MODE D ACTION DES EAUX DE VICHY
lions et du régime auquel ils ont élé soumis, comme ordinairement ces maladies cèdent assez facilement ta l'action des eaux de Vichy, ne doit-il pas alors arriver que ces malades, à mesure qu'ils recouvrent de l'appétit et la faculté de digérer , reprennent des forces et un peu d'embonpoint?
Dans tous les cas où elles sont employées, les eaux de Vichy agissent à la manière des remèdes altérants, c'est-à-dire que, sans produire d'effets immédiatement sensibles, elles se mêlent au sang, pénètrent tous nos tissus , et que les principes qui les minéralisent agissent lentement, insensiblement non seulement sur le sang, mais sur toutes nos humeurs qu'ils modifient sans provoquer ni sécrétions ni évacuations sensiblement plus abondantes que dans l'état normal , mais cependant de manière à faire éprouver à toute l'économie des modifications persistantes, qui deviennent très sensibles au bout d'un certain temps. C'est ainsi que l'on voit tous les jours des engorgements volumineux et profonds de certains viscères disparaître , sans qu'il se produise le plus souvent aucune crise apparente, sans que le traitement ait provoqué aucune évacuation qui puisse donner l'explication des résultats obtenus. Cette action des eaux minérales alcalines, pour être lente et insensible, n'en est donc pas moins très puissante; mais comme ses effets se font rarement sentir immédiatement d'une manière bien prononcée, qu'on ne peut quelquefois constater aucune amélioration qu'après un temps plus ou moins long de leur usage, et qu'il faut même souvent, pour pouvoir en bien apprécier les résultats, attendre plusieurs semaines et même plusieurs mois après la
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cure, il en résulte que celte nriédication ne satisfait pas toujours, pendant le séjour qu'ils font aux eaux, certains malades qui ne prennent une opinion favorable d'un remède qu'autant qu'ils en voient des résultats immédiats, des effets plus ou moins prononcés, tels que des évacuations répétées ou des sueurs plus ou moins abondantes, qui puissent fournir à leur esprit une explication quelconque de la cessation de leur mal. Je ne combattrai pas cette opinion sur l'action prétendue désobstruante des évacuants, dans les cas d'engorgements des viscères abdominaux , car il n'est pas un médecin qui ne sache qu'on ne guérit pas ces affections par l'usage même longtemps continué de purgatifs proprement dits, et qu'au contraire ils aggravent plus souvent l'état des malades qu'ils ne l'améliorent; je dirai seulement qu'il est fâcheux que cette opinion soit aussi généralement accréditée parmi les malades , parce qu'elle est funeste à un grand nombre qui croient toujours trouver dans les évacuants, surtout lorsqu'ils sont décorés d'un nom qui parle à leur imagination, le remède à tous leurs maux.
Cependant les eaux minérales alcalines , comme tous les remèdes altérants, ne sont pas toujours sans quelques résultats appréciables sur l'économie. Lorsque les malades en font usage pendant un certain temps, que la dose en est graduellement élevée, que toute la masse des humeurs s'est plus ou moins graduellement chargée de leurs principes minéralisateurs, lorsqu'enfin on arrive à l'état plus ou moins prononcé de saturation , il se manifeste les divers phénomènes que nous avons examinés plus haut, et qui doivent appeler toute l'attention du médecin,
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parce qu'ils doivent lui servir de guide dans la direction à donner au traitement, lui indiquer jusqu'à quel point il peut augmenter les doses, ou si, au lieu de les augmenter, il ne faut pas au contraire les réduire , et enfin quelle doit être la durée de la cure. Il survient même quelquefois dans le cours du traitement, ou quelque temps après, quelques évacuations qui sont immédiatement suivies d'une amélioration plus ou moins prononcée , et qu'on peut alors considérer comme vraiment critiques ; mais je crois qu'à moins d'indications particulières et bien évidentes, il faut rarement provoquer ces éva cuations , parce qu'on guérit le plus souvent sans qu'elles se manifestent , qu'elles ne sont pas , par conséquent , indispensables au succès de la cure ; que, si elles sont nécessaires, elles peuvent se produire naturellement, et qu'ensuite, en cherchant à les provoquer , il pourrait souvent arriver que l'on choisît un moment inopportun, et que l'on dérangeât ainsi le travail résolutif qui doit être le résultat de l'action de ces eaux minérales.
