Subjonctif de prévision
dérivés du subjonctif indo-européen.
4. Subjonctif optatif ou de désir b. Subjonctif de futur éventuel ou potentiel
^dérivés de l’optatif indoeuropéen.
Dans n’importe quelle proposition subordonnée, c’est l’un de ces emplois que nous devons reconnaître.
M. Haie, dans un article savant et substantiel publié dans les Studies in classical philology de l’Université de Chicago (1894) sur le subjonctif de prévision ou à' anticipation [(«fTbe anticipatory Subjunctive ») a établi avec une méthode claire et^ rigoureuse cet emploi et ce sens particulier du subjonctif en latin et en grec. Il constate et prouve par des exemples l’emploi d’abord en grec dans les propositions indépendantes, dans des phrases comme
où fdp iruu Toiouç ïbov àvépaç oùbè ïb Dupai (II. I, 262)
« Je n’ai jamais vu de tels héros, et je ne prévois pas que j’en voie jamais ». L'emploi se nuance de diverseS'Jmanières : il peut exprimer, dans une proposition négative, une impossibilité, U’anxiété dans une proposition interrogative, la résolution de faire quelque chose, etc.
Ces préliminaires étant donnés, recherchons quelle est la nature du subjonctif dans les propositions introduites par prius quam. Je ne fais que reproduire, je le répète, la partie de l’étude de M. Haie qui concerne ces propositions, simplement pour vulgariser la méthode et montrer tout le parti qu’on peut en tirer en l’appliquant à l’étude des propositions subordonnées en latin.
La question se pose donc ainsi : Dans les propositions -prius quam, quel est le mode employé, et quand c’est le subjonctif, quel est ce subjonctif et quelle est sa raison d’être? Je ne sache pas qu’aucune grammaire latine ait jamais donné une réponse satisfaisante, ni qu’on ait jamais expliqué prius quam lucet, adsunt (Plaut. Mil. III, 1, 1 1 5 = 709), à côté de ante^videmus fulgorem quam sonum audiamus (Sen. Quaest. Nat. II, 12, 6); ante quam ad sententiam redeo (Cic. in Cat. IV, 10, 20), à côté de prius quam adgrediare, adhibenda est praeparatio diligens (Cic. de off. I, 21, 73).
Voici la règle donnée par Gildersleeve, dans sa Grammaire latine , § 574 ; c’est une des plus claires : « Ante quam et prius quam « avant que », prennent l’indicatif présent, parfait et futur antérieur, lorsque la limite est donnée comme un fait réel. Ils prennent le subjonctif, lorsque la limite indiquée est idéale, c’est-à-dire que l’action qui sert de limite à l’action antérieure est non point réelle, mais simplement attendue, contingente, visée ou voulue ». — Comme la chose n’est pas aussi simple et que cette règle, fort juste et applicable à la plupart des cas, souffre cependant bien des excep-
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tions, comme c’est surtout la proposition subjonctive qui nous préoccupe, voyons d’abord celle-ci, en prenant pour guide l’étude de M. Haie que nous allons suivre pas, à pas, et rendons-nous compte de la nature de son subjonctif.
Parmi les propositions-irpiv dans Homère il en est où il est facile de reconnaître le subjonctif de volonté, par exemple :
àXXà où pèv jurj ttuj Kaxabùaeo |uwXov’'Aprioç,
tt p i v y' êpè beûp' êXGoOaav êv ôqpGaXpoîaiv ïbr^ai. (II. XVIII, 134 )
« Ne te rejette pas dans les travaux de Mars : auparavant vois moi (je veux que tu me voies) ici devant tes yeux » (c’est à-dire « ne te rejette pas... avant que tu m’aies vue »).
oùbé piv dYaTriaeK;' Trpiv Kai kükôv âXXo TraGrçaGa. (II. XXIV, 55i).
« Tu ne le rendras pas à la vie : auparavant tu dois supporter encore un autre malheur» (c’est à-dire « avant que tu aies supporté). »
C’est encore, comme on le voit, la parataxe originelle qui nous donne l’explication du subjonctif et nous en fait connaître la véritable nature. D’après M. Haie, parmi les propositions-Trpiv, en grec, les unes sont au subjonctif d’anticipation ou de prévision (anticipatory), les autres au subjonctif de volonté. Il y aurait dans Homère deux types de propositions-Trpiv, les unes étant de nature volitive, les autres au subjonctif de prévision. Les exemples d’Eschyle seraient plutôt des subjonctifs de prévision. « Tandis que la construction ancienne (chez Homère) fut de deux sortes, l’une volitive et l’autre anticipatory , l’esprit grec, découvrant qu’une conception unique, à savoir celle de prévision, pouvait convenir à tous les cas, préféra s’y tenir... Il faut donc reconnaître chez Homère l’existence d’un type volitif de la proposition-irpiv, et pareillement il faut reconnaître chez Homère aussi bien que dans le grec postérieur, un type anticipatory. » (Anticipatory Subjunctive , pp. 83 84).
