‹ Du mode d'action des eaux minérales de Vichy et de leurs applications thérapeutiquesChapitre 2 sur 38 · DE L'ACTION DES EAUX MINERALES EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE L'ACTION DES EAUX MINERALES EN GENERAL

Les eaux minérales ont été considérées de tout temps comme un puissant modificateur de l'économie, comme une des plus grandes et des plus précieuses ressources de la thérapeutique contre les affections chroniques , et l'expérience en a maintenant si bien démontré l'efficacité dans ce cas, qu'elle ne peut plus être désormais contestée. Leur action est souvent, en effet, si puissante, lorsqu'elles sont appliquées avec discernement , suivant leur composition, la nature et l'état de l'affection à combattre, que non seulement alors elles modifient beaucoup plus promptement et beaucoup plus heureusement la plupart des affections contre lesquelles elles sont indiquées, que tous les agents pharmaceutiques, mais qu'assez fréquemment elles ont réussi à guérir certaines affections qui, combattues inutilement par tous les moyens ordinaires, avaient été considérées comme incurables. Aussi n'est- il pas douteux pour moi que , si les médecins qui pratiquent loin des sources thermales avaient pu être à même d'en étudier l'action, que s'ils savaient mieux tout le parti

6 DE l'action des eaux minérales en général. que l'on peut en tirer dans un grand nombre de cas, lorsqu'elles sont employées à propos, on verrait beaucoup moins d'affections chroniques se perpétuer et arriver enfui à un tel degré de gravité qu'elles ne peuvent plus trouver alors que des remèdes impuissants.

Je suis loin de croire cependant, et surtout de vouloir persuader que les eaux minérales sont une panacée, un remède infaillible dans tous les cas d'affections chroniques; car quel est le remède qui, même employé dans les conditions où il semble le mieux indiqué, guérit toujours?

Il est d'ailleurs facile de comprendre que, différentes entre elles par leur température, par la nature, le nombre et la proportion des principes qu'elles tiennent en dissolution, elles ne sont pas toutes applicables dans les mêmes affections; car il ne faut pas oublier que nos maladies , lors même qu'elles affectent les mêmes organes , et qu'elles se présentent sous des apparences extérieures à peu près semblables, se distinguent souvent, au fond, par des caractères très tranchés qui tiennent, soit à des dispositions constitutionnelles différentes, soit à l'existence, chez quelques individus , de certains vices héréditaires, soit enfin à une multitude de causes prédisposantes diverses qui doivent nécessairement en faire modifier le traitement suivant les cas, et, par conséquent, être appréciées avec le plus grand soin , lorsqu'il s'agit de faire un choix entre plusieurs sources minérales.

C'est surtout aux médecins qui sont plus particulièrement appelés, par leur position, à étudier l'action des eaux minérales , et c'est même alors un

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devoir pour eux d'en faire connaître consciencieusement les propriétés à leurs confrères , de préciser autant que possible, d'après l'expérience qu'ils ont acquise , les cas dans lesquels elles peuvent être employées avec le plus d'avantage, le degré d'efficacité qu'il est permis d'en espérer dans chacun d'eux, et les conditions qui doivent quelquefois en contreindiquer l'emploi. Seulement, doivent-ils se borner toujours et uniquement à constater les résultats, favorables ou non , de leur action sur les malades ? Cette action n'est-elle susceptible d'aucune interprétation? Ne peut-on pas enfin, au moins pour les eaux qui ont un caractère bien tranché, par la prédominance de quelques uns de leurs principes minéralisateurs, donner la raison principale, essentielle de cette action, et arriver ainsi à des données plus précises sur les résultats que l'on peut en attendre dans certains cas?

C'est sous ce point de vue que les eaux minérales me semblent devoir être étudiées, et l'on conçoit que dans cette étude, il est très essentiel de tenir compte do leur composition et de la nature de la maladie qu'il s'agit de combattre.

