusement le nombre de ces malades est peu considérable, et plusieurs d'entre eux sont encore en traitement. »
Devant donner plus loin , avec d'autres , les observations qui ont servi de base à ce rapport , je me bornerai à reproduire ici les conclusions que la commission en a tirées.
« Quelle conclusion nous sera-t-il permis de tirer des observations qui précèdent? Nous devons d'abord faire remarquer qu'il n'y a pas une seule de ces observations qui démontre péremptoirement qu'un calcul d'un certain volume ait été entièrement détruit, sous l'influence des eaux de Vicliy. En effet, cette démonstration ne sera acquise que lorsqu'un calcul dont le volume aura pu être approximativement ju^é avant le traitement aura disparu, et que la sonde fera reconnaître que la vessie est parfaitement libre. Or il est évident qu'aucun des faits cidessus relatés ne remplit ces conditions.
)> Mais s'il n'y a certitude de guérison , il y a du moins des preuves irrécusables de l'action des eaux de Vichy sur les calculs. Ces preuves sont acquises par l'altération même qu'ont subie les concrétions urinaires rendues par les personnes qui font usage des bi-carbonates alcalins ; par la diminution de volume qu'ont éprouvée plusieurs calculs , diminution signalée à l'aide du cathétérisme et par l'inspection directe ; par la présence de substances en dissolution, formées aux dépens des nouveaux principes, que contient l'urine, et des éléments du calcul avec lesquels ils se sont combinés. Ajouterai-je que la disparition complète des symptômes de la pierre
216 GllAVELLE ET CALCLLS LRlNAlllES.
chez quelques malades, permet de supposer que , chez eux , la destruction en a été entière , et qu'il ne manque à la démonstration qu'un cathétérisme explorateur !
» Cependant , avant de formuler nos conclusions définitives sur les faits qui précèdent, nous croyons devoir apprécier la valeur de quelques objections qui ont élé adressées à ce mode de traitement : 1° Personne n'ignore que, par suite du séjour prolongé d'un calcul dans la vessie, il se développe des lésions de plus en plus graves des voies urinaires. Je n'essaierai point d'atténuer la force de cette objection. Cependant il se pourrait que, sous l'influence des eaux de Vichy, ces désordres dans les organes urinaires ne se développassent point ; il pourrait même se faire que les lésions déjà développées subissent une modification heureuse plus ou moins sensible. La théorie généralement admise n'est peut-être plus applicable aux faits que nous examinons maintenant ; car un nouvel élément introduit dans les données du problème peut en changer la solution. Or la modification avantageuse qui se manifeste dans la qualité des urines, quand on fait usage des préparations de bicarbonate de soude, a frappé l'attention de la plupart des médecins. En général , on voit promptement diminuer et souvent disparaître entièrement les mucosités et le pus qui altéraient la nature de l'urine. Ce liquide devient limpide et cesse d'être fétide. Ajoutons que les malades chez lesquels on a trouvé un calcul même assez considérable n'ont point éprouvé ces accidents fâcheux que la théorie faisait redouter; loin de là. Ceux d'entre eux qui ressen-
GUAVELLE ET CALCILS IRINAIRES. 217
laient les plus douloureux symptômes de la pierre, et dont les voies urinaires étaient en mauvais état au commencement du traitement, ont trouvé un soulagement marqué dans l'emploi des eaux de Vichy. De ce nombre est un malade actuellement à l'hôpital Beaujon, et sur lequel les membres de la commission ont pu constater une amélioration notable de la santé, depuis qu'il est en traitement.
.» Les faits qui nous offrent des résultats opposés sont en petit nombre. MM. Ségalas et Leroy- d'Étiollcs en ont cité chacun un exemple à l'Académie. M. Petit a (enté d'expliquer le mauvais résultat observé dans ces deux cas par un traitement insuffisant, et des lésions organiques antérieures de la vessie que ne pouvaient guérir les eaux de Vichy. Mais quand bien même on ne partagerait pas l'opinion de ce médecin , on ne doit pas moins admettre , comme proposition générale, que pendant l'administration des eaux de Vichy, la santé des calculeux s'améliore, et que les voies urinaires ne subissent pas d'altérations qui rendraient ultérieurement plus graves les opérations de la taille ou de la lithotritie.
» 2« objection. Loin de faire dissoudre les calculs, on peut craindre que , dans quelques circonstances, l'eau de Vichy ne provoque une précipitation des éléments de l'urine.
» Tels seraient, d'après MM. Civiale et Leroyd'Étiolles :
» 1° Certains dépôts d'urate de soude (1);
(1) J'ai démontré ailleurs, et je crois que cela ne fait plus de doute aujourd'hui pour personne , que les calculs d'acide urique , lorsqu'ils sont baignés dans un liquide contenant de la soude en dissolution, sont plus ou uioins pénétrés par ce liquide , et passent par couches successives à l'état d'urate de soude; que ces couches, ainsi
218 GRAYELLIi ET CALCULS URllNAIRES.
>j 2° La précipitation, sur des noyaux d'acide urique, de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien ;
» 3° La précipitation du carbonate de chaux sur des calculs d'oxalate de chaux.
w 4° La formation d'une gravelle de carbonate de chaux et d'urate de chaux;
» Costaux chimistesàapprécierlavaleurthéorique de ces objections. Nous ne croyons pas devoir aborder ici la discussion que ce point de science comporte. Nous nous bornerons à rappeler que chacun de ces arguments a été réfuté par M. Petit dans une lettre
iransformées , se dissolvent ensuite ou se détachent du resie du calcul, sous forme de petites écailles ou d'une sorte d'efllorescence , et j'ai dit que c'était ainsi cfue se détruisaient ces mêmes calculs dans la vessie, lorsqu'on alcalisait l'urine au moyen de l'eau de Vichy, admin strée en boisson ou en bains. Cependant M. le docteur Civiale, dans son Traité de l'affection calculeuse , a avancé que cette couche d'urate de soude provenait de la combinaison de l'acide urique libre de l'urine avec la soude qui se trouvait alors aussi dans ce liquide , et se déposait ensuite sur les calculs renfermés dans la vessie, ou même pouvait servir à former des calculs entiers.
