‹ Du mode d'action des eaux minéro-thermales de PlombièresChapitre 12 sur 21 · MALADIES DE LA PEAU · texte numérisé non relu

MALADIES DE LA PEAU

La peau est exposée à une foule d’affections souvent très -difficiles à détruire; les plus communes sont lqs dartres, les clous ou furoncles, et l’érysipèle (1). Ces maladies , toutes inflammatoires, peuvent être avantageusement traitées à Plombières, et trouver dans nos eaux une heureuse et puissante médication. Avant tout, le médecin devra s’informer des causes qui les ont développées; elles peuvent être dues au transport de l’inflammation d’un autre organe; ainsi on les voit souvent remplacer des maladies du tube digestif, du cerveau, du cœur, du foie, des poumons, des reins, etc. Elles sont, dans ces cas, des crises que l’on peut considérer comme heureuses, et qu’il faut souvent respecter.

Quand on est décidé à les guérir, on doit surveiller avec l’attention la plus soutenue les organes primitivement malades, et pour l’ordinaire ne modifier que lentement la sensibilité de la peau par l’usage de bains prolongés, mais peu chauds. Il est bien rare alors que l’on ne

(O Ce ne sont point les érysipèles que Ton vient guérir à Plombières , mais seulement la disposition qu’a la peau à les reproduire lorsqu’elle en a été une fois atteinte.

Si

soit obligé de recourir plusieurs fois aux déplétions sanguines. Les ventouses scarifiées, plusieurs fois appliquées sur les portions malades de la peau, sont dans ce cas bien utiles ; les exutoires sont souvent nécessaires. Alors un régime sévère est indispensable , tant pour éviter de mettre en jeu des sympathies morbides, que pour ne pas fournir à l’économie trop de moyens pour le développement d’inflammations nouvelles ou pour l’entretien de celles qui existent. Un exercice soutenu et proportionné aux forces est de rigueur. Enfin, lorsque les principaux accidens sont diminués ou ont disparu, des bains plus chauds, auxquels on peut ajouter alors, soit des chlorures, soit des sulfures alcalins, des douches générales, des étuves même, lorsque le malade n’est pas trop irritable, complètent la guérison et s’opposent aux rechutes si fréquentes dans ces sortes de maladies.

Cependant, si le médecin n’est point assuré du succès de cette méthode perturbatrice, il doit se borner à la première partie du traitement, qui suffit souvent quand les malades ont assez de persévérance et de docilité.

Mais les maladies que je viens d’examiner peuvent reconnaître d’autres causes; bien souvent elles sont le résultat d’agens qui ont agi directement sur la peau. Ainsi des érysipèles et des

dartres rebelles peuvent être dues à l’insolation, à l’impression subite du froid, au contact de tissus rudes ou sales, à celui de matières animales en putréfaction, etc. Dans ces cas, après un suffisant usage des bains tempérés et des autres moyens antiphlogistiques, les bains très-chauds, mais courts, les douches, les étuves, sont fort utiles. En augmentant beaucoup ainsi la vitalité delà peau, il arrive souvent alors que la vie s’y partage plus également, et que les portions phlogosées perdent, au profit du reste de cette enveloppe, leurexaltàtion morbide. Alors on peut employer avec hardiesse l’eau minérale en boisson, en ayant l’attention toutefois d’y habituer par degré le malade. L’addition des chlorures ou des sulfures alcalins dans l’eau des bains est encore ici d’un grand secours, surtout vers la fin du traitement.

Indépendamment de ces causes, les inflammations de la peau en reconnaissent encore une autre; elles sont souvent produites par les sympathies des viscères phlogosés, et principalement par celles du tube digestif; elles ne sont plus alors que des aceidens secondaires, et elles disparaissent avec la cause qui les détermine, cause qui échappe rarement à l’oeil exercé du médecin observateur.

Les érysipèles et les dartres réclament presque

toujours un traitement iong et des précautions long-temps continuées, pour échapper aux récidives, difficiles à éviter sans cela.

iTe Observation.