Les eaux minérales exercent d'abord sur la vitalité de nos organes des effets qui tiennent à la température plus ou moins élevée à laquelle on les emploie, peut-être même à la nature particulière de cette température, et à l'impression plus ou moins vive que produisent sur les membranes muqueuses et sur la peau les principes qui les minéralisent, d'où il résulte une excitation qui se propage par de nombreuses sympathies aux organes affectés, et ensuite une réaction néce-saireà la résolution des

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affections chroniques. Cette action est proportionnée à la quantité que les malades en boivent, à l'étendue des surfaces sur lesquelles elles sont appliquées, à la durée des bains et à l'activité plus ou moins grande de l'absorption chez chaque individu; et elle demande d'autant plus de surveillance et même • de tâtonnements de la part du médecin, pour éviter de dépasser le degré d'excitation qu'il est nécessaire de produire, qu'elle est toujours proportionnée à la susceptibilité nerveuse propre à chaque malade, si difficile ordinairement à préjuger, et qu'il est, par conséquent, presque impossible d'en calculer les effets à l'avance avec quelque certitude.

Mais, indépendamment de cette action des eaux minérales, qu'il ne faut pas négliger, et qui doit même, ainsi que je viens de le dire, être toujours surveillée avec le plus grand soin par le médecin, n'en est-il pas une autre, particulière à chacune d'elles, toute spéciale, et qui doit dépendre de la nature des principes qu'elles tiennent en dissolution? En effet, ces principes, absorbés et portés parla circulation dans tous nos tissus, en même temps qu'ils y produisent une certaine excitation , ne saturent-ils pas toutes nos humeurs, et ne peuventils pas ainsi leur faire subir des modifications capables d'exercer une influence plus ou moins grande sur le succès ou l'insuccès du traitement des affections contre lesquelles ces eaux sont employées? Sans doute, les principes qui les minéralisent sont quelquefois si nombreux et dans des proportions relatives telles qu'il en résulte alors nécessairement une combinaison d'action qu'il sera toujours difficile, souvent même impossible, d'interpréter compté-

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tement^ et que longtemps encore les médecins seront condamnés, dans de telles circonstances, à jouer le rôle de simples observateurs, chargés d'enregistrer les résultats obtenus ; cependant, lorsqu'elles contiennent un élément qui prédomine sur tous les autres , et qui leur imprime un caractère qui les distingue de la manière la plus manifeste de toutes les autres eaux minérales , comme, par exemple, le soufre, pour quelques unes, le fer ou la soude, pour d'autres, ne serait-il pas possible d'apprécier l'action particulière de ce principe prédominant, indépendamment de celle des autres principes minéralisateurs moins importants , d'en suivre les effets sur nos humeurs, de les constater môme rigoureusement à l'aide de la chimie, et d'en déduire des indications suffisantes pour guider les praticiens dans l'emploi qu'ils peuvent en faire?

Ce qui doit surtout appeler l'attention des médecins sur l'action particulière des divers éléments qui entrent dans la composition des eaux minérales, c'est que, depuis surtout les intéressantes recherches que nous devons déjà à la chimie organique, il est impossible de ne pas reconnaître dans tous les phénomènes de la vie , comme on l'a fait remarquer, une suite non interrompue de réactions chimiques. Que ces réactions s'exécutent sous l'influence de la force vitale ou indépendamment de cette influence, elles n'en sont pas moins manifestes et ne peuvent être révoquées en doute. N'est-ce pas , en effet, par des réactions de cette nature que s'accomplissent les phénomènes de la respiration et de la digestion , ainsi que ceux de l'assimilation et des sécrétions, de ce travail continuel de décomposition et de re-

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nouvellement de la matière qui compose nos organes, et dont un des résultats est toujours la séparation de certains éléments devenus impropres à l'entretien de la vie , et qui ne tarderaient pas à engendrer des maladies, s'ils n'étaient éliminés par les trois grands émonctoires de l'économie, la transpiration cutanée, la respiration et la sécrétion urinaire?

N'est-il pas probable que nous serions dans les meilleures conditions de santé possibles , si les éléments qui entrent dans la composition de nos humeurs , y étaient toujours dans une certaine proportion relative , et si ces humeurs étaient en même temps régulièrement et incessamment réparties dans tous nos organes, suivant l'exigence des fonctions qu'ils ont à remplir? Or, si quelques uns de ces éléments sont en plus ou en moins , ou viennent à manquer tout à fait, les réactions chimiques nécessaires à l'enlretien de la vie s'exécutent imparfaitement ou ne peuvent plus avoir lieu , et alors surviennent des troubles plus ou moins graves dans la santé et quelquefois même la cessation complète de la vie. C'est ainsi que toute cause qui empêche le sang de s'artérialiser dans les poumons amène nécessairement l'asphyxie et la mort , et qu'on voit si souvent les accidents les plus graves résulter d'une brusque cessation delà transpiration cutanée, lorsqu'un refroidissement subit vient mettre obstacle à l'élimination des principes devenus incompatibles avec la santé, et qui étaient destinés à être rejetés au dehors.