Si les choses se passent comme le dit M. Civiale, comment se faitil alors que lescalculeux qui prennent les eaux de Vichy voient, au bout d'un certain temps, tous les symptômes de la pierre disparaître, en même temps qu'ils rendent des débris de calculs manifestement corrodés , et qu'on ait même constaté , dans quelques cas , pendant le traitement, une diminution graduelle de ces corps étrangers? Pourquoi les calculs d'acide urique , lorsqu'ils ont séjourné dans de l'eau de Vichy seule, présentent-ils également une couche d'urate de soude, tout en ayant perdu de leur poids et de leur volume, et d'autant plus, qu'ils y ont séjourné davantage ? Si i\l. Civiale n'admet pas que, dans ce cas, ce soit la matière même du calcul qui passe à l'éiat d'urate de soude, pour se dissoudre ensuite ou pour tomber en détriius, me dira-t-il d'où provient l'acide urique qui s'est combiné avec la soude? D'ailleurs, s'il pouvait conserver encore des doutes à ce sujet, je l'engage à lire les expériences auxquelles s'est livré M. lienry, pour servir au rapport de la commission.
GllAVELLE ET CALCULS UUIINAIUES. 219
donl l'Académie a entendu la lecture (1), et que ceux de nos honorables collègues qui sont les meilleurs juges en pareille matière ont combattu les assertions de M. Leroy -d'ÉtioUes.
» Quant aux faits sur lesquels reposent plusieurs
(1) Cette lettre reproduisant textuellement tous les arguments de M. le docteur I,eroy-d'Etiolles et mes réponses , je crois devoir la reproduire, afin que chacun puisse juger avec connaissance de cause.
Monsieur le Président,
J'espère que FAcudémie m'excusera de l'occuper encore de la question de la dissolution des calculs urinaires par les eauxde Vichy. Elle comprendra qu'il est impossible que je me taise lorsque je vois surgir de tous côtés des objections contre im moyen dont l'efficacité et l'innocuité me sont parfaitement démontrées, et que je considère comme une des plus belles conquêtes de la médecine, surtout lorsque ces objections ne me paraissent reposer que sur des faits inexactement rapportés ou sur des erreurs manifestes.
Ainsi, dans votre dernière séance, M. le docteur Leroy-d'Eliolles vous a écrit pour vous signaler les dangers auxquels s'exposent, suivant lui , les calculeux qui se soumettent à l'action des boissons alcalines.
En voyant la tendre sollicitude de mon confrère pour les malades qui cherchent à se guérir de la pierre en buvant de l'eau de Vichy, je serais lenié de le prier de conserver un peu de sa pitié pour ceux de ses patients dans la vessie desquels il ne craint pas de faire jouer ses instruments ; mais je veux me borner ici à rassurer la conscience de mon confrère, quanta l'emploi des eaux de Vichy, et j'espère que j'y parviendrai facilement; car je m'étonne qu'il ne se soit pas déjà aperçu que toutes ses craintes ne reposent que sur des erreurs , que tout ce qu'il redoute est impossible.
Pour ne rien oublier, je reproduirai tous ses arguments et j'y répondrai successivement.
Ainsi, il dit :
— « 1° Dans un grand nombre de circonstances, les graviers qui sont expulsés par les malades après un traitement alcalin ou pendant sa durée ne présentent aucune apparence de dissolution ni de commencement d'action. »
Réponse. — Si M. Leroy a vu ce qu'il avance, il aurait dû dire de quelle nature étaient les graviers rendus; car, s'ils étaient d'acide
220 GllAVELLE ET CALCULS URINAIRES.
des objeclioiis qui précèdent^ ils doivent ôlre excessivement rares , et nous avons lieu de regretter que M. Leroy n'ait pas adressé à la commission les frag-
lu'ique, par exemple, ils devaient nécessairement offrir des traces de l'action des alcalis , si toutefois Turine avait été suffisamment alcalisée et pendant un certain nombre de jours; car c'est, dans ce cas, un effet inévitable.
— « 2° La substance blanche que l'on observe à la surface de certains calculs d'acide urique n'est pas seulement formée d'nratede soude, mais il se précipite de Vurale de chaux qui diminue la solubilité du premier sel. »
Réponse. — Je dirai à M. Leroy que l'expérience démontre qu'il ne se dépose pas d'urate do chaux dans l'urine des malades qui boivent de l'eau de Vichy ; qu'il est au contraire parfaitement démontré, pour tous les chimistes et pour lous les médecins qui ont observé l'urine des malades soumis à Taciion des eaux de Vichy, que cette urine devient d'autant plus claire qu'elle est mieux alcalisée, et que, dans cet état, les sels qu'elle contient ne se précipitent pas. On ne parvient à faire précipiter ces sels qu'en faisant bouillir l'urine. Or, comme l'urine ne peut pas bouillir dans la vessie, il est impossible qu'il s'y forme de précipité. J'ajouterai que, dans tous les cas, l'urate de chaux ne diminuerait pas la solubilité de l'urate de soude, attendu que le premier de ces sels est encore un peu plus soluble que le second.