La première condition de l'emploi des eaux minérales dans les affections chroniques, c'est que ces affections soient bien réellement arrivées à l'état chronique, c'est-à-dire qu'il n'y ait plus ou presque plus de douleur et surtout de fièvre, que tous les symptômes qui indiquent une période un peu aiguë aient été suffisamment combattus, qu'ils aient même déjà cessé d'exister depuis un certain temps, et qu'il n'y ait pas non plus ailleurs, du moins dans aucun organe essentiel à la vie, de complication inflammatoire. Il est également nécessaire de s'assurer si le malade que l'on veut soumettre à l'action
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des eaux minérales n'a aucun organe qui soit le siège d'une affection organique plus ou moins avancée , de quelque dégénération qui en contre-indiquerait l'usage, et contre laquelle elles pourraient même être plus nuisibles qu'utiles. Il est donc d'une grande importance qu'avant tout traitement le médecin explore tous les organes avec soin , qu'il les interroge en quelque sorte successivement , et qu'il apprécie en môme temps l'habitude extérieure des malades, le degré d'altération de la nutrition qu'ils peuvent présenter, et la diminution plus ou moins grande de leurs forces. Il ne doit enfin négliger aucun des caractères qui peuvent lui donner en quelque sorte la mesure des altérations des organes affectés. En général, on peut dire que l'emploi des eaux de Vichy dans les affections chroniques offre d'autant plus de chances de succès que ces affections sont moins anciennes, que cependant elles se rapprochent davantage des conditions de chronicité que nous venons d'indiquer; que l'épaississement et l'induration des tissus sont moins considérables, et que les malades sont moins irritables, et, par conséquent, en meilleure disposition pour les supporter. Pour moi, j'ai la conviction que si, aussitôt que les affections aiguës qui précèdent ordinairement les affections chroniques sont calmées, et qu'elles passent à l'état chronique, on avait recours à de;* boissons alcalines et à des bains de môme nature, dont on proportionnerait l'activité à l'état oij pourrait encore se trouver l'organe malade, on verrait beaucoup moins de ces affections se prolonger indéfiniment et amener souvent des désordres qui les rendent alors tout à fait incurables.
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Ne dcvrail-on pas surtout éviter, dans ce cas, l'usage des boissons acides, qui peuvent être très convenables tant que la maladie est à l'état aij^u, mais qui doivent avoir pour efFet, lorsqu'elle passe à l'état chronique, de favoriser la coagulation de la lymphe, et de contribuer ainsi à l'engorgement des tissus?
Quoiqu'il en soit, il ne faut pas oublier ce que tous les médecins qui ont vu beaucoup de malades savent parfaitement, c'est que, lorsqu'une maladie est déjà ancienne, que nos sécrétions sont altérées d'une certaine façon, que nos organes ont subi une impulsion dans une certaine direction, et que leurs fonctions sont viciées depuis longtemps, il faut toujours un temps très long pour modifier, pour changer cet état, et d'autant plus long que la maladie est plus ancienne. Gela est si vrai , qu'il résulte d'expériences faites par M. Magendie , que lorsqu'on a soumis pendant longtemps un animal à l'usage d'aliments très peu nourrissants, et que sa santé en a souffert, qu'elle en a été fortement altérée, on a beau lui donner ensuite des aliments nourrissants et qui lui conviennent, il continue le plus souvent à dépérir et succombe. On peut juger par là combien l'ancienneté d'une affection, d'une fâcheuse impulsion donnée aux fonctions de l'organe malade, ajoute à sa gravité.
Le plus souvent, quand les malades ont recours aux eaux minérales, ce n'est qu'après avoir épuisé tous les autres moyens, et leurs affections ont alors déjà duré si longtemps, quelquefois même un si grand nombre d'années, que l'on ne doit pas s'étonner qu'il soit difficile d'en obtenir promptement la