N'est-ce pas , par exemple , comme je crois l'avoir démontré ailleurs , à une trop grande production d'acide urique , soit qu'elle dépende d'une alimen-

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tation trop abondante et trop animalisée ou d'une disposition constitutionnelle particulière, et à l'élimination insuffisante de cet acide , et par conséquent à son séjour dans le sang , qu'il faut attribuer le développement de la goutte? N'est-ce pas parce que la chimie organique a démontré que les globules rouges du sang sont la seule partie vivante qui renferme du fer, et que l'altération fondamentale du sang dans la chlorose est la diminution de ces globules , qu'on en a conclu qu'il est nécessaire , dans ce cas, d'ajouter du fer au sang, et n'est-ce pas, en effet, par suite de cette induction, et pour concourir à la production de ces globules, de cette partie qui se trouve en moins dans cette affection , que l'on a conseillé l'administration des ferrugineux et qu'ils sont employés par tous les praticiens?

Ces faits, que je viens de rappeler, qui résultent de l'observation et de l'expérience , dont on ne peut nier la certitude, à moins d'admettre qu'on peut nier toute science, et de désespérer de pouvoir jamais rien démontrer ; ces faits, dis-je , suffisent pour faire sentir tout ce que l'on peut attendre de l'intervention de la chimie organique dans l'étude de l'application des remèdes au traitement de certaines affections, et combien il serait précieux de pouvoir toujours, au moindre trouble survenu dans notre santé , s'assurer, par l'examen et l'analyse du sang et des sécrétions, de la nature de cette perturbation. Ce serait, autant du moins qu'il est possible à l'esprit humain de pénétrer les secrets de la nature , un moyen de remonter à la cause première , à l'essence des maladies.

La chimie organique est donc évidemment le

12 DE l'action des eaux minérales en général. moyen le plus sûr de nous diriger dans ce genre de recherches; c'est en s'aidant de cette science, en unissant de plus en plus ses efforts aux siens, comme le dit Liebig, que la physiologie sera à même de pouvoir scruter les causes de phénomènes que l'œil ne peut plus saisir.

Il serait d'autant plus important de pouvoir arriver à découvrir, dès le début des maladies, la nature des altérations que nos liquides ont pu subir, qu'une fois qu'un trouble quelconque est survenu dans nos fonctions et qu'il persiste un certain temps, sans que nous puissions y porter remède , il en résulte fréquemment , sans doute, parce que les digestions se trouvent alors viciées , et que, par suite, l'assimilation se fait mal, une suite d'autres désordres et complications diverses contre lesquels nos ressources restent malheureusement très souvent impuissantes.

Ainsi , le meilleur moyen d'empêcher le développement des maladies serait donc , si la science pouvait toujours nous fournir des indications assez précises pour cela , et s'il était possible de profiter toujours de ses lumières, de nous soustraire à toutes les causes qui peuvent faire varier les éléments du sang, en changer les proportions normales ou les altérer. Sans doute c'est là un désir qui ne sera jamais entièrement réalisable , et il restera par conséquent impossible de pouvoir éviter toujours, et dans toutes les conditions de la vie, les causes des maladies; mais est il donc également impossible d'arriver à constater, au moins dans un certain nombre de cas, les altérations que nos humeurs peuvent éprouver, qui déterminent et caractérisent

m: l'action DES eaux minérales en général. 13 certaines affections , et à pouvoir indiquer, mieux qu'on n'a pu le faire jusqu'à présent, les moyens de les combattre? C'est dans ce cas que la chimie organique, si elle ne peut pas tout nous apprendre ;, est au moins appelée, par ses recherches, si nous en jugeons par les résultats déjà obtenus , à rendre les plus grands services à la thérapeutique , à nous guider dans cette science si difficile de l'application des remèdes au traitement des maladies.

Mais je ne veux m'occuper ici que du mode d'action des eaux de Vichy, en tâchant de préciser, autant que possible , les cas dans lesquels ces eaux me semblent applicables ; et, avant tout , je crois devoir rappeler leur composition chimique, et donner leur température prise à différentes époques.

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