— « 3° Dans certains cas, les carbonates alcalins favorisent et augmentent la déposition des phosphates triples sur les calculs d'acide urique , en sorte que l'on fait succéder une dialhèse à une autre. »
/îéj9onse.— C'est là une objection bien usée, qui a été renouvelée en 182Zi par Proust, ei combattue par M. d'Arcet {Annales de chimie et de physique, 1826), de manière à faire espérer qu'on ne la renouvellerait plus. Il suffit, en effet, d'observer les malades soumis à l'action des eaux de Vichy, pour se convaincre que celte objection n'a pas le moindre fondement; car, comme je l'ai dit plus haut , jamais leur urine n'est plus claire et ne dépose moins que quand elle est alcalisée par cette eau. D'un autre côté, lorsqu'on verse de l'eau de Vichy dans de l'urine acide , cette urine reste parfaitement claire, et il ne s'y forme pas de précipité. Et d'ailleurs, puisque l'expérience démontre que les calculs de phosphate ammoniacomagnésien et même de phosphate de chaux que l'on plonge dans l'eau de Vichy ou dans de l'urine alcaline, s'y désagrègent par suite de l'action que les alcalis exercent sur la matière animale qui entre
GllAVELLE ET CALCULS URINAIRES. 221
menls si curieux qui altestent, dans les bi-carbonates alcalins , des propriétés entièrement opposées à celles qu'on leur reconnaît généralement.
dans leur composilion, comment peut-on craindre qu'il ne se forme dis calculs de cette espèce sous cette même Influence?
— « k" Quelquefois les carbonates alcalins déterminent la précipitation d'un carbonate de cbuux à la surface des calculs d'une certaine espèce, de ceux d'oxalalede chaux, par exemple, ainsi que je viens de le voir pour un gravier, de 9 lignes de long, expulsé par un marchand de bouteilles, rue de Provence, n" 23. Depuis deux mois, il prenait de l'eau de Vichy, et dans les anfraciuosités du calcul était déposée une substance blanche faisant effervescence avec l'acide hydrochloiique. »
Réponse. — Il est à regretter que M. Leroy ne dise pas quel est le chimiste qui a constaté la présence du carbonate de chaux sur le calcul en question ; car l'existence du carbonate de chaux dans les calculs urinaires de l'homme est une chose assez extraordinaire pour mériter d'être mieux démontrée. Comme il me paraît probable qu'il y a là quelque erreur, je me permets de douter en attendant que le fait soit mieux prouvé ; et me serait-il démontré, qu'il resterait encore à établir que ce carbonate de chaux a été précipité par l'usage que le malade aurait fait d'eau de Vichy, surtout s'il en avait bu assez pour rendre son urine suffisamment alcaline; car l'expérience suivante démontre que le carbonate de chaux ne se précipite pas dans ce cas. Lorsqu'on verse de l'eau de Vichy, qui contient toujours une certaine quanlilé de carbonate de chaux, dans de l'urine acide , celte urine reste parfaitement claire, et d'autant plus qu'on ajoute davantage d'eau de Vichy. Ce n'est toujours qu'après avoir fait bouillir ce mélange que l'on parvient à faire déposer le carbonate de chaux.
— « 5° Les carbonates alcalins peuvent donner lieu à la formation d'une gravelle de carbonate et d'urate de chaux, ainsi que le prouve le fait de M. G..., que connaissent etM. Gasc et M. Petit. Quatre fois la pierre, chez ce malade, s'est reformée depuis trois ans, et cela d'autant plus vite, qu'il prenait de l'eau de Vichy en plus grande abondance. Trois jours après son retour de Vichy, au mois de septembre, je lui ai retiré de la vessie plusieurs graviers , et l'analyse faite par MM. Guibourt et Borson a montré qu'ils étaient formés de carbonate de chaux et d'urate de chaux. »
Réponse, — J'avoue que la présence de graviers de carbonate de chaux eld'uraie de chaux dans la vessie m'a paru si extraordinaire, que je n'ai pu résister au désir de voir M. Guibourt , pour lui de-
» Conctusion générale. Des faits, des expériences, des raisonnements exposés dans ce rapport, nous tirerons les conclusions suivanles :
» 1" Les concrétions urinaires sont attaquées par
mander s'il était bien vrai qu'il eûtconstiilé la présence de ces deux substances dans les graviers que M. Leroy lui avait donnés à analyser. M. Guibonrt m'a répondu que ce que M. le docteur Leroy avait avancé là n'était nullement exact, et qu'il n'clamerait contre une semblable erreur dans la séance prochaine de l'Académie. Ce que M. Guibourt a trouvé dans ces graviers, c'est du carbonate et du phosphate de chaux, ce qui est la composition ordinaire des calculs qui se forment dans la prostate et jamais celle des calculs urinaires. Or vous saurez que le malade qui a rendu ces graviers , et que je connais parfaitement, a une maladie très grave de la prostate, et qu'il a même , vers le col de la vessie > une excroissance, une sorte de champignon, qui bouche si lierméliquement l'orifice de cet organe , qu'il ne parviendrait jamais à expulser une seule goutte d'urine, s'il n'introduisait, chaque fois qu'il a besoin d'uriner, une sonde dans la vessie, afin de soulever cette sorte de soupape. J'ajouterai que M. Leroy a même proposé plusieurs fois au malade de lui faire l'excision de celte excroissance au moyen d'un instrument de son invention. Il existe aussi, chez ce malade, un catarrhe vésical depuis quatre ans.
