CHAPITRE II
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE MODE d'aCTION DES EAUX DE VICHY.
Ces eaux, d'après leur composition chimique, sont évidemment essentiellement alcalines. La soude, à l'état de bi-carbonate, y existe en si grande proportion (environ 5 grammes par litre), elle y prédomine tellement sur les autres principes minéralisateurs, qu'il est impossible de ne pas admettre qu'elle est au moins l'élément principal, essentiel de leur action. C'est aussi ce que démontre, de la manière la plus évidente, l'étude des effets que ces eaux produisent sur le sang et sur toutes lessécrélions. Cependant, il faut reconnaître que les autres éléments qu'elles contiennent, bien qu'en minime proportion, et peut-être même d'autres principes qui nous sont encore inconnus, ont aussi leur action particulière, et peuvent aider ou modifier jusqu'à un certain point celle de la soude. Ce qu'il y a de certain pour moi, après avoir fait un très fréquent emploi du bicarbonate de soude pour tâcher de suppléer, autant que possible, hors de Vichy, chez quelques ma-
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lades, aux eaux naturelles qu'ils ne peuvent pas toujours se procurer, c'est qu'on n'obtient jamais de ce sel exactement lès mêmes effets, ni des effets aussi prompts et aussi certains que ceux qui sont le résultat de l'emploi des eaux naturelles, surtout prises à la source ; et qu'en général les malades n'en supportent l'usage ni à la même dose, ni pendant un temps aussi long, sans que l'estomac s'en fatigue beaucoup plus lot qu'en buvant de l'eau naturelle.
Pour comprendre toute l'importance de celte médication, toute l'attention qu'elle mérite, il doit suffire, ce me semble, de se rappeler que le sang et toutes nos humeurs, excepté les sécrétions de la peau et des reins, présentent toujours, à l'état normal, seulement à des degrés différents, le caractère alcalin, et que les sécrétions de la peau et des reins, qui sont acides, sont excrémentilielles, c'est-à-dire destinées par la nature à être rejelées au dehors.
Une seule sécrétion, manifestement acide, n'est pas excrémentitielle, c'est le suc gastrique ; mais d'abord je ferai remarquer que les liquides sécrétés par l'estomac ne prennent un caractère acide prononcé qu'aux époques de la digestion, et ensuite que cette qualité acide qu'ils acquièrent alors leur est donnée par la nature dans le but d'une fonction toute particulière, comme une condition nécessaire à l'accomplissement d'un des actes les plus importants de la digestion.
Cela seul ne semble-t-il pas indiquer déjà que la présence des alcalis dans le sang, dans une certaine proportion, soit toujours nécessaire, indispensable à l'entretien des phénomènes de la vie? Ne doit-on pas, au contraire, être porté à croire, par le soin
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que prend la nature de rejeter les acides au dehors, à mesure qu'ils résultent des métamorphoses qui s'opèrent dans nos organes, par suite du conflit chimique qui s'établit entre eux et le sang qui les pénètre, que si ces acides ne sont pas éliminés, suivant le but de la nature, ou ne le sont pas assez complètement, et séjournent dans nos humeurs, la santé peut en être compromise? « Puisque, dans les animaux, dit M. Mialhe(l), les principales humeurs sont généralement alcalines, puisque les réactions qui ont journellement lieu dans l'économie animale se passent, pour la plupart, dans un milieu alcalin, il est incontestable que si ces humeurs viennent à changer de nature, si elles deviennent neutres et surtout acides, il en surgira infailliblement des troubles fonctionnels considérables. En présence des acides, ou seulement en l'absence des alcalis, les phénomènes chimiques accoutumés ne se produiront plus de la même manière ; le travail de la nutrition n'accomplira plus les métamorphoses nécessaires, tous les liquides vitaux dont la composition est alors si opposée à leur nature, ne seront plus aptes à déterminer les changements interstitiels, les modifications intimes qu'ils sont destinés à faire naître dans la profondeur des organes. L'économie, inhabile à supporter un pareil état, luttera d'abord ; mais bientôt, cédant à cet envahissement général, l'affaiblissement, la maigreur surviendront, conjointement avec de graves maladies, qu'il ne sera plus facile de maîtriser, si les acides dominent depuis longtemps. »
(1) Union médicale , février 18.'i8.
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L'observation ne nous apprend-elle pas, en effet, que le défaut d'une alcalinité suffisante, ou l'existence dans nos liquides d'une certaine acidité, est incompatible avec un bon état de santé? N'est-il pas, par conséquent, plus important qu'on ne le croit généralement, surtout lorsqu'on a des doutes sur la nature de certaines affections, de s'assurer si nos sécrétions sont plus ou moins acides ou alcalines? N'avons-nous pas d'ailleurs pour cela des moyens d'appréciation très simples, très faciles à employer, et ces moyens ne peuvent-ils pas souvent nous éclairer sur la meilleure médication à conseiller? Toutes les fois, par exemple, que les sécrétions de la bouche deviennent acides, au lieu d'être alcalines ou au moins à l'état neutre, comme dans l'état normal , n'est-ce pas , indépendamment de l'action corrosive que cette acidité de la salive exerce sur les dents, et de l'affection dont les gencives sont alors elles-mêmes le siège, un indice certain de quelques autres troubles dans nos fonctions ? Le plus souvent, dans ce cas, l'estomac est malade et sécrète lui-même une trop grande quantité d'acides, et alors les malades se plaignent souvent d'un sentiment d'acidité et de corrosion dans l'estomac, qui se propage quelquefois jusqu'à la gorge et à la bouche, en même temps que les digestions sont troublées, plus ou moins pénibles^ et quelquefois impossibles; et cet excès d'acidité dans l'estomac ne se borne pas à troubler les digestions, l'organe lui-même souffre du contact de ses propres sécrétions, qui ne sont probablement pas alors sans influence sur le développement de ces altérations graves que présentent quelquefois ses parois.
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Il y a déjà longtemps que certaines altérations graves de nos tissus ont été attribuées à l'acidité morbide de nos humeurs, et que des faits ont été cités ; mais, bien que ces remarques aient été faites par de bons observateurs, par des hommes d'un grand mérite, elles n'ont frappé personne depuis ; on n'y a fait aucune attention, ou du moins on n'y a attaché aucune importance, et elles sont restées sans résultat. Lorry (1) dit avoir remarqué que le virus cancéreux est assez acide pour faire effervescence avec les terres absorbantes, et il attribue la fragilité des os, que l'on remarque chez les malades affectés de cancer, à l'action rongeante d'un acide, par suite delà résorption de ce virus. Il parle d'une femme qui aimait trop les acides et qui mourut avec ses os extrêmement ramollis — Millier acidis nimium délecta, ossibus mirum in moduni emolliiis periit — , et il cite, comme ayant été témoins de faits semblables. Cl. V. Pringle et Navier. Il dit que le rachitisme des enfants est tout acide — Racliitis infantum tota acida est — , et il ajoute que c'està cause du ramollissement des os dans la maladie vénérienne qu'Astruc prétendait que son virus était acide. Il cite encore une femme cancéreuse, ayant des douleurs dans les os, chez laquelle il a constaté que la salive était acide, et qui mourut avec ses dents toutes corrodées.
Bordeu a aussi émis l'opinion (2) que , dans la cachexie scrofuleuse, il y a coagulation des humeurs, ce qu'il attribue à une acrimonie acide, et il dit que si la scrofule affecte plus spécialement les jeunes
(1) De melancholia et morUs melanchoUcis. Paris , 1765.
