RÉSUMÉ
» En résumant les faits qui découlent de ces expériences , il résulte :
» 1° Que l'eau minérale naturelle de Yichy, ainsi probablement que toutes les eaux alcalines gazeuses, agit d'une manière non douteuse sur les calculs des voies urinaires ;
» 2° Que les effets de l'eau minérale sur ces calculs consistent , non seulement dans la dissolution sensible de plusieurs principes de ces concrétions , mais encore dans la désagrégation de leurs ingrédients : d'où résulte, d'une part, la diminution de volume de ces calculs, diminution qui peut amener leur expulsion naturelle hors de la vessie par les urines; de l'autre, leur division, naturelle aussi, qui conduit aux mêmes résultats, ou enfin leur plus grande friabilité qui favorise singulièrement les efforts mécaniques de la lithotritie pour les réduire en poudre ;
» 3° Que les calculs mis directement en contact avec de l'eau de Vichy, et les fragments rendus naturellement par des calcule ux soumis à une certaine médication par cette eau minérale, offrent des traces évidentes de l'action dissolvante ou disgrégeante de ce liquide , soit dans leur diminution en poids, ou dans les nouvelles formes qu'ils présentent. »
On voit que toutes les expériences chimiques que M. 0. Henry fut conduit à faire pour éclairer la
commission confirment complètement tout ce que j'avais écrit , avant que la question fût soumise à l'Académie , sur l'action que les alcalis exercent sur les calculs urinaires.
Après ce rapport , M. le ministre du commerce et des travaux publics s'entendit avec le conseil général d'administration des hôpitaux de Paris , et ce conseil nomma une commission composée de MM. Blandin et Bérard, chirurgiens des hôpitaux, et de M, CivialC;, qui fut chargée d'examiner les malades calculeux qu'il y aurait lieu d'envoyer aux eaux de Vichy, conformément à la demande de l'Académie de médecine et aux instructions du ministre.
Bien que le conseil général eût décidé que quatre calculeux seraient mis à ma disposition, un seul, dont je donnerai l'observation plus loin, me fut envoyé, et ce ne fut pas la commission qui me le procura; il fut pris à l'hôpital Beaujon, dans le service de MM. Marjolin et Laugier, qui voulurent bien, sur ma demande, et avec le consentement du malade, le mettre à ma disposition. La commission, bien que ce fût sa mission, et qu'il y eût fréquemment des calculeux à opérer dans les hôpitaux, n'en trouva aucun à m'envoyer ; et cependant, ne pouvant pas rester à Paris pour en chercher et les faire sonder par la commission, car il fallait qu'elle en explorât la vessie avant et après le traitement, pouvais-je mieux m'adresser qu'aux membres qui la composaient? N'étaient-ils pas placés, comme chirurgiens des hôpitaux, mieux que personne pour en trouver? N'en avaient-ils pas sous la main ?
En considérant tous les obstacles que j'avais à
240 GRAYELLE ET CALCULS UI\INAII\ES.
surmonlcr pour arriver seulcmenl à faire rigoureusement quelques expériences pratiques, comme on devait les exiger dans un cas semblable , et comme elles devaient ôtrc faites, afin de ne laisser aucun doute dans l'esprit de personne , je compris combien il était quelquefois difficile de démontrer les choses qui sont, en apparence, les plus simples.
Cependant mon confrère, M. Leroy-d'Étiolles,qui n'était pas satisfait du rapport qui avait été fait à l'Académie de médecine , voulait en obtenir un autre, mais, bien entendu, il le désirait favorable. Il crut qu'il serait plus heureux en changeant de terrain, et , cette fois , il s'adressa à l'Académie des sciences. Une commission, composée de MM. Gay-Lussac et Pelouze, fut nommée, et M. Pelouze en fut le rapporteur.
Lorsque j'en fus instruit, comprenant combien, dans une question si nouvelle, si peu ou si mal étudiée jusque-là, sur laquelle d'ailleurs il était si difficile de se faire une opinion sans une longue expérience pratique; comprenant, dis-je, combien il était facile, môme aux hommes les plus capables et les plus consciencieux, de se laisser égarer, je fus voir M. Pelouze, afin de mettre sous ses yeux tous les noyaux ou débris de calculs qui avaient été rendus par des malades soumis à l'action des eaux de Vichy, et que j'avais recueillis. Il me semblait, tant ces débris de calculs étaient remarquablement attaqués, corrodés par l'action de ces eaux, qu'il devait suffire , à un homme aussi habitué que lui à juger de l'action des agents chimiques, de les examiner avec un peu d'attention pour acquérir une
conviction favorable à mes opinions sur la dissolution de ces calculs. Je le priai cependant de vouloir bien, avant de faire son rapport, nous réunir devant lui, M. Leroy-d'Étiolles et moi , afin que je pusse combattre les assertions de mon confrère, et lui démontrer, les pièces sous les yeux , l'exactitude des miennes. Je lui remis en même temps un assez grand nombre de calculs urinaires, le reste de la collection que j'avais eu beaucoup de peine à former, pour qu'il pût les envoyer à Vichy, ainsi qu'il m'en avait exprimé le désir, et répéter les expériences que j'avais faites moi-même, en faisant plonger ces calculs pendant un certain temps dans une de nos sources. Quelque temps après, le 21 mars 1842, M. Pelouze fit son rapport, sans que j'eusse été appelé, comme je le lui avais demandé , à discuter la question devant lui, contradictoirement avec mon confrère.
Dans son rapport, M. Pelouze reconnaît qu'ayant soumis des calculs urinaires à l'action d'une des sources de Vichy (celle de la Grande-Grille), il a obtenu à peu près les mêmes résultats que moi, que M. Chevallier avait obtenus de son côté et que les avait obtenus, du sien, la commission qui avait fait, à l'Académie de médecine, le rapport que j'ai reproduit plus haut. Il ne conteste pas l'efficacité des eaux de Vichy, et en général , des boissons alcalines , contre la gra velle; il veut bien même avouer que cette efficacité est généralement reconnue.
Il veut bien aussi ne pas nier complètement qu'il soit possible d'obtenir la dissolution ou la désagrégation de certains calculs urinaires; seulement, il croit que ce résultat ne peut être obtenu que dans des cas fort rares.
11 eût été en effet difficile de nier tout à fait la possibilité de semblables résultats; car, si les faits de dissolution qui ont été recueillis, soit par moi, soit par d'autres médecins, n'ont pas toujours été constatés rigoureusement, parce que les malades, une fois guéris ou au moins n'éprouvant plus aucun symptôme de la pierre^ n'ont plus voulu consentir à se laisser sonder, il est cependant des cas dans lesquels l'exploration a été faite avant et après le traitement, et qui, par conséquent , démontrent de la manière la moins douteuse la possibilité de réussir au moins quelquefois. Toutefois, je n'ai jamais prétendu que l'on dût toujours réussir complètement; je sais, ainsi que le dit M. le rapporteur, car je l'ai dit moimême avant lui , que lorsque les calculs sont très volumineux, et que surtout ils ont une grande dureté, une cohésion telle qu'ils ne peuvent être que difficilement pénétrés par les alcalis , et que, par conséquent, le mucus qui leur sert de lien et en quelque sorte de ciment ne peut être que faiblement attaqué ; je sais, dis-je, qu'alors leur désagrégation est nécessairement très lente , et peut-être même , dans quelques cas, tout à fait impossible ; d'où il résulte que, dans ces circonstances, bien qu'on soulage presque tous les malades , on en trouve peu qui aient assez de persévérance pour attendre leur guérison complète de la seule action des boissons alcalines. Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins démontré pour moi aujourd'hui que toutes les fois que les calculs ne seront pas très volumineux, ni d'une trop grande dureté, il y aura de très grandes probabilités de pouvoir les détruire complètement au moyen des boissons alcalines. Je n'entends pas
parler ici , bien entendu , des calculs d'oxalate de chaux, qui, lorsqu'ils seront purs, résisteront probablement toujours à cette médication.
La seule objection sérieuse dans le rapport de M. Pelouze contre l'emploi des boissons alcalines, celle que reproduisait sans cesseM.Leroy-d'Étiolles, qu'il espérait surtout pouvoir faire prévaloir, objection d'ailleurs déjà soulevée par Proust et par Marcet, c'est que l'usage longtemps continué de ces boissons, et à doses élevées, peut, en neutralisant les acides libres de l'urine , favoriser la formation de calculs de phosphate et de carbonate de chaux et de magnésie.
Je reproduirai d'abord ici textuellement, d'après le rapport , le passage où sont indiquées les circonstances dans lesquelles M. Leroy dit avoir rencontré des calculs phospliatiques. « Ces cas , dit M. le rapporteur, se sont présentés , d'après l'auteur (M. Leroy), chez des personnes atteintes de catarrhe vésical, chez lesquelles l'urine était altérée et retenue dans la vessie par un obstacle à son cours. // ne les a pas remarqués dans d'autres circonstances, et, suivant lui, la diathèse phosphatique qui se manifeste alors est une suite même de l'état inflammatoire de la vessie. »
Ainsi mon confrère, qui ne néglige jamais aucun argument, bon ou mauvais, pour soutenir son opinion, est obligé de reconnaître qu'il n'a pas rencontré un seul malade qui , hors des circonstances que je viens de rappeler, lui ait présenté des calculs phosphatiques. Mais ensuite, je l'avoue, je ne puis pas comprendre comment les cas dont on parle pourraient prouver que les boissons alcalines peuvent
être pour quelque chose dans la formation, en pareilles circonstances, de calculs pliosphatiques ? Est-ce que M. Leroy-d'Étiolles n'aurait jamais rencontré de calculs pliosphatiques que chez des malades ayant fait usage des eaux de Vichy? N'enrencontre-t-on pas tous les jours de cette nature chez des malades qui se trouvent dans les conditions indiquées, et sans qu'ils aient jamais fait usage d'aucune boisson alcaline? Ce qui m'étonne, c'est que M. le rapporteur, au mérite duquel je me plais d'ailleurs à rendre hommage, se soit contenté de pareils faits pour établir son opinion , et pour avancer qu'i/ paraît bien certain que les boissons alcalines peuvent , dans quelques circonstances > déterminer des dépôts calculeux dans la vessie.
Si l'on a rencontré des calculs phosphatiques chez quelques malades qui avaient fait usage de boissons alcalines, n'est-il pas plus que probable que ces calculs existaient déjà avant l'emploi de ces boissons; que l'on avait affaire à des sujets qui avaient, avec la pierre, quelque affection grave des voies urinaires , ou quelque obstacle à l'excrétion facile de l'urine, ce qui amène presque nécessairement , par suite du séjour de l'urine dans la vessie, un catarrhe purulent et l'état ammoniacal de l'urine. Ce qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que M. Leroy-d'Étiolles avoue lui- môme que ce n'est que dans de semblables circonstances qu'il a vu se développer des calculs phosphatiques.
Si M. Pelouze était médecin, je me permettrais de lui dire que c'est au moins bien légèrement qu'il a émis l'opinion que les boissons alcalines peuvent , dans quelques circonstanceSy—\\ ne dit pas les-
quelles, — déterminer des dépôts calculeux dans la vessie; mais dans cette question, il n'est que chimiste ; il a cru seulement pouvoir accepter les faits avec la couleur qui leur a été donnée , et il n'était pas obligé de savoir, si on ne le lui a pas dit , que des faits pareils se rencontrent journellement chez des malades qui ne font point usage de boissons alcalines. Il est vrai que M. Pelouze ajoute, comme s'il n'était pas bien pénétré de l'opinion qu'il émet: « Nous nous garderons bien de tirer, des observations que nous venons de rapporter, la conclusion que les eaux minérales alcalines doivent être rejetées de la thérapeutique, soit dans le traitement de la gravelle, soit dans celui de la pierre. » Je comprends en effet la prudence de M. Pelouze ; car si tous les faits dont lui a parlé M. Leroy-d'Étiolles ressemblent à celui qu'on a été chercher dans Marcel, ils prouvent, suivant moi, tout justement le contraire de ce qu'on a voulu leur faire dire. Yoici ce fait. Le malade dont parle cet auteur s'étant mis pendant un grand nombre d'années à lusage des carbonates, son calcul, qui était formé d'acide urique, s'usa peu à peu, sans toutefois se dissoudre — je m'étonne que M. Pelouze n'ait pas vu de suite qu'il s'est fait là une désagrégation— ; le malade rendait quelquefois des graviers phosphatiques, et, à sa mort, on trouva dans la vessie une partie du calcul d'acide urique , avec plusieurs petites concrétions de phosphates terreux. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que l'on a cité ce fait parce que le malade rendait quelquefois des graviers phosphatiques, et qu'à sa mort, on trouva dans la vessie , avec une partie d'un calcul d'acide urique , plusieurs petites concrétions phos-
pbatiqiies, d'où l'on a cru pouvoir conclure que ces petites concrétions pliospliatiques étaient le résultat de l'usage que le malade avait fait de boissons alcalines. On voit que c'est toujours la même manière de raisonner. Parce qu'on trouve quelques petites concrétions phosphatique? dans la vessie, ce sont toujours nécessairement les boissons alcalines qui en sont la cause ; on ne veut pas absolument se rappeler que l'on trouve journellement des calculs de cette nature chez des malades qui n'ont jamais bu une goutte de boissons alcalines. Tout cela me paraît bien peu logique, et il me semble qu'il est bien plus rationnel de penser que, dans ce cas, puisqu'on reconnaît que le calcul d'acide urique était usé, que le malade avait rendu des graviers de phosphates , et qu'on ne trouvait plus que de petites concrétions de celte nature dans la vessie ; il me semble, dis-je, qu'il est bien plus rationnel de penser que, dans ce cas, on a eu affaire à un calcul d'acide urique et de phosphate de chaux , ce qui se voit souvent , et que, par l'effet des alcalis, il y a eu en même temps dissolution et désagrégation de la partie du calcul qui était formée d'acide urique, et désagrégation de la partie qui était composée de phosphate de chaux. Si la théorie a pu faire naître chez M, Pelouze une crainte semblable à celle qu'il exprime dans son rapport, et qui se trouve en opposition avec l'opinion de tous les autres chimistes qui ont examiné la question, n'aurait-il pas dîi au moins, avant de faire son rapport, s'enquérir si cette crainte se trouvait justifiée par la pratique? N'aurait-il pas dû faire la réflexion que, depuis des siècles, des malades, en très grand nombre, boivent de l'eau de Vichy, sans que jamais personne ait fait la remarque que
cette eau leur donnait la pierre? Ne savait-il pas que M. le docteur Lucas qui, pendant trente-deux ans, a administré lui-même les eaux de Vichy à un très grand nombre de malades, avait souvent répété à M. d'Arcet, collègue de M. le rapporteur à l'Académie des sciences, et qui vivait encore à l'époque où il a fait son rapport, qu'il n'avait jamais observé de calculs d'aucune espèce chez les malades qui venaient habituellement à Vichy? Ne connaissait-il pas les observations faites par M. d'Arcet sur les ouvriers qui passent une grande partie de leur vie dans les fabriques de soude, ayant presque toujours l'urine alcaline, e( qui prouvent que ces ouvriers se portent parfaitement et n'ont jamais la pierre? Comment d'ailleurs un chimiste aussi éminent que , M. Pelouze, dont le mérite est si réel et si bien connu de tout le monde, a-t-il pu conclure aussi rapidement de quelques expériences de laboratoire, que les choses devaient nécessairement se passer de la même manière dans la vessie? Ignore- t-il que, dans un liquide où il y a tant d'éléments réunis, il est impossible à la chimie de calculer ce qui s'y passe ? Ne sait-il pas, comme chimiste, que les sels phosphatiques que l'on redoute tant de voir se précipiter, ont d'autant plus de chances de rester en dissolution dans l'urine, que ce liquide contient déjà un plus grand nombre d'autres principes en dissolution? Ne sait-il pas enfm qu'il suffit d'un élément en plus ou en moins dans ce liquide, pour que tel autre élément y reste en dissolution ou en soit précipité? Je citerai, à l'appui de cette dernière assertion, un fait que M. Pelouze connaît sans doute aussi bien que moi. On sait que l'oxyde ferreux est précipité par les alcalis. Eh bien, qu'on ajoute une grande
quantité de matières organiques non volatiles, et l'oxyde ferreux n'est plus précipité par les alcalis. Il en est de même pour l'oxyde ferrique.