On voit, d'après cela, ce que l'on doit penser des prétendus calculs urinaires de ce malade.
L'oblitération du col de la vessie explique aussi pourquoi M. Leroy a été obligé d'extraire de cet organe les graviers en question , qui étaient si peu volumineux, que, chez tout autre malade qui aurait eu le canal libre, ils seraient sortis naturellement en urinant.
J'ajouterai les observations suivantes à tout ce que je viens de dire, afin de faire mieux sentir encore combien les craintes de mon confrère sont chimériques.
J'ai fait analyser, soit par M. Lassaigne, soitpar d'autres chimistes, presque tous les débris de calculs rendus par les malades auxquels j'ai donné des soins à Vicliy depuis six ans, et ces analyses n'ont jamais rien montré qui puisse faire partager les craintes de M. Leroy.
Je connais un grand nombre de malades qui viennent depuis longtemps prendre les eaux de Vichy, ou qui suivent chez eux, presque sans interruption, le régime alcalin, et jamais ces malades n'ont eu do calculs d'aucune espèce.
Les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de soude où ils
Furine , lorsque celle-ci est devenue alcaline par suite de l'usage des eaux thermales de Vichy prises en bains et en boisson.
« 2° Il n'est pas prouvé que des concrétions uri-
vivent dans une atraosplièie conslammenl chargée de ce sel en poudre très fine , ont presque toujours leur urine à un état alcalin 1res prononcé, et jamais ils n'en ont éprouvé d'autres inconvénients que d'avoir p^MS faim et plus tôt faim que lorsqu'ils travaillent d;ins d'autres fabriques. Il en est même qui passent leur vie sous cetie influence alcaline, et cependant il est sans exemple, chez eux, qu'il y ait ni des maladies de vessie , ni surtout des calculs urinaires d'aucune espèce; et ces observations résultent d'enquêtes faites avec soin par Al. d'Arcet et par d'autres, et dans les fabriques de soude de Marseille et dans celles de Paris.
Quanl au confrère auprès duquel M. Leroy dit être appelé à Vendôme, et qui est affecté de la pierre, je répondrai qu'il n'est jamais venu à Vichy, qu'il a pris seulement de l'eau transportée; mais que malheureusement il a l'estomac et la vessie si malades, si irritables, qu'il ne peut supporter cette eau qu'en trop petite quantité pour a Icaliser convenablement son urine.
Agréez , Monsieur le Président , l'assurance de ma très haute considération.
Ch. PETiT,
Docteur en mëJecine, inspecteur-adjoint ties eaux Je Virliy.
Paris, le 17 fe'vrier 1859.
La lettre suivante adressée de luême, quelques jours après, à M. le Président de l'Académie de médecine, a complété ma réponse à M. le docteur Leioy-d'Étiolles.
Monsieur le Président,
De nouveaux renseignements me mettent à même de pouvoir détruire de la manière la plus complète cette assertion avancée par M. le docienr Leroy-d'Étiolles, dans la lettre qu'il a adressée à l'Académie, le 11 de ce mois, que chez un calculeux qu'il a cité, M. G.. , la pierre s'était reformée quatre fois depuis trois ans , et cela d'autant plus vite qu'il prenait de Veau de Vichy eu plus grande abondance.
M. Leroy était très mal informé lorsqu'il a avancé ce fait ; car j'ai eu l'occasion de voir aujourd'hui même le malade en question,
224 GllAVELLE ET CALCULS UUINMRES.
naires d'un volume assez considérable pour constituer de véritables calculs aient été entièrement guéries par ces eaux.
» 3° Cette guérison n'est nullement impossible , elle offre môme d'assez grandes probabilités.
»4° La question ne peut être jugée que par l'expérimentation.
» 5" L'expérimentation ne paraît pas offrir de dangers.
» En conséquence, nous prions M. le ministre des travaux publics, de l'agriculture et du commerce , d'accéder à la demande de M. Petit.
» Lu et adopté en séance, le 9 avril 1839. »
Ont signé : MM. Hlsson, Bricheteau, 0. Henry, Blandin et Bérard , rapporteur.
M. 0. Henry, comme membre de cette commission, et comme cbef des travaux chimiques de l'Académie , fut chargé d'analyser tous les débris de calculs qui avaient été rendus par les malades que j'avais soumis à l'action des eaux de Yichy, et de répéter les expériences que nous avions faites ,
et il m'a affirmé de la manière la plus posiiive qu'il n'avait jamais bu d'eau de Vicliy, ni à Vicliy ni chez lui, avant la fin du mois de juin dernier, époque à laquelle il est venu en boiie à la source.
Ce malade a rendu, il est vrai, deux pelils graviers quelque temps après son retour de Vicliy, au mois de septembre dernier ; mais j'ai dit, dans ma lettre précédente à rAcadémie , de quelle nature étaient ces graviers, et j'ai démontré qu'ils n'avaient pu se former ni dans les reins nidans la vessie, mais qu'ils provenaient de la glande prostate.
Je n'ai pas besoin, monsieur le Président, de vous faire sentir
toute l'imporlancc de cette réclamation.
Agréez , eic.