(2) Dissertalion sur les écrouelks. F'aris, 1767.
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sujets, c'est que, chez eux, ce qu'il regarde d'ailleurs comme un fait qu'on ne saurait désavouer, les liqueurs ont plus de penchant à devenir acides que chez les adultes.
Un chimiste ayant mis dans l'alcool les parotides d'un scrofuleux, dit avoir vu des cristaux d'acide oxalique se former dans la liqueur (1).
N'est-ce pas ici le cas de rapprocher de ces observations, déjà anciennes , une opinion émise, il y a quelques années, par M. Mialhe, sur la cause de la formation des tubercules et des engorgements glandulaires? Ce chimiste, qui est en même temps médecin, et dont l'opinion, précisément à cause de cette double qualité^ doit avoir de la valeur, paraît disposé à voir cette cause dans une prédominance acide. «C'est àla classe des fluidifiants qu'il faudrait, selon moi, dit-il, s'adresser pour enrayer le travail plastique qui caractérise le début de certaines affections, telles que la phthisie et les scrofules, tandis que cette même classe de corps, administrée à une époque plus avancée de la maladie, loin d'amener de l'amélioration, hâterait, au contraire, le travail désorganisateur que l'on sait être l'indice d'une terminaison fâcheuse. »Et plus loin, après avoir combattu l'opinion de ceux qui n'ont pas, au même degré que lui, la conviction que la thérapeutique peut s'éclairer de l'étude chimico-physiologique des humeurs en général et du sang en particulier, il ajoute : « Enfm, s'il est vrai que l'étude chimique des réactions du sang est impropre à fournir des inductions pratiques à la médecine, comment expliquer que les agents antiscrofuleux, dont l'observation clinique a sanctionné la valeur, carbonate de potasse, de soude et
(1) Journal de pharmacie , 1828.
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d'ammoniaque, acétate de potasse, iodiire de potassium, etc., appartiemient précisément tous à la classe des fluidifiants, comme ma théorie indique que cela doit être ? »
C'est là une question d'autant plus importante à étudier qu'elle a trait à des affections malheureusement fort communes, extrêmement graves, et sur la nature desquelles il serait bien à désirer que l'on fût mieux éclairé, afin de tâcher de les prévenir, d'en empêcher le développement ; car on sait que, lorsque des tubercules se sont formés, et qu'ils occupent déjà une certaine étendue des poumons ou d'autres organes, nous ne pouvons plus leur opposer que des moyens presque toujours impuissants.
Ce qui vient parfaitement à l'appui de l'opinion que les produits acides de notre économie, lorsqu'ils ne sont pas constamment et suffisamment éliminés parla transpiration cutanée, peuvent altérer la santé de la manière la plus grave , c'est que , comme le fait remarquer le docteur Fourcault(l), les maladies chroniques les plus graves sont endémiques dans les prisons. Ne sait-on pas aussi, comme le dit le môme médecin, que les jeunes filles élevées dans les hospices et dans d'autres établissements de charité, lorsqu'elles vivent dans le repos, occupées seulement à des travaux à l'aiguille, et qu'elles ne prennent, par conséquent, que peu d'exercice, s'étiolent, se flétrissent, dépérissent, et deviennent, pour la plupart, rachitiques, scrofuleuses, phthisiques,, après avoir été chlorotiques et leucorrhéiques? N'en est-il pas ainsi pour les animaux eux-mêmes, et ne sait-on pas, par exemple, que les affections tuberculeuses sont très communes parmi ceux qui peuplent nos
{l) Union médicale, iaii\iev ISbO.
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ménageries? Or, dans toutes ces conditions d'existence, ne reconnaît-on pas, sur le développement des maladies scrofuleuses et de la phthisie, l'immense influence de l'inactivité des fonctions cutanées, de la suppression lente et graduelle de la transpiration insensible, en un mot, du séjour des acides dans nos humeurs, conséquence de cette inactivité, de la suppression plus ou moins complète des fonctions de la peau ? Et si l'humidité vient ajouter ses effets à ceux de la vie sédentaire, en diuiinuant encore, en empêchant davantage la transpiration cutanée, ne voit-on pas se développer des diathèses plus dangereuses, des maladies plus graves, des difformités plus nombreuses, et la mort étendre ses ravages?
Dans une note que j'avais communiquée à la Société de médecine de Paris, et qui a été publiée dans la Gazette des hôpitaux (1), j'ai donné les résultats de quelques recherches que nous avions faites, M. d'Arcet et moi, pour tâcher d'arriver à connaître quelles devaient être les qualités du lait de bonne nature, les chimistes n'étant pas d'accord sur ce point, et l'ayant indiqué jusque-là comme étant tantôt acide, tantôt alcalin.
Dans cette note, j'ai montré que les vaches qui vivent renfermées dans les établés, comme cela se pratique à Paris, donnent presque toujours du lait acide ou très peu alcalin, et l'on sait que , dans ces conditions, elles deviennent presque toujours tuberculeuses; tandis que celles qui vivent en plein air et dans de bons pâturages , fournissent ordinairement du lait ayant une alcalinité très prononcée, et conservent une excellente santé.
(1) Mars 1839.
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Nous avons voulu savoir si les qualités de bonnes ou de mauvaises nourrices ne tenaient pas à ce que leur lait était tantôt alcalin et tantôt acide , et nous avons étudié l'influence que ces divers laits exerçaient sur la santé des enfants. Nous avons remarqué qu'en effet, ceux dont les nourrices fournissaient du lait alcalin, ne le vomissaient jamais ou du moins ne le vomissaient que très rarement, qu'ils le digéraient en général parfaitement, et que leur santé n'était presque jamais altérée; tandis que ceux qui tétaient du lait acide, outrés faiblement alcalin, le vomissaientpresque immédiatement en caillots plus ou moins gros , et qu'il en résultait de graves inconvénients pour l'enfant, en même temps que cela dénotait une mauvaise disposition de santé chez la nourrice.
On observe, en effet, que lorsque le lait rencontre une trop grande acidité dans l'estomac, ou qu'il est lui-même déjà un peu acide avant d'être avalé , il se coagule immédiatement , se transforme en une sorte de pelote indigeste que l'enfant est obligé de vomir , et que , s'il continue quelque temps à faire usage du même lait , son estomac ne tarde pas à se fatiguer et à devenir malade. C'est ainsi que l'on voit souvent, à la suite d'une semblable alimentation, des enfants pris de coliques, de dévoiement , qui dépérissent journellement et finissent par succomber ; et si , dans ce cas , on examinait le lait de leurs nourrices, au moyen du papier de tournesol, on s'assurerait que, le plus souvent, tous ces désordres tiennent à son défaut d'alcalinité suffisante , et , au lieu de changer la nourrice , comme on le fait ordinairement alors , il suffirait souvent de modifier son régime , et surtout d'ajouter un peu de soude à ses boissons habituelles,
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pour faire cesser tous ces accidenls. Guidé par ces principes, j'ai souvent donné le conseil, et avec succès, à des mères qui voulaient élever leurs enfants au biberon , d'ajouter toujours une petite quantité de bi-carbonate de soude au lait qu'elles leur donnaient.
Tous ces faits, toutes ces observations auraient sans doute besoin d'être répétés avec soin et beaucoup plus multipliés, pour qu'il fût possible d'en déduire , dès à présent et avec une certaine autorité , des conséquences pratiques ; mais si , en effet , il était bien démontré qu'une très grande prédominance acide joue un rôle aussi important dans le développement des affections cancéreuses et scrofuleuses que pourraient le faire supposer ces premières remarques, ne deviendrait-il pas possible alors de prévenir ce développement , en défendant l'usage, et surtout l'abus si commun des acides , et en conseillant, au contraire, l'emploi des boissons alcalines.