Que les chimistes le sachent donc bien ! La vessie est encore une bouteille à l'encre dans laquelle ils n'ont pas tout vu. Il faudrait donc être prudent, quand on ne parle de ce qui s'y passe que d'après quelques expériences de laboratoire ; car, en agissant autrement, on peut commettre des erreurs qui peuvent avoir de graves conséquences; et ne sait-on pas que, quand il arrive à un corps aussi grave que l'Académie des sciences d'en commettre, il faut bien longtemps ensuite pour réparer le mal qui a été fait? D'ailleurs, comment M. Pelouze n'a-t-il pas vu que, - si les faits et les raisonnements présentés par M. Leroy-d'EtioUcs n'étaient pas une pure illusion, on pourrait aller à coup sûr chercher des carrières dans les vessies de tous les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de soude ; tandis qu'au contraire, il est constant qu'ils n'ont jamais ni la gravelle ni la pierre? En vérité, quand on voit l'Académie des sciences s'en laisser imposer jusqu'au point de venir déclarer à la face de l'univers que les eaux de Vichy peuvent donner la pierre, on se demande ce qu'on ne parviendra pas à faire croire désormais à un corps savant.
Mais aussi les personnes qui fréquentent les Académies savent comment, ordinairement, les choses s'y passent. Si un mémoire sur une question plus ou moins importante est lu devant une Académie, ou lui est tout simplement adressé, on l'envoie à une commission. Le plus souvent, à moins qu'il ne s'agisse d'une très grande question, dont, par exemple^,
la solution soit demandée par le gouvernement, un seul membre de cette commission s'en occupe plus ou moins sérieusement; c'est celui qui est chargé du rapport à faire, si toutefois il lui convient de le faire jamais, ou s'il ne l'oublie pas ; les autres signent ce rapport de confiance, ou sont censés l'avoir signé; car il arrive quelquefois, cela s'est vu, que le rapporteur le lit en séance publique et donne les conclusions de la commission, sans que les autres membres de cette commission en aient eu communication, sans qu'ils en connaissent le premier mot. 11 faut ajouter que si ce rapport ne traite pas d'une question très importante, aux yeux de l'Académie, ou très piquante, la lecture n'en est pas écoutée ou ne l'est que comme on écoute quand on est distrait ou que l'on cause de tout autre chose avec ses voisins. Quand encore il y a discussion sur le rapport, les membres qui ne l'avaient pas écouté ou qui l'avaient mal entendu, ainsi que tous ceux, en assez grand nombre, qui, par la nature de leurs études, ne sont pas très familiarisés avec la question traitée, peuvent arriver à la connaître, à baser leur jugement; mais lorsqu'il n'y a pas de discussion, corame cela arrive assez souvent à l'Académie des sciences, et que l'approbation des conclusions est mise aux voix, n'arrive-t-il pas, j'ose dire bien souvent, et j'en appelle à la conscience de MM. les académiciens, que quelques membres lèvent la main, c'est-à-dire approuvent les conclusions, sans avoir une conviction personnelle bien rigoureusement établie? Mais une académie est assez généralement disposée à se croire infaillible, et, par une conséquence toute naturelle, à penser que le rapporteur d'une commission qu'elle a nommée ,
doit l'être aussi, et ils votent de confiance, sur la foi du rapporteur. Le président, après la contreépreuve, prononce alors les paroles sacramentelles suivantes : Les conclusions du rapport sont adoptées ^ et le bon public , qui lit, le lendemain, le compte rendu de la séance, et qui ne sait pas comment la chose se fait à l'Académie, croit avoir l'opinion bien mûrie, et devant faire loi, du premier corps savant du monde, ce que ce corps savant pourrait, en effet, parfaitement lui donner, s'il voulait s'en donner la peine. Quant au pauvre auteur du mémoire, à qui l'on veut bien permettre d'écouler, à condition de toujours se taire, quelles que soient les hérésies qui viennent quelquefois blesser ses oreilles ; il a bien le droit d'écrire, le lendemain, à l'Académie, pour lui dire qu'il croit qu'elle s'est trompée; mais c'est déjà un peu tard, et d'ailleurs une académie ne peut pas se tromper, ou, si elle se trompe, elle ne peut pas se déjuger; ce serait compromettre sa dignité. Pour en revenir à la question qui nous occupe, je dirai que M. Pelouze n'a oublié qu'une seule chose dans son rapport, mais qui a bien une certaine importance, ça été, avant d'avancer qu'il paraît bien certain que les boissons alcalines peuvent, dans quelques circonstances, déterminer des dépôts calculeux dans la vessie, de nous dire s'il est bien certain , lui j qu'il y ait dans l'urine alcalisée, sécrétée alcaline, comme cela arrive quand on fait usage d'eau de Vichy, des phosphates et des carbonates de chaux, qui sont les sels qui, suivant lui , peuvent déterminer les dépôts calculeux dont il parle, et, dans le cas où ces sels existeraient réellement dans l'urine alcalisée, s'il est bien certain qu'ils
se déposent sous l'influence des boissons alcalines. C'est ce que j'aurais désiré qu'il voulût bien nous apprendre dans son rapport , et j'ai été fort étonné, je l'avoue, qu'il ne se soit pas élevé une seule voix dans l'Académie pour le lui demander.
J'avais souvent essayé de l'urine alcalisée avec des réactifs, pour m'assurer du fait, et je croyais être bien certain de n'avoir pas vu de précipités de phosphate et de carbonate de chaux ; mais je ne suis pas chimiste, et, après avoir entendu le rapport de M. Pelouze, j'ai craint de m'être trompé , de n'avoir pas bien fait mes expériences, et j'ai voulu de suite les recommencer, ou plutôt prier un habile chimiste de les faire sous mes yeux. J'avalai donc, en moins d'une heure, deux litres d'eau de Vichy, au risque, d'après ce que je venais d'entendre dire à M. Pelouze, de déterminer la formation d'une pierre dans ma vessie, et deux heures après, mon urine étant alcalisée, je me rendis chez M. Gaventou, qui est assez bon chimiste , comme tout le monde sait , pour que M. Pelouze ne puisse pas le récuser. Après avoir bien constaté que mon urine était parfaitement claire, qu'elle était très alcaline et qu'il ne s'en précipitait rien, il y mit une dissolution de sous-carbonate de soude , et elle ne perdit rien de sa transparence ; il y mit alors de l'oxalate d'ammoniaque , et elle resta toujours parfaitement claire ; tandis que, lorsqu'il y ajouta une très minime quantité d'un sel de chaux, il y eut à l'instant un précipité très marqué.
Je viens encore de répéter la même expérience avec M. Chevallier, et nous avons obtenu les mêmes résultats. Cela ne prouve-t-il pas, comme l'a pensé un autre chimiste, M. Longchamp, qui, frappé.
252 GRAYELLE ET CALCULS LRIINÂIRES.
comme moi, de l'assertion que contenait le rapport de M. Pelouze, l'écrivit à l'Académie , aussitôt après avoir lu ce rapport; cela ne prouve-t-il pas que l'urine qui est sécrétée alcaline ne contient ni phosphate ni carbonate de chaux, et que, par conséquent, il est impossible que ces sels se déposent dans la vessie pour former des pierres ?
Il est très vrai que l'urine entraîne quelquefois, chez les malades qui l'ont alcalisée en buvant de l'eau de Vichy, de même que chez ceux qui n'en boivent pas, des phosphates de chaux et de magnésie, et même, dans quelques cas, un peu de carbonate de chaux ; mais si M. Pelouze s'était donné la peine d'approfondir davantage la question, s'il n'avait pas cru un peu trop légèrement ce que lui disait M. Leroy-d'Étiolles , ce qu'il tenait tant à prouver, s'il avait étudié ce qui se passe quelquefois dans une vessie malade, il se serait bientôt convaincu que ces sels ne proviennent pas de l'urine, lorsqu'elle est alcalisée, bien entendu; il aurait dû même suffire, pour cela, à un chimiste aussi distingué que lui, aussi habile à rechercher et à saisir les causes probables de la formation des corps, de lire avec attention les notes que lui a remises M. Leroy-d'Étiolles ; car mon confrère lui-même , sans s'en douter, lui a parfaitement indiqué l'origine de ces sels , lorsqu'il lui a dit que les calculs phosphatiques qu'il a rencontrés se sont présentés chez des personnes atteintes de catarrhe vésical , chez lesquelles l'urine était altérée et retenue dans la vessie par un obstacle à son cours; qu'il ne les a pas rencontrés dans d'autres circonstances , ce que savent d'ailleurs tous les chirurgiens qui ont eu l'occasion d'observer un
grand nombre de calculeiix , et que , suivant lui , la diathèse plwspliatiqiie qui se manifeste alors est une suite même de l'état inflammatoire de la vessie.
Il était impossible d'indiquer plus clairement l'origine des sels phosphatiques et du carbonate de chaux que l'urine contient alors ; mais il est vrai de dire que M. Leroy-d'Étiolles, en communiquant ainsi à M. Pelouze le résultat de son expérience pratique, ne se doutait pas qu'il fournissait un argument contre ce qu'il voulait prouver, qu'il se prenait dans ses propres filets, et que M. Pelouze n'a pas abusé de sa confidence.
En effet, comme l'a remarqué M. Leroy-d'Etiolles, avec tous les chirurgiens qui ont vu beaucoup de calculeux, on ne rencontre de calculs phosphatiques que chez les sujets qui ont une inflammation catarrhale plus ou moins ancienne de la vessie , ou quelque autre altération plus ou moins grave de cet organe ou de la prostate. Alors , soit par l'effet d'une disposition diathésique particulière, chez quelques malades , soit comme un simple résultat de l'inflammation arrivée à un certain degré d'ancienneté et de gravité, ou augmentée quelquefois par la présence d'un calcul, de quelque nature qu'il soit, la membrane interne de la vessie sécrète un mucus abondant, plus ou moins altéré, et qui est alors chargé de selsphosphaliques. C'est donc dans ce mucus qiie se trouvent les sels qui peuvent devenir les éléments des calculs phosphatiques. Ces sels sont ordinairement entraînés au dehors avec le mucus auquel ils sont mêlés, avec lequel ils ont été sécrétés ; mais ils peuvent aussi se réunir dans la vessie , se concréter au moyen de ce •même mucus qui leur sert alors d'une sorte déciment,
â54 GRAVELLE ET CALCULS URINAIRES.
et former ainsi des calculs, ce qui arrive surtout lorsqu'il y a un obstacle au libre écoulement de l'urine, et qu'elle séjourne longtemps dans la vessie. Ces concrétions se forment aussi particulièrement avec une très grande facilité et très rapidement, lorsque les sels phosphatiques , associés, comme nous venons de le dire, à un mucus vicié , rencontrent dans la vessie un calcul déjà formé, quelque gros gravier, par exemple, descendu du rein, et qui n'a pas pu s'échapper par le canal de l'urètre, ou un corps étranger quelconque qui leur sert de noyau autour duquel, par une certaine force d'attraction, ils viennent se déposer.
Lorsqu'on trouve dans la composition de ces calculs un peu de carbonate de chaux, ce qui est rare, il est alors très probable que l'affection inflammatoire de la vessie s'est étendue à la prostate ou au moins à la partie de la muqueuse qui la Tecouvre ; on sait du moins que les calculs prostatiques sont les seuls qui soient composés de carbonate et de phosphate de chaux.
J'ai eu quelquefois l'occasion de recueillir , chez des malades ayant de ces affections de la vessie et de la prostate , du mucus plus ou moins chargé de matières salines blanchâtres, qui se dépose au fond du vase, comme une sorte de lait de chaux ; je viens d'en faire analyser par M. Chevallier, provenant de cinq malades différents , et ces dépôts se sont toujours trouvés composés de mucus avec des phosphates seulement , ou bien avec des phosphates et un peu de carbonate de chaux.
On connaît , comme je viens de le rappeler , la tendance qu'ont les sels que contient l'urine ou le
mucus fourni par la vessie , à se déposer autour des noyaux qu'ils rencontrent dans la vessie , soit un calcul , un bout de sonde ou tout autre corps étranger ; si donc l'urine alcalisée contenait des phosphates et du carbonate de chaux, et, en admettant que ces sels puissent y exister, s'ils pouvaient se déposer, comme le craint M. Pelouze, on devrait toujours en trouver à la surface des calculs composés d'acide urique , lorsque les malades affectés de cette espèce de calcul font usage d'eau de Yichy ; or, j'ai fait analyser par divers chimistes un grand nombre de débris ou de noyaux de calculs de cette espèce, rendus sous l'influence des eaux de Vichy, et présentant des traces non équivoques de l'action de ces eaux, et jamais jusqu'à présent on n'a rien trouvé de semblable. On voit bien alors à leur surface une petite couche blanche, une sorte d'efflorescence, mais elle a toujours été trouvée uniquement composée d'urate de soude, c'est-à-dire d'une combinaison qui se fait entre l'acide urique qui forme la couche la plus extérieure du calcul , et la soude que l'urine contient , dans ce cas, à l'état de souscarbonate; car, comme je l'ai déjà dit, d'après le mode d'action que les eaux de Vichy exercent sur ces calculs, c'est moins par la dissolution de l'acide urique qu'ils se détruisent , qu'en passant d'abord , par couches successives, à l'état d'urate de soude. A cet état d'urate de soude, la substance calculeuse est déjà plus soluble qu'à celui d'acide urique, et si l'on ajoute à l'action dissolvante qui s'exerce alors plus activement, celle que les alcalis produisent sur la matière animale qui sert de lien à toutes les couches, à toutes les parcelles qui composent le calcul,
256 GRAYELLE ET CALCULS URINÂIRES.
on comprendra l'opéralion qui a lieu dans ce cas, et qui a en même temps pour résultat, de dissoudre ces calculs, et de les désagréger, en en détachant successivement des parcelles ou en les fragmentant en éclats ou débris plus gros.
Ce n'est donc que lorsque l'urine n'est pas alcalisée que des sels phosphatiques provenant de cette source, car elle en contient alors, peuvent former des calculs ou se déposer par couches sur des calculs déjà formés ; toutes les fois, au contraire, que les malades font usage d'eau de Vichy , et que l'urine est sécrétée alcaline, non seulement elle ne dépose ni phosphate ni carbonate de chaux, et, par conséquent, elle ne peut pas fournir d'éléments aux calculs de cette nature, mais elle exerce sur ces calculs une action qui tend à les désagréger, et conséquemment à les détruire.
Il y a plus même , c'est que toutes les fois que l'urine est alcalisée , elle devient un obstacle à ce qu'il se forme aucune espèce de calcul, parce qu'il ne suffit pas que l'urine contienne des sels susceptibles de former des concrétions dans la vessie, il faut encore, pour que ces sels se concrètent, qu'ils trouvent dans la vessie une substance propre à les réunir, à leur servir de lien ; or, l'urine, lorsqu'elle est alcalisée, a précisément acquis, par là, une propriété qui enlève au mucus la qualité plastique qu'il avait auparavant , et sans laquelle il ne peut servir à former le lien nécessaire à l'adhésion de ces éléments. Si donc, dans ce cas, des sels se précipitaient, ils seraient entraînés par l'urine et ne pourraient pas former de pierres dans la vessie.
Une autre preuve à l'appui de ce que je viens de
dire, c'est que, lorsqu'il arrive, comme on en voit quelquefois des exemples, que des calculs se fragmentant naturellement dans la vessie , sans que les malades aient fait usage de boissons alcalines , c'est précisément lorsque la vessie est malade, qu'elle ne se vide pas ou qu'elle ne se vide qu'incomplètement, que l'urine s'est altérée par un séjour trop prolongé dans cet organe , et qu'elle a pris le caractère ammoniacal. C'est précisément parce que les calculs se trouvent alors baignés dans un liquide alcalin que le mucus qu'ils contiennent se trouve attaqué , en partie dissous et en partie gonflé, boursouflé, exactement comme lorsque les malades font usage d'eau de Yichy , et qu'ils se fendillent et se divisent en fragments plus ou moins nombreux.
