DE L’EAU DE PLOMBIÈRES EN BOISSON
L’eau thermo-minérale agit sur le tube digestif comme sur la peau, par sa température, par les substances qu’elle tient en dissolution et par son mélange aux humeurs qui circulent dans l’économie. Introduite dans l’estomac, cette eau le stimule d’autant plus qu’il est plus irritable, et qu’elle-même a une température plus élevée. Sous l’influence de cette excitation, l’estomac développe plusieurs sympathies; il réagît sur le cœur et active la circulation; la peau s’échauffe, la transpiration s’accroît, ce qui souvent est du plus heureux effet. La circulation activée, il arrive d’autant plus de sang dans l’estomac, qu’indépendamment de celui que lui fournit le cœur, il en reçoit encore de la rate et de tous les capillaires sanguins qui l’avoisinent, toujours en proportion de l’excitation produite par l’eau minérale. Ce sang soumis à l’action de la muqueuse stomacale est en partie décomposé; et il fournit à unesécrétion (i) plus abondante desucgastrique.
(i) Les belles expériences de T'iedmann et de Gmelin ont prouvé , entre autre chose , que le suc gastrique est
La stimulation se propageant aux intestins grêles, au pancréas et au foie, le sang s’y porte, comme dans l’estomac, en quantité proportionnée à cette stimulation. Les intestins sécrètent alors plus de mucus, le foie plus de bile, le pancréas plus de suc pancréatique. De tous ces phénomènes il résulte une digestion gastro-duodénale plus prompte et une excitation du reste du tube intestinal qui, mettant en jeu la première de toutes les fonctions, peut-être, l’absorption, ne laissant, du bol alimentaire, que les substances absolument insolubles, détermine la constipation que l’on remarque si fréquemment chez les personnes qui ont fait usage des eaux de Plombières; on se souvient que cette constipation est également augmentée par l’action du bain chaud.
Sous l’influence de l’absorption, notre eau, introduite dans l’estomac , est bientôt entraînée hors du tube digestif. Une partie se mêle au sang et au chyle; mais elle est éliminée surtout par la transpiration cutanée et par la vessie. Cet organe, ainsi que le fait observer le savant professeur de Blaixyille, reçoit, par absorption, une quantité notable de sérosité péritonéale; il est
d autant plus acide , que la stimulation exercée sur l’estomac est plus forte. Avant leur savant travail, les médecins physiologistes avaient déjà constaté que les aigreurs sont le produit d une irritation morbide de l’estomac.
probable que c’est sous cette forme que lui arrive la portion de notre eau qu’il entraîne si promptement hors de 1 économie. Ce dernier effet est, ainsi qu’on le verra plus tard, un puissant moyen à opposer au catarrhe de la vessie et à la graveîle.
Je n’ai plus à parler ici des effets de notre eau lorsqu’elle est mélangée au sang; je m’en suis suffisamment occupé quand j’ai examiné l’action du bain tiède prolongé.
Si l’estomac et les intestins grêles sont trop impressionnables pour être avantageusement modifiés par l’action de l’eau chaude en boisson, alors le suc gastrique, au lieu de n’être sécrété qu’en quantité propre à bâter une bonne digestion, est trop abondant et trop acide; la muqueuse intestinale excitée par lui et par l’eau minérale produit beaucoup trop de mucus. La bile et le suc pancréatique abondent par le même motif, alors l’absorption, vicieusement augmentée, produit des constipations opiniâtres, ou, n étant plus en rapport avec l’abondance des sécrétions, le dévoiement a lieu. Ces accidens ont souvent les plus fâcheux résultats; ils peuvent occasioner des gastro- entérites intenses, augmenter beaucoup celles que nos bains, l’exercice et un régime convenable auraient facilement guéries; ils peuvent produire aussi de violentes réactions du
tube intestinal, sur le cœur et le cerveau. II est vrai de dire que quelques personnes doivent à une aussi forte perturbation une guérison solide; mais ces élus sont en trop petit nombre, pour qu’un médecin prudent les propose jamais pour exemple à ses malades.
Il est presque inutile de faire remarquer ici que l’action excitante de notre eau minéro-thermale est augmentée de tout l’effet des substances qui la minéralisent. Ce que j’ai dit à l’article Bains tempérés me semble expliquer suffisamment cet effet.
Eau dite savonneuse .
De tout temps on a mêlé l’eau savonneuse à l’eau thermo-minérale pour abaisser la température de cette dernière, lorsqu’on l’emploie en bains ou en douches. On ne pourrait, sous ce rapport, que lui attribuer des propriétés négatives, si l’on ne savait qu’à raison de sa composition chimique, elle peut produire une excitation salutaire; je m’en suis quelquefois avantageusement servi en 1 employant en bains et en douches, sans mélange d’eau thermale. Elle agissait alors de la même manière que le bain froid, comme tonique ou antiphlogistique , suivant sa durée ; mais son effet tonique était légèrement accru par
sa minéralisation, qui, d’un autre côté, apportait quelques obstacles à son effet sédatif.
Un grand nombre de malades en font usage en boisson; pour la digérer, sans peine, il est * souvent nécessaire de la mélanger avec un sirop qui en relève la saveur, car cette eau est naturellement fade, ce qu’elle doit autant à sa composition chimique, qu’à sa température; elle devient ainsi une excellente tisane pour la cure de beaucoup d’inflammation des reins et de la vessie; elle aide la sortie des graviers que contient trop souvent ce dernier organe; par ses sels alcalins et par sa masse, elle s’oppose à la précipitation de l’acide urique, base si fréquente des calculs urinaires, et en étendant l’urine, elle diminue faction trop excitante que ce liquide exerce souvent sur la muqueuse vésicale.
L’eau savonneuse en boisson peut hâter beaucoup aussi la guérison des gastrites, chez les malades habitués à une nourriture et à des boissons stimulantes, qui suivent ici un régime doux, et remplacent par l’eau savonneuse le vin, le café et les liqueurs dont ils faisaient usage. Cependant je ne la conseille, dans ce cas, qu’aux personnes qui veulent absolument boire de l’eau minérale, et auxquelles l’eau thermale ou l’eau ferrugineuse ne pourrait point convenir, administrée sous cette forme.
Mélangée à l’eau thermale, elle convient beaucoup aux malades affectés d’asthmes nerveux ; elle agit sans doute alors en augmentant les fonctions de la peau et en rendant le sang, par son mélange avec lui, moins propre à surexciter le système nerveux.
Eau ferrugineuse.
L’eau ferrugineuse de Plombières ne s’emploie guère qu’en boisson; c’est un excellent tonique, qui convient parfaitement dans les cas d’atonie de l’estomac.
Lorsqu’une croissance trop rapide, une habitation humide et sombre, une vie trop sédentaire, ou d’autres causes produisant les mêmes mauvais effets, ont laissé l’économie dans un tel état de faiblesse que la menstruation ne peut s’établir chez les jeunes personnes, notre eau ferrugineuse, en excitant le tube intestinal, et, par sympathie, le cœur et l’utérus, pourra produire les plus heureux résultats. Un régime doux et l’air si pur de nos montagnes la seconderont puissamment; mais avant de conseiller l’eau ferrugineuse, que le médecin fasse bien attention, d’abord à letat des viscères, qu’il constate l’intégrité du tube digestif, qu’il ne néglige pas non plus l’examen, si important dans ce cas, des organes de la circulation, et qu’en prescrivant un
exercice inaccoutumé, il prémunisse soigneusement ses malades contre le danger des excès qui pourraient amener les plus fâcheux résultats.