Il ne faut cependant pas voir seulement, dans les effets des eaux minérales de Vichy, l'action chimique qu'elles produisent sur nos humeurs; il faut aussi tenir compte de celle qu'elles exercent sur la vitalité de nos organes, action qui doit tenir, comme je l'ai déjà dit en parlant des eaux minérales en général , et à la température plus ou moins élevée à laquelle on les emploie, peut-être même à la nature particulière de cette température , et à l'impression plus ou moins vive que produisent sur les membranes muqueuses et sur la peau les principes qui les minéralisent, et d'où il résulte nécessairement une excitation plus ou moins forte qui se propage par de nombreuses sympathies à tout l'organisme.
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Dans cette action complexe des eaux de Vichy, dans les affections chroniques, lorsqu'elles sont appliquées à propos , et employées à doses convenables , on observe ordinairement aussi un effet sédatif très remarquable, ce même effet , sans doute, que les médecins italiens ont appelé contro - stimulant. Il est en effet 1res remarquable de voir des malades qui, à leur arrivée, présentent encore, à l'exploration, une sensibilité plus ou moins prononcée , soit à Tépigastre , soit dans la région hépatique , ou dans quelque autre point de l'abdomen, suivant l'organe affecté , et chez lesquels après quelques jours de l'usage des eaux , par conséquent sous l'influence d'une médication excitante, on voit cette sensibilité s'éteindre graduellement , en même temps que les fonctions des organes malades reviennent à l'état normal.
Mais néanmoins l'effet essentiel des eaux de Vichy, l'effet le plus marqué qu'elles produisent , c'est , en même temps qu'elles combattent les prédominances acides que l'on observe dans certaines affections , de rendre le sang plus liquide ; et c'est précisément parce que ces eaux sont alcalines , qu'elles contiennent du bi-carbonate de soude en grande proportion, qu'elles produisent cet effet sur le sang, qu'elles sont fluidifiantes , antip l astiques , et que, depuis des siècles, l'expérience a montré qu'elles sont essentiellement désobstruantes ^c'esi-kdire fondantes et résolutives.
Voici , au reste , les principaux phénomènes que l'on observe sous l'influence de cette médication.
Que les eaux de Vichy soient administrées en boisson ou en bains , elles sont facilement absorbées et portées immédiatement par la circulation dans
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tous nos organes , dans tons nos tissus, et l'on sait , surtout depuis les expériences de M. d'Arcet , celles de M. Chevallier, professeur à l'École de pharmacie, et les nombreuses observations que j'ai moimême recueillies^ que leurs effets ne tardent pas à se manifester, surtout par les modifications qu'éprouvent nos humeurs , ce dont il est très facile de se convaincre en examinant l'urine et la transpiration cutanée, qui, d'acides qu'elles étaient auparavant, acquièrent promptement des qualités alcalines.
M. d'Arcet a fait un grand nombre d'observations à Vichy, qui montrent avec quelle facilité ces eaux rendent l'urine alcaline et à quelle dose il convient de les employer pour obtenir ce résultat.
« Un verre ou deux décilitres d'eau thermale de Yichy, dit ce célèbre chimiste, contenant environ un gramme de bi-carbonate de soude, pris à jeun, et l'urine étant acide, ne suffit pas pour alcaliser cette sécrétion; l'urine, quoique moins acide , reste parfaitement claire, et ne laisse déposer qu'un peu de mucus, dans l'espace de douze heures.
» En prenant à jeun deux verres d'eau de Vichy, qui contiennent environ deux grammes de bi-carbonate de soude , l'urine devient promptement alcaline; elle est alors très claire, et ne laisse déposer en refroidissant que peu de mucus. Les urines rendues pendant la journée ont les mêmes caractères , et ce n'est que huit ou neuf heures après avoir bu l'eau de Vichy, que l'urine reprend son acidité naturelle.
» Trois verres d'eau de Vichy, bus à jeun , influent sur la sécrétion de l'urine de manière à la rendre alcaline presque pendant vingt-quatre heures; Tu-
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rine, dans ce cas, est parfaitement claire, et ne laisse déposer, en refroidissant à l'air, que très peu de muGiis.
» En buvant quatre verres d'eau de Vichy, qui représentent à peu près quatre grammes de bi-carbonatede soude sec, l'urine est constamment alcaline; cette urine est bien claire , et ne laisse déposer que peu de mucus, quoique restant exposée à l'air pen^ dant douze heures.
» Cinq verres d'eau de Vichy, bus le matin à jeun, produisent les mêmes effets , mais d'une manière encore plus prononcée. A ce terme, l'urine est constamment alcaline et parfaitement claire ; celle que l'on rend le matin est très colorée, bien claire, et ne laisse déposer que très peu de mucus ; l'alcalinité augmente encore dans l'urine de la nuit, lorsqu'on s'est baigné dans l'eau minérale avant le dhier, et surtout lorsqu'on a dû , pour remédier à une digestion pénible , boire un verre d'eau de Vichy dans le courant delà soirée.
» Ce qui précède fait voir que les buveurs d'eau qui prennent , à Vichy, jusqu'à cinq verres d'eau minérale , chaque matin , et qui se baignent en outre tous les jours dans l'eau thermale (1) , se trouvent soumis à un régime dont le résultat doit être d'alcaliser leur urine pendant tout le temps qu'ils prennent les eaux, c'est-à-dire trente ou quarante jours de suite (2) ^j»
Pour démontrer l'innocuité de l'emploi des sels alcalins, M. d'Arcet cite encore des faits plus positifs, qu'il a été à môme d'observer.
(1) M. d'Arcet a plusieurs fois constaté que le bain d'eau ilierraale suffit seul pour alcaliser l'urine,
(2) Annales de chimie et de physique , 1826.
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« Dans les fabriques, dit-il, oi^i l'on extrait le sel de soude de la soude brute, il y a des ouvriers qui passent leur vie à piler, tamiser, embariller le sel de soude. Ce sel, au sortir du four, est réduit en poudre et tamisé , étant souvent encore très chaud ; l'atelier oii se fait cette opération est ordinairement bien clos, afin de ne pas perdre le sel de soude en poudre que le pilage et le tamisage portent dans l'air en si grande quantité , que les parois des murs et les vêtements des ouvriers en sont bientôt tout couverts. Ces ouvriers passant dix heures par jour dans cet atelier, et ne prenant aucune précaution, y doivent respirer et avaler une grande quantité de sel de soude. J'ai conduit un atelier dans lequel on fabriquait jusqu'à mille kilogrammes de sel de soude par vingt-quatre heures ; plusieurs des ouvriers qui y travaillaient depuis six à sept ans, ayant été interrogés à ce sujet, ont tous déclaré qu'ils n'y éprouvaient aucune incommodité^ qu'ils y avaient seulement plutôt faim et plus faim que dans les autres ateliers de la fabrique ; qu'ils étaient , en général y plutôt constipés que relâchés, mais qu'ils n'éprouvaient point de gêne de cet état. J'ai, en outre, constaté que l'urine rendue par ces ouvriers était rarement acide, et, au contraire, presque toujours très fortement alcaline. »
Il est donc évident que l'urine, qui est ordinairement acide, peut devenir fortement alcaline , et être entretenue des mois entiers à cet état, non seulement, comme le prouve maintenant l'expérience de plusieurs siècles , sans donner lieu à aucune gêne , à aucun accident, mais en contribuant, au contraire, au bien-être et au rétablissement de la santé.