J'allongerais beaucoup trop ce chapitre, et fort inutilement, si je voulais reproduire toutes les objections que j'ai été obligé de réfuter dans la longue polémique que j'ai eu à soutenir contre quelques chirurgiens lithotriteurs, et notamment contre MM. Leroyd'Étiolles et Civiale (1) ; je crois d'ailleurs avoir répondu ici assez péremptoirement à toutes les objections principales , essentielles , qui m'ont été faites et en avoir dit assez, en suivant les différentes phases des discussions que cette question de la dissolution des calculs urinaires a soulevées, pour ne laisser aucun doute dans l'esprit de ceux qui voudront l'étudier sérieusement , sur la possibilité de
(1) Voir siu-loiit le Mémoire que j'ai publié en 1838 , et ma Réponse à quelques allégaiions contre la dissolution des calculs urinaires , imprimée à la siiile du Rapport de M. Pâtissier sur l'emploi des eaux de Vichy dans le traitement de la goutte , publié en I8/1O (ouvrages cités).
cette dissolution. Il en est cependant quelques unes qui m'ont paru si extraordinaires que je ne puis résister au désir de les reproduire, ne serait-ce que pour montrer jusqu'où peut se laisser aller l'imagination d'un homme à bout d'arguments.
En cherchant à expliquer comment se détruisent les calculs d'acide urique , lorsqu'ils se trouvent baignés dans de l'urine rendue alcaline , au moyen des eaux de Vichy, j'avais dit qu'avant de se dissoudre, les couches dont ils se composent passaient successivement, en se combinant avec la soude qui se trouve alors dans l'urine, à l'état d'urate alcalin, d'où il résultait une couche blanche, très douce au toucher; mais M. Civiale ne voulut pas accepter cette explication, il ne put pas comprendre que la couleur blanche dont je viens de parler pût tenir à une action exercée par les eaux sur la croûte extérieure de ces calculs ; « car, me répondit-il, on ne conçoit pas comment une masse brune ou rouge d'acide urique produirait un urate de potasse ou de soude blanc: que deviendrait, ajouta-t-il, la matière colorante, au milieu d'une substitution qui ne pourrait se faire que molécule à molécule? »
On comprend qu'un pareil argument ne méritait pas une réponse sérieuse ; aussi me suis-je borné à demander au célèbre lithotriteur , à ce membre de l'Académie de médecine, auquel l'Académie des sciences, ce premier corps savant du monde, a aussi accordé le titre d'associé libre , à ce savant , enfin , qui ne comprenait pas comment une masse rouge d'acide urique pouvait produire un urate de soude blanc, s'il ignorait qu'avec de l'huile jaune on fait tous les jours du savon blanc ; que l'encre et l'alcali donnent du jaune p et que, dans mille et mille combinaisons
chimiques, le composé n'a pas la couleur des composants.
Le même académicien n'a-t-il pas voulu expliquer aussi les fragmentations spontanées, qui s'opèrent quelquefois dans la vessie, par Vaction que les contractions de cet organe exercent sur les calculs.
On conviendra que c'est nous donner là une interprétation tant soit peu impertinente, car il faut que M. Civiale ait compté trouver, chez ses lecteurs, une foi bien robuste , pour s'imaginer qu'il parviendrait à leur faire croire à un pareil tour de force de la part de la vessie. Je ne sais rien de comparable à cette interprétation, si ce n'est toutefois l'histoire phénoménale qu'il nous avait déjà donnée, et que M. Leroy- d'ÉtioUes lui a si souvent rappelée, de deux haricots, l'un qu'il a trouvé au centre d'une pierre vésicale, portant un germe frais et comme en pleine germination (1) ; l'autre qu'il suppose avoir pu passer de l'estomac dans la vessie en suivant le torrent de la circulation (2).
M. Civiale ne nous dit pas tous les ravages que le torrent en question a du produire chez son malade, et cependant combien ce malheureux n'a-t-il pas dû être raviné pour qu'un haricot ait pu être entraîné, par le torrent de sa circulation, depuis l'estomac jusque dans la vessie !
C'est là une histoire intéressante que nous donnera sans doute un jour cet académicien. En attendant, revenons à la question qui nous occupe. Conduit d'abord par la théorie, j'ai été ensuite
(1) Rapport de M, Percy à l'Académie des sciences , iS2li , p. 29.
(2) Nouvelles considérations sur les rétentions , par Civiale , p. 115, 1825.
promptement convaincLi , parles faits que j'ai été à même d'observer, de l'action que les alcalis, pris en boisson ou absorbés par la peau, exercent sur les calculs renfermés dans les voies urinai res ; l'explication que j'ai donnée de cette action reposait à la fois sur la théorie que je m'étais faite , et sur les faits pratiques que j'avais recueillis, lorsque les expériences chimiques que j'ai rapportées et dont on ne peut contester la rigoureuse exactitude , sont venues confirmer de la manière la plus complète la théorie que j'avais donnée et expliquer les résultats pratiques que j'avais obtenus. Mais, si j'ai tenu à démontrer la possibilité de détruire, soit par dissolution, soit par désagrégation, des calculs renfermés dans la vessie, je ne veux pas laisser penser que je me suis fait illusion jusqu'au point de croire que l'on peut réussir, dans tous les cas , à détruire ces calculs, à se passer toujours de l'opération ; je sais parfaitement qu'il en est quelques uns, ceux, par exemple, d'oxalate de chaux et même ceux de phosphate de chaux, sur lesquels les alcalis ne peuvent exercer qu'une très faible action , et que , dans ces cas, l'opération est et sera même probablement toujours le seul moyen d'en débarrasser les malades ; je sais même que , dans les cas de calculs d'acide urique et de phosphate ammoniaco-rnagnésien, qui sont ceux sur lesquels les boissons alcalines peuvent exercer le plus d'action , on ne réussira pas toujours, et il y a plusieurs raisons pour cela. Lorsqu'ils sont très volumineux, à moins qu'ils ne soient pas très durs, très compactes, qu'ils ne soient facilement pénétrés par l'urine aîcalisée, de manière à pouvoir exercer une action un peu puissante sur la matière animale qui sert de lien à la substance cal-
GKÂVELLE ET CALCULS IRINÂIRES. 261
culeuse , on trouvera difficilement des malades qui voudront consacrer à ce traitement, sans se décourager et se laisser entraîner par tous les conseils dont ils sont ordinairement assaillis pour les déterminer à se faire opérer, tout le temps qui serait nécessaire pour détruire entièrement, dans ces conditions , un calcul d'un très gros volume. Parmi ces calculs, il en est, et plutôt encore parmi ceux d'acide urique que parmi ceux de phosphate ammoniacomagnésien , qui ont une telle densité , dont la surface extérieure est si compacte et, par conséquent, si peu pénélrable par le liquide alcalin , dont l'action pourtant ne peut s'exercer qu'à la condition d'en pénétrer graduellement toutes les couches , qu'il est facile de comprendre qu'il faudrait un temps extrêmement long pour arriver à un résultat complet ; et puis, il faut le dire, il n'est pas toujours facile d'être parfaitement fixé sur la nature d'un calcul renfermé dans la vessie ; avec quelques raisons de croire que l'on a affaire à un calcul d'acide urique pur ou de phosphate ammoniaco-magnésien pur , ce calcul peut cependant se trouver formé de couches différentes , dont les unes peuvent être faciles à attaquer et à détruire , tandis que les autres peuvent être de nature k résister ; c'est ce qui arriverait s'il se trouvait constitué, par exemple, comme l'était un de ceux qui ont servi à mes expériences , celui indiqué au tableau sous le n° 8 , et qui avait , au centre , un noyau d'acide urique ; autour de ce noyau, une couche concentrique, très épaisse, d'oxalate de chaux pur; autour de cette couche, une autre, moins épaisse, d'acide urique et enlin une écorce de phosphate de chaux, d'un peu de phosphate ammoniaco-magnésien et d'oxalate de chaux.
La siisceplibilité de certains maladefî , la difliculté pour eux de supporter assez longtemps la quantité d'eau minérale nécessaire pour entretenir l'alcalisation de l'urine, et à un degré suffisant pour agir sur les calculs, est aussi quelquefois un obstacle au traitement. Ces cas de difficile tolérance des boissons alcalines sont extrêmement rares , mais enfin on en rencontre quelquefois, et j'ai même rencontré quelques malades qui n'ont jamais pu supporter ces boissons , à quelque dose que ce fût, un, entre autres, chez lequel l'eau naturelle de Yichy elle-même , qui n'est cependant pas ordinairement purgative , agissait comme un purgatif si énergique, réduite même à la dose d'un demi-verre par jour, qu'il fallut renoncer entièrement à son usage ; mais ce sont là, je le répète , de ces cas exceptionnels d'intolérance excessivement rares , comme on en rencontre d'ailleurs dans l'application de tous les remèdes.
Une autre condition dans laquelle il est difficile , et souvent impossible d'entretenir l'alcalisation, condition que j'ai déjà signalée, et notamment dans un mémoire que j'ai publié en 1843 (1), c'est lorsqu'il existe ou que, par une cause quelconque, il se manifeste pendant le cours du traitement une certaine surexcitation, de la fièvre ou quelque inflammation aiguë.
Quoiqu'il en soit, et à part ces cas exceptionnels, dont les conditions peuvent d'ailleurs changer par un traitement préliminaire ,^et qui ne présentent pas toujours, par conséquent, des empêchements absolus, j'ai la conviction, par tout ce que j'ai vu et parfaitement observé, que toutes les fois que l'on a
(1) Des eaux minérales alcalines de Vichy.
à combattre des calculs d'acide iiriqiie ou de phosphate ammoniaco- magnésien, qui sont les plus communs, il y a possibilité d'arriver, avec de la persévérance dans le traitement, à en débarrasser entièrement les malades, môme lorsque ces calculs sont volumineux, s'ils n'ont pas une cohésion par trop grande, et , à plus forte raison, s'ils sont d'un petit volume. Bien que je regrette les débris de calculs que j'avais recueillis provenant de malades en traitement, et que j'ai remis à M. Pelouze avant qu'il ne fît son rapport à l'Académie , puisqu'il ne les a pas examinés avec assez d'attention pour y voir tout ce qu'ils présentaient de remarquable , sous le rapport de l'action que les eauxde Vichy avaient exercée sur eux, il m'en reste encore assez pour pouvoir démontrer cette action aux plus incrédules. Et, dans tous les cas, comme ce traitement , sagement dirigé, ne peut avoir aucun inconvénient, qu'il ne peut, au contraire, qu'améliorer l'état de la vessie, qui est souvent malade dans ce cas, et, par conséquent, mieux disposer les malades pour une opération, si elle est enfin jugée nécessaire, quelle raison peut-il y avoir pour ne pas en faire au moins l'essai? Si l'on ne réussissait pas toujours à détruire la pierre, ne pourrait-on pas quelquefois , comme j'en ai des exemples, améliorer assez l'état du malade, faire assez complètement cesser tous les symptômes douloureux de la pierre, pour éviter, surtout s'il était déjà d'un certain âge ou d'une santé plus ou moins altérée, les chances d'une opération? Je rappellerai, à cette occasion, que M. d'Arcet, qui était bon juge de l'action des eaux de Vichy, répétait souvent : Si j'avais la pierre, j'irais à Vichv.
264 GRAYELLE ET CALCULS URINAIUES.
Je parlerai à peine du traitement de la gravelle, surtout de celle d'acide urique, car on n'a pas osé contester l'efficacité des eaux de Vichy;, et en général des boissons alcalines, contre cette affection, ce premier degré de l'affection calculeuse ; toutle monde sait que les boissons alcalines sont le moyen le plus rationnel et le meilleur qu'on puisse lui opposer, à l'action duquel elle ne résiste pas , et qui doit être employé, non seulement pour faire disparaître les graviers, lorsque les malades en rendent, ou lorsqu'ils provoquent des coliques néphrétiques , mais ensuite comme moyen préservatif de son retour, et aussi, par conséquent, du retour delà pierre, lorsqu'on en a débarrassé la vessie.
Je dirai seulement ici que, bien que les calculs d'oxalates de chaux, non seulement à cause de l'insolubilité de ce sel dans les alcalis , mais même par la dureté ordinaire de leur cohésion, résistent à l'action des boissons alcalines, ou n'offrent que très peu de chances de désagrégation, cependant je crois avoir acquis la conviction par les quelques cas que j'ai eu l'occasion d'observer, que la gravelle de cette nature cède facilement à l'action des eaux de Vichy, c'est-à-dire que, les graviers formés étant expulsés, l'usage des eaux m'a paru, dans ce cas, en arrêter la formation et en empêcher le retour, tout aussi bien et aussi sûrement que dans le cas de gravelle d'acide urique.
Quant aux calculs de cysiine ou oxyde cysLique , je n'ai aucune idée arrêtée sur l'action que les boissons alcalines peuvent exercer, soit pour en empêcher la formation, soit pour les détruire dans la vessie. Je n'en ai observé, comme je l'ai dit, qu'un seul cas; les trois fragments que le malade a rendus
GKAVELLE ET CALCULS URIINÂIRES. 265
successivement pendant qu'il faisait usage des eaux, la première année qu'il est venu à Yichy, feraient supposer, si l'on pouvait en juger par un seul fait, que ces calculs peuvent être désagrégés. Je dois pourtant ajouter que, sauf les côtés de ces fragments par lesquels il était évident qu'ils avaient été réunis dans la vessie, il n'y avait sur aucun point du reste de leur surface de traces auxquelles on pût reconnaître, comme sur d'autres calculs, une action destructive exercée par les eaux. Peut-être faudraitil, pour attaquer les calculs de cystine, qu'ils fussent plongés dans un liquide alcalin plus concentré que ne peut le devenir l'urine des malades soumis à l'usage des boissons alcalines.
Quant aux moyens préservatifs de cette espèce de calculs, comme l'analyse chimique fait voir qu'ils contiennent une grande proportion d'azote, 34parties sur 100, d'après M. Lassaigne, on doit croire que le régime végétal convient dans cette affection. Déjà M. Magendie a employé ce régime avec succès sur un malade qui rendait des graviers de cette espèce. Le sujet de l'observation était un jeme étudiant en médecine. Ce savant physiologiste, considérant que l'oxyde cystique est soluble à la fois dans les acides et dans les alcalis, pensa qu'en rendant l'urine alcaline, au moyen d'un bi-carbonate alcalin il parviendrait à dissoudre la gravelle dont ce jeune homme était affecté , ou au moins à en empêcher la reproduction, et il lui conseilla ce moyen conjointement avec le régime végétal. Le malade entretint son urine alcaline pendant trois mois, et il s'en trouva parfaitement.
Voici maintenant quelques faits pratiques de dissolution ou de désagrégation de calculs d'acide uri-
que ou phosphatiques, plus ou moins volumineux. Ces faits seraient plus probants, plus concluants , je le sais, si les malades avaient pu toujours être sondés avant et après le traitement, afin de pouvoir bien constater la présence de la pierre dans la vessie et ensuite les résultats obtenus ; cela peut se faire et se fait dans un hôpital , parce que les malades sont obligés de s'y soumettre à tout ce que le chirurgien, chargé du service, juge nécessaire de faire, soit pour arriver à leur guérison, soit pour constater ensuite que cette guérison est effectivement obtenue et bien complète ; mais il n'en est pas de même avec des malades libres. Quand ils comprennent l'importance qu'il y a à s'assurer , avant le traitement , s'ils ont effectivement ou s'ils n'ont pas la pierre , ils consentent bien quelquefois à se laisser sonder ; mais quand ils vont mieux, et surtout s'ils ne souffrent plus , il est ordinairement très difficile de les décider à se laisser introduire une sonde dans la vessie, et j'avoue que, dans ma pensée, lintroduction d'une sonde n'étant pas toujours une chose tout à fait innocente , comme le savent tous ceux qui , dans ce cas, ont exploré beaucoup de malades, je n'insiste pas toujours. Je donne donc ces faits pour ce qu'ils sont, tels que je les ai recueillis ou qu'ils m'ont été communiqués, et je laisse à chacun le soin de les apprécier suivant sa raison et son jugement.
Parmi les observations de guérisons que l'on doit au fameux remède de mademoiselle Slephens, qui n'était autre chose, comme on sait, qu'un remède alcalin, il en est surtout une qui me paraît digne d'être citée, tant à cause du soin avec lequel elle a été recueillie , que parce que l'auteur , qui est en même temps le sujet de l'observation , a pris toutes
les précaiilions possibles pour que son authenticité ne puisse pas être contestée. Elle est de Jacques Kirkpatrick , docteur en théologie et en médecine, qui rapporte l'état de souffrance dans lequel il était lorsqu'il entendit parler du remède en question, et l'effet de ce remède , observé jour par jour , depuis qu'il en eut commencé l'usage, jusqu'à sa parfaite guérison. Il résulte de cette observation qu'il rendit par l'urètre mille trente-six écailles de pierres , provenant probablement de cinq pierres qui s'étaient désagrégées dans la vessie, et dont les noyaux furent évacués à différents intervalles. Outre ces écailles, l'urine charriait très souvent une grande quantité de sable ou d'une matière épaisse et blanchâtre qui se déposait au fond du vase, et qui se durcissait par l'évaporation en une substance pierreuse; ce qui fait croire avec raison que ce sédiment n'était autre chose que la substance de la pierre plus désagrégée que les écailles dont nous avons rapporté Fénumération. Kirkpatrick, pour mieux prouver la vérité des faits rapportés dans cette observation, crut devoir la faire suivre de l'attestation de neuf membres du Parlement , d'un pareil nombre de théologiens , de huit médecins et de onze bourgeois (1).