Un des rôles de la proposition -upiv avec le subjonctif d’anticipation ou de prévision est de déterminer un moment avant lequel quelque chose ne doit pas se faire. L’action de la proposition -rrpiv est la date la plus rapprochée : « Cela n’arrivera pas avant que ceci arrive », c’est-à-dire « cela arrivera au plus tôt à partir du moment où ceci se fera ».
uj qpiXoi, où yap ttuu Kaxabùao|ueG' àxvûpevoi irep
eîç ’Aibao bôjuouç, Trpiv pôpaipov ripap éîréXGrç. (Odyss. X, 174.)
« O mes amis, malgré tous nos chagrins, nous ne devons pas descendre dans la demeure de Hadès durant un temps : auparavant le jour du destin doit venir » (c’est-à-dire « avant que le jour du destin soit venu. »)
|ur) ttot é'TTOuvf|0rçç Ttpiv av eïbrçç avbpa aacprjvéujç. (Théogn. g63.)
« Ne louez jamais un homme avant de le connaître tout à fait » (littéralement : « auparavant vous deve\ le connaître. »)
Il est probable, d’après M. Haie, que les propositions-/>Wws quam en latin, qui sont devenues des propositions relatives subordonnées, étaient à l’époque de la parataxe, comme les propositions grecques correspondantes, tantôt d’origine volitive, tantôt au subjonctif de prévision. La phrase : Ne Nicobulum me sinas nostrum senem | prius convenire quam sodalem viderim | Mnesilochi Pistoclerum (Bacch. II, i, 5 -= 174) se décomposait ainsi en parataxe : « Je veux d'abord voir (subjonctif de volonté) Pistoclerus ; ne me permets pas jusque-là de me rencontrer avec Nicobulus. » De même : Exire ex urbe prius quam lucescat volo (Amph. I, 3, 35 = 533) = « le jour doit se lever, je prévois qu’il se lèvera (subjonctif de prévision); auparavant je veux sortir de la ville ».
a) La proposition-/7rz‘ws quam dans ce premier emploi marque la dernière limite avant laquelle une action doit ou ne doit pas se faire. Elle vient, en effet, soit après une proposition négative, soit après une proposition positive. Dans le premier cas elle exprime le moment avant lequel on ne doit pas faire quelque chose : « cela n’aura pas lieu avant que ceci ait lieu » ; prius indique tout le laps de temps pendant lequel l’action principale n’aura pas lieu.
Manus vetat , prius quam penes sese habeat, quicquam credere (Trucul. V, 24 = 901) : « ma main, avant quelle tienne, me défend de rien croire ». L’action de tenir est la limite extrême jusqu’à laquelle l’action de croire n’aura pas lieu.
Dans le second cas, c’est-à-dire après une proposition principale positive, l’action de la proposition - prius quam représente le moment avant lequel l’action principale doit se faire, ce moment restant la limite dernière qui clôt le laps de temps marqué par prius : « cela se fera avant que ceci ait lieu ».
Exire ex urbe prius quam lucescat volo (Amph. I, 3, 35 = 533) = « je veux sortir de la ville avant le lever du jour ». Le lever du jour est la limite : dans le laps de temps que clôt cette limite et marqué par prius, je sortirai de la ville. Ajoutons que cette limite est idéale, que l’action-limite habeat , lucescat , est un fait idéal*
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contingent, prévu, et qu’il est donc exprimé par le subjonctif de prévision.
b) Cette relation des deux actions, cette détermination nette et précise de la limite s’affaiblit et disparaît même dans certains cas : la proposition-/?rzws quam indique simplement un fait en prévision duquel l’action principale se fait, quelque chose que l’on compte faire et qu’on prévoit : « je me dispose à faire telle chose, je prévois que je la ferai ; auparavant je fais ou ferai telle autre chose ».
Ego enim , ut agitator callidus, prius quam ad finem veniam, equos sustinebo (Cic. Acad. II, 29, 94) : « Je dois arriver au but à un moment donné; en prévision de quoi je retiendrai mes chevaux » (limite imprécise). — Cottidie, antequam pronuntient, vocem cubantes sensim excitant (Cic. de Or. I, 5g, 25 1). — Is , ante quam veniat in Pontum , litteras ad Cn. Pompeium mittet (Cic. de leg. agr. II, 10, 53) : « il doit venir dans le Pont, c’est prévu : auparavant il écrira à Cn. Pompée ». — Prius quam ab Roma proficisceretur , litteras Praeneste misit , ut sibi magistratus obviam exiret (Liv. XLII, 1, 7) : « En prévision de son départ, il envoya une lettre à Préneste... » (« il devait partir et le prévoyait ; auparavant il envoya etc. »)
Dans tous ces exemples il s’agit d’une personne qui fait une chose en prévision d’une autre chose qu’elle doit faire aussi; en faisant l’action principale, vocem excitant , elle prévoit qu’elle fera l’action de la proposition subordonnée, pronuntient; la première action prépare la seconde ; en faisant ceci on se dispose à faire cela. Aussi on pourrait toujours remplacer prius quam pronuntient par pronuntiaturi , dont il est l’équivalent : c’est en qualité de gens qui doivent déclamer, pronuntiaturi , que les acteurs exercent leur voix : pronuntiaturi vocem excitant.
