CHAPITRE VII
Ï)IABÈTE SUCUÉ ou GLUCOSURIE.
Le diâhèle sucré est une maladie principalement caractérisée par une sécrétion très abondante d'une urine sucrée, accompagnée d'une augmentation notable de l'appétit, d'une soif inextinguible , de la perte graduelle des forces corporelles et d'un amaifjrissement progressif.
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Cette maladie est connue depuis la plus haute antiquité; mais Willis est le premier qui ait soupçonné l'altération que l'urine subit, dans ce cas, dans sa composition chimique, c'est-à-dire la présence du sucre dans ce liquide. Pool et Dobson reproduisirent cette opinion en 1775 ; mais ce fut Cawley qui, en 1778, démontra par ses expériences chimiques l'existence du sucre dans l'urine.
Dupuytren et Thénard publièrent, en 1806, un mémoire sur le diabète sucré (1), dans lequel ils insistèrent fortement sur l'importance du régime animal dans le traitement de cette maladie. Mais c'est surtout aux travaux de MM. Bouchardat, Mialhe et Cl. Bernard , que nous devons de mieux connaître cette affection.
M. Bouchardat a proposé de substituer au nom de diabète, qui vient d'un mot grec qui veut dire passer à travers, celui de glucosurie, qui a l'avantage de désigner le principal caractère de la maladie.
Dans un mémoire qu'il a présenté à l'Académie des sciences, en 1838, il dit que, chez les malades diabétiques, il s'opère une transformation tout à fait comparable à celle que l'on peut produire dans les laboratoires, en mettant de la fécule en contact avec de la diastase dans des circonstances convenables. Il a donc présumé qu'il existait de la diastase dans l'estomac des personnes affectées de glucosurie.
Dans un autre mémoire présenté à cette même Académie, le 15 novembre 1841, le point de départ de la maladie lui paraît être dans l'interruption subite et complète de la sécrétion acide de la peau. Parcelle
(1) liullelin de la Sociélé de médechie.
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suppression, dit-il, cause profonde de perturbation, les muqueuses et les glandes de l'appareil digestif fournissent des liquides dont la composition chimique se trouve modifiée, et la production alcaline se trouve presque complètement remplacée par la production acide. Il ne conclut pas de là cependant que cette sécrétion acide, qui se trouve alors en quantité plus considérable dans l'appareil digestif, réagisse sur la fécule pour la transformer en sucre ; car l'expérience lui a appris que les acides minéraux ou organiques n'auraient aucune influence pour opérer cette transformation à la température où la digestion s'opère ; mais il ajoute que l'observation lui a montré que partout où les acides organiques existent en proportion notable, on rencontre à côté une certaine modification de l'albumine qui agit alors en transformant la fécule en sucre; que c'est ce qui s'observe dans la maturation de tous les fruits, et que la même coïncidence doit se présenter dans l'économie diabétique.
C'est là qu'en était la théorie , lorsque M. Mialhe a lu à l'Académie des sciences, le 13 mars 1845, un mémoire dans lequel il a démontré que la diastase existe à l'état normal dans la salive, ou plutôt dans le mélange de la salive et, de la sécrétion buccale , d'où il résulte que tout individu qui , comme cela s'opère naturellement pendant la matiscation, insalive les aliments amylacés, les transforme en glucose; et il ajoute que les matières féculentes ne sont même alimentaires qu'à cette condition, puisqu'elles ne sont pas absorbables, et qu'elles ne le deviennent qu'après avoir subi l'action de la diastase.
Mais pourquoi les diabétiques rendent-ils par les
urines le sucre absorbé à la surface des voies digestives, tandis que rien de semblable n'a lieu à l'état sain ?
Dans un mémoire publié par M. Bouchardat (1), ce chimiste cherche à établir que les glucosuriques digèrent autrement la fécule que les personnes en santé ; que leur soif, qui est ordinairement très prononcée, est en raison directe des aliments féculents qu'ils ingèrent, et que la quantité d'eau nécessaire à un glucosurique pour lui permettre de digérer la fécule est précisément égale à celle qu'il faut joindre à la diastase, lorsqu'on veut convertir la fécule en glucose.
Chez les malades affectés de glucosurie, la sécrétion de la diastase diabétique lui paraît intimement liée à celle du suc gastrique; il est disposé à croire que cette sécrétion n'est que la perversion d'une fonction physiologique, et voici comment il explique la présence du glucose dans l'urine.
« Chez les malades atteints de glucosurie, on retrouve, dit-il, du glucose dans l'urine quand ils ont ingéré des féculents , parce que, sous l'influence de la diastase sécrétée dans leurs estomacs, les aliments féculents ont été convertis, par l'intermédiaire de l'eau qu'une soif ardente les a forcés à ingérer, en une dissolution de glucose; cette dissolution , immédiatement absorbée par les nombreux rameaux veineux dont les oriHces capillaires viennent aboutir à l'estomac, est directement transmise à la rate par les vasa breviora^ et de là versée dans le torrent de la circulation. » Lorsque, suivant lui,
'1) SuppliHvenl à J'Auminh'e dr Ihérapeuliqno pntir IS/iH.
DIABÈTE SUCUÉ. 453
celle solu lion devient très rapide, par suite d'une trop grande sécrétion de diaslase dans l'estomac, et qu'elle est promptement absorbée et transportée ainsi sans intermédiaire dans la grande circulation, s'il arrive que la masse du sang contienne une proportion de glucose de beaucoup supérieure à cinq grammes, ce principe, ne pouvant être détruit dans le sang, est alors éliminé par les reins. « Pour résumer en quelques mots, ajoute-t-il, la comparaison entre les glucosuriques et les personnes en santé, nous devons dire : Chez les premiers, la dissolution des féculents est rapide ; chez les seconds, elle est lente ; chez les premiers , elle s'effectue dans l'estomac, et le glucose qui en résulte est immédiatement en grande quantité transmis dans le sang ; chez les seconds, elle s'opère principalement dans les intestins, et elle ne parvient dans la grande circulation qu'après avoir traversé le foie et avoir éprouvé un utile ralentissement à l'aide de la petite circulation hépatique. »
Pour M. Mialhe, la transformation de la matière sucrée, qui doit avoir un rôle important dans le grand acte de la nutrition, quoiqu'il soit encore impossible de dire d'une manière précise quel est ce rôle ; pour M. Mialhe, dis-je, cette transformation s'opère, chez l'homme sain , par l'alcalinité naturelle du sang , et si elle n'a pas lieu dans laglucosurie, et si par conséquent l'assimilation n'en est pas possible , c'est parce que, dans ce cas, le sang est neutre ou acide ; alors le sucre devient un corps étranger dans l'économie , et, comme tel , il est rejeté par les glandes rénales. « La dexlrine, le glucose, en un mot la nouvelle matière saccharifiée, dit-il, doit, pour
éprouver le phénomène de l'assimilation , être transformée, par les alcalis du sang, en de nouveaux produits dont les principaux sont , selon toute probabilité , Facide kali-saccharique , l'acide formique et l'ulmin. »
MM. Bouchardat et Mialhe ne sont pas d'accord sur une question qui a pourtant , dans ce cas , une grande importance, celle de savoir si, chez les glucosuriques , le sang conserve l'alcalinité qu'il a toujours à l'état normal, ou si alors il devient acide. Suivant M. Mialhe , il perd de son alcalinité, il devient neutre et peut même devenir acide , et de là la non-transformation du glucose, etj conséquemment sa non-assimilation et son expulsion par la sécrétion urinaire , comme sans doute aussi par les autres sécrétions. Mais M. Bouchardat dit avoir comparé l'alcalinité du sang des malades affectés de glucosurie et des personnes en santé , et n'avoir trouvé aucune différence ; il ajoute seulement que , d'après les expériences de Nicolas et Gueudeville, de MM. Soubeiran et 0. Henry et les siennes , le sang des diabétiques fournit plus de sérum , moins de caillot et moins de fibrine que le sang à l'état normal.