GRÂVELLE ET CALCULS UIUNAIRES. 225
M. Chevallier et moi, en soiuneUant divers calculs urinaires à l'aclioii directe de ces eaux. 11 y avait plusieurs questions à résoudre pour éclairer la commission. Voici le résumé de ses recherches, qui accompagnait le rapport à l'Académie.
§ V. Résumé d'essais tentés pour la solution des calculs vésicaux dans Peau de Vichy naturelle, et dans le bul de répondre à diverses questions qui s'y rattachent ; par M. Ossian Henry , chimiste, membre et chef des travaux chimiques de l'Académie de médecine , etc.
« Première question. — Quelle est la proportion du mucus ou de ce qu'on nomme ainsi dans les calculs vésicaux ? F a-t-il du mucus dans tous les calculs ?
» Je pense que tous les calculs vésicaux, et cela peut-être sans exception, si ce n'est ceux de cijstine pure ( oxyde cystique ) , renferment une certaine quantité de mucus ou du moins de la substance qui porte ce nom. Dans tous ceux que j'ai examinés , j'ai toujours rencontré cette matière, et c'est elle , comme on le sait, qui sert de lien aux éléments qui constituent les calculs de la vessie. La proportion en est très variable : tantôt elle est très considérable, ce qui rend les calculs plus denses ; tantôt elle est minime , et ils ont alors ordinairement peu de cohésion.
» La matière que nous continuerons à désigner sous le nom de mucus est en quantité très variable, nous le répétons, dans les calculs de la vessie, mais la plus ou moins grande proportion n'affecte pas les calculs de telle ou telle nature : ainsi on en trouve tantôt peu , tantôt beaucoup dans des calculs d'acide urique ou d'iiratc, ainsi que dans ceux de
phosphate de chaux; cependant les concrétions à base de phosphate ammoniaco-magnésien offrent ordinairement peu de mucus , et elles sont alors plus friables , tandis que dans celles d'oxalate calcique , il abonde presque toujours , ce qui rend celles-ci très dures et difficiles à briser.
» On conçoit aisément la présence du mucus dans les calculs de la vessie, puisque cette substance, qui existe naturellement dans l'urine normale , devient surtout abondante dans les cas où la membrane muqueuse de la vessie est le siège d'une inflammation , comme cela arrive lorsqu'un ou plusieurs calculs renfermés dans cet organe y déterminent sans cesse une plus ou moins grande irritation. C'est à cette cause qu'il faut attribuer la grande proportion de mucus qui accompagne presque toujours l'urine des personnes calculeuses, chez lesquelles on le voit se déposer sous forme de glaires ou d'une sorte de dépôt blanchâtre, floconneux, peu après l'émission de ce produit de sécrétion.
» Les caractères principaux du mucus sont d'être à peine solubles dans l'eau , mais de s'y gonfler en prenant un aspect glaireux ou floconneux , de se dessécher par une chaleur modérée, en formant un enduit jaunâtre qui , par l'eau , reprend son aspect primitif. Le mucus est décomposable par la chaleur comme les matières animales; les acides étendus , à l'exception de l'acide lactique , ne le dissolvent qu'en très minime proportion ; les alcalis très étendus aussi agissent de même, mais ils le dissolvent quand ils sont concentrés ; les carbonates etbi-carbonates de soude ou de potasse en dissolution agissent sur lui, soit en le gonflant, s'ils sont très affai-
blis d'eau, soit en le dissolvant, s'ils sont plus concentrés.
» Nous avons placé, dans de l'eau de Vichy naturelle , des proportions déterminées de différents mucus séchés à une douce chaleur. Le premier provenait de calculs vésicaux (1) , le deuxième de l'urine normale (2) , et le troisième était du mucus nasal clair, filant, recueilli dans un verre de montre et exposé à une température de 40 degrés environ. Après un contact de quelques jours dans l'eau de Vichy à 40 degrés , ces mucus s'étaient beaucoup gonflés. Nous avons filtré les liquides , et l'analyse nous en a fait connaître une certaine quantité dans le produit évaporé ; la proportion en a été toutefois plus grande avec le mucus vésical et celui du nez dont la cohésion paraissait moindre. On s'est assuré de cette solution en traitant à saturation par l'acide acétique le résidu de l'évaporation, puis par l'alcool et l'eau pure. La partie insoluble était en flocons blanchâtres, décomposables au feu, et présentait
(1) Le mucus des calculs a élé obteau en trailaut une assez grande quantité de poudre d'un calcul volumineux d'acide uiique et de phosphate , d'abord par de la poiasse uès étendue d'eau , puis par de l'eau chargée d'acide hydrochlorique , à plusieurs reprises , et lavant à grande eau le dépôt floconneux d'un blanc salé obtenu. Ce dépôt , chaufl'é dans l'eau , exhalait une odeur de colle forte désagréable ; recueilli après lavage et séché doucement dans une capsule , il s'est beaucoup racorni et a pris une couleur brunâtre (M. Henry).
{'2) Le mucus de l'urine normale a élé obtenu en opérant sur plusieurs litres d'urine fraîche dont on a nentrahsé l'acidiié presque tout à fait. 11 s'est fait un aboij^lant dépol qui, recueilU , lavé, a été traité d'abord par une eau alcaline très légère, puis acidulée ensuite. Après un lavage convenable, le précipité lloconneux, séché à /il> ou 50 degrés centigrades, était d'un blanc sale , pulvérulent et moins racorni que le précédent (M. Henry).
les principaux caractères assignés ci-dessus au mucus.