Nathanaël Hulme , membre du collège royal de médecine de Londres, et médecin de la maison des Chartreux, rapporte l'observation d'un vieillard de soixante-treize ans, qu'il avait guéri de la pierre par l'usage intérieur du sous-carbonate de potasse. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ce médecin croyait, comme nous allons le voir, que, dans ce cas , l'acide carbonique était le seul dissolvant. Le
(1) Journal des savants , nii'à.
malade en question souffrait tellement et avait essayé tant de remèdes sans succès, qu'il désirait l'opération , la regardant comme sa dernière ressource. « M'étant rappelé, dit Hulme, la faculté dont jouit l'air fixe [acide carbonique) de dissoudre la pierre, je me déterminai à éprouver ce que produirait dans le corps humain un remède imprégné de cet air fixe : pour cet effet, le malade prit, quatre fois par jour, quinze grains de sel alcali fixe de tartre [souscarbonate de potasse), dissous dans trois onces d'eau ordinaire. Peu de jours après, je fus heureusement surpris d'apercevoir dans l'urine du malade plusieurs fragments de calculs et un corps muqueux blanchâtre semblable à une eau saturée de craie. Les faisceaux pierreux qui hérissaient cette matière blanchâtre, annonçaient assez son origine, et la faisaient reconnaître pour un calcul réduit à un état de ramollissement et de division. De jour en jour , le malade rendait une plus grande quantité de pierres et de corps crétacés ; de sorte que le calcul dont il était tourmenté semblait s'être dissous et avoir entièrement coulé avec les urines. Ce malade rendit ainsi, dans l'espace d'un mois, une quantité considérable de fragments pierreux de toute grandeur. Les uns n'avaient que l'épaisseur d'une lame très mince, d'autres formaient un volume plus considérable ; ce qu'ils avaient de commun était un côté convexe et lisse , et le côté opposé concave et raboteux; d'où il est aisé de conclure qu'ils étaient les débris d'une grosse pierre. Au bout d'environ un mois de ce traitement, le malade était radicalement guéri (1). »
(1) Obsercalions sur la physique, sur Vhistoire naturelle el sur Icsarls, t. X, p. 16, 1777.
M. Robiquet, ayant appris de M. d'Arcet que l'usage des eaux de Vichy rend l'urine alcaline , d'acide qu'elle était auparavant , ce qu'il attribuait à la grande quantité de bi-carbonate de soude qu'elles contiennent, conçut l'espérance de pouvoir dissoudre les calculs d'acide urique par la solution aqueuse de ce sel. Le docteur Favrot, auquel il parla de cette idée , lui fournit bientôt l'occasion d'en faire l'épreuve sur un ancien négociant. Cet homme, âgé de soixante-quatorze ans , portait depuis plusieurs mois un calcul vésical, dont la présence, constatée par M. Marjolin , causait des douleurs tellement vives , qu'il était décidé à se soumettre à l'opération de la taille. M. Robiquet lui persuada d'essayer auparavant l'usage du bi-carbonate de soude, et, de concert avec le docteur Favrot, il lui prescrivit de boire chaque malin deux litres de solution de bi-carbonate de soude , à 5 grammes par litre. Au bout de peu de jours, le malade éprouva un mieux très sensible ; les urines , devenues plus abondantes, déterminaient moins d'irritation à la vessie, et leur émission était rarement précédée de douleurs. Au bout d'un mois, se regardant comme complètement guéri, il voulut tout abandonner, et ce ne fut qu'avec assez de peine que M. Robiquet put le décider à continuer de boire au moins un litre de solution par jour (1). Trois mois après le commen-
(1) Celte observation de M. Robiquet me fournit l'occasion de faire remarquer que tous les malades éprouvent , dans ce cas , un soulagement extrêmement prompt, el que, si on n'en était prévenu, on pourrait les croire guéris , tandis que leurs calculs commencent seulement à être attaqués. Cela provient de ce qu'il se forme à la surface du calcul , par l'action du bi-carbonate de soude sur l'acide
cément de son traitenient , le malade ressentit des douleurs assez vives dans l'urètre ; il en sortit un peu de sang, et il rendit, en urinant, un petit calcul de la forme et de la grosseur d'une lentille. M. Robiquet reconnut que ce calcul était entièrement formé d'acide urique; les couches successives et toujours croissantes , qu'on distinguait bien nettement depuis le point le plus culminant jusque vers les bords, annonçaient que c'était le noyau d'une pierre plus volumineuse qui avait été usée et dissoute. M. Marjolin ne voulut pas sonder le malade après ce traitement, pour constater que la vessie était entièrement débarrassée, observant qu'il devenait inutile de le tourmenter, puisqu'il ne souffrait plus ; il lui dit qu'il n'avait rien de mieux à faire que de continuer, pendant quelque temps encore, le traitement auquel on l'avait soumis (1). A l'occasion de cette observation de M. Robiquet, M. Boullay cita, à l'Académie de médecine, celle d'un individu calculeux qui avait éprouvé un grand soulagement par l'emploi exclusif d'eau alcaline gazeuse ; et le docteur Bourdois dit avoir guéri , par l'eau de chaux seule , une dame qui souffrait de la gravelle depuis trente ans.
Un nouveau fait de dissolution d'un calcul urinaire par le bi-carbonate de soude, est rapporté par M. Loiseau, pharmacien (2). Il dit avoir obtenu un
urique, un urate alcalin qui est un sel soyeux, très doux au loucher, assez comparable , sous ce rapport, à de la craie de Brianron ; d'où il résulte que la vessie est beaucoup moins irritée et que les doiileurs du malade deviennent très supportables.
(1) Séance de l'Académie de médecine du 31 janvier 1826; et Journal de pharmacie , mars 183G , p. 12ii.
(2) Journal de chimie médicale. Paris, 1826, p. 593.
succès complet sur une jeune fille de vingt-cinq ans, quij sondée par plusieurs de nos habiles chirurgiens, et l'existence de la pierre bien reconnue, fit usage de la solution de bi-carbonate de soude pendant trois mois et demi. Après ce traitement, elle fut entièrement débarrassée d'un calcul qui obstruait parfois l'urètre.
Voici quelques uns des faits que j'ai recueillis moi-même à Vichy.
— M. de M... , ancien magistrat, âgé de cinquante-deux ans, demeurant à Buzançois , département de l'Indre, s'aperçut pour la première fois, en 1826, qu'il rendait des graviers qui parurent être d'acide urique. Quelque temps après, il éprouva tous les symptômes de la pierre. Enfin, en 1829, il fut obligé de se soumettre à la lithotritie, qui lui fut pratiquée par M. le docteur Civiale. Cinq à six calculs furent broyés, et l'opération fut suivie, m'a-t-il dit, de divers accidents graves qui mirent sa vie en danger. 11 se rétablit cependant, et jouit pendant quelque temps d'une bonne santé. La gravelle ayant reparu plus tard, il se trouva bien de l'usage qui lui fut conseillé par M. le docteur Bretonneau, du bicarbonate de soude. Néanmoins, rendant encore quelques graviers au commencement de 1835, et sentant surtout depuis quelque temps la présence d'un corps étranger dans la vessie, qui occasionnait quelques douleurs et qui venait souvent opposer un obstacle momentané à la sortie de l'urine, il se décida à venir à Yichy, où il arriva le 30 mai.
Il commença par boire à la fontaine de l'Hôpital, et fit ensuite usage de celle des Célestins. Cinq à six verres et un bain par jour suffirent pour donner à
272 GRAVELLE ET CALCDLS IIKUNAIRES.
l'urine un degré d'alcalinité convenable, et dès le 8 juin, c'est-à-dire, après dix jours seulement de traitement, il rendit trois débris ou noyaux de pierre très petits, mais qui, à en juger par les différentes couches qu'on aperçoit très distinctement sur les faces qu'ils présentent, avaient évidemment appartenu à des calculs plus volumineux. A dater de ce moment, M. de M... non seulement ne rendit plus de graviers, mais encore n'éprouva plus aucune sensation qui pût lui faire craindre de n'être pas entièrement débarrassé. Cependant je crus devoir lui faire continuer encore son traitement jusqu'au 26 du même mois.
Depuis cette époque, M. de M... a vu quelquefois reparaître quelques graviers , mais toujours il les a combattus avec succès à l'aide du régime et du bicarbonate de soude, et il ne s'est pas formé de nouveaux calculs.
— M. H. de L... , âgé de cinquante et un ans , demeurant à Meaux (Seine-et-Marne), souffrait de la vessie depuis déjà deux ans , lorsqu'il vint me consulter à Paris, le 9 mai 1836, pour savoir si les eaux de Yichy pouvaient lui être utiles. Les questions que je lui adressai me donnèrent bientôt la presque certitude qu'il avait une pierre dans la vessie. Dans cette supposition, et le calcul me paraissant devoir être formé d'acide urique, je lui dis que j'avais la conviction qu'il pourrait guérir à Vichy , et , par conséquent, éviter l'opération; mais j'ajoutai qu'avant de s'y rendre, je désirais qu'il se fît sonder par un autre que par moi , par un chirurgien capable et bien connu, afm que, s'il avait, comme je le supposais, un calcul dans la vessie, sa présence pût être
constatée d'une manière bien authentique. Il me promit de le faire.
Quelque temps après, étant alors à Vichy, je reçus une lettre de M. de L. . . qui m'apprenait que, d'après le conseil que je lui avais donné, il avait consulté un des praticiens les plus distingués de la capitale, mais que, ne pouvant pas, dans le moment, le sonder lui-même, il l'avait adressé à M. Leroy-d'Étiolles, en lui disant qu'il ne croyait pas que les eaux de Vichy eussent assez de puissance pour détruire un calcul ; qu'elles seraient excellentes s'il n'avait que la gravelle, mais que, s'il avait la pierre, il fallait préalablement la faire broyer et aller ensuite à Vichy.
M. Leroy-d'Étiolles sonda le malade, et il reconnut la présence d'un calcul qu'il crut être adhérent près du col de la vessie. Du reste, il dit que ce calcul lui paraissait peu volumineux, facile à déplacer et à broyer; mais, quant aux eaux de Vichy, il pensa également qu'elles seraient insuffisantes, et qu'il n'y avait, dans ce cas, d'autre ressource que l'opération. « Je revins à Meaux le même jour, m'écrivait M. de L..., ces messieurs m'ayant dit qu'il n'y avait aucun inconvénient, bien résolu de vous demander votre avis, monsieur, avant d'avoir recours à la lithotritie. Je ne fus pas mal le lendemain ; mais le surlendemain, les douleurs que j'éprouvais, par suite de l'exploration , devinrent beaucoup plus intenses, et furent accompagnées d'accès de fièvre qui ont duré pendant quatre jours , et m'ont laissé d'une faiblesse extrême. Me trouvant aujourd'hui beaucoup mieux, j'en profite bien vite pour vous prier, monsieur, de me dire ce que vous pensez de ma position.
Croyez-vous qu'il me suffira d'aller à Vichy? ou faut-il me faire opérer auparavant? »
J'étais tellement convaincu de l'efficacité des eaux dans un cas semblable, que je n'hésitai pas à l'engager de nouveau , et avec plus d'instance encore, à venir à Vichy, lui faisant remarquer que, puisqu'une'simple exploration de la vessie lui avait donné la fièvre, on devait naturellement craindre que l'opération ne déterminât des accidents plus graves.
M. deL... prit, en effet, cette résolution. Il fit le voyage de Meaux à Vichy dans une voiture très douce et à petites journées; car depuis qu'il avait été sondé , il souffrait beaucoup plus qu'auparavant. La marche était plus pénible ; ses douleurs lui semblaient surtout beaucoup plus vives, lorsqu'il éprouvait les secousses d'une voiture , et il arrivait alors souvent qu'il rendait une urine sanguinolente. Il paraît aussi que le calcul était réellement adhérent, ainsi qu'avait cru le reconnaître M. Leroy-d'ÉtioUes, et qu'en explorant la vessie, il l'avait, sinon complètement, au moins en partie déplacé, car, depuis ce moment, il arrivait fréquemment, lorsque le malade urinait, qu'il venait s'appliquer devant le col de la vessie , et interrompait alors momentanément le jet d'urine.
Arrivé le 19 juin à Vichy, M. de L... prit dès le lendemain un bain d'eau minérale et but 7 à 8 verres à la fontaine des Célestins. Comme il parut supporter très bien celte eau, le jour suivant il en but jusqu'à l5 verres. Son urine, qui était très acide auparavant, devint alors fortement et constamment alcaline. Enfin, au bout de très peu de jours, n'en
GRAVELtE ET CALCULS URINAIRES. ^75
éprouvant pas la plus légère incommodité , il but régulièrement de 22 à 24 verres d'eau par jour, indépendamment d'un bain qu'il prenait aussi chaque matin. Bientôt il s'aperçut qu'il souffrait de moins en moins. Le 30, il me disait qu'il ne ressentait plus aucune douleur en marchant, qu'en voiture même elles étaient extrêmement faibles , et qu'il ne s'apercevait plus guère de la présence de la pierre que parce qu'elle venait de temps en temps intercepter le jet d'urine. Enfin, le 7 juillet, après dix-sept jours seulement de l'usage des eaux, M. de L... vint m'annoncer, avec une grande satisfaction, qu'il venait de rendre le noyau de sa pierre. Étant au bain, il lui prit une envie d'uriner qu'il ne put satisfaire : le canal était obstrué et il y éprouvait de vives douleurs. Cependant, après quelques efforts,^ il finit par expulser ce noyau qu'il s'empressa de m'apporter. Pour m'assurer s'il ne restait plus rien dans la vessie, je lui conseillai de faire le lendemain une longue course à âne, et il fit en effet cinq à six lieues presque toujours au trot ou au galop. Cette course ne lui causa pas la moindre douleur. A dater de ce moment aussi, l'expulsion de l'urine devint parfaitement libre. Enfin il me parut si bien guéri que, le IZt juillet, je lui permis de partir.
Depuis cette époque, M. de L... boit de temps en en temps , soit un peu d'eau de Yichy naturelle , soit de l'eau ordinaire dans laquelle il met dissoudre une certaine quantité de bi-carbonate de soude, et sa santé est restée parfaite.
Le noyau qu'il rendit, et que j'ai fait dessiner dans le mémoire que j'ai publié en 1837 (1), me
(1) Ouvrage cilé, pi. 1'% flg. 2 et 2 bis.
276 GRAVELLE ET CALCULS l'RINAIUES.
parut offrir la preuve la plus irrécusable que l'on puisse donner de l'action des eaux de Vichy. En effet, comme le calcul conservait encore quelques points d'adhérence avec la vessie , ce que l'aspect du noyau paraissait du moins faire croire , il en est résulté qu'il a été beaucoup plus attaqué d'un côté que de l'autre, et que, par conséquent, les couches dont il se composait ont été mises à nu, si bien qu'on peut facilement les compter sur le noyau rendu. Ce qui prouve encore d'une manière incontestable l'action de l'eau, c'est que , précisément du côté où la dissolution est le plus avancée, on remarque trois petits points saillants qui montrent que là le calcul a résisté davantage à la dissolution.
Je fis voir ce noyau li M. Leroy-d'Étiolles qui, en en examinant avec moi les couches entamées et mises à nu, ne put s'empêcher de reconnaître là une action exercée par les eaux dont le malade avait fait usage.