Cependant, dans une communication qu'il vient de faire à l'Académie de médecine, M. Bouchardat (1) dit qu'il a découvert que , sous l'influence d'un travail actif au grand air, tel que le labourage, une certaine proportion de féculents peut être utilisée par un glucosurique, ce qui n'arrive pas quand il se livre à des travaux sédentaires peu fatigants.
Cette découverte de M. Bouchardat ne vient-elle
(1.) Séance du 26 mars 1850, dans liullelin de l'Académie de médecine, i. XV, p. 538.
DIABKTK SUCKË. 455
pas à l'appui de l'opinion de M. Mialhe , que, dans la glucosiirie , le sang a perdu de son alcalinité , et que c'est à cause de cela que le glucose ne peut plus être transformé, et qu'il est éliminé par les reins et par toutes les autres sécrétions. Un travail actif au grand air, tel que le labourage, n'a-t-il pas en effet pour résultat de favoriser la sécrétion de la peau, d'amener de la transpiration, et par conséquent de débarrasser l'économie de son excès d'acidité?
Ces théories sur la formation du glucose pendant la digestion, sur sa transformation ou sa non-transformation dans son mélange avec le sang, et sur son expulsion par la sécrétion urinaire, s'étaientproduites lorsque, l'année dernière, des recherches de M. Cl. Bernard sont venues nous apprendre que le foie, à l'état normal , chez l'homme jouissant de la meilleure santé, mais le foie seul parmi tous nos organes sécréteurs , produisait toujours du sucre ; que sa formation dans cet organe continue lorsqu'on lie la veine porte ; que ce phénomène existe indépendamment de l'usage des féculents comme aliments, puisqu'on en trouve même dans le foie du foetus ; et à ce sujet , M. Bernard fait remarquer que , dans ce cas , on ne peut pas même soutenir que le sucre vient du sang de la mère, puisqu'on constate que les animaux nourris uniquement de viande ont du sucre dans le foie , et qu'on en trouve encore chez ceux qui ont supporté l'abstinence pendant huit jours.
M. Bernard a découvert ensuite un autre phénomène très singulier.
On sait qu'en introduisant un stylet dans le quatrième ventricule, et qu'en piquant ses parties laté-
456 DIABÈTE SUGKÉ.
raies, on détermine, chez les animaux soumis à cette expérience, un trouble dans la station. M. Bernard a eu l'idée d'examiner ce que produirait une blessure de ce genre relativement à la sécrétion du sucre dans le foie. Après divers essais, il est arrivé à un résultat des plus inattendus : en moins d'une demi-heure , il y a eu et il a pu constater dans le sang et dans l'urine, une quantité considérable de sucre, sans que, du reste, rien ait été changé au régime de l'animal. Il a remarqué que , pour que le sucre se produise , il faut que le plancher du ventricule soit piqué dans un espace très circonscrit, en dehors duquel le phénomène ne se manifeste plus.
« Ce fait si bizarre, dit M. Fauconneau-Dufresne, en rendant compte de ces recherches (i), devait naturellement pousser à de nouvelles investigations ; il était curieux, par exemple, de rechercher dans quel état se trouverait, à l'autopsie d'un diabétique, le plancher de ce quatrième ventricule. On a pu , en effet, se procurer la moelle allongée d'un individu qui avait succombé à la Charité, après avoir offert du sucre dans son urine et dans son sang , et l'on a remarqué sur les côtés du ventricule deux petites taches noires, à l'endroit même où il faut piquer pour déterminer la formation du sucre. A l'incision, l'altération de couleur semblait se prolonger dans le tissu, qui paraissait un peu ramolli. Ceci, comme on le pense bien, ajoute M. Fauconneau-Dufresne, ne peut être donné que comme un simple aperçu qui a besoin d'être vérifié de nouveau. »
M. Bernard est arrivé à produire le même phé-
(1) Union médicale^ \\m i^h'à.
nomène d'une autre manière : en piquant au cou les nerfs de la huitième paire, en les galvanisant par un courant doux et continu, la sécrétion du sucre dans le^foie est également augmentée en très peu de temps; mais la durée de cette augmentation de sécrétion n'est pas considérable.
M. Bernard conclut de ces expériences que la sécrétion du sucre dans le foie se fait sous l'influence nerveuse, et pour le prouver, il coupe les deux nerfs de la huitième paire d'un lapin, à la région cervicale, et si l'animal survit quelques heures à l'opération, — et cela est nécessaire pour que le sucre déjà formé dans le foie puisse être entraîné par la circulation — , on peut constater que cet organe, coupé par morceaux, broyé dans un mortier et bouilli, ne donne plus de traces de sucre, quand on examine la décoction par le procédé Bareswill.
J'ai cru devoir exposer succinctement tous les faits et toutes les observations qui se rattachent à la formation du sucre dans l'économie, à son passage, dans certains cas , à travers la circulation générale, sans y subir aucune altération, et à son élimination par la sécrétion urinaire; mais, malheureusement, il est encore bien difficile d'y entrevoir et de pouvoir y puiser une théorie pleinement satisfaisante de la glucosurie,et, par conséquent, les bases rationnelles du traitement qu'il conviendrait d'opposer à cette affection, ce qui serait cependant d'autant plus important que, négligée, abandonnée à elle-même, elle ne tarde pas à devenir très grave et même ordinairement mortelle.
La seule cause de cette affection n'est évidemment pas, comme le croit M. Bouchardat, dans Tinter-
458 DIABÈTE SLCKÉ.
ruption subite et complète de la sécrétion acide de la peau; car, comme le fait remarquer avec juste raison le docteur Contour, qui a fait une excellente thèse sur cette affection , comment expliquerait-on la maladie dans les cas , rares , il est vrai, où les fonctions de la peau n'ont offert aucune altération? Quant au traitement de cette affection, dont il a posé les bases, et qui consiste dans une nourriture presque exclusivement animale, et dans la privation des aliments féculents et des boissons sucrées, à quoi il a jugé nécessaire d'ajouter, dans ces derniers temps, l'usage des boissons alcooliques et des corps gras, pour remplacer les aliments féculents ; quant à ce traitement, dis-je, que peut-il contre la cause réelle de la maladie, cause d'ailleurs encore inconnue, malgré toutes les recherches dont elle a été l'objet? A-t-il d'autres effets que de soustraire à l'action des organes digestifs les éléments susceptibles de s'y transformer en glucose? Ce régime enfin peut-il être considéré comme un moyen curatif? M. Bouchardat a bien dit, en 1838, qu'il suffisait, pour guérir les malades diabétiques, de supprimer presque complètement les boissons et les aliments sucrés et féculents qu'ils prenaient auparavant; qu'après douze heures, la soif s'apaisait , que les urines revenaient peu à peu à l'état normal, que l'appétit se restreignait dans ses limites ordinaires , etque les malades se rétablissaient (1) ; mais il avoue, en 1841 , dans une autre communication à l'Académie, que la mort de trois malades, qu'il avait cru guéris, l'avaient complètement découragé, et M. Le-
(l) Comptes rendus de r Académie des sciences.