Sicut medico diligenti, prius quam conetur aegro adhibere medicinam, non solum morbus eius , cui mederi volet , sed etiam consuetudo valentis et natura corporis cognoscenda est (Cic. de or. II, 44, 186). Prius quam conetur = conaturus , comme prius quam proficisceretur cité plus haut = profecturus. Et réciproquement on pourrait souvent remplacer le participe futur en -urus par une proposition-/?riws quam au subjonctif de prévision. Ainsi dans la phrase suivante : Cum vocem praeparet acturus in consulatu principi gratias (Plin. Ep. II, 1, 5), acturus = « comme quelqu’un qui se dispose à remercier », donc « en prévision de cet acte » = prius quam gratias agat.
On comprend le subjonctif, puisqu’il s’agit d’une personne qui se
dispose à faire, prévoit qu'elle fera l’action de la proposition -prius quam. Nous verrons cependant tout à l’heure que même dans ce cas, lorsque la proposition principale est à un temps principal, on peut dans la proposition-^r/ws quam remplacer le subjonctif par l’indicatif présent. Mais après un temps secondaire ou historique, dans le récit, la construction subjonctive reste nécessairement.
La construction subjonctive devrait donc faire place à la construction indicative, quand cette prévision n’existe plus, parce que le sujet de la première action n’a pu ni vouloir ni prévoir la seconde et que cela ressort du contexte. Gepéndant la construction subjonctive se maintint même dans ce cas, par un effet d’analogie et d’habitude. Exemples :
Discunt haec miseri ante quam sciant vitia esse (Quintil. I, 2, 8), « avant le fait de savoir que ce sont des vices » = « ils apprennent ces choses, et ils ne savent pas encore que ce sont des vices. » Ce n'est pas en prévision de savoir que ce sont des vices (sciant) qu’ils apprennent ces choses; l’indicatif serait donc ici tout à fait à sa place. De fait on le trouve aussi chez les classiques, les écrivains anciens et ceux de la décadence, quoique Riemann dise le contraire (Synt. § 212, n. 1 : « L’emploi de l’indicatif paraît être archaïque (1). » Membris utimur prius quam didicimus cuius ea utilitatis causa habeamus (Cic. de fin. III, 20, 66). — Ideo non est ante edendum quam ilia (famés) imperat (Senec. Ep. 1 23, 2). — Ante rorat quam pluit (Varr. L. 1. VII, § 58). — Prius quam lucet adsunt (Plaut. Mil. III, 1, 1 1 5 = 709).
On laisse le subjonctif même quand il s’agit de phénomènes naturels, là où par conséquent la volonté ou la prévision humaine n’a rien à voir, puisque l’on constate simplement deux faits matériels qui se suivent régulièrement : « Ceci arrive, puis ensuite ceci ». Il y a ici un véritable abus du subjonctif, qui n’a absolument aucune raison d’être.
Cornua nata prius vitulo quam frontibus exstent,
Il lis iratus petit atque infestus inurget. (Lucr. V, 1034.)
« Avant que les cornes d’un jeune veau soient formées et pointent sur son front, il en frappe excité par la colère et attaque avec rage. » — Huius folia sicuti labruscae , prius quam décidant, san guineo colore mutantur (Plin. N. H. XIV, 37).
(1) Cette erreur de Riemann est relevée par M. Haie.
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Propositions-pnus quam dans le récit , c'est-à-dire quand le verbe principal est à un temps passé .
Subjonctif. — De ce qui précède il ressort que dans le récit historique , d’après l’usage de l’ancien latin, on met le subjonctif pour indiquer une action représentée comme étant prévue soit par une personne mentionnée dans la proposition principale, soit par le sujet de cette proposition. Cette personne est représentée comme regardant en avant et apercevant une action-limite avant laquelle l’action principale doit ou ne doit pas se faire. On ne dit pas d’ailleurs si l’action prévue de la proposition-^r/w5 quam s’est accomplie.
Ante quam homines nefarii de meo adventu audire potuissent, in Macedoniam ad Planciumque perrexi (Cic. p. Plane. 41 , 98) : « Je prévoyais que ces hommes criminels pourraient apprendre mon arrivée ; auparavant je me rendis en Macédoine auprès de Plancius. » — Hannibal omnia prius, quam excederet pugna , (erat) expertus (Liv. XXX, 35, 4) : « Hannibal prévoyait qu’il devrait abandonner le combat, auparavant il avait tout tenté. » Cicéron était intéressé à l’accomplissement ou mieux au non accomplissement de audire potuissent ; Hannibal de même au sujet de pugna excederet ♦ Ils désiraient évidemment l’un et l’autre que l’action prévue ne s’accomplît pas, et le subjonctif de prévision est ici bien voisin du subjonctif de volonté. De même dans les exemples suivants : Inde ante discessit Antonius , quam ilium venisse audissem (Cic. ad Att. XIV, 20, 2) : « Antoine, prévoyant que j’aurais appris son arrivée, se retira auparavant ».