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L'action que les bains d'eau thermale de Violiy exercent sur la peau ne se fait guère remarquer que par une légère excitation qui y appelle le sang et la fait légèrement rougir ; encore cet effet n'est-il bien sensible que lorsque les bains sont d'eau minérale non mitigée , et qu'on y reste un certain temps. La peau devient alors manifeslement rouge et marbrée ; mais cet effet ne persisle pas ordinairement longtemps après la sortie du bain. Certains malades y éprouvent des picotements , et se plaignent même, au bout de quelques jours, d'y conserver quelques rougeurs accompagnées de démangeaisons.
L'absorption paraît se faire dans le bain avec une grande facilité, puisqu'il suffit ordinairement d'en prendre un seul, et sans que l'on ait fait usage de cette eau minérale en boisson, pour rendre l'urine alcaline. Cette expérience, qui avait d'abord été faite par M. d'Arcet, a été souvent répétée depuis, notamment par M. Chevallier et par moi. Dans une première expérience, M. Chevallier avait observé que, pendant un bain d'eau minérale pure qui avait duré quatre-vingt-neuf minutes, son urine, qui était très acide auparavant, avait perdu graduellement de son acidité , était passée à l'état neutre , et enfm était devenue tout à fait alcaline. Dans d'autres expériences faites conjointement avec moi, presque toujours l'urine de M. Chevallier passait à l'état alcalin après vingt minutes environ de séjour dans le bain, tandis qu'il me fallait une heure et demie pour arriver au même résultat; mais aussi nous avons remarqué que je restais à l'état alcalin beaucoup plus longtemps que lui. On conçoit, d'après cela, combien plus facilement encore l'urine acquiert le carac-
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tère alcalin, lorsque, indépendamment d'un et quelquefois de plusieurs bains, les malades boivent plusieurs verres d'eau dans le courant de la journée; et l'on voit, d'après les expériences que j'ai rapportées, que l'absorption ne varie pas seulement suivant les individus, mais qu'elle peut varier chez le même individu, suivant certaines dispositions particulières.
A mesure que l'urine devient alcaline, on voit disparaître le mucus qu'elle laissait déposer auparavant, en se refroidissant. Elle fmit par devenir très claire , et laisse à peine déposer un peu de mucus, après être restée exposée à l'air pendant dix ou douze heures. Du reste, la quantité d'urine en elle-même n'est pas augmentée par ce traitement d'une manière très sensible ; du moins celte augmentation n'est pas constante chez tous les malades, et elle semble tenir autant à la quantité d'eau qu'ils boivent qu'à la qualité diurétique de cette eau.
L'action des eaux de Vichy ne se borne pas à changer la nature de l'urine. La sueur qui, dans l'état de santé, est toujours acide, excepté surqueU ques parties de la peau, devient elle-même alcaline chez les malades soumis à leur action. On observe seulement que l'urine passe en général à l'alcalinité avant la transpiration. Néanmoins celle-ci ne manque pas ordinairement de devenir alcaline, au bout de très peu dejours, et de se maintenir à cet état, seulementà un moindredegré, pourvu quelesmalades continuent à prendre à peu près la même quantité d'eau que l'on sait être ordinairement nécessaire pour entretenir l'alcalinité de l'urine. L'alcalisation ne paraît pas augmenter beaucoup plus la transpiration cutanée que la sécrétion urinaire ; seulement.
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par cela môme que les bains sont de nature alcaline, ils débarrassent parfaitement la peau de toutes ses sécrétions , ils en ouvrent les pores, et en facilitent les fonctions. Chez quelques malades cependant la transpiration paraît augmenter sensiblement pendant qu'ils font usage de ces eaux ; mais il semble que cela tient surtout à l'état de l'atmosphère et à la plus ou moins grande quantité d'eau qu'ils boivent ; car l'alcalisation, sous une température moins élevée, n'augmente pas la transpiration d'une manière notable. Elle est néanmoins toujours assez abondante , pendant la saison chaude , pour qu'il soit facile de s'assurer de son étal acide ou alcalin. Celte sécrétion peut môme être portée à un très haut degré d'alcalinité ; c'est ce que j'ai constaté chez quelques malades qui ont le privilège de pouvoir boire une grande quantité d'eau minérale , sans aucun inconvénient et môme avec un grand avantage pour le rétablissement de leur santé, et chez lesquels le papier de tournesol, rougi par un acide, passait à l'instant au bleu le plus foncé, aussitôt qu'on l'humectait un peu en l'appliquant sur la peau.
Quant aux sécrétions fournies par les membranes muqueuses , comme , dans l'état santé, elles sont ordinairement à l'état alcalin ou au moins à l'état neutre, si ce n'est celles que renferme l'estomac, et plus particulièrement pendant l'acte de la digestion , les boissons alcalines ont sur elles un effet beaucoup moins sensible; cependant elles ne restent nullement étrangères à leur action : il est facile de s'assurer qu'elles acquièrent promptement un degré d'alcalinité qu'elles n'avaient pas auparavant. Les
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boissons alcalines paraissent aussi avoir pour effet de rendre ces sécrétions beaucoup moins abondantes, moins épaisses et moins plastiques. C'est du moins ce qu'on observe ordinairement, lorsqu'on emploie les eaux de Vichy contre certains catarrhes chroniques , et notamment contre ceux de la vessie. N'est-ce pas à cette propriété que possèdent les eaux de Vichy, de diminuer la sécrétion des muqueuses, qu'il faut attribuer la rareté des selles que l'on observe si communément chez les malades qui en font usage ? Ce dernier effet se remarque chez un si grand nombre d'entre eux, surtout lorsqu'ils boivent ces eaux à doses modérées et en en espaçant convenablement les verres , pour qu'elles puissent être facilement digérées , qu'il semble étonnant que les médecins anciens les aient considérées comme étant purgatives. Ainsi Claude Fouet dit, en parlant de leurs vertus , qu'elles sont apéritives , désopilatives et purgatives. On a peine à concevoir comment une telle opinion a pu s'accréditer. Le fait est que si elles ont jamais été purgatives , ce dont il est permis de douter , elles ne le sont plus aujourd'hui. Déjà Desbrest s'est élevé contre cette opinion. « Il est bien étonnant, dit-il, que tous les médecins , tant de la capitale que des provinces , regardent les eaux de Vichy comme ayant particulièrement la propriété d'être purgatives , tandis que l'observation et l'expérience prouvent , incontestablement , qu'elles font presque toujours un effet contraire ; c'est-à-dire qu'elles resserrent et qu'elles constipent le plus grand nombre des malades qui en font usage. « Il faut dire cependant qu'en effet, chez un certain nombre de malades, ces eaux provo-
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quent quelquefois plusieurs selles dans la journée, mais ordinairement sans coliques et sans fatigue. Je me rappelle un malade chez lequel elles avaient, sous ce rapport, une action extraordinaire, et qui m'obligea à en faire cesser l'usage ; c'était au point qu'un demi-verre par jour suffisait pour produire l'effet d'un purgatif des plus actifs : un seul bain, sans la moindre quantité d'eau prise en boisson, produisait môme souvent un résultat semblable ; mais c'est là un cas tout à fait exceptionnel. En général, lorsqu'elles agissent comme purgatives, cela parait tenir à quelques circonstances particulières, telles que, par exemple, l'existence de quelque affection intestinale, un mauvais régime, ou bien à ce que le malade en a bu plus que son estomac ne pouvait en supporter ; et encore souvent alors il succède à ce dérangement momentané une consti pation opiniâtre que l'on est obligé de combattre, soit par des lavements, soit par quelques laxatifs.