blanc, médecin vétérinaire , vient d'adresser à l'Académie de médecine (1) l'observation d'un cas de diabète sucré chez une chienne, âgée de six à sept ans, et qui cependant avait été nourrie exclusivement pendant toute sa vie avec de la chair de bœuf crue. Il n'en reste pas moins très rationnel de supprimer, chez les diabétiques, tous les aliments sucrés et féculents, et de leur conseiller une alimentation aussi animalisée que possible ; mais il est évident que ce n'est là que priver l'économie d'un des éléments dont se composent, dans cette affection , les produits des sécrétions.
Si la théorie de M. Mialhe était tout à fait démontrée, si elle ne laissait subsister aucune objection, si enfin il ne restait aucun doute dans l'esprit, elle serait beaucoup plus complète que celle de M. Bouchardat; car elle dit pourquoi, suivant lui, le glucose ne subit pas de transformation dans son mélange avec le sang; mais M. Bouchardat objecte à M. Mialhe qu'il a trouvé le sang des diabétiques aussi alcalin que celui des hommes en bonne santé. Sans doute, il s'agit ici de nuances, d'une alcalinité seulement plus ou moins prononcée, et, par conséquent, il ne doit pas paraître étonnant qu'il y ait, sur ce point, des opinions différentes; mais la question est très importante, et il serait à désirer qu'elle fût tout à fait résolue par des expériences rigoureuses et multipliées.
J'ai observé, il est vrai , ce qui vient à l'appui de l'opinion de M. Mialhe , d'excellents effets , chez les diabétiques , de l'emploi des eaux alcalines de
(1) Séance du 19 février 1850. {Bulletin de l'Académie, t. XV, p. lihG. )
Vichy, el c'csl pour cela que je m'en occupe ici; mais j'avoue que je conserve des doutes sur la rigoureuse exactitude de sa théorie, lorsque je vois qu'en alcalisant fortement les diabétiques, le sucre ne cesse pas immédiatement de se produire , ce qui devrait avoir lieu , ce me semble, si la théorie était vraie. Je sais bien tout ce que l'on peut dire du temps nécessaire pour faire cesser une habitude contractée depuis plus ou moins longtemps par nos organes ; je sais que la prédominance acide peut être plus ou moins prononcée, suivant les individus, et qu'il peut falloir quelquefois un temps assez long pour la vaincre ; mais il me semble cependant que si la non-transformation du glucose, dans son mélange avec le sang, tenait uniquement à l'alcalinité insuffisante de celui-ci , cette non-transformation devrait cesser plus promptement que cela n'arrive ordinairement, sous l'influence de l'administration des boissons alcalines. M. Mialhe cite un exemple très remarquable de disparition, en vingt-quatre heures, d'une glucosurie , sous l'influence d'une forte alcalisation , au moyen de 20 grammes de bi-carbonate de soude , de 5 grammes de magnésie calcinée et de deux bouteilles et demie d'eau de Vichy. J'ai aussi vu disparaître à Vichy, et même sous l'action d'un traitement modérément actif, tous les symptômes de la glucosurie en très peu de jours ; mais il n'en est pas toujours ainsi : chez quelques malades, et surtout chez ceux qui sont depuis déjà longtemps diabétiques , on retrouve pendant longtemps encore , bien qu'à un degré graduellement plus faible, du sucre dans l'urine; il en est même, lorsque la santé était déjà profondé-
DIARKTE SrCUÉ, 46 1
ment allérée, chez lesquels, malgré la continuation de l'usage des eaux pendant plus d'un mois, l'urine étant alors presque constamment alcaline , je n'ai pas pu voir cesser entièrement le passage du sucre dans l'urine.
La démonstration que M. Bernard a faite de l'existence constante du sucre dans le sang du foie et des cavités droites du cœur, dans l'élat normal , à tout âge et quel que soit le régime suivi, nous prouve que , bien que le rôle de cette substance nous soit encore inconnu, ce rôle doit avoir une grande importance dans l'accomplissement des fonctions de la vie ; et, d'un autre côté, ses expériences, si curieuses et si pleines d'intérêt, nous montrent bien qu'en piquant un point très circonscrit de la moelle allongée ou les nerfs de la huitième paire, il se montre du sucre dans l'urine ; mais tout cela ne nous éclaire pas encore complètement sur la cause de la glucosurie ; on ne peut rien conclure encore de ces expériences, quant à cette affection.
Sans doute la sécrétion du sucre dans le foie doit se faire sous l'influence nerveuse, et, par conséquent, il ne peut rïen y avoir d'étonnant à ce qu'en coupant les nerfs de la huitième paire , on fasse cesser cette fonction ; mais, néanmoins, je ne vois pas que cette expérience nous apprenne rien relativement à la cause de la glucosurie.
Ainsi, on ne peut douter maintenant que, dans l'état de santé , du sucre ne se forme dans le foie , qu'il n'y soit sécrété naturellement, indépendamment de toute alimentation féculente ou sucrée. Ce que devient ce sucre ensuite, ce à quoi il sert, nous ne le savons pas encore ; le fait est seulement
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qu'on n'en trouve alors ni dans la grande circulation, ni dans aucune sécrétion , à moins que ce ne soit immédiatement après le travail de la digestion, lorsqu'il ne s'est pas encore écoulé un temps assez long pour qu'il ait pu être entièrement détruit, et surtout après l'usage d'aliments féculents. Lorsqu'on en trouve ailleurs que dans le foie et dans les cavités droites du cœur, c'est qu'il y a maladie, c'est précisément ce qui constitue la glucosurie; mais alors le sucre qui , dans ce cas , envahit toute l'économie, vient-il du foie, du foie seulement? N'est-il pas évident, comme le prouve l'influence du régime sur sa production et tous les phénomènes qui se passent pendant la digestion, que cette augmentation du sucre dans l'économie est le produit de la digestion des aliments féculents ou sucrés , et qiï'on ne le trouve dans la circulation générale et dans tous les produits des sécrétions que parce qu'il en a été absorbé dans l'estomac et dans les intestins où il en a été fabriqué ?