Indicatif. — Si, au contraire, il s’agit d’une action que la personne qui parle ou écrit constate en jetant un coup d’œil en arrière et à laquelle elle n’est nullement intéressée ; si dans le récit on constate simplement que tel fait s’est passé avant tel autre, qui a eu lieu également, il n’y a plus de raison de mettre le subjonctif. La personne qui parle voit cet acte comme la limite réelle avant laquelle l’acte principal a ou n’a pas eu lieu.
Heraclio aliquanto ante, quam est mortuus, omnia tradi derat (Cic. Verr, II, 18, 46) : « Un peu avant de mourir, il avait tout remis à Héraclius » = « il remit d’abord tout à Héraclius* puis il mourut ». L’action de mourir n’est point prévue, préparée par la personne qui fait celle de remittere omnia. — Omnia ista ante facta sunt , quam iste Italiam attigit (Cic. Verr. II, 66, 16 1) : « Tous ces faits se passèrent avant que l’accusé ait mis le pied en Italie ». — Neque prius fugere destiterunt, quam ad Rhenum
pervenerunt (Caes. B. G. I, 53, i); «ils ne s’arrêtèrent pas dans leur fuite avant d’avoir atteint le Rhin. » (ils atteignirent d’abord le Rhin, puis ils s’arrêtèrent). — Prius quam hinc abiit, quindecim miles minas dederat (Plaut. Pseud. I, t , 53 — 53).
Subjonctif anormal dans ce dernier cas. — Toutefois cette distinction n’est pas toujours observée, quoiqu’elle semble obligatoire, et le subjonctif s’emploie librement là où une syntaxe plus rigoureuse et conforme à la genèse de la construction demanderait l’indicatif.
Causam suscepisti antiquiorem memoria tua ; quae causa ante i mortua est , quam tu natus esses (Cic. pro Rab. perd. 9, 25).
Il s’agit ici de deux faits réels, qui eurent lieu l’un après l’autre ; l’orateur les constate en les mettant chacun à leur rang, voilà tout ; y le débat n’est point mort et n’a point été oublié en prévision de la
naissance du sujet de natus es, encore moins avec l’intention de l’empêcher de naître. Le subjonctif est donc ici hors de propos et ne s’explique que par l’abus analogique. De même celui des phrases suivantes :
Ducentis quippe annis ante quam Clusium oppugnarent urbemque Romam caperent, in Italiam Galli transcender unt (Liv. V, 33, 5) « Deux siècles avant le moment où ils assiégèrent Clusium et s’emparèrent de Rome (fait réel constaté par l’histoire), les Gaulois passèrent en Italie ». — Ante triennium quam Carthago deleretur, M. Cato, perpetuus diruendae eius auctor,
L. Censorino M’ Manilio consulibus mortem obiit (Vell. Pat. I, i3, 1) : « Trois ans avant la destruction de Carthage (Carthage fut détruite trois ans après) M. Cato, qui avait sans cesse conseillé cette destruction, mourut, sous le consulat de L. Censorius et de M’ Manilius ».
De fait les raisons de cette confusion sont assez difficiles à préciser. Elle repose, avons-nous dit, sur un abus analogique. D’après-
M. Haie, qui se trouve ici en face d’un fait qui heurte de front sa théorie et qui veut quand même trouver à ce fait une explication plus précise, on peut conjecturer qu’il s’est fait une confusion entre la prévision du narrateur et celle de l’acteur : en disant que les
’ Gaulois passèrent en Italie, Tite Live semble prévoir que deux cents
ans plus tard ils assiégeront Clusium ; en relatant la destruction da Carthage, il a dans l’esprit : trois ans plus tard Caton devait mou- * rir. « On pourrait appeler cela, dit M. Haie, une sorte de prévision
historique ». M. Haie, en effet, cherche à suggérer cette idée de prévision rétrospective par sa traduction : « deux siècles avant le moment où les Gaulois devaient assiéger Clusium... » ; « trois ans avant le moment où Carthage devait périr » (two hundred years^
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before the time when they were to besiege Clusium » ; « three years before Carthage was to fall »). Je trouve que c’est être bien un peu subtil pour vouloir trouver quand même une explication d’un fait exceptionnel. Puisque nous renonçons à expliquer autrement que par l’analogie prius quam vitulo cornua exstent , pourquoi chercher une autre explication à ducentis annis ante quam Clusium oppugnarent?
c) « Parmi les actes prévus comme imminents, il y a ceux qui de leur nature ne sont pas désirables et qui de fait n’auront pas lieu ou du moins arriveront trop tard pour être nuisibles, si on les prévient par un acte qui se fera auparavant et les empêchera. » (Haie, p. 87). Si la proposition principale est positive, l’action de la proposition -prius quam est prévenue et empêchée ; si la proposition principale est négative, l’action de la proposifion-^riMS quam est au contraire voulue et l’on insiste sur son accomplissement.
Inspice hoc facinus : prius quam fiat, prohibesseis scelus (Enn. Trag. rel. 323 Vahl.) — Haerens in tergo Romanus , prius quam fores portarum obicerentur, relut agmine uno irrumpit (Liv. I, 14, 11). On prévoit le fait, mais on n’attend pas son accomplissement, on le prévient. La prévision ici confine à la volonté; il n’est donc pas étonnant que nous ayons le subjonctif des verbes d’empêchement.
