ATONIE DE LA PEAU
Nous venons d’examiner le mode de traitement des inflammations cutanées, à l’aide de nos eaux. La peau est encore exposée a un ' autre genre de maladies, que l’on guérit parfaitement aussi à Plombières. Elle peut pécher par faiblesse, par défaut de vitalité. Nos eaux, dans ce cas, produisent des effets presque miraculeux. Je ne parle ici que de la faiblesse idiopathique de la peau, maladie due, pour l’ordinaire, à l’influence d’habitations humides et obscures, au défaut d’exercice, à une croissance trop rapide, à des passions tristes ou à d’autres causes agissant de la même manière; mais je n’entends point parler de la faiblesse de la peau, due à des concentrations morbides de la vie sur d’autres organes, parce que, dans ce dernier cas, elle n’est que le symptôme d’une autre maladie. Lors donc que cette faiblesse est idiopathique, sous son empire, la peau se décolore et se refroidit; sa respiration s’arrête; la circulation générale se ralentit; le sang veineux prédomine toutes les fonctions se font mal; les muscles perdent leur force; ils deviennent souvent alors la proie de névroses très -douloureuses tous les organes
sont exposes à des concentrations morbides, contre lesquelles ils demeurent sans force de réaction. Alors nos bains très-chauds, mais courts, des douches fortes, mais peu prolongées, l’exercice en plein air, le massage, les ventouses sèches, l’eau thermo- minérale en boisson et un régime doux et analeptique, approprié à la faiblesse générale, amènent bientôt une cure radicale.
Souvent l’inertie de la peau cause les plus graves accidens. La vie, qui l’abandonne, se concentre sur d’autres organes, les enflamme, les ulcère et les détruit en partie. Le médecin éclairé suffit, dans ce cas, à toutes les indications, et si la guérison est possible encore , nos eaux peuvent être comptées au premier rang parmi les remèdes à employer.
6e Observation.
Je fus consulté, en 1825, par M. le capitaine Og., de Fougeroles. Ce malade avait alors les jambes et les bras œdématiés. Des ulcères scrofuleux avaient envahi les jambes: on en retrouvait de semblables au col et sur les mains; mais ceux de la main droite avaient déjà détruit, en partie, la seconde phalange du pouce et altéré la seconde phalange du médius. Le troisième os du métacarpe était partagé en deux parties, ce que
Ion reconnaissait facilement à l’aide de la sonde. Le quatrième os du même métacarpe était presque aussi malade; jusqu’alors tous les remèdes avaient été inutiles, et le dernier médecin consulté par M. Og. s’était prononcé pour l’amputation du poignet; elle paraissait en effet inévitable.
En remontant aux causes qui avaient déterminé cette maladie si grave, je ne pus pas en reconnaître d’autre que le défaut de vitalité de la peau, amené par l’habitation d’un pays froid et humide, surtout si on le compare à l’Espagne, où M. Og. avait fait long-temps la guerre. Le défaut de vitalité de la peau me parut aussi produit par le passage d’une vie très-active à une vie très-sédentaire: sous l’influence de ces causes, la vitalité de la peau se reportant en partie sur le tissu cellulaire, y produisit d’autant plus de ravages qu’une nourriture abondante lui fournissait plus d’alimens. Le tube digestif était légèrement irrité, ce qui était du autant au chagrin que causait la maladie, qu’aux sympathies morbides exercées par les nombreuses ulcérations dont j’ai parlé.
Un régime doux, des applications modérées de sangsues et de ventouses scarifiées autour des ulcérations, des cataplasmes émolliens avaient amélioré la position de M. Og. , mais il était loin dêtre guéri; sa guérison même pouvait paraître
encore très-problématique. Je le fis venir à Plombières pour y prendre les eaux.
D’abord j’ajoutais à nos bains de la farine de lin; et je ne les lui fis prendre que tièdes. Bientôt il put les supporter sans addition de mucilage et plus chauds; alors je leur adjoignis des douches générales,, puis enfin des étuves, et en quaranteun jours M. Og. vit terminer une maladie qui pouvait paraître au-dessus de toute ressource. Sa guérison date de près de cinq années, elle est parfaite depuis cette époque; les fonctions de la peau rétablies se sont soutenues à l’aide d’un exercice suffisant et d’un régime sain.
Un an après l’époque où je publiai cette observation, je fis voir ce malade à mon ami, M. le Dr Champion, de Bar-le-Duc, qui reconnut à chacune des cicatrices toutes les ulcérations dont j’ai parlé. Le capitaine Og. succomba, en 1829, à une cardite chronique.