Il paraît seulement résulter de recherches que M. Bernard promet de publier bientôt, que le glucose , produit de la digestion des aliments féculents ou sucrés, et absorbé dans l'estomac et dans les intestins, subit une certaine transformation en traversant le foie. « Nous devons actuellement, dit-il, nous prononcer sur l'espèce de sucre qu'on rencontre dans le foie et dans le sang. En rappelant les réactions qu'il nous a offertes, on peut conclure que ce n'est ni du sucre de lait ni du sucre de canne. Ce n'est pas du sucre de canne , parce qu'il brunit par la potasse et réduit les sels de cuivre ; ce n'est pas du sucre de lait, parce qu'il fermente avec une
DIABÈTE SUCUÉ. 463
^c^rande rapidité. Resterait donc le siici'e de raisin ou glucose , dont le sucre du foie nous a présenté les caractères chimiques, quoique cependant il en diffère au point de vue physiologique. Plus tard, dans un travail qui suivra celui-ci , en m'occupant du mécanisme par lequel le sucre se détruit dans le sang, je montrerai que le sucre de diabète , qui a été considéré comme chimiquement identique au sucre de raisin (glucose), en diffère notablement par certains caractères physiologiques. Or, je puis le dire par anticipation , le sucre qu'on rencontre dans le foie est du sucre de diabète (1). »
Mais pourquoi le retrouve-t-on dans l'urine et dans toutes les sécrétions? Pourquoi ce sucre, comme dans l'état de santé, n'est-il plus transformé dans son mélange avec le sang , et ne disparaît-il pas comme matière sucrée? Est-ce parce que tel ou tel point du système nerveux est malade ? Cela est possible et même probable, mais, en attendant que cet état de maladie soit bien constaté, ne peut-on pas dire que si , dans les expériences de M. Bernard , l'on a trouvé du sucre dans la grande circulation et dans la sécrétion urinaire , c'est parce que eiï piquant , en altérant quelques points de la substance nerveuse, comme il l'a fait, on suspend l'influence nerveuse, toute vitale dans ce cas, à laquelle les filets nerveux piqués servaient de conducteurs auparavant , et que l'on empêche ainsi l'accomplissement de la fonction par laquelle s'opérait, dans les poumons ou ailleurs, sa transformation?
Depuis que ces expériences m'ont été connues ,
(1) De V origine du sucre dans l'économie animale ; par le docleur Cl. Bernard {Gazelle médicale, avril 1850).
464 DIARKTE SUCUI^.
j'ai observé des diabétiques, je les ai queslionnéset étudiés avec soin, et je n'ai rien vu jusqu'à présent, dans les symptômes dont ils se plaignent, qui puisse laisser l'opinion que la cause de leur maladie soit plutôt dans la moelle allongée ou dans les nerfs de la huitième paire qu'ailleurs. J'ai bien trouvé le foie malade dans quelques cas, mais chez des sujets dont la santé était déjà profondément altérée, et chez lesquels presque tous les organes étaient alors affectés ; il ne m'a pas paru ordinairement malade, lorsque la glucosurie n'était ni ancienne ni très grave.
Je crois donc qu'il faut attendre encore de nouvelles observations et de nouvelles expériences pour se prononcer sur la cause réelle de la glucosurie , sur sa nature et sur le traitement le plus rationnel à lui opposer ; et je ne doute pas que le travail que M. Bernard promet de publier bientôt, sur le mode de destruction du sucre dans le sang, ne jette une grande lumière sur la théorie et sur le traitement de cette affection.
Quoi qu'il en soit, si l'on étudie les influences sous lesquelles on a le plus ordinaire observé le développement de cette maladie, on voit qu'aucun âge n'en est à Fabri, mais que c'est surtout dans l'âge moyen de la vie qu'on la rencontre , et que, du reste, elle paraît affecter également l'un et l'autre sexe. M. Contour fait remarquer qu'elle n'est nulle part plus commune qu'en Hollande et en Angleterre; suivant Nicolas et Gueudeville, elle est également commune en Normandie, et, dans ces divers pays, les causes principales auxquelles on l'attribue sont une température froide et humide , et l'usage trop abondant, trop habituel de boissons
fermentées et qui sont en même temps plus ou moins acides. Elle ne paraît pas rare cependant dans les pays chauds, puisque TArabe Rabbi Moyses dit l'avoir observée en Egypte, vingt fois en dix ans ; mais dans les pays chauds, comme dans tous les pays, elle peut tenir uniquement à la nourriture des habitants et surtout à l'abus des boissons fermentées ou acidulées, Nicolas et Gueudeville l'attribuent, en Normandie, au cidre dont les habitants font presque leur unique boisson. On est frappé, dit M. Contour, en lisant les observations relatives à cette affection, du grand nombre de diabétiques qui ne doivent leur maladie qu'à une nourriture insuffisamment réparatrice ou exclusivement végétale, et aux boissons qui sont le produit de la fermentation , comme la bière, le poiré j le cidre, etc., ou bien encore à des boissons aqueuses et chaudes , prises habituellement en grande abondance.
Sans doute il faut admettre, pour que ces causes déterminent laglucosurie, quelquesautres conditions ou quelques dispositions individuelles particulières encore imparfaitement connues; je ferai seulement déjà remarquer ici que les causes qui paraissent avoir eu le plus d'influence sur le développement de cette affection, sontl'usage trop abondantou trop exclusifde boissons fermentées et acides, ainsi qu'une température froide et humide dont l'influence est toujours de gêner les fonctions de la peau, d'y faire obstacle, et même de supprimer la transpiration ; causes dont les unes contribuent à diminuer l'alcalinité du sang, et les autres empêchent l'économie de se débarrasser des produits acides qui résultent incessamment, dans tous nos organes , de l'action même de la vie ,
et que la peau, dans un état hygiénique normal, est chargée d'éliminer.
Les caractères principaux de cette affection sont une sécrétion très abondante d'une urine sucrée , une augmentation notable de l'appétit, la sécheresse de la bouche , une soif inextinguible , en général l'absence de sueurs , l'abolition des forces corporelles et même souvent des facultés génératrices , un amaigrissement progressif, un dépérissement générai, et enfin tous les désordres qui amènent la consomption et la phthisie.
Ordinairement l'urine des diabétiques est claire, transparente, beaucoup moins foncée qu'à l'état normal, parfois même entièrement incolore ; mais quelquefois elle est un peu colorée, jaune paille ou légèrement yerdâtre.
On a constaté, chez ces malades, un trouble général des humeurs de l'économie, dû, suivant M. Mialhe , à un défaut d'alcalinité, et qui donne naissance, suivant lui, à l'affaiblissement de la vue, à l'engorgement des capillaires et à la tuberculisation pulmonaire.
Il fait observer que, dans l'état de santé, le sérum du sang est transparent, excepté, suivant la remarque de M. R. Thomson (1), deux ou trois heures après le repas, moment où il présente un aspect opalin et laiteux, si la nourriture contenait des matières albumineuses et grasses; tandis que, chez les diabétiques, ces qualités en sont l'état normal à toutes les époques de la digestion, ce que Rollo, Dobson, Mac- Grégor et autres, avaient d'ailleurs annoncé, et ce qu'il dit avoir eu l'occasion de vérifier.
(1) Philosophical Magazine, 3* série, t. XXVf.
