‹ Du Mode d'Action du Bicarbonate de Soude sur l'EstomacChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Action éloignée.

Dans son article précédemment cité, Dujardin-Baumelz après avoir admis les conclusions de MM. Linossier et Lemoine chez les hypochlorhydriques ajoute cependant : « S'il est facile de se rendre compte, grâce aux recherches de Linossier et Lemoine, de l’action des eaux alcalines et du bicarbonate de soude dans les dyspepsies hypochlorhydriques, il est plus difficile de comprendre l'effet bienfaisant de ces eaux dans le cas d’hyperchlorhydrie, et ici, je l'avoue, la clinique paraît donner raison aux expériences du professeur Hayem et de Mathieu. »

Ce qui constitue l’action véritablement merveilleuse des eaux de Vichy dans les affections de l'estomac, c’est qu'elles sont salutaires dans les dyspepsies hypochlorhy driques comme dans les dyspepsies hyperchlorhydriques. Comment expliquer un pareil fait ?

Pour l'expliquer, il nous faut parler maintenant d’une

RU ER “autre action du bicarbonate de soude ; c’est son action éloignée différente de son action immédiate qui nous per- - mettra d'expliquer ce fait paradoxal dont parle Dujardin- Baumetz.

Tandis, en effet, que l'administration d’une seule dose’ de bicarbonate de soude, que cette dose soit faible ou forte, amène une excitation de la sécrétion gastrique ; l'administration répétée de hautes doses amène au contraire

- à la suite d’un certain temps une dépression de cette même sécrétion. |

Mais sur l’action éloignée comme sur l’action immédiate du bicarbonate de soude, nous ne trouvons pas un accord parfait entre tous les expérimentateurs ayant fait des recherches sur ce sujet.

M. Hayem ‘ d’abord a fait des recherches sur vingt malades dont dix hyperchlorhydriques ; il a examinéleur sécrétion avant et après un traitement de trois à huit semaines et il est arrivé à conclure :

1° Des doses faibles (4 à 8 grammes) prises une heure: avant le repas augmentent la sécrétion chlorhydrique ;

2° Des doses fortes (10 à 16 grammes) dans le cours de la digestion la dépriment.

Plus tard il semble modifier son opinion quand il nous dit qu’il y a toujours dépression, si ce n’est au moment de la cure, du moins postérieurement.

MM. Linossier et Lemoine dans leur mémoire ont constaté que l’action à distance du bicarbonate de soude se traduisait deux jours après la cessation d’un traitement

1 Hayem, Leçons de thérapeutique, k° vol., 1893.

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de douze jours par une excitation manifeste de la sécrétion. Les doses variant de 50 centigrammes à 1 gramme.

Dans les premières expériences de Gilbert, nous remarquons que deux années d'administration de bicarbonate de soude ont amené chez le chien dont il s’est servi une excitation de la sécrétion.

Plus tard, lorsqu'il reprit ses recherches en collaboration avec L. Modiano, il nous dit qu'ayant fait prendre 1 gramme de bicarbonate de soude une demi-heure avant le déjeûner pendant vingt et un jours successifs à une . malade hypopeptique et ayant au bout de ce temps soumis

son estomac à un nouvel examen, il a constaté une légère accélération des processus chimiques.

Modiano dans sa thèse nous dit aussi : « L'usage réitéré du médicament amène un relèvement du processus stomacal, une diminution de l’état hypopeptique, une tendance vers la pepsie normale. »

Au contraire MM. Mathieu et Laboulais ont constaté que la prise de 4 grammes de bicarbonate de soude, 2 grammes à chaque repas a dans les analyses faites au bout de huit et quinze jours été suivie d’une diminution sensible de la sécrétion chlorhydrique.

Voici donc plusieurs opinions manifestement contradictoires et qui semblent toutes appuyées sur des expériences précises; néanmoins on arrive à se rendre compte que

cette contradiction est plus apparente que réelle si on distingue (ainsi que l'ont déjà MM. Linossier et Lemoine) deux phases bien distinctes dans l’action éloignée du bicarbonate de soude : une phase d’excitalion et une phase de dépression.

Dans une première période les phénomènes d’excitation

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sont très apparents et la maladie, si c’est l’hyperchlorhydrie est plutôt aggravée qu'améliorée par l’usage du bicarbonate de soude. Mais après un temps plus ou moins long du même traitement la période de dépression apparaît et c’est alors seulement que le malade retire un bénéfice du médicament.

Voici du reste un exemple bien frappant de ce que nous avançons :

Observation communiquée par M. Linossier.

X..., vingt-huit ans, névropathe-dyspeptique arrive à Vichy le 10 mai 1894. Comme il a l’habitude de se laver l'estomac et le fait sans aucune fatigue, M. Linossier en profite pour multiplier les examens du contenu stomacal.

Voici le résumé de ses analyses :

Le 11 mai, une heure après le repas d'Ewald, on trouve dans le chyme : :

Acide chlorhydrique libre. . . . traces.

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