» Conclusion. — L'eau de Vichy, ou un liquide chargé de bi-carbonates alcalins, peut donc contribuer à la solution du mucus, et surtout changer son état physique en l'hydratant et le gonflant considérablement.
» Deuxième question. — Y a-t-il plus d'acide carbonique dans l'urine des buveurs d'eau de Vichy ?
» Avant de répondre à celle question , j'ai voulu m'assurer s'il existe de l'acide carbonique dans l'urine normale, comme quelques chimistes l'ont avancé, et contrairement à l'opinion d'autres savants.
» Mais dans la crainte que la chaleur imprimée à l'urine ne fût l'origine de la prodaclion d'une certaine quantité de cet acide , par suite de la réaction de quelques principes, comme ceux de l'urée, si faciles à modifier , j'ai fait usage du procédé suivi par M. Magnus, pour isoler du sang cet acide. En conséquence, j'ai fait passer dans un poids de 1/2 litre d'urine normale récente un courant très longtemps soutenu de gaz hydrogène pur, et le gaz était reçu à l'extrémilé de l'appareil dans une solution de chlorure de barium et d'ammoniaque. Après douze heures, nous n'avons eu aucune trace d'acide carbonique, tandis qu'un poids semblable d'urine additionné d'une petite quantité d'eau chargée d'acide carbonique ne tarda pas à fournir une notable proportion de ce gaz, après qu'elle eut subi le môme trailement.
» Nous avons pris onsuilc l'urine de trois malades,
GRAYELLE ET CALCULS UUINAIRES. 229
calculeux ou non, soumis depuis plus de trois semaines à l'eau de Vichy , et nous l'avons exposée au courant de gaz hydrogène pur , comme précédemment.
» Aucun indice d'acide carbonique n'a paru après douze ou quinze heures. Les urines étaient d'ailleurs très alcalines, et ne renfermaient que du carbonate de soude, sans bi ou sesqui-carbonate. Ces urines, traitées par le sulfate de magnésie , donnèrent un précipité ; mais filtrées ensuite et soumises à l'ébullition, il ne parut aucun dépôt blanc notable.
» Conclusion. — L'urine normale récente ne paraît donc pas renfermer d'acide carbonique , et dans celle rendue après l'administration prolongée de l'eau de Vichy, ce gaz n'y existe pas non plus en liberté ; de plus même , le bi-carbonate de l'eau minérale ne s'y trouve qu'à l'état de carbonate neutre.
« Annotations. — J'ai examiné les urines de plusieurs individus affectés de calculs vésicaux , dont le diamètre avait été mesuré autant que possible, et dont quelques fragments avaient permis de connaître à peu près la nature. Les uns étaient à base d'acide uriqueou d'urate, les autres formés de phosphates calcaire et ammoniaco-magnésien.
« 1" L'urine très acide, dans le premier cas, était chargée d'une assez grande quantité de mucus qui se réunissait en un paquet glaireux , et peut-être aussi d'albumine , puisque , après sa filtration , l'ébuUition y déterminait un nouveau coagulum blanc. Elle tenait en solution des phosphates terreux, puis de l'acide urique qui se déposa en partie avec le mucus. Enfin, l'urée qu'elle renfermait était
en proportion un peu moindre que dans l'état normal .
» 2° J'ai examiné ensuite l'urine d'un malade auquel on avait extrait , six mois auparavant, par la lithotritie, un calcul de phosphate ammoniacomagnésien, et chez lequel un nouveau calcul s'était formé.
» Ce malade, âgé de quatre-vingt-deux ans, rendait une urine dont la couleur était à peine ambrée, et qui ne renfermait que des traces d'urée ; ce liquide acide tenait en solution du phosphate de chaux et du phosphate ammoniaco-magnésien, mais peu de mucus.
» Ces deux malades furent soumis pendant quelque temps à un traitement par l'eau minérale naturelle de Vichy , et leurs urines examinées alors présentèrent quelques changements,
» Ainsi, la première (n" 1) était devenue alcaline; elle ne renfermait plus que très peu de mucus ; elle contenait sensiblement du carbonate et de l'urate de soude et quelques phosphates alcalins, puis à peu près la même proportion d'urée.
» La seconde (n" 2), devenue aussi très alcaline, 1res putrescible, ne donna, comme dans le premier essai , que des traces d'urée , puis du carbonate de soude et des phosphates alcalins, ainsi qu'une légère quantité de carbonates terreux , déposés avec le mucus.
» Il paraîtrait donc vraisemblable qu'ici les calculs existant dans la vessie de ces malades avaient déjà éprouvé quelques modifications de la part de l'eau de Vichy, en formant avec le bi carbonate de soude de nouvelles combinaisons.
GllAVELLE ET CALCULS UUÎN AIRES. 231
» Troisième QUESTION. — Provoquer la disgrégation de quelques calculs , et voir si les graviers ressemblent à ceux des malades de M. Petit.
» Les expériences entreprises à Vichy , par M. Petit, puis par mon honorable confrère, M. Chevallier, sur la dissolution des calculs dans l'eau minérale de ce pays , démontrent d'une manière non douteuse l'action dissolvante de cette eau sur la plupart des pierres qui se forment dans la vessie.
» Cette action est toujours assez variable quant à son intensité, et cela en raison de la nature et de la cohésion des calculs vésicaux. Elle provient, en tout état de choses, delà présence du bi-carbonate alcalin et peut-être aussi de celle des bi-carbonates terreux qui l'accompagnent.