« La théorie que je donne, ajoiite-t-il, de la ti^ansparence des liquides animaux, rend compte de cette différence physiologico-pathologique. Et en effet , les aliments grasparviennent toujours danslesangà l'état d'émulsion savonneuse et communiquent au sérum un aspect lactescent ; dans l'état de santé, cette lactescence disparaît bientôt sous l'influence des alcalis, tandis que, dans le diabète, le défaut plus au moins grand de base alcaline rend l'entière saponification des matières grasses impossible : ce qui donne l'explication de l'affaiblissement de la vue chez les dialiéliques, par suite de la non entière transparence des humeurs de l'oeil. »
J'ai exposé les théories et tous les faits relatifs à la nature et aux causes de l'affection qui nous occupe, ainsi que les principaux caractères qu'elle nous présente, et j'ai attribué à chaque auteur sa part dans cette étude. Je crois que tout n'est pas dit encore sur cette grave maladie; mais, quelle que soit la théorie à la quelle la science s'arrêtera un jour, et qui me semble encore réclamer aujourd'hui de nouvelles recherches pour pouvoir être définitivement fixée , il n'en est pas moins vrai , dès à présent, que , lorsque la maladie n'est pas très ancienne, et que les organes n'ont pas encore subi une trop profonde altération , les boissons alcalines, et surtout les eaux de Vichy, combinées avec un régime animalisé et l'exclusion des substances féculentes et sucrées , sont le meilleur moyen qu'on puisse lui opposer, et c'est pour cela que j'ai cru devoir consigner ici les quelques faits que j'ai recueillis dans ma pratique à Yichy.
— M. P..., de Paris, entrepreneur de travaux.
me fut adressé à Vichy, le 8 septembre 1845, par M. le docteur Contour. 11 avait alors quarante- six ans, et il était diabétique depuis déjà quatre à cinq ans. Je dois ajouter que, depuis 1833, bien qu'il n'appartienne pas à une famille de goutteux, il avait assez régulièrement deux fois par an, à l'automne et à la fm de l'hiver, aux deux poignets surtout, une affection inflammatoire, avec gonflement, douleurs vives , rougeur et impossibilité de se servir de ses mains, qui me paraît avoir eu tous les caractères d'accès de goutte.
Il résulte des renseignements que m'a donnés ce malade que, chez lui, le diabète se serait développé à la suite d'un profond chagrin, provenant de la perte d'une partie considérable de sa fortune. Celte maladie s'annonça d'abord par une très grande altération; il se sentait d'autant plus porté à boire, m'a-t-il dit, qu'il avait davantage d'inquiétude, qu'il était plus tourmenté par la crainte de ne pouvoir pas satisfaire à ses échéances, et il donnait toujours la préférence , par goût, par un besoin irrésis'.ible, aux boissons acidulées, telles que de la limonade, de l'eau de groseilles, et quelquefois du grog, dans lequel il ne manquait jamais d'ajouter une grande quantité de jus de citron.
Lorsque ce malade est venu à Vichy, il y avait déjà dix-huit mois que M. le docteur Contour avait été appelé à lui donner ses soins, et voici les renseignements que mon confrère a eu l'obligeance de me transmettre.
« Après avoir passé par toutes les périodes du diabète, et avoir éprouvé tous les symptômes de celte maladie, tels que sécheresse de la bouche,
soif iiiexlinguible, augmeniation considérable des urines; augmentation notable aussi de l'appétit, et cependant diminution graduelle des forces , diminution d'abord j puis disparition complète des fonctions de la peau ; lenteur dans les fonctions digestives et constipation, M. P... se trouvait dans l'état suivant, lorsque je fus appelé auprès de lui :
«La sécheresse de la bouche n'était plus très prononcée, il s'en plaignait moins qu'auparavant; la soif était également très modérée, et les urines ne présentaient plus rien de particulier, sous le rapport de leur quantité; l'appétit n'offrait plus d'augmentation , mais les digestions étaient pénibles, difficiles, et le malade accusait une pesanteur, avec un sentiment de tension, à la région épigastrique, surtout après chaque repas ; les garde-robes étaient rares, et les matières, toujours dures, présentaient cette coloration d'un vert foncé , qui se rencontre si souvent chez les diabétiques. Les fonctions de la peau ne se faisaient plus, elle était d'une sécheresse remarquable, et avait l'aspect du parchemin. L'émaciation était très grande, et les forces avaient depuis longtemps considérablement diminué; M. P. . . ne pouvait, sans une fatigue extrême, faire le moindre trajet à pied, aller, par exemple, à cinq minutes de chez lui. Sa vue était sensiblement affaiblie, mais inégalement clans l'un et l'autre œil, ce qui avait amené du strabisme, et un autre phénomène singulier, la diplopie à distance : tous les objets éloignés déplus de huit à dix pas lui paraissaient doubles. Les fonctions génératrices, quoique très notablement diminuées, n'étaient pas entièrement éteintes, mais quand elles s'effectuaient, elles
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laissaient au malade, peiidanl plusieurs jours, une faiblesse et une douleur excessives , surtout dans la région lombaire.
w L'urine, que j'examinais avec soin et régulièrement plusieurs fois par semaine , était d'une coloration citrine pâle , qui rappelle celle du vin blanc , acide et prenant une légère coloration rose par l'acide nitrique; elle ne présentait aucune trace d'albumine ; sa densité , comparée à celle de l'urine normale, qui, comme on sait, est ordinairement de 1018 à 1019, était de 1042, et, examinée au polarimètre, elle donnait une déviation de 12 degrés et demi, ce qui, traduit en chiffres, donne environ 90 grammes de sucre par litre d'urine.
» Après avoir été aux bains de mer pendant une saison, et sans aucune utilité pour le rétablissement de sa santé, M. P... fut mis au régime exclusivement animal, à une abstinence complète d'aliments féculents, à l'usage de l'acétate d'ammoniaque, dans la double vue de rétablir les fonctions de la peau , et d'introduire des alcalis dans le sang. Plus tard, je conseillai de substituer à l'acétate d'ammoniaque le bi-carbonate de soude qu'il prit pendant très longtemps, et dont la dose fut successivement élevée jusqu'à 20 grammes par jour. Sous l'influence de ce médicament, l'urine devint alcaline, très effervescente par l'addition d'acide nitrique; la déviation, au polarimètre, diminua très notablement, et je vois dans mes notes, que trois mois après lecom mencement du traitement, elle n'était plus que de 3 degrés, 2 degrés et même 1 degré, c'est-à-dire qu'il n'y avait plus que '21 grammes, 14 grammes et môme 7 grammes de sucre par litre.
» Ce médicament fut toujours continué, mais à des doses moindres, conjointement avec des toniques, tels que l'usage du vin de quinquina le matin , du vin de Bordeau^c, des préparations ferrugineuses , et je fus assez heureux pour voir les forces revenir , à ce point que M. P... put au printemps, sept ou huit mois après le commencement du traitement, faire, sans trop de fatigue, de très longues courses à pied- Il allait aisément de chez lui (faubourg Saint-Honoré ) à l'Hôlel-de-Ville , vaquait une partie de la journée à ses occupations, et revenait également à pied.
» Quand vint la saison de Vichy , j'insistai pour que M. P... allât demander à ces eaux la consolidation de sa santé , et un premier séjour lui fut d'un effet assez salutaire pour qu'il désirât lui-même y retourner l'année suivante. »
A son premier voyagea Vichy, en 1845, après trois semaines de l'usage des eaux, ses forces avaient considérablement augmenté, il n'était pa^ plus tourmenté par la soif qu'avant sa maladie, et son urine ne contenait plus de sucre.
Il a continué son traitement à Paris, s'y est constamment bien porté ; et il est revenu à Vichy l'année suivante — 1846 — , et y a encore fait usage des eaux pendant trois semaines.