Les eaux de Yichy exercent évidemment une action très énergique sur la circulation. Elles augmentent non seulement l'activité des vaisseaux capillaires sanguins, mais aussi celle de tout le système lymphatique. Ainsi, lorsque les malades ont des plaies, elles ne tardent pas ordinairement à devenir rouges, douloureuses et saignantes ; il semble que le sang acquière sous l'influence de l'alcalisation une expansion plus active, et que la vitalité de tout le système capillaire en soit augmentée. Aussi, ces eaux ne conviennent-elles nullement dans les maladies du cœur ayant une certaine gravité, dans les catarrhes pulmonaires encore accompagnés d'une certaine irritation, chez les phthisiques, chez les malades
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sujets à l'hémoptysie , et en général dans toutes les affections des organes qui , comme les poumons , joignent à une organisation éminemment vasculaire une grande irritabilité. Mais si elles peuvent être nuisibles dans les cas que je viens d'indiquer , à cause de l'action qu'elles exercent sur le système vasculaire, et qu'il faut sans doute attribuer à l'alcalinité plus grande que le sang a alors acquise; précisément à cause de cette même action , et employées avec discernement , elles fournissent à la médecine un moyen puissant pour combattre la plupart des affections chroniques, et particulièrement celles si nombreuses et si variées qui ont leur siège dans les organes du bas-ventre. N'est-ce pas aussi , du moins en grande partie , à cette légère excitation qu'elles provoquent dans tout le système vasculaire , qu'il faut attribuer les heureux effets qu'on en obtient dans la chlorose, dans les affections du système lymphatique , et particulièrement chez les enfants scrofuleux ?
J'ai déjà fait remarquer qu'en rendant le sang plus alcalin, les eaux de Vichy le rendaient aussi nécessairement plus fluide, ou du moins qu'elles s'opposaient à son épaississement. C'est une observation qui semble avoir été faite par la plupart des médecins qui les ont administrées. « Ces eaux, dit Emmanuel Tardy, qui en était l'intendant vers le milieu du xvm^ siècle , ne conviennent point à toutes les maladies qui sont l'effet de la tiYjp grande ténuité ou dissolution du sang. »
Desbrets (1), qui écrivait en 1778, dit aussi qu'on
(1) Traité des eaux minérales de Chdleldon , de celles de Vichy et de Haulerive. Moulins, 1778, iii-12.
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ne doit jamais les prescrire aux malades qui sont attaqués du scorbut, ou qui ont une disposition à cette maladie. « Elles ne conviennent donc, ajoutet-il, dans aucune des circonstances où l'on peut soupçonner de l'alcalescence dans les humeurs , lorsque le sang est dissous , etc. »
Les effets que les eaux de Vichy produisent sur le système nerveux varient à l'infini. Ils dépendent tout à fait de la susceptibilité plus ou moins grande et quelquefois très mobile de chaque malade. En général, ils supportent facilement la dose ordinaire, qui varie de trois à six verres par jour, lorsque les voies digestives ne sont pas dans un état trop grand d'irritation, ou qu'elles ne sont le siège d'aucune inflammation à l'état aigu. J'ai vu des malades en prendre, dans certains cas où une forte alcalisation me semblait nécessaire, jusqu'à quinze , vingt verres par jour, et même davantage, indépendamment d'un et quelquefois de deux bains, non seulement sans inconvénient, mais avec un grand avantage pour leur santé. D'autres, au contraire, ne peuvent en supporter la plus légère quantité , quoique se trouvant en apparence dans des conditions convenables pour les prendre ; leur estomac s'en trouve instantanément etspasmodiquement affecté, et il leur est impossible de les digérer; mais ce sont là des susceptibilités exceptionnelles que l'on rencontre dans l'application de tous les remèdes, et qu'il est impossible de prévoir. Ces exemples doivent seulement apprendre à procéder avec prudence, à tâtonner un peu, comme toutes les fois que l'on doit administrer un remède un peu actif à un malade dont on ne connaît pas la susceptibilité. D'ailleurs, ces exceptions sont très rares,
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el encore, dans le cas môme où un malade ne peut pas supporter les eanxen boissons, peut-on ordinairement tirer un grand avantage des bains employés seuls, et que l'on répète alors plus souvent. On peut d'autant mieux remplacer l'eau en boisson par un plus grand usage de bains, qu'en général les malades en prennent une grande quantité sans éprouver la fatigue et l'affaiblissement que produisent souvent ceux d'eau douce. J'en ai vu s'étonner de pouvoir conserver et même gagner des forces en se baignant tous les jours et pendant plusieurs semaines de suite, tandis que quelques bains d'eau douce suffisaient pour les affaiblir à tel point qu'ils étaient obligés d'y renoncer.
Pendant les premiers jours du traitement, on n'observe pas en général d'effets bien sensibles. Quelquefois seulement les malades se plaignent d'un peu de fatigue dans les membres, de pesanteurs de tête, d'une sorte d'enivrement, et ils éprouvent^, dans le jour, un penchant assez prononcé au sommeil ; ce qui provient évidemment de ce que, soit aux fontaines, soit au bain, ils ont respiré un air chargé de l'acide carbonique que les eaux dégagent en très grande quantité. Au bout de très peu de jours, lorsque les organes digestifs ne sont pas trop fortement affectés, l'appétit manque rarement de se développer ; il devient même quelquefois si vif qu'il est fort difficile d'empêcher les malades de s'y livrer complètement; mais il ne persiste pas au même degré pendant tout le cours du traitement. Il se calme naturellement après un certain temps, et il se perd même tout à fait lorsque les malades en abusent.
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A une époque un peu plus aYancée du traitement, mais qui varie beaucoup suivant la susceptibilité des malades, la quantité d'eau prise en boisson, le nombre et le degré de force des bains, on commence à observer une certaine excitation du système nerveux. Quelques malades du moins se plaignent de mal dormir, d'avoir le sommeil agité, interrompu. Ils éprouvent quelquefois des picotements, des démangeaisons à la peau, une agitation générale, et Ton remarque alors assez ordinairement aussi une sensibilité plus grande des organes malades. Cette excitation, tant qu'elle ne va pas plus loin, n'a rien qui doive inquiéter; il semble même qu'elle soit nécessaire pour modifier les affections chroniques et en amener la résolution. Cependant, lorsqu'elle est déjà arrivée à un certain degré, que l'appétit devient moins vif, et particulièrement lorsque les malades commencent à éprouver de la répugnance à boire, il est prudent de faire cesser le traitement, ou au moins de le suspendre pendant quelques jours, si l'on pense qu'il soit nécessaire de le continuer plus longtemps. On peut quelquefois alors, pour calmer plus promptement les malades, leur faire prendre quelques bains d'eau douce ; mais cela n'est pas ordinairement nécessaire ; le calme revient naturellement; il suffit pour cela de quelques jours de repos. Ces symptômes d'excitation un peu vive ne s'observent d'ailleurs que sur un certain nombre de malades; on en rencontre beaucoup chez lesquels, malgré une grande quantité de bains et d'eau en boisson, ils sont à peine sensibles. Une chose même digne de remarque, c'est que l'on voit quelquefois, sous cette médication essentiellement tonique et
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excitante, des affections nerveuses, mais paiiiculièrement celles qui ont leur siège dans le système ganglionnaire du grand sympathique, se calmer et même guérir parfaitement. J'ai observé plusieurs cas de ce genre : un d'eux mérite d'être cité. Le sujet de cette observation était une jeune dame de Moulins, qui vint à Vichy, le 4 juillet 1834. Après un accouchement qui avait eu lieu treize mois auparavant, elle fut prise de douleurs vives dans les hypocondres , et quelque temps après d'une fièvre intermittente qui dura sept mois. Elle m'assura que les ovaires et la rate avaient été le siège de gonflements très considérables, que les médecins qui lui avaient donné des soins avaient pu alors parfaitement constater. Ses règles, qui avaient reparu depuis l'accouchement, s'étaient supprimées lorsque la fièvre intermittente se manifesta. A son arrivée à Vichy, il ne restait plus, ou du moins je ne pus reconnaître qu'une légère tuméfaction à la rate. Cependant cette malade était dans un état de maigreur et de faiblesse extrême, et depuis quatre mois elle était prise, presque tous les deux ou trois jours, de douleurs vives dans la direction de l'ovaire droit, accompagnées de coliques utérines des plus violentes ; il se joignait à cela des spasmes et des douleurs dans tout le ventre. Elle ne pouvait rester qu'assise dans son lit et penchée en avant ; elle gardait presque constamment cette position pendant vingt-quatre heures, et quelquefois davantage que duraient ses crises, sans pouvoir rien prendre, pas même une gorgée d'eau. Il n'y avait pas de lièvre. La malade était si faible dans l'intervalle des crises qu'elle ne pouvait faire quelques pas que soutenue par deux personnes.