M. Haie ajoute : « Cette idée accessoire d’empêchement qui vient s’associer à celle de prévision amène l’emploi occasionnel d’une forme de posse comme exprimant plus nettement la pensée. On prévoit l’action, on la prévient, de manière à ce qu’elle ne puisse pas s’accomplir. »
Prius in hostium castris constiterunt quam plane ab his videri aut quid rei gereretur cognosci posset (Caes. B. G. III, 26, 3). — Prius quam telum abici posset aut nostri propius accederent, omnis Vari acies terga vertit seseque in castra recepit (id. B. C. II, 34, 6) : « Avant même qu’on pût lancer le trait et sans attendre notre approche, toute l’armée de Varus tourna le dos et se retira dans son camp. » En tournant le dos elle prévint et empêcha les deux choses qu’elle prévoyait et qui ne purent se faire : le lancement des traits et l’approche des nôtres.
Par analogie, on traite de même la proposition qui exprime un fait qu’on prévient sans toutefois chercher à l’empêcher ; on le prévient dans ce sens qu’on n’attend pas qu’il arrive pour faire l’action de la proposition principale.
Prius quam castra videat aut hostem, insanit (Liv. XXII, 3g, 6) « avant même de voir le camp... » (littéralement : « Il doit
voir le camp, il le prévoit ; et d’avance il s’agite comme un insensé »).
Quand la proposition principale est négative, la proposition -prius quam exprime une action à laquelle on tient et sur laquelle on insiste, dont on veut assurer l’accomplissement, ou même qui de fait s’est accomplie.
Inde non prius egressus est , quam rex eum data dextra in fidem reciperet (Nep. II, 8, 4) : « il ne quitta pas l’asile sacré avant que le roi, lui ayant donné la main, lui promît sa protection » (ce qu’il fit en effet, de sorte qu’on pourrait traduire aussi par « promit » à l’indicatif).
Nec prius absistit quam septem ingentia victor
Corpora fundat humo et numerum cum navibus aequet. (Virg. Aen. I, 193).
V d) Dans certaines propositions-^rffis quam , lorsque la propo-
sition principale est affirmative et qu’il s’agit donc d’une action qu’on prévient, l’idée de temps se rapproche beaucoup de celle de préférence , et même se confond avec elle. Il peut même se faire qu’entre les deux actions il n’y ait plus aucun rapport de temps et que « avant que » devienne synonyme de « plutôt que ». La transition se voit dans une phrase comme celle ci :
Senex sum ; utinam mortem oppetam, priu’ quam evenat
Quod in pauperie mea senex graviter gemam. (Enn. Trag. rel. 235 Vahl.)
«Je suis vieux; puisse la mort m’atteindre avant qu’il doive m’arriver ce dont j’aie à gémir ». Changeons « avant que » en « plus tôt que », qui a le même sens, et nous verrons clairement l’analogie qui nous aide à passer des propositions précédentes à celles-ci, qui sont introduites par ante quam, prius quam, citius quam, potius quam et libentius quam, ou enfin, après malo, par quam tout seul, l’idée de préférence marquée par prius, citius etc. se trouvant impliquée dans malo; par ex. Juv. VIII, 269 : Malo pater tibi sit Thersiies... quam te Thersitae similem producat Achilles. Le sens de ces phrases est : « Avant que (= plus tôt que) (1) je fasse cela, je ferai ceci, je ferai n’importe quoi ».
Citius , tout comme ante et prius , a dû marquer à l’origine l’an-
' tériorité; citius quam = « plus vite que, plus tôt que », puis « de
préférence à ». Après que ante quam et prius quam eurent pris un
* (1) Une des nombreuses absurdités introduites par les pédants dans notre
grammaire française consiste précisément à établir une distinction orthographique entre plus tôt et plutôt , selon que l’expression marque le temps ou la préférence ; comme si l’idée de préférence ne découlait pas de celle de temps, et comme s’il était besoin d’en avertir en mutilant plus tôt en plutôt , ce qui fait disparaître justement le sens étymologique, c’est-à-dire l’idée de temps qui est à l'origine de l’expression.
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sens dérivé et marquèrent, non plus l’antériorité, mais simplement la préférence, potius quam et libentius quant vinrent se joindre à eux comme équivalents.
Ces propositions expriment « une action prévue et repoussée par le sujet de la proposition principale ».
