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Du mode mineur dans le rythme

L'instinct peut quelquefois être un guide sûr, et précéder rinvesligation précise et à plus forte raison la construction 66duclive qui ne peut être solide que commtj œuvre dernière. Dans nos études rythmiques ou esthétiques^ nous n'avons pa^ Thabilude de faire assister le lecteur à la genèse des idées que nous leur présentons après leur élaboration complète, et assimilables ; ici il nous semble nécessaire de procéder autrement ; le titre de cette monographie paraîtra d^abord singulier, et il est bon qu'on se rende compte comment it nous a été suggéré et comment il s'est imposé à nous.

Il est impossible, en lisant certaines poésies après certaines autres, de n'être pas frappé d'un caractère commun à une partie d'en treelles, en opposition directe au caractère commun aussi des autres. Mais ce caractère est d'abord difficile à définir Dire que les unes portent le cachet du bonheur ou des sentiments heureux, les autres l'empreinte de la tristesse, ne serait que superficiellementexactj car tous les sentiments heureux ne se rangent pas dans la môme catégorie rythmique et ils arrivent souvent ;\ sonner, de par le rythme, comme des sentiments tristes ; dire qu'ils ont alors un bonheur mélai^olîque serait s'approcher plus près de la vérité sans cependant coïncider avec celle-ci;

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car Fini pression n'est q\ï indit*cctemenf. dans le sentiment qu'on a voulu exprimer» elle t^i directement dans le rythme. Pour s'en convaincra, il n*y qu'à lire tel poème en langue étrangère imparfaitement connue et dont on s'efforcera de ne pas comprendre le sens : le rythmeseul, le mouvement du vers, avertira qu'il faut le classer dans l'une ou dans l'aulre de ces calégoncs.

C'est que dans l'une Toreille éprouvera un plaisir, plein, direct, une sath faction entière, qui ne lui laissera rien désirer, ni regiettpr^qui ne sera môlée d'aucune sensation pénible, mais qui ne sera point non plus avivée par celle-ci, tandis que dans l'autre roreille éprouvera une sensation plus intense, un plaisir même peut-ôtre plus vif,mais;oo/«/cû/?î;î^^^, point satisfaisant, mélangé d'une impression pénible cherchant quelque chose qui lui manque.

De ces différeuti cas de sensation auditive naissent des différences de sentiment pyschique. Dans le premier, la satisfaction plrine de roreiîle aura pour résultat celle provisoire du cœur et de l'esprit, quel que soit d'ailleurs le sujet It^aité. Si le poëte veut exprimer ainsi la douleur, îl le pourra, mais alors cette douleur sera pleine, de développementnormal, d'oscillation tranquille et large. Dans le second cas, la satisfaction comme tronquée, incomplète! de roreille aura aussi sa répercussion sur le sentiment, quelquesoitlesujetd'ailleurs.On pourra bien exprimer la joie, mais une Joie par ticnlit're^ïi'igmWonnée par un regret ou un désir nouveau, point en pleine jouissance et possession d e 11 e- mô mB.Bi dont le co uran t sera fi chaq u e in s tant in terro mp ti , ce qui, du reste, peut ne la rendre que plus vive.

Pour ne pas rester dans les abstractions donnons tout de suite un exemple frappant. C'est le fameux distique d'Ovide,

Doncc eris rclix, multos numerabis amicosï Tempora si fueriàt uubila, solus eris.

hecontrasleâe ces deux vers n'est pas seulement dans les idées, il est dans le rythme môme. Le pentamètre e^it une double mutilation de V hexamètre ; de là son rythme élégiaque ; nous verrons bientôt de plus près comment cette mutilation peut donner ce rythme.

Mais ce qui est certain, c'est l'impression rythmique toute différente de ces deux vers.

Après avoir parcouru un certain nombre de poèmes, noijs parvînmes sans aucune difficulté à les classer dans l'une ou Tautre catégorie; ils sonnaient tous de deux manières bien différentes. Ceux qui nous procuraient une sensation complète, pleine, flnie au point de vue rythmique, un sentiment entier, nonmélangéde sentiments contraires au point de vue psychique, reçurent provisoirement de nous le nom de majeurs ; ceux, au contraire, qui nous procuraient une s'insation incomplète, inachevée, tronquée au point de vue rythmique, un sentiment non fini, môle ou arrêté au point de vue psychique, reçurent provisoirement le nom de mineurs.

Mais comment définir exactement ces deux termes? Pour quelle raison tels rythmes se trouvaient-ils classés instinctivement dans l'une ou l'autre des deux classes? Quelle application générale une lelle division pouvait-elle avoir dans les sciences ou dans les arts? Ces questions restaient sans réponse.