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Je voulus de suite la renvoyer, presque certain que les eaux seraient impuissantes, si elles n'étaient pas nuisibles; il fallut toute son insistance pour que je consentisse à en essayer à très faible dose. Je fus bientôt obligé de renoncer tout à fait à lui en faire prendre en boisson, car elle ne pouvait en supporter la plus petite quantité; mais elle m'assura qu'elle se trouvait très bien des bains, et elle les continua. Il faut dire qu'elle avait souvent essayé chez elle des bains d'eau douce, que ces bains ne lui avaient fait aucun bien, et que même elle avait beaucoup de peine à les supporter. Cette malade éprouva encore trois de ses crises dans les premiers jours qu'elle passa à Vichy, mais ensuite elles disparurent complètement. Elle prit habituellement deux bains par jour, et je fus tout étonné de la voir se rétablir avec la plus grande rapidité. Elle resta à Vichy jusqu'au 28 août. Elle marchait alors très facilement, ne souffrait plus, mangeait et digérait bien; elle avait déjà repris toutes ses forces et une grande partie de son embonpoint ; cependant ses règles n'avaient pas encore reparu.
Indépendamment des différences que l'on observe dans les effets des eaux de Vichy, suivant la susceptibilité nerveuse des malades, la nature de leurs maladies ou les complications qu'elles peuvent offrir, il en est d'autres qui tiennent évidemment aux sources dont on fait usage, et qui feraient supposer que ces sources ont entre elles des différences plus grandes que celles que nous montre l'analyse chimique. C'est ainsi que l'expérience démontre que, dans des affections en apparence de même nature, leur action médicale n'est pas toujours la même, et
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que, par conséquent, elles ne doivent pas être conseillées indistinctemenLdans tous les cas. Cependant, si l'on cherche la cause de ces différences, on ne la trouve pas, ou du moins on n'en trouve aucune jusqu'à présent qui puisse en donner une explication satisfaisante. Par exemple, j'ai donné des soins, il y a quelques années, à un malade qui avait une affection des voies digestives. Tous les symptômes aigus avaient disparu depuis déjà longtemps; les eaux de Vichy me paraissaient donc parfaitement indiquées, et je lui prescrivis celle de la source de l'hôpital, qui "convient ordinairement dans ce cas, et que les malades supportent en général facilement. Cependant il lui fut impossiblede la supporter ; la plus petite dose produisait sur son estomac l'effet d'une boisson alcoolique, l'irritait extraordinairement, lui ôtait l'appétit et lui donnait un malaise extrême pendant toute la journée. Je dus donc lui faire cesser l'usage de cette eau en boisson, et me borner à lui faire prendre des bains. Pourtant, quelques jours après, en passant devant la source de la Grande- Grille, il ne put résister au désir de la goûter. Il en but sans répugnance une petite quantité qui passa parfaitement. Cet essai, dont il vint aussitôt me faire part, nous encouragea, et au bout de très peu de jours il en buvait avec succès cinq à six verres. Voyant avec quelle facilité il supportait l'eau de cette source, qui a toujours eu la réputation d'être beaucoup plus active que celle de l'hôpital, je fus curieux de l'envoyer faire un nouvel essai à cette dernière source. Cette èau produisit sur son estomac exactement le même effet qu'il en avait éprouvé d'abord, et il fut oblifïé de revenir à l'eau de la Grande-
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Grille, dont il continua à faire usage avec succès. Quelle peut être la cause d'une telle différence dans l'action de ces deux sources? L'analyse chimique ne nous l'indique pas jusqu'à présent.
Toutes ces remarques n'avaient point échappé à la sagacité et à la longue expérience de M. Lucas. « Les sept sources de Vichy, dit-il (1), présentent dans leur emploi médical des différences bien plus importantes qu'on ne pourrait le croire d'après l'analyse chimique ; et bien qu'il soit difficile d'établir à piioii la raison de ces différences, des observations nombreuses, renouvelées depuis vingt-trois ans, ne me laissent aucun doute à cet égard. Dans cet état d'incertitude, il faut interroger la susceptibilité des organes, la mobilité nerveuse des malades ; il faut tâtonner, et, pendant tout le cours du traitement, cette même circonspection est nécessaire, surtout suivant les changements de l'atmosphère : la température, le degré d'humidité, l'état électrique de l'air, sont des causes influentes qu'il n'est jamais permis de négliger. »
On voit que , de tous les phénomènes que détermine l'usage des eaux de Vichy, l'alcalisation est le seul qui soit constant chez tous les malades, quelle que soit d'ailleurs la nature de leurs maladies et la source dont ils fassent usage ; c'est donc celui auquel on doit attacher le plus d'importance. Cet effet des eaux est seulement en général plus ou moins prononcé, suivant la quantité que les malades en boivent ou qu'ils en absorbent par la peau. Ainsi l'on en . rencontre chez lesquels il en faut une beaucoup plus
(1) Notice médicale , par M. Lucas, faisant suite à V Analyse des eaux de Vichy, par LoniiCliamp. Paris , 1825 , in-8.
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grande quanlité que chez d'aulres pour enlrelenir l'alcalinité des sécrétions, ce qui tient sans doute à ce qu'il en est qui ont plus de tendance à l'acidité que d'autres; mais, à cela près d'une dose un peu plus ou un peu moins élevée d'eau, on est toujours certain d'arriver à ce résultat, qui paraît être d'ailleurs indispensable au succès du traitement. Il faut dire, cependant, que ce n'est pas toujours en élevant la dose de l'eau en boisson que l'on arrive plus sûrement à maintenir les sécrétions à l'état alcalin. J'ai rencontré quelques malades qui pouvaient s'alcaliser en se bornant à en boire une très petite quantité, et avec avantage pour leur santé; mais dès qu'ils voulaient dépasser. certaine dose, il se manifestait de l'irritation, et à l'instant les sécrétions redevenaient acides. Plus ils augmentaient alors la quantité d'eau, plus l'acidité des sécrétions se prononçait, et l'on n'arrivait à faire cesser cet état d'irritation et à ramener les humeurs à l'état alcalin, qu'en revenant à des doses minimes. On observe également cet effet des eaux, comme je l'ai déjà signalé dans un mémoire que j'ai publié en 1843 (1), presque toutes les fois qu'il existe ou que, par une cause quelconque, il se manifeste pendant le cours du traitement une certaine surexcitation, de la lièvre ou quelque inflammation aiguë.