Animant amittunt prius, quam loco demigrent (Plaut. Amph. I, i, 84 = 240) : « ils meurent plus tôt (1) que d’abandonner leur poste » (littéralement : « plus tôt qu’ils abandonnent »). — Eripiet quivis oculos citius mihi, quam te | contempium cassa nuce pauperet (Hor. Sat. II, 5, 35). — Potius quam id non fiat, ego dabo (Plaut. Pseud. I, 5, 142 = 554) : « plus tôt que de souffrir que cela ne se fasse pas, je donnerai l’argent moi-même )y (littéralement : « de préférence à ce que cela ne se fasse pas ». — Hannibalem ego potius traham, quam ille me retineat (Liv. XXVIII, 44, 9) : « Je traînerai Hannibal là- bas, au lieu de me laisser retenir ici par lui». — Depugna , inquis , potius quam servias (Cic. ad Att. VII. 7, 7). — Quae sese inhoneste opiavit parère hic ditias | potius quam patria honeste pauper viveret (Ter. Andr. IV, 5,2 = 797). — Zeno Eleates perpessus est omnia potius, quam conscios delendae tyrranidis indicaret (Cic. Tusc. II, 22, 52). — Avec le parf. subj. : Libentius omnes meas, si modo sunt aliquae meae , laudes ad te transfuderim , quam aliquam partem exhauserim ex tuis (Cic. ad Att. XIV, 17 A, 4). Ajoutez Ter. Ad. I, 1, 109; II, 2, 32 = 240 ; Phorm. II, 3, 61 = 407; Cic. Brut. 3, 1 1 ; de fin. V, 60, 66;, Rep. XVIII, ii, 4.
On se sert de cette construction pour affirmer avec force qu’une chose n’arrivera pas, surtout si elle ne dépend que de la volonté de la personne qui parle. Pour cela on dit qu’on fera l’impossible ou que l’impossible arrivera, même une chose contraire aux lois de la nature, plus tôt que celle dont il s’agit.
Ante pererratis amborum finibus exul
Aut Ararim Parthus bibet aut Germania Tigrim ,
Quam nostro illius labatur pectore vultus (Virg. Ecl. I, 61).
Le sens est : « Je ne prévois pas que son image doive s’effacer de mon cœur avant que le Parthe boive l’eau de l’Araris ».
Sed prius Apulis iungentur capreae lupis
Quam turpi Pholoe peccet adultero (Hor. Od. I, 33, 7).
On voit combien dans les propositions-pr/ws quam et citius quam le subjonctif de prévision se rapproche de celui de la volonté :
(1) Je conserve à dessein l’orthographe étymologique et rationnelle.
en réalité on ne veut pas que l’action de la proposition se fasse. Aussi quand cette idée de l’intention négative est aussi nettement impliquée, et elle l’est toujours avec potius quam et citius quam, on l’exprime d’une façon plus apparente par l’addition de ut ; potius quam ut = « plutôt que je ne veux que » .
Multi ex plebe spe amissa, potius quam ut cruciarentur trahendo animam , capitibus obvolutis se in Tiberim praecipitaverunt (Liv. IV, 12, r 1). Potius quam ut en somme a la valeur de ne avec l’idée de préférence en plus. — Audeo dicere... ipsos potius cultores agrorum fore quam ut armati... coli agros prohibèrent (Liv. II, 34, n). — Et in corpora sua citius per furorem sae vituros, quam ut Romanam amicitiam violarent (Liv. XXXV, 3 1 , i5). « Ut est ajouté parce qu’on indique l’intention d’empêcher à tout prix que l’action de violare amicitiam Romanam se fasse » (note de Weissenborn ad 1.).
Ce n’est pas que le subjonctif de la proposition-/?r/ws, citius quam ait par lui-même ce sens de volonté : il reste un subjonctif de prévision. En prévision que telle chose pourrait arriver, on fait ou il arrive plus tôt telle autre chose destinée à l’empêcher. Quand je dis : « Le Parthe boira l’Araris plus tôt que l’image d’Auguste doive s’effacer de mon cœur », cela revient à dire que je ne veux pas que l’action de s’effacer s’accomplisse.
Indicatif futur dans ces propositions.
Il semble bien que, d’après l’analyse que nous venons de faire de ces quatre classes de propositions-przws quam établies par M. Haie, le subjonctif de prévision, parfois bien voisin du subjonctif de volonté avec lequel il paraît se confondre, aurait dû se maintenir. De fait il se maintient ordinairement et reste à son poste, à l’exclusion du futur. Cependant comme en définitive il s’agit d’un acte futur, qu’on prévoit comme devant s’accomplir dans l’avenir, il n’est pas étonnant qu’il se soit établi entre les deux formes si voisines par le sens une rivalité et que le subjonctif ne se soit pas toujours défendu victorieusement contre l’invasion du futur.
a) Propositions = limite extrême = « pas avant que, au plus tôt lorsque » : Si minus , non veniam ante quam necesse erit (Cic. ad Att. XIII, 48, 1). — De qua vereri non ante desinam quam illam excisam esse cognovero (Cic. Cato m. 6, 18). — Non defatigabor ante, quam illorum ancipites vias rationesque et pro omnibus et contra omnia disputandi percepero (Cic. de Or. III, 36, i45).
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b) Propositions = action en prévision ou préparation de laquelle :
Prius quam messim faciès, porcam praecidaneam hoc modo
fieri oportet (Cato, de agri cuit. 1 34, 1). Comparez avec la phrase suivante du même passage où un subjonctif fait exactement pendant à faciès dans une proposition identique : Cereri porca praecidanea ...prius quam hasce fruges coudas. — Prius quam istam pugnam pugnabo, ego etiam prius | dabo aliam pugnam claram et commemorabilem (Plaut Pseud. I, 5, 110 = 524).
c) Propositions = action dont on n’attend pas l’accomplissement, avec une proposition principale positive.