» Les remèdes proposés comme lithontriptiques , sous les noms de remèdes de mademoiselle Stephens, de lessive de Samiders, de tisane de Mascagni, de potion et de solution lithontriptiques, etc., etc., ne doivent leur action dissolvante qu'à la présence des carbonates de soude et de potasse qui s'y trouvent ou qui s'y forment, ou bien à celle de la chaux et de la soude qui y deviennent libres , comme l'a fait vqir M. Chevallier.
« Enfin, les effets non douteux de certaines eaux minérales sur les calculs de la vessie , et surtout ceux des bi-carbonates alcalins, sentie résultat de l'action qu'exercent principalement ces sels sur l'acide urique libre ou combiné (base de la plupart des calculs), et sur le mucus qui leur sert de lien.
» Pour apporter encore de nouvelles preuves à l'appui de l'action dissolvante ou disgrégeante de
232 GUÂ.VELLE ET CALCULS UUINA-IRES.
l'eau de Vichy , nous avons fait immerger plusieurs calculs de nature différente dans des quantités déterminées d'eau minérale , tenue sans cesse à une chaleur de 35 à 45 degrés centigrades.
» Les calculs étaient fort différents, quant à leur nature, leur volume et leur texture. Ceux-ci, formés de phosphate calcaire et de phosphate ammoniacomagnésien avec des traces d'acide urique , renfermaient peu de mucus ; leur cohésion était assez faible ; ceux-là , d'une couleur orangée ou jaune chamois, étaient plus ou moins gros, ovoïdes, formés de couches concentriques superposées, et leur composition donnait une grande quantité d'acide urique et d'urate d'ammoniaque, puis du mucus et un peu de phosphate; enfin les autres étaient très durs, mamelonnés, en fragments provenant d'un calcul primitif volumineux, et l'analyse y faisait reconnaître beaucoup d'oxalate de chaux , du mucus , ainsi qu'une certaine proportion d'acide urique, puis des traces de phosphate.
)j Ces calculs ont été soumis isolément à l'action d'un litre d'eau minérale de Vichy, pendant quinze jours, et le liquide , à cette époque , fut remplacé pendant quinze nouveaux jours par une nouvelle dose semblable que l'on répéta une troisième fois.
» Chaque calcul avait donc eu le contact de trois litres d'eau minérale. Séchés alors, ils furent pesés, et le liquide, tiré à clair et fdtré, fut analysé à part.
» N" 1. Un calcul assez gros , arrondi, lisse, couleur nankin, formé d'acide urique, d'urate d'ammoniaque, d'une petite quantité de mucus et de phoe^phates terreux, pesait, sec, ¥^',6îj,
GRÂVELLE Eï CALCULS UUIINAIRES. 233
» Au bout de six semaines de contact, il fut essuyé, séché et pesé de nouveau. Il avait perdu is',7^, c'est-à-dire 37,2 pour 100.
» N° 2. Un calcul de la môme nature , mais plus petit, pesant, sec, 0^'',67, perdit 0,39, c'est-à-dire 58,2 pour 100.
»N° 3. Un calcul volum.ineux, scié en deux parties égales, composé de couches concentriques superposées, ayant une écorce moins lisse que les précédents, une couleur plus orangée, et présentant plus de cohésion, fut analysé ; il donna : acide urique prédominant, urate ammoniacal, mucus et phosphate terreux.
» Son poids, sec, était de 24^', 3, et, après six semaines, il perdit 2"^', 8, c'est-à-dire 11,5 pour 100.
>?N" 4. Un fragment de calcul, scié par la moitié, assez friable, d'une couleur blanchâtre, formé de zones peu épaisses, donna à l'analyse pour composition , savoir : à peu près parties égales de phosphate calcaire et de phosphate ammoniaco-magnésien, un peu de mucus, d'acide urique ou d'urate, et, dans son noyau, de l'oxalate de chaux.
» Il pesait, sec, 4s'',55, et perdit is^", 35, c'est-à-dire 29,6 pour 100.
»N° 5. Enfin, un fragment mamelonné, brunâtre, très dur, offrant quelques couches concentriques, était formé en grande partie d'oxaîatede chaux, avec de l'acide urique et du mucus.
w 11 pesait 05'",75, et perdit 0''',13 d'acide urique c'est-à-dire, 17,3 pour 100.
» Il devint caverneux , lorsqu'on l'examina avec la loupe, mais perdit peu de sa cohésion.
»La dissolution plus ou moins complète de ces
234 GRAVELLE ET CALCl LS UHiNAlRES.
calculs avait donc eu lieu par l'action prolongée de l'eau de Vichy sur eux.
«Cette dissolution s'opère avec quelques phénomènes qu'il est bon de rapporter.
«Après quelques jours d'immersioïi dans l'eau minérale, les calculs, ceux principalement où domine l'acide urique et l'urate d'ammoniaque , deviennent blanchâtres , opaques à leur surface et dans les parties qui indiquent les couches concentriques ( lorsqu'ils sont sciés). Bientôt après, cette surface se fendille et il se détache une matière blanchâtre en petits feuillets qui se précipitent au fond du vase; cette matière recueillie est formée d'urate de soude. L'action continuée ainsi sur le calcul, de nouvelles croûtes se détachent et se précipitent ou se dissolvent en partie dans l'eau surnageante.