L'application des eaux de Vichy au traitement des affections chroniques n'est pas, comme on voit, aussi facile qu'on semble le croire communément, du moins lorsque l'on veut en tirer tout le fruit possible. Non seulement elle demande, avant tout, une
(i) Des eaux minérales alcalines de Vichy, page 29.
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juste appréciation de la nature de la maladie, de la période à laquelle elle est arrivée et des complications qui peuvent exister; mais elle exige encore, pendant toute la durée de la cure, une grande surveillance de la part du médecin. Celui-ci doit surtout, après s'être assuré avec le plus grand soin de l'état des organes affectés , surveiller la susceptibilité particulière de chaque malade, qui doit faire varier à l'infini l'activité à donner au traitement.
Mais, pour bien comprendre l'action des eaux de Vichy dans les affections chroniques , et quelles en doivent être les conséquences dans leurs diverses applications , il faut ne pas oublier dans quel état se trouvent les organes affectés , quel changement s'est opéré dans leur texture, et quelles sont surtout les modifications que les liquides qui les pénètrent ont subies.
Toutes les fois que, sous l'influence d'une cause irritante quelconque, une affection inflammatoire — pour me conformer à une expression consacrée par les pathologistes — se développe ; dans la première période, celle d'accroissement et de congestion, le sang afflue d'abord beaucoup plus abondamment qu'à l'ordinaire dans la partie malade. La circulation y est accélérée , les vaisseaux capillaires plus ou moins distendus, et on dit qu'il y a tuméfaction. La métamorphose du sang artériel en sang veineux semble alors interrompue; les globules offrent une teinte vive, tendent, suivant Kaltenbrunner , à se coller ensemble, et forment souvent de petits caillots qui passent par les canaux capillaires, et reparaissent dans les veines. Si l'irritation continue, et que l'inflammation fasse des progrès, le sang conti-
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nuant à s'accumuler, son mouvemenl se ralenti L bientôt, se dérange, devient incertain ; enPin sa coagulation augmente et il s'arrête tout à fait. Les parois des vaisseaux, distendues outre mesure, laissent échapper, dans les mailles du parenchyme, une matière coagulable, de nature albumineuse, qui vient encore accroître la tuméfaction et l'induration de la partie malade. Lorsque l'inflammation a une certaine intensité, et qu'elle dure longtemps, des stases du sang se manifestent dans plusieurs points à la fois , et la tuméfaction est alors beaucoup plus étendue.
En général, après une certaine durée, l'irritation venant à diminuer, l'inflammation et le gonflement commencent à décroître; la circulation se calme graduellement, la congestion locale cesse, et la matière coagulable, qui constituait l'engorgement, est reprise plus ou moins rapidement par les vaisseaux, et rentre dans la circulation; c'est ce qu'on appelle la terminaison par résolution. Mais cette augmentation de volume de nos tissus , cette dureté qu'ils ont acquise ne se dissipe pas toujours aussi heureusement. Soit que la cause irritante ait longtemps persisté, soit que l'inflammation n'ait pas été combattue dès le principe, et par des moyens convenables, il arrive quelquefois que la résolution ne se fait pas, ou ne se fait qu'incomplètement; l'engorgement subsiste, quoique les autres symptômes disparaissent; souvent môme, au lieu de rester stationnaire, il fait de nouveaux progrès. Devenant par elle-même une cause persévérante d'irritation , en môme temps qu'un embarras, un obstacle à la circulation, la matière coagulable continue à s'accu-
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muler dans le parenchyme et dans les vaisseaux capillaires du voisinage ; elle s'y concrète , et la tumeur s'étend ainsi du centre à la circonférence.
L'étendue et la consistance de ces engorgements varie nécessairement, suivant le volume naturel et la texture de l'organe affecté; mais leur mode de développement est toujours et partout le même, qu'on les observe dans les tissus membraneux, glandulaires, cellulaires ou parenchymaleux , et la matière qui les constitue parait être, dans tous les cas, presque entièrement composée d'albumine et d'une plus ou moins grande quantité de fibrine que le sang y a déposées, et qui se sont coagulées dans les mailles du parenchyme et dans les vaisseaux capillaires de la partie malade.
Si maintenant on fait attention que l'albumine et la fibrine , que nous voyons former la base des engorgements chroniques, sont solubles dans les alcalis , si l'on se rappelle avec quelle facilité les eaux de Vichy, non seulement augmentent l'alcalinité du sang et de tous nos liquides , qui sont déjà naturellement alcalins, mais encore rendent alcalines toutes les sécrétions qui sont naturellement acides , ne semble-t-il pas évident, qu'en soumettant les malades à l'action de ces eaux, le sang devenant plus fluide , par cela même qu'il est rendu plus alcalin , la matière coagulée qui constitue les engorgements est plus facilement pénétrée et imbibée par lui , et se trouve alors sous l'influence d'une action chimique qui , en ajoutant à cette matière une certaine quantité de soude dont l'insuffisance , conséquence probable du travail inflammatoire, a sans doute contribué à sa coagulation , tend à la ramollir, à la faire
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passer de l'état concret, où elle est, à l'état liquide, et la met dans des conditions favorables à l'absorption?
En admettant cette explication, on conçoit parfaitement comment s'opère la résolution des engorgements. En même temps que la matière qui les forme est ramenée à l'état liquide , les vaisseaux capillaires , relâchés et distendus depuis un temps plus ou moins long, se trouvent stimulés, excités à un certain degré par l'action que les principes minéralisateurs des eaux exercent sur leur vitalité, et ils reprennent alors leur faculté d'absorption, en même temps que la force par laquelle ils doivent se débarrasser de cette matière , et la rendre à la circulation.
Mais quelle peut être la cause de cette coagulation de la lymphe, que nous voyons être la conséquence de toute inllammalion, de toute irritation longtemps prolongées? Le sang, dans le cas d'inflammation, perdrait-il de son alcalinité, et serait-ce là la cause qui favoriserait cette coagulation dans la partie enflammée? Ce qui me porte à le croire, c'est qu'il est difficile de trouver une autre cause à cette coagulation, et que d'ailleurs j'ai souvent observé, chez les malades soumis à l'usage des eaux de Vichy, comme je l'ai rappelé plus haut, que lorsque ces eaux sont mal supportées, qu'elles irritent ces malades ou qu'il survient accidentellement un rhume ou toute autre affection inflammatoire, leurs sécrétions restent difficilement alcalines ; que le plus souvent même elles reprennent tout à fait le caractère acide, et que si les malades sont mal surveillés, mal conseillés , ou veulent persister à boire, malgré l'avis des médecins, ils ne font qu'augmenter le mal au lieu de le guérir, et que, ce qui peut sembler
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extraordinaire , leurs sécrétions deviennent alors d'autant plus acides qu'ils cherchent davantage à se saturer de boissons alcalines. Aussi pourrait- on commettre des fautes très graves si l'on voulait, dans tous les casj diriger le traitement des malades seulement d'après l'état d'acidité ou d'alcalinité de l'urine et de la transpiration cutanée. L'acidité prononcée de la salive et des fluides gastriques n'est même pas toujours, considérée seule, une indication certaine de l'opportunité de la médication alcaline ; car il existe souvent,danscecag,unétatinflammatoire trop prononcé de l'estomac, que cette médication ne ferait qu'augmenter, et qu'il faut nécessairement combattre avant d'y avoir recours.