— M. F... de F..., âgé de soixante-quatre ans, d'un embonpoint considérable , demeurant à Moulins (département de l'Allier), éprouva pour la première fois des coliques néphrétiques au mois de juin 1826 : elles durèrent quinze jours, et il finit par rendre deux graviers d'acide urique, qui avaient chacun la grosseur d'un grain dechènevis. Au mois de mai 1831, nouvelles coliques qui durèrent pendant un mois et nouvelle expulsion de deux graviers semblables aux deux premiers. Il rendit encore un petit gravier au mois de décembre 1832, après avoir souffert, cette fois, pendant une nuit seulement; mais à dater du mois d'août 1834, il commença à ressentir des douleurs à la vessie. Souvent, depuis, il n'Udil encore do petits graviers, et il en facilitait
autant que possible la sortie au moyen de boissons diurétiques , mais sans que les douleurs qu'il ressentait à la vessie en fussent diminuées : elles étaient même si vives par moments qu'il ne pouvait presque plus alors se livrer à l'exercice de la marche. Depuis quelque temps aussi , il se plaignait fréquemment d'éprouver de la chaleur , de la douleur même le long de la verge et particulièrement à l'extrémité. Cet état de souffrance ne le quitta plus et ne fit, au contraire, que s'accroître jusqu'au milieu de l'été de 1836, époque où il prit la détermination de se rendre à Vichy.
Il arriva le 9 juillet, et il vint me voir aussitôt. Il avait tellement souffert des secousses de la voiture, pour venir de Moulins, que son urine en était devenue sanguinolente. J'aurais voulu le sonder, afin de m'assurer s'il existait, comme cela me paraissait probable, un calcul dans la vessie, et quel pouvait être à peu près son volume; mais il me futimpossible de l'y décider, tant cette opération lui inspirait de crainte. Je fus forcé de consentir à lui faire prendre les eaux , avec la seule probabilité de l'existence de la pierre.
Pendant les premiers jours du traitement, et sans doute à cause des douleurs de la vessie, que le voyage avait beaucoup augmentées, il se développa un gonflement oedémateux aux jambes, aux cuisses et au bas-ventre. Toutes ces parties devinrent tellement tendues, que je conseillai au malade de garder le lit et de cesser tout à fait les bains, mais sans discontinuer l'usage de l'eau en boisson, qu'il était arrivé graduellement à prendre à la dose de 15 à 20 verres par jour. Après quelques jours de repos, le gonfle-
ment œdémateux commença à diminuer et se dissipa bientôt entièrement. Le 22, c'est-à-dire au bout de dix-sept jours de ce traitement, ce malade rendit, après trois heures de souffrances, un calcul de forme anguleuse. Le 24 , un second calcul s'engagea dans le canal , mais il ne put le rendre qu'après avoir vivement souffert pendant neuf heures et demie. Enfm ce même jour , six heures plus tard, mais cette fois sans souffrir, il expulsa un troisième calcuL aussi gros que les autres, mais de forme plus aplatie. Ces trois noyaux ou débris de calculs diffèrent de celui rendu par M. de L..., en ce qu'ils ne sont pas, comme lui , formés de couches concentriques, mais par une sorte d'agglomération de petits graviers étroitement unis. Usés par l'action de l'eau, on dirait qu'ils ont été polis; et la réunion des graviers dont ils se composent, leur donne une apparence marbrée.
Le lendemain, je conseillai au malade démonter dans une voiture très dure , et de faire une longue promenade. 11 fit ainsi cinq à six lieues, sur une route fort mauvaise, sans éprouver le plus léger ressentiment des douleurs dont il se plaignait depuis deux ans.
Ce malade quitta Vichy le 8 août. Depuis , il m'a tlonné plusieurs fois de ses nouvelles; je l'ai même revu à Vichy, m'assurantque depuis qu'il avait rendu les débris de calculs dont je viens de parler, il n'éprouvait plus aucun ressentiment de ses anciennes douleurs.
— M. B..., âgé de quarante ans, demeurant à Liernais, près Saulieu (Côte-d'Or), était extrêmement goutteux et graveleux depuis douze ans, lors-
qu'il vint à Vichy, le 5 juin 1836. — Je ne m'occuperai ici de l'action des eaux sur ce malade que parce que sa vessie renfermait un calcul depuis plusieurs mois, son observation fort intéressante, sous le rapport de la goutte, devant trouver sa place ailleurs. — Il avait eu fréquemment des coliques néphrétiques et il Tendait beaucoup de graviers , dont quelques uns très gros. Sept mois auparavant, à la suite d'une de ces coliques qui fut très violente, il sentit tombeidans sa vessie un gravier qu'il jugea être d'un gros volume,. et qui n'avait pu depuis trouver passage à travers le canal de l'urètre Ce gravier avait sans doute continué à augmenter de grosseur pendant les sept mois qu'il y était resté. Il le sentait parfaitement depuis cette époque , surtout parce qu'il venait souvent se placer devant l'orifice du canal de l'urètre et interrompre le jet d'urine. Mais depuis quelque temps aussi, les secousses du cheval ou de la voiture causaient des douleurs vives dans la vessie, des envies fréquentes d'uriner, des picotements à l'extrémité de la verge ; et l'urine devenait alors quelquefois d'un rouge noirâtre.
Le cinquième jour de l'usage des eaux de Vichy, le 11 juin, à deux heures après-midi, M. B... me fit appeler. Son calcul s'était engagé le matin dans le canal de l'urètre. Il avait pu cheminer, avec beaucoup d'efforts de la part du malade, jusqu'à la fosse naviculaire où il était arrêté, sans pouvoir avancer davantage, et où il formait une tumeur considérable. Le malade souffrait beaucoup, et le canal était si hermétiquement bouché , qu'il ne pouvait passer une goutte d'urine. Je pressai fortement ce corps étranger d'arrière en avant, et alors je pouvais
en apercevoir l'extrémité par le méat urinaire qui me semblait d'une étroitesse extrême relativement au volume du calcul. Enfin, après quelques efforts , l'ouverture du canal finit par se dilater, mais non sans une légère déchirure , et le calcul jaillit à une assez grande distance, suivi d'un très gros jet d'urine. Ce calcul était, à sa sortie, couvert d'une couche blanche, formée d'urate de soude. Il avait la forme et le volume d'une grosse fève, et, bien séché, il pesait 1 gramme et 6 centigrammes. Comme il a été expulsé après un traitement de très peu de jours, il n'offrait pas de traces de dissolution aussi évidentes , aussi profondes que les autres calculs qui ont été l'objet des observations précédentes ; cependant on voyait qu'il commençait à être altéré, ainsi que M. 0. Henry l'a reconnu lui-même , lorsque je le lui ai remis, à l'occasion du rapport à l'Académie de médecine, dont j'ai donné plus haut le résumé; et il est probable qu'il avait perdu de son volume, lorsqu'il s'est engagé dans le canal de l'urètre, que ce n'est même qu'à cette condition qu'il a pu s'y engager. La couche blanche qui le recouvrait à sa sortie en est d'ailleurs une preuve , car elle ne peut être que le résultat d'un commencement de dissolution ou de l'action de l'eau de Vichy sur le calcul, dont la couche extérieure était composée d'acide urique. Ces calculs commencent toujours, en effet, comme je l'ai dit, par se combiner avec la soude que l'urine contient dans ce cas ; et ce n'est qu'ensuite , lorsqu'ils sont à cet état d'urate de soude, qu'ils se dissolvent en même temps qu'ils se désagrègent, si l'urine est suffisamment alcalisée.
• - M. Cham..., âgé de ciuquante-huit ans, de-
GRAVELLK ET CA.LCULS UKINÂIUES. 281
meurani à Melun (Seine-et-Marne), arriva à Vichy, le 15 juillet 1837, avec tous les symptômes de la pierre. Il s'était aperçu, en 1829, pour la première fois, qu'il rendait des graviers de couleur rouge , et ces graviers avaient beaucoup augmenté en nombre et en volume pendant les années suivantes. Mais depuis trois ans surtout , avant de venir à Vichy, tous les symptômes de la pierre s'étaient manifestés chez ce malade , et en même temps une hématurie qui cependant ne paraissait pas être uniquement l'effet de la présence d'un calcul dans la vessie; car, quoique le malade urinât souvent du sang à la suite de la marche ou d'un exercice pris en voiture, l'hémorrhagie se renouvelait en outre, et indépendamment de tout exercice, à peu près périodiquement tous les mois, et il rendait alors non seulement de l'urine sanguinolente, mais encore avec des caillots allongés, me disait-il, comme des sangsues. Outre cette coloration fréquente de l'urine par du sang , on y remarquait aussi habituellement un nuage muqueux qui se déposait au fond du vase.
M. Cham... n'avait pas été sondé, ce que j'ai beaucoup regretté; mais les douleurs qu'il éprouvait depuis si longtemps à la vessie et le long du canal de l'urètre, à la suite de la marche ou des secousses d'une voiture, même très douce, et les interruptions dans le jet d'urine qu'il remarquait de temps en temps, me laissaient peu de doutes sur la présence d'un calcul, et l'on verra par le résultat que je ne m'étais pas trompé.
Je lui fis commencer le traitement par six verres d'eau en boisson et un bain par jour. La quantité d'eau en boisson fut graduellement augmentée jus-
qu'à douze à quinze verres par jour, tant à jeun qu'aux repas. Le 20 juillet, dans une promenade en voiture qu'il fit au château de Randan, à trois lieues de Vichy, il urina un peu de sang rouge et liquide. Le même accident lui arriva encore au commencement d'août, pour avoir été en voiture à Cusset, à une demi-lieue de Vichy. Néanmoins, le traitement était continué avec activité , lorsque , le 12 août , c'est-à-dire , le vingt-huitième jour de l'usage des eaux , étant au bain et voulant uriner , il sentit un corps étranger s'engager dans le canal. C'était le noyau de sa pierre qu'il rendit après quelques efforts et avec d'assez vives douleurs. Ce noyau , d'un gris jaunâtre , de forme aplatie, ovalaire , ressemblait assez bien à une lentille; il était seulement beaucoup plus gros. On apercevait sur un de ses côtés un noyau central d'une couleur rouge plus foncée et d'une texture plus dense que le reste qui présentait un aspect un peu poreux. Enfm , en examinant ce noyau avec un peu d'attention, il était impossible de ne pas reconnaître qu'il avait été soumis à une action dissolvante (1).
Après l'expulsion de ce noyau, tous les symptômes que le malade éprouvait auparavant, disparurent. Immédiatement après , il marcha et supporta la voiture sans souffrir et il urina librement. Le 14 août, il quitta Vichy. Je le revis au mois de mars 1838, et il me dit qu'il continuait à être très content de sa santé, que deux ou trois fois seidement, depuis son retour de Vichy , il s'était aperçu que son urine était légèrement teinte de sang, mais que cela était
(l) D'après l'analyse qui en fut faite par M. Lassaigne, il élail compos(5 d'acide urique combiné à des traces d'ammoniaque.
GRAVELLE Eï CALCULS URINAIRES. 283
toujours arrivé à la suite de contrariétés ou d'une émotion vive, et non par l'effet d'une secousse physique quelconque.
Ainsi, ce malade n'avait pas été sondé, il est vrai, mais il accusait depuis plusieurs années tous les symptômes rationnels de la pierre. 11 a été soumis à l'alcalisation, et le vingt-huitième jour du traitement il a rendu un noyau dont l'aspect annonce évidemment qu'il a appartenu à un calcul plus volumineux. Depuis, tous les symptômes de la pierre ont disparu, et le malade s'est bien porté. Or, maintenant je le demande à tout médecin de bonne foi , ce malade n'avait-il pas une pierre dans la vessie, et n'en a-t-il pas été guéri par l'action des eaux de Vichy?
— M. Chau..., âgé de cinquante-quatre ans, demeurant au Theil , canton du Montet-aux-Moines (Allier), vintà Yichy le 8 août 1837. Depuis longtemps il rendait de petits graviers d'acide urique, et six mois avant son arrivée à Vichy , il avait eu une colique néphrétique très violente dont le point de départ était dans le rein droit. Cette colique avait été suivie d'une autre, trois mois après. A dater de l'époque où il avait eu sa première colique, il commença à éprouver , surtout à cheval et en voiture , des douleurs dans la vessie , des envies fréquentes d'uriner, de la chaleur , de la cuisson le long de la verge , particulièrement à l'extrémité , et il se plaignait aussi d'une sensation de picotement vers le fondement. Le jet d'urine était souvent interrompu. Je sondai ce malade à son arrivée , et l'extrémité de la sonde rencontra de suite un corps dur dont le choc ne pouvait laisser aucun doute sur la présence d'un calcul.
Je prescrivis de suite 8 à 10 verres d'eau et un bain par jour, et la dose d'eau en boisson fut ensuite graduellement augmentée jusqu'à 20 verres environ par jour. Le malade ne tarda pas à se trouver soulagé. Après une vingtaine de jours de traitement, il éprouvait déjà si peu de douleurs, si peu de gêne, même à la suite de fortes secousses, qu'il se croyait guéri. Néanmoins, comme il n'avait senti passer ni noyau ; ni aucun débris de calcul, je doutais qu'il fût entièrement débarrassé, et je l'engageai, par conséquent, à continuer le traitement. Il resta à Vichy jusqu'au 6 septembre, époque où ses affaires l'obligèrent à partir, et déjà il avait senti deux fois comme un corps étranger qui avait voulu s'engager dans le canal de l'urètre au moment où il urinait; mais après quelques douleurs assez vives, ce corps retombait dans la vessie. 11 me promit de continuer chez lui, et avec la même activité qu'à Vichy, l'usage des boissons alcalines, et il le fit avec exactitude. Presque chaque fois qu'il voulait uriner, le noyau de sa pierre s'engageait dans le canal, et y déterminait des douleurs si vives qu'il était obligé de se faire sonder ou de se sonder lui-même, afin de le repousser dans lavessie.Enfin,le23 septembre, le quarante-sixième jour du traitement, environ deux heures après avoir dîné comme à l'ordinaire, il éprouva subitement une douleur vive dans le canal de l'urètre, une sorte de déchirement. Il voulut uriner : deux ou trois gouttes de sang sortirent ; puis , les efforts qu'il fît chassèrent le corps étranger avec une telle force, qu'en s'échappant du canal , il alla frapper contre la muraille.
Ce noyau de calcul, d'un blanc jaunâtre, d'une
forme conique et de la grosseur d'une aveline, offre, sur une grande partie de sa surface, de petites cellules qui paraissent évidemment un effet de traitement. M. Lassaigne, qui en a fait l'analyse, l'a trouvé composé d'acide urique combiné à des traces d'ammoniaque et à une petite quantité de soude à sa surface.
M. Chau... fut de suite très sensiblement soulagé, et ensuite il n'a plus rendu ni noyau ni aucun débris de pierre. Il m'écrivait, le 17 mars 1838, que sa sanlé était excellente , et qu'il se sentait plus fort et plus vigoureux qu'il n'aurait jamais osé l'espérer. Il me disait cependant que les voitures dures le faisaient encore souffrir ; mais, ajoutait-il, à un degré supportable , et jamais sans un voyage un peu long. Il croyait aussi qu'un corps étranger venait encore, mais, disait-il , infiniment moins qu'autrefois, s'opposer au jet d'urine.
Ces derniers symptômes, écrivais-je en 1848 (1), pourraient faire croire qu'il existe un second calcul dâiisla vessie. Ce qui devrait cependant en éloigner la pensée, c'est que le noyau rendu ne présente aucune facette.
Pour acquérir plus de certitude à cet égard, j'avais écrit au malade pour l'engager à se faire sonder par un chirurgien distingué des environs que je lui désignais; mais il se trouvait trop bien, me réponditil, pour en sentir la nécessité, et il ne le fît pas.
Ce malade revint à Yichy en 1838, le 6 juin, éprouvant encore les symptômes qui m'avaient fait penser, l'année précédente, qu'il pouvait avoir un
(1) Mémoire cilé, p. 25.
â86 GRAVELLE ET CALCULS ÛRINAIRES.
second calcul dans la vessie. Il ne put pas rester à Vichy le temps que j'aurais désiré qu'il consacrât à son traitement. Il y revint l'année suivante, le 19 juin, et je m'assurai avec la sonde qu'en effet, comme je l'avais soupçonné, il y avait un calcul dans la vessie, qui ne me parut pas d'ailleurs avoir un très gros volume. Après trente-sept jours de l'usage des eaux, le 26 juillet, le calcul s'engagea dans le canal de l'urètre , et mit le malade dans l'impossibilité absolue d'uriner pendant plus de deux heures , en même temps qu'il le faisait alors cruellement souffrir. Enfin, le calcul retomba dans la vessie, les vives douleurs qu'il éprouvait cessèrent alors immédiatement, et il put uriner. J'aurais voulu qu'il continuât quelque temps encore l'usage des eaux, afin de pouvoir diminuer davantage encore le volume du calcul, et lui permettre de s'introduire plus facilement dans le canal et de le traverser ; mais des occupations le rappelaient chez lui, et il fut obligé de quitter Vichy le lendemain.