»Le calcul devient alors ordinairement friable et souvent très facile à briser. Quelquefois même il se fendille naturellement, parce que l'eau minérale, en s'infiltrant enlre les couches qui le composent, gonfle en partie le mucus , puis en dissout une certaine quantité et réagit aussi sur les principes de ce calcul pour former de nouvelles combinaisons qui, par leur arrangement, tendent à en écarter les molécules. Il se fait là une sorte de lithotritie naturelle.
» L'eau minérale de Vichy agit donc ici, non seulement parce qu'elle dissout une partie des principes du calcul, mais encore parce qu'elle amène la disgrégation de ses diverses parties et le dispose à être facilement divisé, soit naturellement, soit parles moyens mécaniques.
«Quant à l'eau de Vichy décantée, après son
GRAVELLE ET CALCULS LiRINAlRES. 235
contact avec les concrétions , elle renferme en solution, outre différents sels qui la minéralisent , des restes de bi-carbonate alcalin , puis de l'urate de soude ou des phosphates alcalins , ainsi que des traces non équivoques de mucus.
» Dans l'essai n° 4, où le calcul mis en expérience avec Feau de Yichy était à base de phosphates calcaire et ammoniaco-magnésien , il y eut dans l'eau Bltrée indice de phosphate alcalin , et dans le dépôt précipité au fond du vase on trouva, à côté de l'urate de soude , des carbonates de chaux et même de magnésie.
» Quatrième question. — Comparer les fragments de calculs aux graviers des individus ayant la gravelle.
» Les fragments de calculs rendus naturellement par les malades calculeux soumis à l'eau de Vichy m'ont paru en général à angles plus aigus et d'une forme moins arrondie que ceux que forment les graviers.
» Cette disposition anguleuse des fragments dont nous parlons tend à faire présumer qu'ils proviennent d'un calcul disgrégé ou brisé par une cause quelconque, et qu'ils n'existaient pas tels primitivement dans la vessie.
» Cinquième question. — Que prouve la couche blanche d'urate de soude à la surface du calcul ovalaire de M. Ballivet? Est-ce une formation nouvelle? Est-ce une preuve de dissolution commencée ?
» Cette couche ou efflorescence, en partie dissipée par le frottement du calcul, était bien réellement due à de Xurate de soude. D'après les essais qui précèdent ( troisième question), on ne saurait se refu-
236 GUAVELLE ET CALCULS CHlINAinES.
ser à penser qu'elle est le résultat d'un commence ment de dissolution et d'action de l'eau de Vichy sur le calcul dont la couche extérieure était composée d'acide urique.
» Sixième question. — Les fragments rendus portenl-ils des traces évidentes de dissolution?
» J'ai examiné un assez grand nombre d'échantillons de calculs rendus naturellement à la suite de l'administration de l'eau de Vichy , tant en bains qu'en boissons, et remis par M. Petit; je puis dire que tous ont présenté des marques évidentes de dissolution , dont l'effet était visible , soit à l'œil nu, soit à la loupe.
» Ainsi :
» 1° Calcul de M. Longperrier.
w Ce calcul d'acide urique, en zones circulaires et de forme lenticulaire, a été attaqué à la surface, sur son écorce.
» 2" Calculs de M. Fray de Fournier.
» Il en existe trois de forme pyramidale, et composés d'acide urique et de phosphate. Examinés à la loupe, ils sont crevassés et couverts de gerçures par suite de l'action de l'eau de Vichy.
»3° Calcul de M. Ballivet.
»Ce calcul, d'une couleur rouge orange intense, ovoïde , lisse à sa surface et formé d'acide urique , était recouvert d'une effïorescence blanche d'urate de soude produit par la réaction de l'eau alcaline sur la partie externe de cette concrétion.
» 4" Calcul de M. Cham....
); Il était jaunâtre, composé d'acide urique avec dos traces d'ammoniaque. A I'omI nu, on le reconnaît criblé de pores et devenu spongieux, effet dû
GRAYELI.E ET CALCULS UUIIWIRES. 237
à l'action de l'eau de Vicliy sur les principes qui le constituent.
» 5° Calcul de M. Chaumont.
» Ce calcul à base d'acide urique , avec des traces très minimes d'ammoniaque et de phosphate, est en cône, blanc, luisant j très poreux et attaqué profondément; sa couche extérieure est blanche et passée à l'état d'urate de soude.
» 6° Calcul de M. Larigandie.
w Les fragments, au nombre de six^ rendus par ce malade, sont à base d'acide urique combiné à des traces d'ammoniaque et à une petite quantité de soude; ils sont très poreux, et il est facile de voir que l'eau minérale les a attaqués.
» 7" Calculs de M. Fournier.
» Aunombre de trois, rendus le 22 juillet, le 8 août et le 30 du même mois (1838).
» Le premier était formé d'acide urique et était en plusieurs fragments. Le deuxième était un petit fragment de bois, servant sans doute de noyau, et recouvert encore de quelques parties salines, quand on l'examine à la loupe. Enfin, le troisième est composé de deux fragments très celkileux et d'un blanc jaunâtre visiblement attaqués.
M 8° Calcul de M. Valérix.
» Il est à base d'acide urique et de phospliate, en forme de champignon et évidemment corrodé.
«9" Les fragments nombreux en petits feuillets, formés d'urate de soude, rendus par M. Dubar avec les urines, proviennent de la réaction de l'eau de Yichy sur un calcul urique existant dans la vessie.
» J'ai vu , en outre, il y a plus d'un an, chez mon confrère M. Chevallier, des calculs vésicaux de di-
verses natures, très attaqués, devenus poreux, crevassés et spongieux, par suite de l'action de l'eau de Yichy sur eux.