Marguerite, pauvre fille de la commune des Granges de Plombières , âgée de 21 ans, régulièrement développée, d’un tempérament lymphatique , avait, depuis plusieurs années, une dartre pustuleuse, qui lui couvrait la face, et la rendait un objet de dégoût pour ceux qui l’entouraient. Cette dartre ne paraissait pas réagir sur le tube intestinal; elle ne faisait pas maigrir la malade, mais cependant elle exerçait sur elle assez d’influence pour s’opposer au développement de la menstruation. Entrée dans ma maison de secours, je prescrivis d’abord des applications de sangsues au pourtour de la dartre, et des cataplasmes émolliens pour la recouvrir; j’eus recours aussi aux saignées générales. A ces moyens, j’ajoutai l’usage de demi bains chauds de notre eau thermale, ainsi que des pédiluves, des bains de vapeurs sur les parties inférieures du bassin, des douches sur les jambes et les cuisses, et des vésicatoires à leur partie interne; plus tard, je remplaçai par des linimens légèrement astringeos les cataplasmes de graine de lin , et je prescrivis

notre eau ferrugineuse en boisson. Sous l’empire

de ce traitement,, la dartre disparut en trois mois, et bientôt après les règles s’établirent. La guérison de cette jeune fille date maintenant de plus de sept années.

2e Observation.

Mme (]e Plombières , âgée de 28 ans , régulièrement développée, d’un tempérament lymphatique nerveux, bien réglée, mais exposée à de fréquentes migraines, déterminées chez elle par une irritabilité trop vive du tube digestif, irritabilité entretenue par un régime trop excitant, avait, à la fin de l’été , des dartres squammeuses qui envahissaient une partie des épaules et des bras, et que l’on retrouvait encore sur quelques parties de la figure. Consulté pour cette maladie, je prescrivis une saignée du bras, des bains très-tempérés de notre eau thermale, de deux heures de durée chacun, et un régime doux; ces moyens ayant calmé l’irritation morbide de la peau, sans l’avoir fait entièrement disparaître, je fis alors ajouter aux bains du sulfure de potasse; en vingt jours. Madame fut guérie, et sa guérison date de plus de six ans.

3* Observation.

M. M***, régulièrement développé, âgé de • #

vingt-trois ans, d’un tempérament lymphatique, eut recours à mes conseils en 1826, pour le dé-

barrasser de dartres pustuleuses qui avaient envahi tout son corps, à l’exception de la face, des mains et des jambes. Cette maladie, déjà ancienne , avait résisté à tous les remèdes employés contre elle. Je conseillai à M. M*** de rendre nos bains mucilagineux par l’addition de farine de lin, de les prendre frais et longs, et d’enduire les portions les plus malades de sa peau avec un liniment composé de jaune d’oeuf, d’huile d’olive et de mucilage. Il aida faction de ces moyens par un régime très-doux, et par des promenades sur nos montagnes. En quarante jours, il fut délivré de sa dégoûtante infirmité, et s’il a continué le régime que je lui ai prescrit, si, à chaque changement de saison, il a eu la précaution de se faire saigner, je ne doute pas que sa guérison ne se soit parfaitement soutenue.

4e Observation.

M. ***, âgé de vingt-six ans, avait depuis son enfance des dartres crustacées qui occupaient habituellement les cuisses et les jambes, et qui s’étendaient souvent aux avant-bras, aux poignets, et même à la face. On avait considéré cette affection comme constitutionnelle, et on

avait craint de la guérir jusqu’à ce que M. ; vînt à Plombières comme employé du gouvernement. M’ayant consulté sur sa triste position , j’es-

pérai pouvoir au moins l’améliorer beaucoup , et je fus assez heureux pour tenir plus que je n ’avais promis. Des saignées du bras répétées tous les mois, des bains tièdes de trois heures de durée tous les jours, des ventouses scarifiées (sur les doigts on se bornait aux scarifications ; la place manquait pour appliquer les ventouses) sur toutes les dartres deux fois par semaine; plus tard des douches tièdes sur le tronc et les membres, un régime doux, la privation absolue de boissons excitantes, le guérirent complètement dans l'espace de quelques mois, et sa guérison date déjà de plus de deux ans.

Quelquefois, sans aucune altération appréciable de tissus , et tous les viscères étant sains, la peau contracte une disposition à la sueur, disposition extrêmement incommode. On pourrait combattre cette exaltation morbide par les bains froids et prolongés; mais le traitement perturbateur par les bains chauds et courts, et les douches générales, me paraît préférable, d'autant plus que sagement administré, il ne fait courir aucun danger au malade.

5e Observation.

M. L ***, de Paris, âgé de soixante ans, d’un tempérament sec, n’ayant aucune lésion viscérale

apparente, me consulta , à la fin rie l’année 1825, pour le guérir de sueurs nocturnes excessives, qui, sans cause connue, le tourmentaient depuis près d’une année. Ces sueurs étaient telles, que M. L***, couvert d’un seul drap, mouillait complètement chaque nuit un épais matelas. Des bains chauds et des douches générales le guérirent en trente jours de cette pénible infirmité, et depuis, M. L *** n’a pas cessé de jouir d’une santé parfaite.

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