Revenu une troisième fois à Vichy, en 1847, le 30 août, il me dit qu'ayant négligé son régime et voulu manger des fruits , surtout des cerises , pendant le mois de juin, il avait reparu un peu de sucre dans son urine , et en effet , l'ayant examinée à son arrivé , elle en contenait une assez grande quantité. Examinée de nouveau le 15 septembre.
elle se colorait à peine par rébullition avec de la potasse.
Enfin, ce malade est revenu une cpiatrième fois à Vichy, le 7 septembre 1848. Il lui était encore arrivé de faire quelques écarts de régime, particulièrement de manger des fruits, et chaque fois, au bout d'un certain temps, il a reparu un peu de sucre dans l'urine.
Je l'ai revu assez souvent à Paris, et le 5 mars 1850, notamment, il est venu me voir et m'a répété encore que chaque fois qu'il va à Vichy, il est toujours très bien ensuite pendant sept ou huit mois, mais qu'il néglige quelquefois son traitement, qu'il fait quelques écarts de régime, et qu'alors il finit par réparai Ire un peu de sucre dans son urine. Néanmoins il revient toujours à un bon état de santé, en reprenant son régime , en l'observant plus rigoureusement, et en faisant usage d'eau de Vichy. Voici, d'unaulre côté, ce que me dit à ce sujet son médecin ordinaire, M. le docteur Contour, dans la note qu'il m'a remise : « Plusieurs fois , des écarts de régime ont ramené du sucre dans l'urine et un dérangement dans la santé, mais toujours l'usage de l'eau de Vichy, la tempérance et un bon régime ont rétabli ce que des excès avaient pu déranger. Aujourd'hui M. P... jouit d'une santé assez bonne pour que, depuis un an au moins, il n'ait pas eu besoin d'avoir recours à moi. Depuis très longtemps ses forces sont rétabli' s , l'amaigrissement a disparu , le strabisme n'existe plus, et la vue, encore un peu faible, s'est considérablement améliorée. Depuis un an, je n'ai pas eu l'occasion d'examiner l'urine qui, à cette époque, ne contenait plus de sucre. »
Je dois ajouter que, depuis que ce malade suit le traitement dont nous venons de parler, il n'a plus eu d'accès de goutte.
J'ai voulu donner cette première observation avec quelques détails , parce qu'elle m'a paru extrêmement intéressante, tant à cause de l'ancienneté qu'avait la maladie, lorsqu'on a commencé à la combattre par des moyens rationnels, du degré de gravité auquel elle était déjà arrivée, et du résultat du traitement, que parce que, par tous les symptômes qu'elle a présentés, elle peut, mieux qu'un autre exemple, donner l'idée de l'affection diabétique.
— Madame D..., de Paris, me fut adressée, le 4 août 1846, par M. le docteur Mancel. Elle se plaignait depuis quelques mois seulement d'une grande altération , de l'épaississement de sa salive, de sécheresse à la peau , et d'une grande débilité musculaire. C'est à ces symptômes que M. Mancel soupçonna qu'elle était diabétique. Il ne tarda pas à en avoir la certitude ; car son urine, examinée au densimètre, marquait de 1040 à 1045, et analysée d'ailleurs par M. Mialhe, il fut constaté qu'elle contenait 120 grammes de sucre par litre.
J'ajouterai que , d'après le souvenir qui est parfaitement gravé dans la mémoire de la malade, son père aurait succombé à tous les symptômes du diabète, et sans que la véritable cause de son dépérissement et de sa mort ait été alors soupçonnée.
Je mis tout de suite cette malade à l'usage des eaux de Yichy en boisson , en même temps qu'elle prenait un bain chaque jour. Bientôt son altération diminua , ainsi que la quantité d'urine sécrétée, et elle se sentait plus de forces pour marcher. Elle
quitta Vichy, après un mois de séjour, et, à son retour à Paris, M. Mialhe ne trouva plus aucune trace de sucre dans son urine.
Elle a continué à boire de temps en temps , chez elle , de l'eau de Vichy, et à s'abstenir autant que possible d'aliments féculents et sucrés ; elle a continué à aller bien , elle a repris ses forces , et , au mois de juillet 1847, elle est revenue à Vichy, parce que je le lui avais recommandé, dans la crainte d'une rechute, mais jouissant d'une excellente santé.
Elle se portait si bien en 1848 , qu'elle ne jugea pas nécessaire de retourner à Vichy. Mais elle a ensuite négligé son régime et l'usage des boissons alcalines, et au printemps de 1849, elle me dit qu'elle sentait de nouveau de la fatigue, de la faiblesse, qu'elle avait un peu plus soif qu'à l'ordinaire, et qu'elle urinait davantage. Je ne pouvais avoir de doutes sur la cause de ces symptômes, et je l'engageai à reprendre son régime , à le suivre plus exactement et à revenir à Vichy, où elle est revenue, en effet, au commencement de juillet. J'ai alors constaté la présence d'une petite quantité de sucre dans son urine. Cinq jours après avoir commencé l'usage des eaux, son urine, mise en ébullition après y avoir ajouté une certaine quantité de potasse, ne montrait plus aucune trace de sucre.
Cette malade va bien maintenant; mais on voit qu'il y a eu déjà une rechute , et le retour de la maladie doit être d'autant plus à craindre chez elle, si elle négligeait de la combattre par le régime et les boissons alcalines , qui lui ont parfaitement réussi jusqu'à présent, qu'elle semble Icnir à une disposition héréditaire.
— Madame A..., de Versailles , était diabétique depuis environ quatre ans, lorsqu'elle vint à Vichy le 9 août 1847. Elle buvait et uvinait considérablement; la transpiration était presque nulle ^ et son urine contenait beaucoup de sucre. Cependant elle n'avait encore éprouvé que très peu d'amaigrissement.
Bientôt tous les symptômes de cette affection disparurent graduellement, et lorsque cette malade quitta Vichy après un mois de traitement , on ne trouvait plus de sucre dans l'urine. Elle continua son régime chez elle , et elle se porta parfaitement jusqu'au mois de mai 1848. A cette époque , quelques symptômes de la maladie ayant reparu, toutefois à un très faible degré et sans qu'elle pût en assigner la cause, elle fit examiner son urine par M. Mialhe, qui y trouva une petite quantité de sucre. Elle revint h Vichy le 8 juin. Malgré ce petit retour de son affection, sa santé me parut s'être considérablement améliorée depuis l'année précédente; elle avait retrouvé ses forces , digérait bien , n'urinait pas sensiblement plus que dans l'état de la meilleure santé, et la peau avait repris presque entièrement ses fonctions. Je ne trouvai que quelques très légers indices de sucre dans son urine , et à la fin du mois, l'ayant soumise de nouveau à l'ébullition avec de la potasse, elle resta parfaitement claire. Enfin, celle malade quitta Vichy très bien portante.
— M. B..., de Valence (Drôme), est venu à Vichy le 4 juillet 1849, se plaignant de douleurs lombaires qui s'étaient quelquefois portées sur d'autres points, et qu'on avait jugées de nature rhu-
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matismale. Ses digestions élaient en même temps longues et pénibles.