Ainsi, toute inflammation, toute cause irritante u npeu vive et prolongée semblent donc développer de l'acidité, et les alcalis eux-mêmes, s'ils produisent cette excitation, peuvent amener le même résultat.
Ces observations sont d'ailleurs en concordance parfaite avec l'expérience qui a appris que les eaux de Vichy, de même que toute autre médication alcaline , ne conviennent que dans les affections chroniques, et que leur action doit toujours être surveillée avec soin , afin de ne pas dépasser un certain degré d'excitation qu'il est nécessaire de produire pour amener la résolution qu'on cherche à obtenir. Un professeur distingué de la Faculté de Paris , le docteur Trousseau , tout en reconnaissant l'importance de la médication alcaline , l'influence immense qu'elle exerce sur l'économie, et tous les services qu'elle peut rendre dans le traitement des affections chroniques et de certaines autres maladies ,, a cru
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devoir signaler (1) les inconvénients et lesdangers qui peuvent en résulter, lorsqu'on en abuse. « Lorsque , dit-il, dans nne maladie aiguë, nous voulons produire promptement une modification dans la crase du sang , analogue à celle de la saignée , nous employons les mercuriaux; mais lorsqu'il s'agit d'une maladie chronique du foie , ou d'une affection diathésique , avec prédominance d'acides dans les sécrétions, telle que la goutte, c'est par les alcalis qu'il convient d'agir. Mais ici il faut prendre garde d'aller au delà du but que l'on se propose. »
M. Trousseau a parfaitement raison de craindre et de signaler les abus que l'on peut faire des alcalis. Je sais, comme lui, que tout remède puissant pour guérir est nécessairement puissant pour faire du mal ; aussi mes recommandations n'ont-elles jamais manqué aux malades qui font usage des eaux de Vichy, pour tâcher de les empêcher d'arriver jusqu'à l'abus dont il parle ; mais il doit savoir, comme moi , que tous les malades ne sont pas toujours très scrupuleux observateurs des prescriptions du médecin, qu'on a souvent de la peine à leur faire comprendre que la même quantité d'eau minérale , comme de tout autre médicament, ne convient pas également , dans tous les cas , à tous les malades , et qu'ils s'imaginent trop communément que , parce qu'une petite quantité d'eau peut guérir, une plus grande quantité devra guérir beaucoup mieux encore et plus promptement. Je crois donc que l'on a fait quelquefois à Vichy , comme ailleurs , abus d'eau minérale, qu'on en a bu souvent, malgré mes
(1) Journal de médecine, 1846.
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recommandations, des quantités au moins inutiles; cependant je dois dire que je n'en ai jamais vu résulter les inconvénients dont parle M. Trousseau, tels que la pâleur, une bouffissure générale et des hémorrhagies passives , lorsqu'elles ne sont employées que dans les conditions morbides où elles sont applicables. Si M. Trousseau a observé de semblables inconvénients de l'emploi des alcalis, c'est qu'on en avait abusé , et chez des malades qui étaient dans de mauvaises conditions , dont la santé était déjà profondément altérée par d'anciennes affections , dont le sang était appauvri , chez lesquels la pléthore séreuse avait déjà atteint un haut degré, dans des cas enfin qui auraient dû peut-être en contre-indiquer l'emploi. Ordinairement, sous l'influence de la cure que les malades font à Vichy , ils mangent avec appétit, leurs digestions se font parfaitement, et, loin de perdre des forces ils en acquièrent. D'oii vient donc que les résultats que l'on observe à Vichy ne justifient nullement les craintes manifestées par M. Trousseau? Cela dépend-il de ce que les eaux de Vichy naturelles ne contiennent pas seulement de la soude, mais aussi d'autres principes , un peu de fer, par exemple , qui peuvent en modifier l'action , et empêcher les résultats dont il parle , ou bien de ce que , si quelques malades en abusent, ils n'en abusent pas, en général, assez longtemps pour amener ces résultats ? Cela serait possible.
Dans tous les cas, je n'en reconnais pas moins toute la sagesse des craintes manifestées par mon honorable et savant confrère , et je crois , comme lui, que les alcalis exercent une trop grande influence
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sur Téconomie pour qu'on en conseille légèrement des doses élevées, et pour qu'on n'en surveille pas toujours les effets avec le plus grand soin.
Il est un effet des eaux de Vichy qui peut paraître singulier au premier abord , et qui cependant s'explique parfaitement ; c'est que quelques personnes maigrissent sous l'influence de leur action , tandis que, sous cette même influence , des malades reprennent de l'embonpoint.
En général, les malades qui sont soumis à leur usage longtemps soutenu, et à une dose un peu élevée, ayant d'ailleurs un bon estomac et digérant parfaitement, perdent de leur embonpoint. Cet effet est surtout très remarquable chez ceux qui arrivent avec une grande obésité Le ventre particulièrement diminue alors de volume, et malgré cette perte d'embonpoint, les fonctions digestives reslent parfaites , et communément leur santé générale s'améliore d'une manière très sensible , en même temps que leur respiration , que gênait l'excès d'obésité, devient plus libre, qu'ils reprennent des forces et qu'ils retrouvent plus ou moins de l'agilité qu'ils avaient perdue.
C'est là une remarque qui m'a souvent frappé ; l'effet est seulement plus ou moins marqué , suivant les individus. Pour mieux constater ce fait, j'ai fait peser plusieurs malades avant et après le traitement ; un, entre autres, pendant la saison de 1839, qui était dans un état d'obésité extraordinaire. A son arrivée à Vichy, le 12 juin, il pesait 124 kilogrammes ; le 10 juillet, 118; le 11 août, 115; le 23 août, 113; et enfin le 4 septembre, 112 kilogrammes et demi; de sorte que du 12 juin au 4 septembre , ce
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malade a perdu 11 kilogrammes et demi; et cependant, quoique je lui eusse recommandé de manger peu, je ne crois pas, si toutefois je m'en rapporte aux personnes qui vivaient à la même table que lui , qu'il ait changé son régime. Le malade qui fait le sujet de cette observation a vu surtout le volume de son ventre sensiblement diminuer sous l'influence des eaux de Vichy.
Du reste , ce n'est pas la première fois que les alcalis ont été employés contre l'obésité. Dans une dissertation fort intéressante, publiée en 1757, par un médecin anglais , nommé Flemyng , Sur la nature, les causes et la guérison de l'obésité, le savon est indiqué comme moyen de faire disparaître cette sorte de maladie , de la manière la plus sûre , dit Flemyng, et la moins dangereuse ; et ce médecin cite, à l'appui de son opinion , une observation très intéressante dont le sujet est un de ses amis et médecin lui-même. Des observations semblables ont été publiées en Allemagne (Journal de Grœfe). Enfin, dans ces derniers temps , l'un de nos honorables confrères, M. Môlier, a employé dans le même cas et avec succès le bi-carbonate de soude. Je ne chercherai pas à expliquer ce qui se passe dans ce cas; cependant je demanderai si l'on ne peut pas supposer qu'il se fait là une action chimique, dans laquelle la soude s'empare d'une partie de la graisse et se combine avec elle pour former un liquide savonneux qui rentre ensuite dans la circulation pour être éliminé par les voies ordinaires.
Lorsqu'au contraire des malades arrivent à Vichy avec des affections anciennes des organes digestifs, par conséquent très amaigris par suite de ces affec-