DE LA DURÉE DU BAIN ET DE SA TEMPÉRATURE
Le principal but de l'emploi des bains d'eau minérale de Vichy devant être, suivant moi, de faire absorber aux malades les principes minéralisateurs de cette eau , il serait important d'être fixé sur l'utilité de leur durée plus ou moins prolongée.
Personne ne doute qu'il ne se fasse par la peau une absorption d'eau plus ou moins considérable, pendant l'immersion dans un bain; mais l'activité de cette absorption est nécessairement proportionnée à l'état plus ou moins prononcé de vacuité ou de plénitude des vaisseaux. Ainsi, la peau est beaucoup plus disposée à absorber, le matin à jeun, qu'après un repas, et d'autant plus que l'on a jeune plus longtemps, que l'on a moins bu, et que l'on a perdu davantage par la transpiration; mais si, dans cette condition, les vaisseaux ont besoin de réparer la perle qu'ils ont faite d'une proportion plus ou moins grande des liquides qu'ils contenaient; si, dans ce cas , ils ont soif d'eau , et si tout le corps est alors très disposé à se laisser imbiber, comme le ferait une éponge, il doit arriver nécessairement un moment où l'absorption devient moins active, où peutêtre même elle ne se fait plus du tout; c'est lorsque la plénitude des vaisseaux est arrivée à ce que l'on peut appeler leur point de saturation. A mesure donc que l'on s'éloigne de ce point de saturation , la faculté d'absorber doit augmenter, mais aussi elle doit
486 DuiiÉE nu r.AiN et de sa température. nécessairement diminuer à mesure qu'on s'en rapproche.
Mascagni, Dutrochet et M. Magendie s'accordent pour regarder ce premier acte de l'absorption comme un acte physique, comme un effet de capillarité analogue àl'imbibition. Suivant ces auteurs, le fluide arrive de la sorte jusqu'aux vaisseaux voisins, dont les parois sont pénétrées d'après la même loi dé porosité. C'est ce travail que Mascagni appelait travail de porosité inorganique , que Dutrochet a nommé endosmose Qi exosmose , et que M. Magendie a si bien démontré.
L'absorption , dans le bain, des principes minéralisateurs de l'eau de Vichy ne peut être mise en doute; il me suffit, pour prouver cette absoption, de rappeler ici les expériences que j'ai déjà plusieurs fois citées, que j'ai souvent répétées, et qui montrent, je ne dirai pas seulement la possibilité, mais la facilité avec laquelle, par ce moyen, on peut rendre l'urine alcaline, d'acide qu'elle était auparavant, et sans avoir pris une seule goutte d'eau minérale en boisson.
Quant à l'évaluation de la quantité d'eau absorbée dans un temps donné , indépendamment de la disposition plus ou moins grande de chaque individu à absorber, suivant qu'il est plus ou moins pléthorique , ou suivant l'état plus ou moins grand de plénitude ou de vacuité de l'appareil circulatoire, il y a tant d'autres éléments dont il faut encore tenir compte dans les expériences à faire pour arriver à une appréciation exacte, tels, par exemple, que la température plus ou moins élevée de l'eau du bain, la perte, par conséquent, plus ou
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moins considérable que l'on fait pendant sa durée, par la transpiration cutanée et par la voie des poumons, comparée à ce qu'elle serait hors du bain , et celle aussi qui se fait parla sécrétion urinaire, qu'il est très difficile jusqu'à présent de la fixer d'une manière rigoureuse ; mais on peut s'en faire une idée assez exacte par la promptitude plus ou moins, grande avec laquelle chaque individu peut arriver, par l'emploi du bain seul, à alcaliser son urine.
Mais quel est le moment du bain où l'absorption est le plus active? Et y a-t-il une grande utilité à le prolonger très longtemps?