En le questionnant, j'appris qu'il était très altéré, qu'il avait la bouche pâteuse, qu'il buvait et qu'il urinait beaucoup ; qu'il avait beaucoup maigri et qu'il perdait chaque jour ses forces. Je le soupçonnai d'être diabétique , ce qui me fut bientôt confirmé par l'examen de l'urine, dans laquelle je constatai la présence d'une très grande quantité de sucre. Cependant la peau continuait à faire ses fonctions ; il transpirait à peu près comme avant d'être diabétique.
Je le mis immédiatement à l'usage des eaux de Vichy dont il prenait de six à huit verres, indépendamment d'un bain, chaque jour. Le 6, aucun changement encore dans l'urine. Le 14, elle ne contenait plus qu'une très petite quantité de sucre. Le 19, soumise de nouveau à l'ébullition, après y avoir ajouté de la potasse, elle est restée parfaitement claire. Les forces du malade sont revenues rapidement, ses digestions se sont rétablies, et il est parti très bien portant, avec la recommandation que je lui ai faite de continuer le régime que je lui ai prescrit, et l'usage des boissons alcalines.
— M. M..., de Marseille, âgé de cinquante ans, est venu à Vichy, le 17 juin 1849, avec tous les symptômes du diabète. Déjà même il était très amaigri, et il se plaignait d'une grande prostration de forces. La transpiration était presque nulle, et son urine, soumise à l'ébullition avec de la potasse, donnait une coloration très foncée.
Je le mis immédiatement à l'usage des eaux, et son urine, examinée de nouveau le 28, c'est-à-dire
onze jours après avoir commencé sa cure , conserva sa couleur naturelle. Ses forces revenaient, son teint était meilleur, et lorsqu'il quitta Vichy, après un mois de séjour, tous les symptômes du diabète, qu'il avait très prononcés à son arrivée, avaient disparu.
— M. L..., de Paris, était diabétique depuis plusieurs années , lorsqu'il vint à Vichy le 17 juin 1849. Soumise à l'ébullition avec add.ition de potasse , son urine m'a donné une coloration très foncée, et appréciée par le même moyen, sept jours après avoir commencé l'usage des eaux, elle a conservé sa couleur normale. Enfin, le malade a quitte Vichy après un mois de séjour, n'ayant plus aucun symptôme de diabète.
— M. F...,deMâcon, âgé de quarante-deux ans, était diabétique depuis treize mois , lorsqu'il vint à Vichy, au mois d'août 1849. La soif était très vive, la salive très épaisse et l'urine très abondante. La langue était couverte depuis neuf à dix mois d'un enduit noir que je n'ai encore rencontré, dans cette affection, que chez ce malade. La transpiration s'était toujours assez bien faite.
Son urine, examinée le 20 août, après quelques jours de l'usage des eaux, m'a donné une coloration extrêmement foncée; le 24, soumise au môme moyen, elle l'est devenue beaucoup moins, et le 29 la coloration était encore plus faible. Le malade se sentait plus de forces, sa salive était moins épaisse, il avait moins soif, et l'urine était moins abondante. Cependant, le 6 septembre, l'urine continuait encore adonner à peu près la même coloration que la der-
nière fois que je l'avais soumise à l'ébuUition avec de la potasse.
Le malade fut alors forcé, par ses affaires, de quitter Vichy. J'ai regretté qu'il n'ait pas pu faire une cure plus longue.
— M. R..., de Reims, après avoir consulté à Paris successivement, les professeurs Chomel, Rouillaud et M. Mialhe, vint àVicliy le 29 juin 1847. Il était diabétique depuis six ans. D'une très forte constitution, il avait résisté assez longtemps à cette affection ; cependant depuis quelque temps il avait maigri et beaucoup perdu de ses forces. Il avait bu pendant longtemps 30 et même quelquefois, m'a-t-il dit, jusqu'à. 38 litres d'eau par jour, et il urinait en conséquence. Sa peau était sèche et ne faisait plus aucune fonction. Ayant enfin adopté un régime très animalisé, et s'abstenant d'aliments féculents , il buvait beaucoup moins, mais encore cependant environ 10 litres par jour.
A son passage à Paris, M. Mialhe avait trouvé beaucoup de sucre dans son urine, et, à son arrivée à Yichy, en ayant fait bouillir avec de la potasse, elle me donna une coloration extrêmement foncée. Le 7 juillet, examinée de nouveau, sa coloration devint aussi foncée que la première fois. Je l'ai examinée ainsi plusieurs fois pendant près de six semaines qu'il estrestéàVichy, et à la fin de son séjour, la coloration qu'elle m'a donnée était seulement un peu moins foncée qu au commencement du traitement. La peau, malgré des bains pris chaque jour, n'avait pas repris non plusses fonctions. Mais, si j'en crois ses voisins de table, il suivait assez mal
DIABÈTE SliCRÉ. 479
son régime. Pourtant il se sentait un peu plus de forces ; il buvait et urinait moins.
M. R... est revenu à Vichy le 6 juillet 1848. Sa santé générale était meilleure que l'année précédente; il avait plus de forces, il était moins maigre, et ses digestions se faisaient parfaitement. Il buvait au plus 7 à 8 litres d'eau par jour, et souvent beaucoup moins ; la sécrétion de l'urine était aussi beaucoup moins abondante , mais la peau était toujours restée sèche. Il avait, il faut le dire, très imparfaitement observé son régime.
J'examinai son urine à son arrivée, et elle me donna encore , par l'ébullilion avec de la potasse , une coloration assez foncée. Le 18, cette coloration devint beaucoup moins prononcée; la transpiration commençait à se rétablir, et la soif diminuait d'une manière notable. Le 28, une nouvelle expérience me donna encore de l'urine moins foncée. Le malade transpirait alors assez fortement, à peu près comme dans l'état de santé; ses forces revenaient rapidement, et la soif était tellement dominée, qu'il ne buvait plus la nuit. Le 7 août, j'examinai encore une fois l'urine , qui me donna une coloration beaucoup plus faible encore que la dernière fois.
M. R... a continué à ne plus, boire la nuit, et, dans le jour, il ne buvait pas sensiblement plus qu'il ne le faisait ordinairement dans son état de bonne santé ; la transpiration continuait à se faire, et paraissait môme tout à fait rétablie. Enfin le 9 août, il quitta Vichy au moins en très bonne voie de guérison.
Je n'ai pas revu ce malade depuis; il m'a paru traiter sa maladie assez légèrement, et n'être pas
d'ailleurs très sévère observateur du régime, et je redoute son insouciaRce.
— Madame D... me fut adressée du département de Loir-et-Cher, le 5 juillet 1849. D'après les renseignements qui sont résultés des questions que je lui ai adressées, j'ai dû penser qu'elle était diabétique depuis près de deux ans; elle avait même remarqué depuis très longtemps qu'à chaque époque menstruelle elle éprouvait une soif extraordinaire. Cette affection paraît s'être développée, chez cette malade, sous l'influence de chagrins longs, très violents et réitérés, et dès son début elle a éprouvé en même temps que les symptômes ordinaires du diabète, des crampes insupportables dans les jambes; il s'est montré aussi très promptement alors une grande foiblesse de la vue. Elle buvait considérablement , me dit son médecin, et de toutes sortes de boissons, même du lait ; mais les boissons acidulées étaient toujours celles auxquelles elle donnait la préférence. Elle avait déjà considérablement maigri ; elle était d'une faiblesse extrême , et depuis qu'elle était diabétique, elle ne transpirait presque plus, même dans les temps les plus chauds. Son urine me donna, au densimèlre, 1032, et, soumise à l'ébullition avec de . la potasse, elle devint extrêmement foncée.