Depuis cette époque le malade n'a fait usage de boissons alcalines qu'à de rares intervalles, il a tout à fait négligé son traitement, et le calcul a dû nécessairement augmenter de volume. Je ne lui ai donné de nouveaux soins à Vichy que neuf ans après, au mois de mai 1848. Il éprouvait alors au plus haut degré tous les symptômes rationnels de la pierre, il avait en même temps un catarrhe vésical, avec des symptômes encore si aigus et si douloureux, qu'il fut impossible de songer à lui faire prendre les eaux, et que, pendant plus de trois semaines il fut uniquement soumis auxantiphlogistiques et aux bains émollients. Il put ensuite boire un peu d'eau minérale,
et tous les symptômes aigus qu'il éprouvait du côté de la vessie, et qui avaient été certainement provoqués par la présence du calcul, surtout pendant le trajet qu'il avait fait en voiture pour se rendre à Vichy, se calmèrent graduellement, et il put ensuite marcher assez facilement, et sans souffrir. Mais pour obtenir une guérison, avec le volume que le calcul avait dû acquérir, depuis si longtemps qu'il existait dans la vessie, et que le malade avait négligé le traitement que j'aurais voulu qu'il suivît avec persévérance, il aurait fallu un temps très long, une volonté et une persévérance que le malade n'avait pas, 11 quitta Vichy, et quelque temps après il fut taillé.
Cette observation, bien que le malade ait été taillé onze ans après être venu à Vichy pour la première fois , n'en est pas moins une preuve de l'action des boissons alcalines. En effet , la première année que le malade vint à Vichy, le quarantesixième jour de son traitement, il put rendre un noyau de calcul qui présentait les traces les plus manifestes de l'action des eaux. Elle prouve aussi que j'avais parfaitement interprété les symptômes qui, bien que beaucoup moins intenses, subsistaient encore après l'expulsion de ce premier noyau, puisque j'imprimais au commencement de 1838 que ces symptômes me laissaient la crainte qu'il n'y eût un second calcul dans la vessie, et qu'en effet, j'en ai constaté la présence en 1839 ; et n'estil pas probable, quand on voit que, pendant la cure qu'il fit à Vichy cette dernière année, le calcul put, le trente-septième jour du traitement, s'engager dans le col de la vessie et fermer si hermétiquement
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le canal de l'urètre pendant plus de deux heures, que le malade ne put pendant tout ce temps expulser une seule goutte d'urine, malgré les efforts que sollicitaient les douleurs qu'il éprouvait alors; n'estil pas probable que, si le malade avait pu continuer à cette époque un peu plus longtemps l'action des eaux, l'on aurait réussi à le débarrasser entièrement? Pendant les neuf ans qui ont suivi, le malade n'a fait que rarement usage de boissons alcalines qui cependant, m'a-t-il dit, le soulageaient toujours, et cela n'était pas suffisant, je ne veux pas direpouramener sa guérison, mais même seulement pour empêcher le calcul d'augmenter de volume ; car il est facile de comprendre que dès que l'urine cesse d'être alcaline , l'acide urique reparaissant dans ce liquide, comme cela doit être , il se dépose de nouveau , comme cela doit être encore , autour du noyau qu'il trouve dans la vessie , et que , par conséquent , le calcul doit augmenter de volume.
— M. L.,., âgé de soixante-deux ans, demeurant à Usson , près d'Issoire (Puy-de-Dôme) , arriva à Yichy le 5 août 1837. Il avait eu, il y avait dix ans, de violentes coliques néphrétiques , à la suite desquelles il avait rendu des graviers en assez grande quantité. Depuis environ deux ans, il n'en rendait plus , mais depuis cette époque il ne pouvait plus monter à cheval ou aller en voiture sans éprouver des douleurs à la vessie, le long de la verge et vers l'anus , et sans uriner alors quelquefois un peu de sang. Le jet d'urine était fréquemment interrompu. Tous ces symptômes augmentaient chaque jour et étaient devenus insupportables. M. L... se fit alors sonder par M. le docteur Montéloy, son neveu , mé-
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decin à Sauxillanges, qui acquit la certitude qu'il existait dans la vessie un calcul de moyenne grosseur. C'est après que le malade en fut convaincu , que , redoutant une opération , il prit le parti de venir à Vichy.
Il souffrit cruellement pendant la route, quoique voyageant dans une voiture bien suspendue. A chaque instant il était obligé de descendre pour uriner, et son urine était alors fréquemment colorée par du sang.
Je mis aussitôt ce malade à un traitement fort actif qu'il supporta parfaitement; aussi son urine, qui était acide auparavant , devint-elle promptement très alcaline. Le 14, M. le docteur Civiale , qui passait à Vichy, en se rendant en Auvergne , m'ayant dit qu'avant son départ de Paris, le fds de M. L... lui avait parlé de l'inquiétude que lui donnait l'état de son père, je le conduisis auprès du malade. Ce chirurgien, qui ne croit pas à la possibilité de guérir la pierre autrement que par une opération, lui en parla tout de suite comme du seul moyen capable de le débarrasser, et lui dit que, s'il voulait se rendre à Paris, il pourrait la lui pratiquer dans une douzaine de jours, époque à laquelle il comptait y être lui-même. Cette proposition, faite ainsi à mon nez et à ma barbe , et sans plus de précautions oratoires , à un malade confié à mes soins et auquel je croyais, en mon âme et conscience, pouvoir éviter l'opération qu'on lui offrait comme le seul moyen de guérison, me parut, je l'avoue, fort étrange ; cependant , plein de ma conviction , et presque certain d'atteindre au succès que je poursuivais, je crus devoir me borner à répondre à mon
confrère que j'espérais pouvoir lui éviter la peine de pratiquer l'opération qu'il venait de proposer, et le malade , prenant lui-môme la parole, lui dit que depuis neuf ans qu'il se plaignait, d'abord de la gravelle, et ensuite de la pierre, il n'avait jamais moins souffert que depuis qu'il était à Vichy, qu'il allait chaque jour de mieux en mieux , qu'il reprenait de l'appétit, de la gaieté, et qu'il désirait continuer le traitement qu'il avait si heureusement commencé. Le 20, ce malade vint m'annoncer qu'il croyait avoir rendu des parcelles, des débris de calcul, mais qu'il sentait encore un corps étranger qui venait de temps en temps interrompre momentanément le jet d'urine. Je l'engageai à recueillir , en urinant sur un linge , tous les débris qu'il rendrait dorénavant; mais ne pouvant guère user de cette précaution que chez lui, il arriva qu'il en perdit beaucoup en urinant , soit au bain, soit dans ses promenades. Cependant, le 28, il m'en apporta plusieurs parcelles dont quelques unes étaient assez volumineuses. Tous ces débris étaient d'une couleur blanche et d'une consistance très molle à leur sortie de la vessie; mais ils reprenaient la dureté ordinaire d'une pierre vésicale en se desséchant. Ils étaient composés , d'après l'analyse qui en fut faite par M. Lassaigne, d'acide urique combiné à des traces d'ammoniaque et à une petite quantité de soude. Plusieurs présentaient un côté lisse, celui évidemment qui faisait partie de la surface extérieure de la pierre, tandis que l'autre côté offrait tout à fait l'aspect d'une partie brisée et séparée d'un morceau plus gros. Ils ressemblaient enfin assez bien à de petites esquilles. Après en avoir rendu ainsi une assez grande quantité , il se
trouva beaucoup mieux , et il me dit qu'il pouvait sauter d'une grande élévation sur le sol, sans éprouver de douleurs, tandis qu'auparavant il pouvait à peine marcher sans souffrir. Le 2 septembre, ayant fait une longue course en voiture, sans éprouver de douleurs, ils se crut guéri et voulut partir quelques jours après , ce que je vis avec peine, parce que je n'étais pas persuadé qu'il fût entièrement débarrassé.
Le jour de son départ de Vichy, il alla coucher à Clermont, et il fit ce trajet sans souffrir. Cependant le jour suivant, en achevant son voyage, il ressentit quelques légères douleurs, et le lendemain de son arrivée il rendit encore un débris de calcul qu'il m'a envoyé. Il m'écrivait, le 31 octobre , qu'il ne ressentait plus de douleurs à la vessie que lorsqu'il montait à cheval ou qu'il éprouvait de fortes secousses dans une voiture ; encore ces douleurs étaient-elles très peu sensibles , et se dissipaientelles aussitôt qu'il cessait ces exercices.
Le 28 mars 1838, son médecin, M. le docteur Montéloy , m'écrivait : « Je viens , monsieur , vous faire part de l'état de M. L... Sa santé est maintenant on ne peut plus satisfaisante : il n'éprouve plus aucune difficulté pour uriner; il supporte facilement l'exercice du cheval et de la voiture; son appétit est excellent, et il a repris son embonpoint ordinaire; enfin je ne l'ai jamais vu aussi bien portant. Depuis longtemps il ne rend plus de débris de calcul ; je ne l'ai pas sondé de nouveau , parce qu'il répugne à cette opération; mais je puis vous certifier que lorsque je l'ai sondé , l'année dernière, il y avait un calcul dans la vessie, ainsi que j'eus l'hon-
292 GKAVELLE ET CALCULS UUINÂlRESi
neur de vous l'écrire , à l'époque de son voyage à Vichy. »
Je regrette que ce malade n'ait pas été sondé après son traitement. Quoi qu'il en soit, il est constant qu'il avait depuis plusieurs années tous les symptômes rationnels et bien caractérisés de la pierre ; que la présence de cette pierre dans la vessie a d'ailleurs été constatée par la sonde avant le traitement; que le malade a été d'abord immédiatement soulagé par l'usage des eaux de Yicliy; qu'ensuite il a rendu successivement , sous l'influence du traitement , un grand nombre de fragments d'un calcul urinaire ; que , depuis , tous les symptômes qu'il éprouvait ont disparu; et qu'enfia , ainsi que me l'écrivait son médecin , il ne s'était jamais mieux porté qu'après son traitement.
Or , je le demande encore ici à tout homme de bonne foi, ce malade n'avait-il pas la pierre, et ne peut-on pas dire maintenant qu'il a été guéri par le traitement qui a été employé?
C'est un cas, comme on voit, dans lequel le calcul a été détruit, en partie par dissolution, et en partie par désagrégation.
Je pourrais donner ici un nombre beaucoup plus considérable d'observations recueillies par moi; mais ayant toujours eu à observer des malades à peu près dans ces mêmes conditions, c'est-à-dire sans avoir pu obtenir qu'ils fussent toujours sondés et avant et après le traitement , elles n'ajouteraient rien à celles qui précèdent; et si j'ai pris celles-ci de préférence parmi celles que j'ai déjà publiées, c'est parce que , après avoir été recueillies avec le plus grand soin, les débris de calculs ([ui ont été
GRAYELLE ET «JALCULS UIimAlllES. 293
rendus par les malades ont été, pour le besoin de la polémique à laquelle ces faits ont donné lieu , examinés, analysés et appréciés par divers chimistes parfaitement compétents dans une question de cette nature , et que , par conséquent , ces observations m'ont paru avoir toute l'authenticité possible. J'ajouterai seulement, en réponse à ceux qui pourraient m'objecter que tous les calculs dont les noyaux ou débris ont été ainsi rendus par ces malades étaient d'un petit volume, que j'ignore quelle était au juste leur grosseur, et que je veux bien admettre qu'elle n'était pas très considérable , quoique cependant chez plusieurs de ces malades les douleurs de la vessie existassent déjà depuis plusieurs années ; mais que le point essentiel , c'est qu'il suffisait d'examiner les noyaux ou débris rendus pour se convaincre qu'ils avaient appartenu à des calculs plus gros, et que ce n'est qu'après avoir diminué de volume dans la vessie qu'ils ont pu trouver passage à travers le canal de l'urètre. Peu importe donc que ces calculs aient été plus ou moins gros ; car il est certain que la durée du traitement devra toujours être proportionnée au volume du calcul. Il ne peut y avoir là qu'une question de temps, et, à ce sujet, j'ajouterai encore que l'action dissolvante de l'urine renfermée dans la vessie est plus puissante que ne le serait celle de l'eau de Yichy naturelle elle-même, parce que la propriété dissolvante que l'urine acquiert par l'alcalisation se trouve encore augmentée par la présence des divers sels qu'elle contient naturellement en dissolution.
L'observation suivante est celle du seul malade qui, ainsi que je l'ai dit page 239, m'ait été envoyé
à Vichy par suite de la décision de l'Académie de médecine prise conformément à ma demande, et qui , avant son départ et à son retour, fut examiné par la commission nommée par le conseil général d'administration des hôpitaux.
— Ce malade sortait de l'hôpital Beaujon où j'avais déjà commencé à lui faire boire de l'eau de Vichy transportée. Lorsque je priai MM. Marjolin et Laugier, dans le service desquels il était, de me permettre de le soumettre à l'action de cette eau, sa santé était tellement altérée, par suite d'un catarrhe vésical purulent dont il était affecté, que sa vie leur paraissait en danger, et que M. Marjolin m'engageait à en chercher un autre dans de meilleures conditions; mais comme je n'en connaissais pas dont je pusse disposer, je fus forcé de prendre celui-là.
Voici d'abord une note sur une partie du séjour du malade à l'hôpital Beaujon, telle qu'elle a été rédigée par M. Quatrevaux , interne de la salle où il était couché, et remise à la commission de l'Académie, le 20 mars 1839 , après avoir été soumise à l'approbation de M. Laugier, chirurgien de l'hôpital.
« Jacob (Denis -Balthazar) , âgé de cinquante-trois ans, employé à la Légion d'honneur, entra à l'hôpital Beaujon le 28 août 1838, affecté d'un calcul vésical qui, depuis plusieurs années, lui faisait éprouver de vives douleurs.
» Quinze jours après son entrée à l'hôpital , le malade fut soumis à la lithotritie. Dans les premières tentatives qui furent faites, le calcul fut saisi plusieurs fois et entaméparl'instrumentlithotriteur. Dès le jour même de l'opération, des fragments
GR4.VELLE ET CALCULS UUINAÏllES. 295
assez nombreux furent chassés de la vessie avec les urines; mais les symptômes d'une cystite aiguë fort intense s'étant manifestés, on se borna, dans les jours qui suivirent, à combattre par les antiphlogistiques cette dernière affection.
» Le 20 octobre , le malade accusait encore une grande faiblesse, de l'inappétence, une douleur fixe et assez intense dans la région hypogastrique ; l'excrétion de l'urine était fréquente et douloureuse, et l'urine déposait au fond du vase une grande quantité de matière purulente et glaireuse. Du 20 octobre au 5 décembre , le traitement consista exclusivement dans l'usage d'eau de Vichy, prise à la dose d'une bouteille et demie à deux bouteilles par jour. Dans cet intervalle , soixante bouteilles furent employées.
-y) Dès les premiers jours de l'emploi de l'eau de Vichy, on vit renaître l'appétit et les forces ; l'urine devint moins trouble, et le 5 décembre l'amélioration était telle, que le malade crut pouvoir quitter l'hôpital. Il sortit sans que l'on se fût assuré par le cathétérisme de l'état dans lequel se trouvait le calcul.
)) Le traitement ayant été suspendu , les symptômes primitifs de la maladie n'ont pas tardé à reparaître, et le 8 mars le malade se présenta de nouveau à l'hôpital Beaujon. A son entrée, l'introduction de la sonde dans la vessie fit facilement distinguer la présence du calcul; mais M. Laugier crut reconnaître que son volume était moindre qu'à l'époque où il fut soumis à l'examen des membres de la commission nommée par l'Académie de médecine — cet examen avait eu lieu le 28 octobre pré-
cèdent — , et que, par son contact avec l'inslrumentjil paraissait offrir moins de dureté qu'à cette époque. »
Quoique rentré à l'hôpital le 8 mars, ce ne fut que le 18 qu'il me fut possible de lui procurer de l'eau de Yichy. Le 20, MM, Husson, Bérard et 0. Henry vinrent le voir, et constatèrent le changement favorable qui s'était opéré dans sa santé générale; ils reconnurent aussi que l'urine n'était plus purulente, et qu'elle était même beaucoup moins épaisse et glaireuse que lorsqu'ils avaient vu le malade la première fois, mais que cependant il y avait toujours un nuage muqueux assez prononcé. Le malade continua à boire de l'eau de Yichy à l'hôpital jusqu'au 18 juin , époque à laquelle il fut sondé par la commission nommée par le conseil d'administration des hôpitaux , pour être ensuite envoyé à Vichy. Sur neuf fois que le calcul fut saisi , au moyen d'un lithomèlre , le plus grand diamètre trouvé fut de 17 lignes 1/2, et le plus petit de 7 lignes.