Dans le premier moment du bain, indépendamment de l'épiderme, qui offre toujours un certain obstacle à l'absorption, qu'il faut d'abord que l'eau imbibe et pénètre, il y a toujours à la surface de la peau plus ou moins de sa propre sécrétion, qui est plus ou moins grasse, et qui peut aussi jusqu'à un certain point gêner l'absorption pendant quelque temps; mais l'eau de Vichy, par sa qualité alcaline, a pour effet d'en débarrasser la peau beaucoup plus promptementquene peut le faire de l'eau douce, et, par conséquent, l'absorption, dans un bain d'eau de Yichy, ne tarde pas à acquérir toute son activité, ce dont on peut juger par la promptitude avec laquelle se manifestent les besoins d'uriner; mais cette activité d'absorption se prolonge-t-elle bien longtemps ?
N'est-il pas évident, d'après les considérations qui précèdent, que cette activité doit s'affaiblir graduellement jusqu'au moment où arrive la saturation, et que seulement le temps nécessaire pour arrivera ce point de saturation doit varier suivant les indiviiiiis?
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Mais, s'il est difficile, d'après les données que nous pouvons avoir, de fixer exactement, pour chaque individu, le moment oi^i la prolongation de la durée du bain n'est plus utile , au point vue de l'absorption, il est au moins très douteux pour moi que les bains prolongés pendant deux, trois ou quatre heures , par exemple , produisent d'autres effets , après une certaine durée, que de fatiguer et ennuyer les malades. Si d'ailleurs, comme cela ne peut faire de doute, une trop forte alcalisation peut quelquefois être nuisible, que l'on réfléchisse à quoi l'on exposerait certains malades si, pendant quatre heures de bain, comme on les leur prescrit quelquefois, ils absorbaient autant d'eau pendant les dernièresheures que pendant la première; mais, heureusement pour eux, l'absorption s'affaiblit après un certain temps, elle doit même finir par ne plus se faire du tout, et ils ne courent , sous ce rapport , que le risque de s'ennuyer dans l'eau et d'en sortir fatigués par le séjour prolongé qu'ils y font, et par les pertes qui résultent pendant ce temps, de l'activité de la transpiration, surtout lorsque le bain est à une température un peu élevée.
Les expériences de M. Cl. Bernard, sur l'absorption, ne peuvent guère laisser de doutes sur l'inutilité d'une longue prolongation d'un bain, comme moyen d'absorber les principes minéralisateurs de l'eau. D'après ses recherches, il est certain qu'une membrane peut se saturer et cesser d'absorber la môme substance. On sait, par exemple, que leprussiate de potasse, injecté dans l'estomac, est rejeté par l'urine, mais que, bien que l'on continue à en injecter, l'urine, au bout d'un certain temps, n'en
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contient presque plus; de là même l'explication de la tolérance de certains médicaments, de l'innocuité de certains poisons ; de là vient encore que les mêmes aliments , continués pendant un temps prolongé, nourrissent mal; qu'un seul aliment, toujours le même, fmit par ne plus nourrir, et, par conséquent, la nécessité, pour se nourrir convenablement, de varier les aliments.
Cette saturation des membranes chargées d'absorber, et dont la conséquence est la cessation de l'absorption , après un certain temps de l'exercice de cette fonction, lorsqu'elle se fait dans un milieu toujours le même, en présence des mêmes substances à absorber, semble être un résultat ordinaire, inévitable, une sorte de loi de la nature ; car on ne l'observe pas seulement dans les membranes vivantes , mais également dans celles qui sont inertes. C'est ainsi , par exemple , que , lorsqu'on place un endosmomètre dans un vase contenant un liquide , il y a d'abord échange, et ce phénomène varie dans un sens ou dans un autre, suivant la nature des liquides, mais qu'au bout d'un certain temps, le passage à travers la membrane cesse de s'effectuer.
Cependant ne peut-il pasarriver qu'en prenant des bains très prolongés, on ne puisse encore absorber une trop grande quantité de leurs principes minéralisateurs, et qu'il en résulte des inconvénients plus ou moins graves pour la santé ? D'ailleurs, en admettant que ces bains très prolongés n'aient, sous ce rapport, que l'inconvénient d'ennuyer et de fatiguer plus ou moinslesmalades, ne peuvent-ils pas en avoir d'autres qui résulteraient de la température plus ou moins élevée à laquelle on les fait prendre quelquefois ? Ne