Je la soumis au régime ordinaire des diabétiques, en même temps qu'à l'usage des eaux de Vichy. Au bout de très peu de jours, elle sentait ses forces revenir, ses digestions se faisaient mieux; elle avait moins soif et la sécrétion de l'urine était moins abondante. Son époque menstruelle étant survenue peu de jours après son arrivée , ce ne fut que le treizième jour du traitement que je pus soumettre son urine à
un nouvel examen. Je n'y trouvai plus alors aucune trace de sucre ; déjà la transpiration était presque entièrement rétablie, et la santé générale s'était considérablement améliorée. Elle continua son traitement et, après six semaines de séjour, elle partit ayant repris ses forces, un peu d'embonpoint, les fonctions de la peau se faisant comme dans l'état normal, enfmavec toutesles conditions d'un completréta blissement. Mais, rentrée chez elle, elle s'est bientôt lassée du régime que je lui avais prescrit; elle a mangé du pain, des féculents, comme toute personne bien portante et n'ayant jamais été diabétique; elle a négligé l'usage des boissons alcalines, et j'ai appris que les symptômes du diabète avaient reparu à un certain degré.
— M. d'A..., d'Aix, me fut adressé, le 28 juin 1847, par M. le professeur Ester, de Montpellier. En même temps qu'il était diabétique, il avait tous les symptômes d'une affection grave des voies digestives, surtout des digestions extrêmement pénibles. II était déjà très amaigri, ses forces musculaires étaient affaiblies, et sa peau était devenue complètement sèche, sans aucune transpiration. L'excrétion de l'urine était très abondante, et elle contenait beaucoup de sucre.
Il fît usage des eaux avec les ménagements convenables en pareil cas, et, après peu de jours, il me disait qu'il était déjà beaucoup moins altéré. Sa santé continua à s'améliorer un peu, il reprit un peu de forces, un teint meilleur; mais tout cela revenait lentement, et lorsqu'il quitta Vichy, après une longue cure, bien que la quantité de sucre dans l'urine eût beaucoup diminué, il \ en avait toujours un peu.
De retour chez lui, sa santé a d'abord continué à s'améliorer, mais vers le milieu de l'hiver et surtout à la fin, quoique ayant assez régulièrement suivi son traitement, il a recommencé à perdre ses forces, il a considérablement maigri, et il ne pouvait plus marcher qu'avec de l'oppression et une fatigue extrême. On l'a ramené à Vichy dès le commencement de la saison de 1848, et alors il portait le cachet d'une santé profondément altérée.
Sasoif nétait pas très grande, il ne buvait pas plus de 4 à 5 litres d'eau par jour ; mais la peau était toujours restée extrêmement sèche ; jamais il n'y avait la moindre transpiration. Ce qu'il y avait de plus inquiétant alors, c'était une faiblesse excessive, de l'oppression aussitôt qu'il marchait un peu, de la toux et des digestions on ne peut plus laborieuses. Enfin tous les symptômes de la phthisie avaient déjà pris un tel développement, qu'il n'y avait plus rien à espérer d'aucun moyen, et ce malade a succombé le 14 juillet.
— Madame B..., de Limoges, vint à Vichy au mois de juillet 1848, ayant depuis un an tous les symptômes du diabète , et en même temps des digestions très laborieuses. Ses forces étaient très affaiblies; elle avait un œdème considérable aux jambes, qui s'étendait jusqu'aux cuisses; elle ne transpirait plus , même pendant les temps très chauds , et elle était déjà dans un très grand état d'amaigrissement.
Son urine me donna 1030 au densimètre, et elle se colorait très fortement par l'ébullition avec la potasse. L'existence de l'œdème m'avait fait penser que je trouverais de l'albumine dans l'urine , mais je m'assurai qu'elle n'en contenait pas.
DIABÈTE SUCllÉ. 483
Son état demandait beaucoup de ménagements , et elle dut faire usage des eaux avec beaucoup de modération- Au bout de quelque temps, elle se trouva un peu mieux ^ elle reprit des forces , et , à la fin de son séjour, son urine contenait beaucoup moins de sucre ; mais elle n'a jamais cessé entièrement d'en contenir.
Elle se trouva assez bien chez elle pendant l'automne , et même jusqu'au mois de mars suivant ; mais elle commença alors à perdre de nouveau ses forces ; il se manifesta de la fièvre , de la toux, de l'expectoration , de l'oppression ; l'amaigrissement fit des progrès rapides , et elle revint à Vichy, le 15 mai 1849, avec tous les symptômes d'une phthisie très avancée.
La sécrétion de l'urine n'était pas alors très abondante ; elle ne contenait pas une très grande quantité de sucre , et la soif n'était pas non plus très vive; mais, néanmoins, la poitrine était dans un tel état, que l'on ne pouvait plus même songer à essayer l'action des eaux de Yichy, et, comme j'en avais prévenu la famille, elle a succombé peu de temps après son retour chez elle.
Dans ce cas , comme on voit , les eaux de Yichy ont amené un peu d'amélioration lorsque la malade est venue les prendre la première année ; mais il y avait probablement déjà des tubercules dans les poumons ; et l'estomac était en même temps trop gravement affecté pour qu'il fût possible d'obtenir une guérison.
Je n'entends rien conclure encore des onze faits que je viens de rapporter; j'ai voulu seulement faire connaître ce que l'expérience m'a appris jusqu'à
présent de Temploi des eaux de Vichy contre l'affection diabétique, et d'où il me semble déjà résulter que, quelle que soit d'ailleurs la nature de cette affection et la théorie que l'on pourra adopter plus tard, il est impossible de ne pas reconnaître que , combinées du moins avec un régime animalisé et l'abstinence plus ou moins complète d'aliments féculents , elles ont exercé , dans ces divers cas , une puissante et salutaire action.
Je ferai seulement remarquer, avec quelques autres observateurs, que la suppression de la transpiration, bien que très fréquente, très ordinaire dans cette affection , n'en est cependant pas un symptôme constant, puisque , sur les onze malades que je viens de citer, deux avaient continué à transpirer ; toutefois, il n'en paraît pas moins de la plus haute importance de chercher à la rétablir; car il résulte de toutes les observations qui ont été recueillies jusqu'à présent , que , lorsqu'on y parvient, c'est déjà un très grand pas de fait vers la guérison.
On voit aussi que cette redoutable affection , en général facile à arrêter dans son principe, résiste d'autant plus à l'action du traitement qu'elle est plus ancienne, et que, lorsqu'on attend trop longtemps pour la combattre, elle amène ordinairement de telles altérations dans nos organes , qu'elle ne cède plus alors à aucun remède.
On remarquera enfin que les rechutes sont faciles, et que, par conséquent, le traitement doit être continué longtemps encore après que tous les symptômes de la maladie ont disparu.
DURÉE 1)L BAIN ET DE SA TEMl'ÉRATUUE. 485