Ce malade arriva à Vichy le 1" juillet. Son urine n'était déjà plus comparable à ce qu'elle était lorsqu'il avait commencé à boire de l'eau de Vichy. Cependant elle déposait encore une grande quantité de mucosités ; elle a seulement varié sous ce rapport pendant qu'il a été soumis à l'action des eaux de Vichy, et sans que néanmoins sa santé générale ait paru un seul instant dérangée. Quelquefois le vase qui contenait celle de la nuit était aux deux tiers rempli de mucosités filantes et très épaisses ; d'autres fois, cette urine était beaucoup plus claire, et ne déposait que modérément au fond du vase. Cette affection catarrhale n'était évidemment entre-
GUAVELLE ET CALCULS IJHINAIIIES. 297
tenue , dans ce cas, que par la présence du calcul ; car lorsque la vessie ne renferme pas de corps étrangers, les affections catarrhales chroniques de cet organe disparaissent ordinairement assez promptement sous l'influence des eaux de Yicliy.
Je ne tardai pas à apprendre que ce malade suivait très mal mes prescriptions. En effet, il n'est peut-être pas un seul malade , parmi tous ceux en grand nombre qui buvaient à la même source que lui, qui ne se soit cru obligé de me prévenir qu'il ne suivait pas son traitement, qu'il paraissait à peine à la fontaine, qu'il y buvait un ou deux verres d'eau et qu'on ne le revoyait plus de la journée. Les déclarations de la personne qui est chargée de donner à boire à cette source, et que j'avais priée de me rendre compte de la quantité d'eau qu'il buvait , étaient parfaitement d'accord avec celles des malades ; elle me disait même que quelquefois on ne le voyait pas à la source de toute la journée. Gomme il fallait nécessairement lui laisser sa liberté, n'auraitce été que pour qu'il pût aller boire à la fontaine , il en profitait souvent pour aller passer une partie de sa journée à Cusset ou ailleurs , et pendant ce temps, non seulement il ne buvait pas d'eau de Vichy, mais, d'après ce qu'il m'a dit lui-même, il prenait quelquefois des boissons peu en rapport avec le régime que je lui avais prescrit; et ce que je dis là, je l'ai écrit, à l'époque où cela se passait, à M. A. Bérard, membre de la commission. Cependant à la fin du séjour du malade à Vichy, pouvant le surveiller de plus près, et avec beaucoup d'instances et de prières de ma part, je crois qu'il observa mieux son traitement; mais , en général , ce traitement a
298 GlUVELLE ET CALCULS UlUNAlllES.
été fait avec beaucoup de négligence, et, par conséquent, très imparfaitement.
Comme nous l'avons déjà vu, la santé générale du malade s'était déjà très améliorée avant son départ pour Vichy, et cela, du jour où il avait commencé à boire de l'eau de Vichy ; mais les douleurs de la pierre, quoique diminuées aussi d'une manière très marquée, étaient encore parfois assez vives. Dans les premiers temps, par exemple, de son séjour à Vichy, il était encore obligé, comme à Paris, avant son départ, de marcher très lentement ; mais bientôt il me fit remarquer, ainsi qu'à tous ceux qui le questionnaient chaque jour, qu'il se baissait avec facilité pour ramasser quelque chose à terre, et qu'il pouvait marcher très vite et même courir , sans éprouver de douleurs, toutes choses qu'il ne pouvait pas faire auparavant sans souffrir.
Quelques jours après son arrivée, lorsqu'il fut reposé de son voyage, je le sondai avec une sonde ordinaire, et il me sembla reconnaître que son calcul n'était pas unique dans la vessie. Je fis part de celte remarque au malade, mais sans oser affirmer ; seulement je ne voyais rien là que de très possible, puisque le calcul avait été brisé en partie dans une séance de lithotritie. Six semaines après, m'étant procuré un très petit lithomètre, je m'en servis pour connaître le volume du calcul, et pour m'assurer en même temps si réellement il y en avait plusieurs dans la vessie. Le calcul, saisi une première fois, me donna 13 lignes et 1/2 de diamètre, une seconde fois,, 7 lignes et l/"2, et, en le tenant dans l'instrument, il me semblait que j'en heurtais un autre. Le malade me disant, à la fin de son séjour, sentir une grande
amélioration dans son état, je voulus, guidé par un simple motif de curiosité, m'assurer une autre fois du volume que la pierre avait alors , et pour cela je me servis du même lithomètre que j'avais déjà employé. Je saisis deux fois le calcul, et toujours avec les plus grandes précautions, afin de ne pas l'écraser et de manière à ne pas fatiguer le malade : la première fois, je trouvai 6 lignes et 1/2, et la seconde, 8 lignes et 1/2 ; mais toujours, en tenant un calcul, j'en sentais un autre qui recevait le choc de mon instrument. Cette exploration me laissait beaucoup d'incertitude ; j'avais bien saisi un calcul qui n'avait plus les mêmes diamètres que ceux qu'on avait trouvés au départ du malade de Paris; mais j'avais cru en reconnaître deux , et je ne savais si celui que je venais de saisir était le plus ou le moins gros, ou si je ne les avais pas saisis alternativement. Je ne voulus cependant pas fatiguer le malade par une plus longue exploration , et j'en restai là , une autre exploration devant être faite, dans tous les cas, à son arrivée à Paris. Il a été en effet sondé le 30 seplembre, par la même commission qui l'avait déjà sondé avant son départ, et sur dix fois que l'instrument a saisi un calcul, le plus grand diamètre a été de 14 lignes, et le plus petit de 8 lignes et 1/2. Pendant cet examen, M. Giviale a cru sentir, comme moi, une seconde pierre dans la vessie.
Yoilà les faits tels qu'ils se sont passés pendant les premiers essais tentés sur ce malade; et voici maintenant quelques remarques à ce sujet.
Je n'avais pas vu dans ce cas ce que j'avais ordinairement observé chez les calculeux qui jusque-là s'étaient soumis à l'action des eaux de Vichy. Chez
ceux-ci, après un certain temps de l'usage des eaux, des écailles ou d'autres débris plus ou moins gros de calculs ont été expulsés de la vessie, tandis que chez celui dont nous nous occupons, je n'ai rien observé de semblable , et enfin le résultat n'a pas été ce qu'il est ordinairement; mais je crois qu'il est facile d'en donner la raison.
Ce résultat a tenu sans doute à ce que, ainsi que je l'ai dit plus haut, le traitement n'a pas été suivi comme il aurait dii l'être ; mais il a tenu surtout , je crois, à ce que ce malade avait encore, quoiqu'à un degré plus faible qu'auparavant, un catarrhe vésical qui n'avait pu se dissiper entièrement, entretenu qu'il était par la présence de la pierre. Cette pierre s'est donc trouvée baignée dans une urine plus ou moins muqueuse, et sans doute presque toujours même enveloppée, dans le bas-fond de la vessie , de mucosités plus abondantes et plus épaisses qui doivent naturellement s'y amasser. Placé dans cette condition, je crois qu'un calcul doit être difficilement attaqué, je pense qu'il est alors plus ou moins défendu contre l'action des alcalis; et celte opinion n'est pas seulement la mienne , mais aussi celle de plusieurs chimistes distingués que j'ai consultés à ce sujet. Les alcalis, en effet, ont bien la propriété de gonfler le mucus et de le dissoudre en partie , mais que peuvent-ils lorsque ce mucus se renouvelle sans cesse? Je crois donc que, pour tout médecin impartial et qui voudra approfondir la question, ce sera là une cause qui, dans un cas pareil, rendra la dissolution plus difficile, et c'est, suivant moi, ce qui m'explique pourquoi ce malade n'a rendu pendant son traitement aucun débris de sa pierre.
Je crois que, pour obtenir un succès complet, lorsque les calculeux se trouvent dans cette condition, ce serait le cas d'avoir recours aux irrigations dans la vessie avec une eau plus ou inoins chargée de bi-carbonate de soude, au moyen d'une sonde à double courant. Par ce moyen, qui serait employé indépendamment des boissons alcalines, non seulement on débarrasserait, momentanément du moins, la vessie de ses mucosités , et l'on mettrait le calcul en contact immédiat avec un dissolvant qui se renouvellerait pendant toute la durée de l'irrigation; mais on guérirait beaucoup plus sûrement et beaucoup plus promptement l'affection catarrhale elle-même, et, par conséquent, on augmenterait de beaucoup les chances de guérisondu calcul.
Quant aux mesures qui ont été prises avant et après le traitement que j'ai fait subir au malade envoyé à Vichy, je crois que, dans ce cas particulier, elles ne peuvent nous faire apprécier le résultat du traitement que d'une manière très imparfaite, et voici pourquoi. Je n'avais pas sondé moi-même le malade avant son arrivée à Vichy; mais là, dès ma première exploration, il m'a semblé qu'il avait plus* d'un calcul, ou plutôt que son calcul était divisé en plusieurs morceaux ; chaque fois que je l'ai sondé depuis , j'ai toujours cru sentir plusieurs calculs, et M. Civiale lui-même en a jugé comme moi au retour du malade. Il y en avait donc vraisemblablement au moins deux, et si l'un était gros et l'autre petit, ce qui est probable, d'après les diamètres si différents qui ont été trouvés, soit au départ du malade, soit à son retour, soit à Vichy même, comment savoir si , dans une exploration , on n'a pas saisi plus
souvent le petit calcul, et dans une autre, un plus grand nombre de fois le gros ? Pour pouvoir établir un jugement, d'après des mesures prises avant et après l'usage des eaux , il faudrait avoir affaire à un calcul unique; et, sous ce rapport, il est à regretter que, chez notre malade, le calcul ait été divisé avant le traitement par le brise-pierre.
Pendant son séjour à Paris, après cette première cure faite à Vichy, ce malade se sentant très soulagé, souffrant très peu de la présence de son calcul, et ne sachant pas d'ailleurs s'il serait renvoyé à Yichy à la saison suivante, n'a fait usage de boissons alcalines qu'avec une grande négligence , à de longs intervalles et à de faibles doses. Pendant l'hiver, M. Laugier, qui l'avait eu dans son service, à l'hôpital Beaujon, ayant désiré s'assurer par lui-môme du volume que le calcul conservait encore , l'examina avec l'instrument lithotriteur ; mais , comme je conservais l'espérance qu'on me le renverrait à. Vichy au printemps , pour continuer sa cure , je voulus qu'il se bornât à le saisir, sans exercer de pression sur lui.
Le 10 juin suivant (1840), MM. A. Bérard, Blandin et Civiale , membres de la commission nommée par le conseil général des hôpitaux, se réunirent pour explorer la vessie du malade et mesurer le volume de sa pierre. A la première épreuve, dit le procèsverbal qui me fut envoyé, il a été reconnu que le calcul a présenté un diamètre de 13 lignes; à la seconde, 15 lignes; à la troisième, 14; à la quatrième , 1 4 ; à la cinquième , 13 ; à la sixième, 13.
Le malade m'arriva à Vichy le 21 du môme mois, et le 23 il commença son traitement.
Indépendamment de l'eau en boisson dont il fit usage avec plus de zèle , de régularité et à une dose plus élevée que l'année précédente , et des bains qu'il prit aussi cette année avec exactitude , je voulus, dans le but surtout de lutter contre l'affection catarrhale qui existait encore et que je considère comme un obstacle à l'action des alcalis sur la pierre qui s'en trouve alors enveloppée; je voulus, dis-je, soumettre le malade à des irrigations d'eau minérale dans la vessie , au moyen d'une sonde à double courant — je me servis d'une sonde en gomme élastique— .
in Ce moyen me parut propre à débarrasser la vessie du mucus qui , dans ce cas , séjourne toujours plus ou moins dans le bas-fond de la vessie et forme une sorte d'enveloppe à la pierre , et à mettre ainsi en même temps ce corps étranger en contact plus immédiat avec le liquide dissolvant. Le malade fit donc deux et quelquefois trois irrigations par jour, d'une demi-heure à une heure de durée chacune. Quant à l'eau en boisson, la dose en fut au moins de douze à quinze verres par jour, et souvent elle fut portée jusqu'à vingt-cinq verres. Ce traitement fut parfaitement supporté et continué sans interruption.
Vers le 10 août , le malade commença à rendre q-uelques débris plus ou moins gros de sa pierre. Pressé d'uriner souvent et obligé , par conséquent , de satisfaire à tout moment ce besoin hors de chez lui, beaucoup de débris qu'il sentait très distinctement passer furent perdus. Cependant il en recueillit un assez grand nombre encore , que je réunis et qne j'adressai , sous cachet, à M, Blondel, adminis-
304 GllAYELLE ET CALCULS URINAIRES.
trateur des hôpitaux, afin de les remettre à la commission et d'en faire faire l'analysé.
Depuis huit jours, le malade ne rendait plus aucun débris de calcul , en môme temps qu'il m'assurait qu'il n'éprouvait plus aucun des symptômes de la présence de la pierre dans la vessie, lorsqu'il quitta Vichy, le 17 septembre, pour retourner à Paris.
Le 6 octobre suivant , la commission se réunit une première fois pour explorer la vessie du malade. Après une longue recherche, on ne put constater la présence d'aucun calcul; cependant M. Civiale ayant conservé quelques doutes, il fut décidé qu'on procéderait à une autre exploration. Cette dernière exploration eut lieu le 28 novembre suivant, en ma présence, et, ainsi que le dit le procès-verbal, qui fut signé par MM. Civiale, Bérard, Blandin et par moi , à la première épreuve , qui fut la seule , il ne fut reconnu la présence d'aucun calcul.
Comme on avait prétendu, dans la polémique que j'avais eu à soutenir, que les eaux de Vichy, prises à hautes doses et pendant longtemps, pouvaient avoir des inconvénients^, qu'elles pouvaient altérer la santé et même donner des maladies de vessie, je profitai de ce que ce malade était sous les yeux des membres de la commission, qui tous avaient pu juger de l'état fâcheux dans lequel je l'avais pris à l'hôpital Beaujon, pour leur faire remarquer que non seulement le catarrhe vésical avait complètement disparu avec le calcul, mais qu'il avait repris tout son embonpoint, que ses chairs étaient fermes, qu'il avait l'aspect de la meilleure santé, et qu'en effet il se portait parfaitement.
'< Sur la demande de M. le docteur Petit, ajoute le
GRAVELLE ET CALCULS UKliNAIRES. 305
procès-verbal, tendant à faire analyser les fragments de pierre rendus par le sieur Jacob pendant son séjour à Vichy, ces fragments ont été remis à M. le docteur Bérard, qui s'est chargé de les déposer entre les mains de M. 0. Henry pour ladite analyse. »
Voici maintenant cette analyse telle qu'elle a été remise au conseil général des hôpitaux :
« Ces fragments ou débris, en assez grand nombre, mais très petits pour la plupart, étaient d'un brun noirâtre ou presque blancs. Les premiers, très petits, vus à la loupe , offraient un aspect poreux ; les seconds, de la largeur de la moitié de l'ongle du petit doigt, avaient une couleur blanchâtre à l'extérieur. Ils paraissaient provenir d'une couche externe par leur convexité , et à leur partie interne on voyait encore quelques débris d'une couclie noirâtre ou grise plus dure et de la même nature que les premiers fragments décrits tout à l'heure. Ces débris blancs étaient très friables , un peu poreux et composés d'une réunion de petits cristaux aiguillés, agglomérés, quand on les examinait à l'aide du microscope.
« J'ai soumis à l'analyse , isolément : 1" les fragments noirs ou bruns, 2° les autres de couleur blanche. Les premiers, assez durs à écraser, mis à brûler sur une feuille de platine , brûlaient en répandant une odeur animalisée d'abord, puis peu prononcée, et laissant un résidu blanc de chaux, après une forte calcination, comme cela arrive aux calculs d'oxalale de chaux. Une partie, réduite en poudre non calcinée, fut mise en ébuUition avec une solution d'acétate de plomb. Le dépôt blanc qui s'était formé, recueilli et lavé, fut traité parle sulfure de sodium :
cle là précipité noir et liquide incolore qui, acidulé très légèrement, concentré et filtré, précipitait sensiblement par le muriate de chaux. C'était donc réellement de l'oxalate de chaux qui , uni à un peu de mucus , constituait la substance des fragments noirâtres examinés.