Criminum invidia pro reo est , prius quam probabitur (Quintil. IV, 3, 6) : « l’odieux qui s’attache au crime plaide en faveur de l’accusé, jusqu’à ce qu’il soit prouvé » = avant le moment où il sera prouvé.
Action sur laquelle on insiste, à laquelle on tient, avec une proposition principale négative.
Respondeam... ne que desiturum ante invictum vestrum imperatorem incusare quam finitum aliqua tolerabili condicione bellum videro (Liv. XXIII. 12, 10). L’indicatif est d’autant plus surprenant qu’il y a deux raisons pour mettre le subjonctif viderim : d’abord celle qui demanderait le subjonctif de prévision, ensuite celle tirée de ce que la proposition prius quam videro dépend d’une proposition infinitive et que nous sommes dans le style indirect, ce qui indique bien de la part de la personne qui parle la volonté formelle d’exprimer la nuance précise marquée par l’indicatif en soustrayant le verbe à l’influence du style indirect et de la subordination. Par l’indicatif on rétablit en réalité la parataxe au sein d’une période dont les propositions subordonnées semblent vouées au subjonctif = « Je ne cesserai d’accuser votre général invincible ; auparavant j'aurai vu la guerre terminée par un accord acceptable ».
d) Proposition = action qu’on veut empêcher à tout prix :
Per dam operam potius quam carebo filia (Plaut. Cistell. II,
Sed , me dius fidius, multo citius meam salutem pro te abieceror quam Cn. Plancii salutem tradidero contentioni tuae (Cic. p. Plane., 33, 79).
Indicatif présent dans ces propositions.
Que le futur de l’indicatif se soit glissé dans ces propositions à la place, du subjonctif de prévision, cela se comprend assez et s’explique, puisque j comme nous l’avons déjà répété, les deux
formes expriment le futur et que le subjonctif de prévision pourrait à la rigueur s’appeler le subjonctif futur. Ce qui est plus difficile à expliquer, c’est le présent de l’indicatif, qui se substitue au subjonctif dans certains cas, après un temps principal seulement, présent ou futur, dans la proposition principale. En voici quelques exemples :
a) Proposition = la limite extrême «*= « pas avant que, au plus tôt lorsque ».
Nec unquam hercle hodie hic prius edes , ne frustra sis , quam te hoc facturum quod rogo adfirmas mihi mihi (Plaut. Pers. I, 3, 60 = 140). a Tu ne mangeras pas avant le moment où tu m’affirmeras ». A côté de : Manus vetat prius quam penes sese babeat quicquam credere , cité plus haut, p. 5.
b) Proposition = action en préparation de laquelle on fait l’action principale :
Nunc , ante quam ad sententiam redeo, de me pauca dicam (Cic. in Cat. IV, 10, 20). — Est etiam prius quam abis quod volo loqui (Plaut. Asin. I, 3, 79 = 232). A côté de Prius quam ad finem veniam, equos sustinebo , cité plus haut, p. 6.
Ce qui paraît étrange, c’est que dans cette formule particulière : « avant d’aborder mon sujet, avant de revenir à mon sujet, je veux parler de telle autre chose », c’est presque toujours le présent de l’indicatif que Cicéron emploie dans ses discours. La remarque en est faite par Riemann, Synt. § 214, n. 1, p. 368 de la 4e édition. D’après le Lexikon \uden Reden des Cice^o de Merguet, il y a dou\e exemples de ante quam et deux de prius quam (total quatorze) avec le présent de l’indicatif, contre deux de ante quam et un de prius quam (total trois) avec le présent du subjonctif.
c) Proposition = action qu’on prévoit et prévient.
Heus, Nausistrata , prius quam huic respondes temere , audi (Ter. Phorm. V, 9, 48 = 1037).
Action qu’on n’attend pas avant d’en faire une autre :
Per gin istuc prius diiudicare quam scis quid veri siet? (Ter. Heaut. II, 2, 8 = 23y). A côté de Prius quam fiat, prohibesseis scelus, cité plus haut, p. 10.
d) Proposition = action qu’on ne veut pas voir s’accomplir, qu’on voudrait empêcher :
Omnia experiri certumst, prius quam pereo (Ter. Andr. III, 1,-11 = 3 1 1 ).
Sed mihi vel tellus optem prius ima dehiscat,
Vel Pater omnipotens adigat me fulmine ad umbras ,
Ante, Pudor , quam te violo aut tua iura resolvo. (Virg. Aen. IV, 24.)
A côté de animam amittunt prius quam loco demigrent, cité plus haut, p. 3 16.