» Les autres débris blanchâtres furent très faciles à réduire en poudre, si ce n'est toutefois la portion interne foncée , reconnue pour être de l'oxalate calcique. La poudre blanche, mise à bouillir dans l'eau distillée , et fdtrée rapidement donnait un liquide légèrement alcalin , qui , évaporé avec précaution , fournit d'abondants cristaux soyeux blancs. Ces cristaux étaient presque entièrement formés dhirate de soude , et après leur calcination sur une feuille de platine , on en retira quelques traces de phosphate de soude et de chlorure de sodium. Cet urate, accompagné de légers indices de carbonate alcalin , formait à peu près le tiers du poids de la poudre analysée.
» Ce que l'on avait laissé intact était blanc, donnait par l'analyse quelques traces presque insignifiantes de carbonate calcaire, un peu de matière animale , et était presque exclusivement composé de phosphate de chaux , avec une petite quantité de phosphate ammoniaco-magnésien. Enfin, la portion grisâtre non dissoute par l'eau et l'acide chlorhydrique très dilué, présentait les caractères de l'oxalate calcique.
» Les débris de calcul qui m'ont été remis étaient donc formés surtout :
n \°\yurate de soude, un tiers environ, avec traces de carbonate, phosphate sodique, et chlorure de so-
dium, paraissant constituer la croûte ou couche externe du calcul.
» 2° De phosphate calcaire, deux tiers environ, avec traces de phosphate ammoniaco-magnésien et carbonate de chaux à peine, puis matière animale, etc., constituant aussi la même croûte et l'enveloppant.
» 3° D'un noyau d'oxalate de chaux et de mucus.
» La nature de ces débris ne permet pas de douter de l'action de l'eau de Yichy sur le calcul primitif à base (\' acide urique et de phosphate, enveloppant un noyau d'oxalate de chaux — calculs fort communs d'ailleurs — .En effet, l'existence de l'îtrafe de soude et du phosphate de la même base appuie cette opinion que des expériences directes antérieures sur des calculs uriques soumis à l'eau de Vichy avaient déjà démontrée
«L'action de cette eau ou de ses principes minéralisateurs tend , comme nous l'avons déjà vu , à dissoudre non seulement une partie de l'acide urique à l'état d'urate alcalin, mais encore à rendre le calcul plus friable , tant par la disgrégation qui s'opère que par la nature du composé nouveau qui se produit. C'est pour cela que les autres éléments du calcul, phosphate et oxalate , quoique à peine attaqués par le sel alcalin de l'eau minérale , n'en deviennent pas moins plus faciles à broyer , et alors plus susceptibles d'être expulsés de la vessie par les urines ou par des injections appropriées.
» D'après l'ensemble des faits que présente l'analyse des débris du calcul de M. Jacob, nous croyons pouvoir y trouver une nouvelle preuve de l'action salutaire que présentent , dans beaucoup de cas de ce genre, les eaux alcalines, et particulièrement celles
de Vichy, comme moyen soit de dissoudre en partie les calculs et d'en diminuer le volume , soit de faciliter leur disgrégation , et de favoriser beaucoup alors leur broiement. »
Signé 0. Henry.
D'après la nature, maintenant connue, du calcul auquel j'avais affaire, il est facile de comprendre pourquoi , dès la première année qu'il est venu à Vichy, il ne rendait pas, comme les autres calculeux que j'avais observés avant lui, ainsi que j'en ai exprimé ma surprise dans une note que j'ai publiée au commencement de 1840 (1) , de débris de son calcul ; pourquoi il a fallu si longtemps pour attaque les parties d'acide urique qui entraient dans la composition de ce calcul, mélangées et enveloppées même qu'elles étaient par une croûte formée de phosphate de chaux et d'un peu de phosphate ammoniaco -magnésien , et arriver enfin à désagréger ces sels insolubles, et mettre à nu le noyau d'oxalate de chaux, qui a pu ensuite être expulsé.
Quoi qu'il en soit , on voit par cette observation que lorsque j'ai commencé à soumettre le malade au traitement alcalin, le 20 octobre 1838, il était dans l'état le plus grave: qu'il avait, indépendamment de la pierre , un catarrhe purulent des plus intenses , avec une fièvre continuelle; qu'il était réduit à un tel état de faiblesse, qu'il lui était impossible de quitter le lit, ce qui a été constaté, non seulement par les chirurgiens de l'hôpital , mais aussi par la commission nommée par l'Académie; et
(1) Réponse à quelques alléyaUons , etc.
GRÂVELLE ET CALCULS URlNÂlRtS, 309
que son état s'est amélioré dès le moment qu'il a été mis à l'usage de l'eau de Vichy, à tel point que, dès le 5 décembre , ayant repris une grande partie de ses forces, souffrant beaucoup moins de sa pierre, et son catarrhe vésical s'étant considérablement amélioré, il a cru pouvoir quitter l'hôpital ; qu'ayant repris son traitement le 18 mars 1839, l'amélioration a continué à faire graduellement des progrès ; qu'il avait repris déjà l'apparence d'une bonne santé à la fin de juin, et qu'il put alors faire le voyage de Vichy sans trop souffrir de sa pierre; que depuis sa santé s'est encore fortifiée; que, pendant la saison qu'il a passée à Vichy, en 1840, ayant fait rigoureusement son traitement depuis le 23 juin jusqu'au milieu de septembre, son calcul a pu être alors profondément attaqué par l'action que les eaux ont exercée sur l'acide urique et sur le mucus qui entraient dans sa composition ; d'où il est enfin résulté que les sels phosphaliques insolubles de ce calcul ont été désagrégés et expulsés par débris ou petits fragments portant des traces incontestables de l'action des eaux.
Je sais que l'on pourra dire que ce calcul n'aurait peut-être pas été aussi facilement attaqué et désagrégé, qu'il aurait pu résister même tout à fait à l'action des eaux , si , avant le traitement par les boissons alcalines, il n'avait pas été entamé par la tentative de lithotritie qui fut faite à l'hôpital Beaujon , et préparé par là à subir plus facilement la fragmentation que l'action des eaux a amenée. Il y a certainement quelque chose de vrai dans cette objection; cependant cette observation n'en resterait pas moins encore très remarquable, et, dans
tous les cas, je la donne pour la valeur qu'elle peut avoir.
Les trois observations suivantes m'ont été transmises par des confrères qui ont eux-mêmes, dans ce cas et loin de Vichy, employé les boissons alcalines.
La première de ces observations m'a été fournie par mon ami, le docteur Marx, ancien élève particulier de Dupuytren. La voici telle qu'elle a été rédigée par le malade lui-même.
— « Vers la lîn de l'année 1837, P..., âgé de plus de cinquante- six ans , s'aperçut d'un dérangement tout incommode dans la vessie.
» Après une marche de peu de durée même , pourvu qu'elle fût précipitée, il ressentait de l'irritation dans le canal, un pressant besoin d'uriner, et son urine paraissait chargée de sang. Lorsqu'il avait satisfait le premier besoin, l'irritation devenait plus forte, le besoin d'uriner de plus en plus fréquent, et enfin presque incessant. Un repos de quelques instants rétablissait le calme dans les organes , et l'urine reprenait peu à peu sa couleur naturelle.
» Bientôt, sans aucune excitation parla marche, le besoin d'uriner se faisait sentir trois ou quatre fois dans une heure; la nuit même , l'excitation ne cessait pas, et le malade était dérangé souvent jusqu'à six fois.
» Vers le milieu de l'année 1838, il consulta son médecin, M. le docteur Guerbois, qui, après l'avoir visité, constata l'existence d'un calcul dans la vessie., et qui, après l'observation, pendant près d'un mois, d'un régime doux , de tisane et de bains , en devait faire l'extraction. La mort presque subite du docteur ne le permit pas.
ORAYELLE Eï CALCULS URINAIUES. 311
» Le malade s'adressa alors à M. le docteur Marx, qui reconnut le calcul et conseilla les eaux de Vichy. Ce traitement , peu exactement suivi pendant un voyage de quatre mois , ne changea rien à l'état du malade; mais enfin l'ayant suivi avec beaucoup de rigidité pendant le mois de mai , le 2 juin il rendit, sans beaucoup d'efforts et presque sans douleur , un très petit calcul lenticulaire , de forme ovale , n'ayant pas plus de 8 millimètres à son plus grand diamètre et 6 millimètres au plus petit.
» Depuis ce moment , l'irritation , le besoin fréquent d'uriner et le sang dans l'urine ont totalement cessé. »
Ce malade a été sondé depuis par M. Marx , qui n'a plus rien trouvé dans la vessie, et son calcul, qui est entre les mains de mon confrère, et qui est composé d'acide urique , présente les marques les plus incontestables de l'action des eaux; ses couches concentriques sont à découvert de deux côtés et manifestement usées.
La seconde observation est relative à un calcul phosphatique, et a été recueillie en 1829 à l'Hôtel- Dieu, dans le service de M. Breschet , par M. le docteur Nonat, qui l'a communiquée en 1838 à la Société de médecine de Paris. Cette observation est restée, il est vrai, incomplète, le malade ayant voulu quitter l'hôpital avant que le traitement fût achevé ; mais , tout incomplète qu'elle est , elle démontre cependant de la manière la plus évidente que les calculs phosphatiques eux-mêmes peuvent être détruits par les alcalis , par suite de l'action qu'ils exercent sur la "matière animale qui leur sert de lien, ■et d'où résultent leur désagrégation et ensuite leur
expulsion de la vessie, sous forme de débris. Voici ce fait tel que M. Nonat me l'a rappelé en peu de mots et par écrit.
— «Un homme de quarante-cinq ans fut admis à THôtel-Dieu en 1829, dans le service de M. Breschet. Il portait un calcul dans la vessie. La présence du calcul fut constatée à l'aide du cathétérisme, par M. Breschet. Le malade fut soumis à l'action des boissons alcalines, quelques jours après son entrée. Au bout d'une semaine, il rendit en urinant une concrétion blanchâtre, qui nous parut s'être détachée d'un corps sphéroïde. Cette concrétion avait une ligne d'épaisseur, elle était concave sur l'une de ses faces, et convexe sur l'autre. Elle avait peu de cohésion, et s'écrasait facilement sous les doigts.
» M. Breschet m'ayant prié d'en faire l'analyse , je m'assurai que cette concrétion était en grande partie formée de phosphate calcaire et d'une petite quantité de matière animale, dans les mailles de laquelle le sel calcaire était emprisonné.
» Les boissons alcalines furent continuées pendant plusieurs semaines. Le malade continua de rendre de temps en temps des concrétions semblables à la première, puis il voulut partir de l'hôpital.
» Il m'a semblé que , dans ce cas , les boissons alcalines ont provoqué la séparation de plusieurs couches excentriques du calcul vésical , en agissant, non sur les sels calcaires qui sont insolubles dans les alcalis, mais sur la matière animale qui leur sert de lien. J'ai rappelé, à cette occasion, les expériences de M. Thenard, qui viennent à l'appui de cette explication.
» Je dois vous dire, en terminant, que le malade
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n'avait point rendu par les urines de concrélions calcaires avant de prendre des boissons alcalines. »
Le fait suivant m'a été communiqué par un honorable confrère de Rouen, M. le docteur Deschamps. Voici l'extrait de la lettre qu'il m'a écrite à ce sujet :
— «M. Desroziers, avoué près le tribunal civil de Rouen, âgé de trente-deux ans, d'un tempérament sanguin, né d'un père qui est mort à la suite d'un catarrhe vésical , éprouvait depuis huit mois une douleur aiguë dans la région hypogastrique et le long du canal de l'urètre , jusqu'à l'extrémité du gland, lorsqu'il me fit appeler le 19 mai 1840. Cette douleur augmentait par la marche ou une promenade en voiture. Il rendait depuis quelques jours de l'urine sanguinolente, dont l'excrétion se trouvait souvent interrompue : quelquefois, pour arriver à pouvoir uriner, le malade était obligé de se courber en avant, appuyé sur ses deux coudes. Le gland était allongé par les tiraillements fréquents qu'il avait éprouvés. Je pensai tout de suite qu'il avait un calcul dans la vessie; pour m'en assurer, j'eus recours au cathéter, qui ne me laissa plus de doutes sur l'affection calculeuse. J'avouai au malade sa position, et lui proposai le broiement comme le seul moyen capable de le débarrasser. Ses occupations ne lui permettant pas d'y avoir recours avant le mois de septembre — époque des vacances du tribunal — , je l'engageai, en attendant, à essayer le moyen que vous aviez remis en vogue depuis quelques années — les boissons alcalines — , en lui donnant l'assurance que si, par ce moyen, nous n'obtenions pas la dissolution de son calcul , nous n'augmenterions pas son volume, et que, par conséquent, nous ne rendrions
l'opération, ni plus difficile, ni plus dangereuse Tout en doutant du résultat, il se décida à suivre cet avis. Dès le lendemain, 20 mai, je lui fis prendre le matin, à jeun , au milieu de la journée et le soir, un verre d'eau contenant, par litre, 4 grammes de bi-carbonate de soude. Je lui fis boire aux repas de la même eau , teinte de vin. Trois fois par semaine^ il prit un bain alcalin. Je l'engageai à s'abstenir de viandes, d'aliments épicés et d'acides. Le 28 mai, l'urine, au lieu d'être foncée et sanguinolente, comme quelques jours auparavant, était devenue très claire. J'y plongeai un morceau de papier de tournesol rougi par un acide, et je vis avec plaisir qu'elle était devenue alcaline, puisque le papier reprit sa couleur bleue. J'augmentai la dose du bicarbonate et la portai à 6 grammes par litre. Jusqu'au 25 juin, le malade rendit de l'urine très claire, les douleurs diminuèrent; il vaquait à ses occupations avec plus de. facilité, et la marche était moins pénible. Le 26 , il me fit appeler pour me faire voir son urine qu'il rendait tous les jours , d'après mon conseil, dans un vase en verre. J'y trouvai ce jour-là, et en présence d'un de mes confrères, M. Espinasse, un dépôt très abondant d'une matière semblable à de l'argile; je la décantai et je remis le dépôt à un pharmacien, en le priant de l'analyser. Soit négligence, soit mauvaise volonté, l'analyse ne fut pas faite; le pharmacien rejeta sur un de ses élèves cette négligence : le dépôt, à mon grand regret, avait été jeté. Les 27, 28, 29 et 30, l'urine fut claire, et son excrétion facile. Le 1" juillet, l'excrétion fut interrompue plusieurs fois dans la journée; le 2, elle devint impossible, malgré les efforts du
malade que je trouvai très inquiet de ce symptôme qu'il n'avait pas encore éprouvé jusqu'alors. Je sentis à travers les parois du canal un noyau qui s'était engagé dans son intérieur ; j'introduisis, pour le dilater, une sonde qui bientôt , secondée par les efforts que faisait le malade pour uriner, permit au calcul de sortir. »
M. Des champs a bien voulu m'envoyer ce petit calcul que je conserve comme un des exemples les plus remarquables de l'action des boissons alcalines. Comme M. Deschamps me le dit lui-même dans sa lettre, il offre à l'œil les altérations les plus évidentes, les caractères les plus marqués d'une action dissolvante et désagrégeante. Il est devenu extrêmement poreux, et toutes ses faces présentent des traces d'une véritable destruction.
Ce n'est que deux ans après la guérison obtenue que M. Deschamps m'a envoyé cette observation, avec le noyau rendu. «Après deux ans de guérison radicale , m'a-t-il écrit alors, constatée par le cathéter, mon malade jouit d'une santé excellente, n'a rendu ni sang, ni dépôt, ni graviers, ne ressent aucune douleur dans la vessie ni dans le canal , vaque à ses affaires , voyage en voiture , sans éprouver le moindre malaise. Reconnaissant envers les eaux alcalines, qui seules l'ont guéri, il veut, malgré tout ce que je lui dis pour le rassurer, faire sa boisson habituelle d'eau avec le bi- carbonate de soude, et continuer le régime que je lui ai prescrit , il y a deux ans; et, dans Tintérêt de ceux qui, comme lui, seraient affectés de la pierre, il m'a autorisé à citer son nom et à faire connaître son observation. »
Je n'ajouterai rien à cette observation que j'ai
trouvée pleine d'intérêt, et qui a d'autant plus de valeur que, dans ce cas, le calcul a été reconnu par la sonde avant le traitement, et que la guérison du malade a été parfaitement constatée après.