LE MUSÉE BELGE
Comment expliquer cette intrusion de l’indicatif présent dans les propositions exactement pareilles à celles où le subjonctif de prévision semble obligatoire ? Riemann dans la suite de la note citée tout à l’heure ajoute : « En dehors de ce cas (les formules « avant de traiter le sujet ») l’emploi du présent de l’indicatif au lieu du subjonctif présent après ante quam et prius quant semble être plutôt du style familier (on le trouve plusieurs fois chez Tite Live) ». Et il renvoie à Tite Live XXII, 5o, 8, sans citer le passage; le voici : Sed ante quam opprimit lux, maioraque hostium agmina obsaepiunt iter , per hos, qui inordinati atque incompositi obstrepunt portis, erumpamus. 11 s’agit nettement ici d’un fait qu’on ne veut pas attendre et qu’on empêcherait, si l’on pouvait. Dire que l’indicatif présent est plutôt du style familier, ce n’est pas l’expliquer, quelle que soit d’ailleurs la vraisemblance de l’assertion. Nous venons de voir le futur de l’indicatif .remplacer le subjonctif, ce qui se comprend à la rigueur, puisque les deux formes expriment une action future et que le subjonctif de prévision est un très proche parent de l’indicatif futur. Pourquoi ne pas admettre qu’à son tour le présent a usurpé le rôle du futur? Ne le remplace-t-il pas souvent dans les propositions indépendantes, en latin comme en français ? Hodie uxorem ducis. Haud muto factum = « tu te maries aujourd’hui. Je ne change rien à ce qui est fait ». Ne disons-nous pas couramment : « je pars demain ; je suis à vous dans un instant » ? Ce présent de l’indicatif ne remplace-t-il pas le futur aussi dans la proposition conditionnelle? Si pereo, hominum manibus periisse iuvabit. Nous avons donc ici une de ces confusions de rôle, un de ces passages d’un mode à l’autre, qui remonte à l’époque primitive où la fonction de chaque mode n’était pas encore définie. L’explication que M. Haie ne donne qu’avec une certaine hésitation, et d’après M. Deane (i) me paraît par conséquent être la bonne. Je la résume en quelques mots. Il doit y avoir eu un temps où ce qu’on a fini par appeler présent de l’indicatif était la seule forme modale existante, servant de façon un peu fruste à exprimer tous les sens modaux et temporels. On peut admettre raisonnablement que quelques-uns des emplois de cet « indicatif omnimodal et omnitemporel » ont survécu à côté de formes temporelles et modales plus développées et plus précises. Cette explication fera disparaître en bien des cas des anomalies difficiles à justifier, par exemple, le présent de l’indicatif pour exprimer une condition
(i) L’explication de M. Haie est rapportée par M. Deane dans son article intitulé : « Deliberative questions, indicative and subjunctive, in Terence», dans Transactions of the Amer. phil. Association , 1890 (vol. 21).
future, comme Sali. Cat. 58, 3 : Si vincimus, omnia nobis tuta erunt , où vincimus représente si bien un futur et en usurpe la fonction que l’orateur continue par : Sin metu cesserimus, eadem ilia adversa fient. Cet échange de temps est même devenu la règle en français dans ces sortes de propositions : « Si nous sommes vainqueurs, tous ces avantages nous seront assurés ; si au contraire nous cédons par crainte, ces mêmes choses se retourneront contre nous. » C’est de la même façon que s’explique dum = « jusqu’à ce que » (c’est-à-dire « pas avant que ») avec le présent de l’indicatif, par exemple, Liv. VIII, 7, 7 : Visne igitur , dum dies ista venit inter ea tu ipse congredi mecum ? Notez que nous avons ici avec dum « jusqu’à ce que, en attendant que » la même substitution de mode et de temps qu’avec prius quam. A côté de dum dies ista venit nous avons dum mihi ad te litterae veniant (Brut. ap. Cic. ad fam. XI, 23, 2), c’est-à-dire l’emploi régulier et normal du subjonctif de prévision.
Il me reste pour finir à répondre à une question qui se pose naturellement. Le subjonctif de ces propositions est-il un volitif ? Nous avons vu que le subjonctif dans les propositions-/?r/«s quam marque souvent que le sujet de la proposition principale ne veut pas que l’action de la proposition-/?rzws quam se fasse. Aussi la plupart des grammairiens voient là un subjonctif de volonté et disent qu’on met le subjonctif toutes les fois qu’il y a une idée d’intention. Nous avons reconnu nous-même que dans certains cas l’idée de volonté vient se joindre à celle de prévision. Mais cette explication ne peut suffire à rendre compte de tous les cas du subjonctif, qui se trouve souvent là où il y a simplement attente d’un fait qui doit se produire et qu’on prévoit par anticipation, sans aucune idée accessoire de volonté. Et nous revenons ainsi au subjonctif de prévision de M. Haie, admis d’ailleurs aussi par M. Schmalz, qui l’appelle « Prospektiv », ce qui est proprement, je pense, une simple traduction du mot anglais « anticipatory ».
Maintenant que l’on relise dans nos grammaires, même les plus savantes et les plus complètes, y compris ma syntaxe bien entendu et la syntaxe comparée de Riemann-Goelzer, le chapitre sur les propositions ante quam et prius quam , et l’on reconnaîtra sans peine tout ce qu’il a de vague, d’obscur, de flottant et d’incomplet, à côté de la théorie si lumineuse de M. Haie, que cet article a pour objet de faire connaître en l’arrangeant et la complétant à l’intention deslecteurs français que ces questions intéressent.