C'est alors que les nombreuses ressemblances du rythme musical et du rythme poétique nous vinrent à la pensée, et nous nous demandâmes si la musique ne nous fournirait pas Texplîcation du problème.

En musique il existe deux modes, le mode majeur et le mode mineur \ toutes les -œuvres musicales se rattachent à Tun ou à l'autre. N'y aurait-il pas con^^orrfance dans ces deux modes entre la musique et la poésie?

D'abord, ce qui était facile, il s'agissait de rechercher quel était l'effet produit par ce mode mineur en musique, et de savoir s'il est identique à celui produit par le môme mode en poésie. Or, sur ce point aucun doute. Tous les morceaux conçus en gamme mineure ont un caractère net qui les distingue des autres à première atiiition; ils ont tous une teinte mélancolique très prononcée, inspirent des sentiments beaucoup plus graves, enfin dotinent une émotion identique à celle aue procurent les vers que nous avions qualifiés de mineurs. De même que le rythme des vers précités, la gamme mineure est construite avec moins de régularité, de netteté, de simplicité que la gamme majeure. Elle n'a pis la môme assiette, et elle étonne d'abord quelque peu l'oreille. On serait tenté de croire que c'est un produit moderne, hystérogène, une dérivation de la gamme majeure, quoiqu'il n'en soit rien ; mais telle est l'impression; cette gamme n'est pas aussi normal^ que la gamme majeure.

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Il y a encore cette différence enlre les deux modes en mu* shiae, que le mode mineur est plus fréquent chez les peuples primitifs ou peu civilisés et dans les chansons populaires; il disparaît peu à peu lorsque la musique devient plus savante, jusqu'à c6 que celle-ci r plus parfaite, le reprenne à son tour et emploie allernalivemont Tun et Tautre mode, suivant les impressions qu'elle veut donner.

Tel h est la fonction du mode rameur en tpudque; mais mécaniquement %i\ quoi consiste-l-il T Si ce mécanisme en musique nous est connu et si nous en dégageons le principe, peut-être, consultant Tanalogie , pourrons-nous trouver aussi ce méca* oisme rythmique en poésie.

La gamme dans le mode majeur se caractérise pur la tierce au-^des^^us de la toniqite. Celte tierce doit se composer de deux tons complets^ c'est ce qui lui fait donner le nom de majeure. En d'autres termes, ce qui détermine le mode d'une gamme, c'est sa base^ et sa hase se compose des deux intervalles entre sa première et sa deuxième note^ entre sa deuxième et sa troisième. En effeU pour établir une proportion quelconque, un rapporl quelconque, il faut, au moins, deux valeurs, les valeurs sont ici les deux intervalles. Pour que l'oreille et Kesprit soient pleinement satisfaits, il faut entre ces valeurs une égalité, soit deux valeurs égales. Dans la ^amme majeure, les deux premiers intervalles sont égaux t îa satisfaction est donc complète. Entre le do et le re, il y a un ton entier ; entre le ré et le mi, il y a aussi un Ion entier. Cette égalité enlre deux valeurs ou deux objets se retrouve partout dans la nature de manière à former une harmonie, il en résulte une paire. Dans le corps humain, dans une foule d'ê 1res organisés ou même inorganiques, eetle parité se retrouve et forme le fondeme^U de l z symétrie elle-même^ Cette égale dislance entre les notes ne se trouve pas, il est vrai, dans h^ cours entier de la gamme. De la troisième note à ta quatrième il n'y aura qu'un demi ton ; de môme, de la septième et à ia huitième ; mais c'est la base qui caractérise, or la base consiste dans la première paire.

La gamme, dans le mode mineur, s^ distingue p^ir la base, c'està-dire par les deux premiers intervalles, i>ar la constitution de la première paire. En effet, cette constitution est ici tout autre. De la [première à la seconde note, il y a lo uj o u rs l intervalle d'un ton,

de la seconde à la troisième il n'y a plus que l'inlervallo d'un demi-ton. Il n'y a plus d'égalité, il n'y a plus une vraie paire. Le rapport n'est plus de 1 à 1, mais de 2 à 1. Le second intervalle est raccourci de moitié. Le besoin de symétrie pleine n'est plus satisfait. Est-ce à dire qu'il y a défaut d'harmonie? Non, car 11 n'y aurait plus de sentiment musical satisfait. Mais la parité pleine s'est changée en simple proportion. Il en résulte une impression différente.

Cette gamme donne aux chants, aux airs gaéliques ou bretons par exemple, un caractère un peu étrange ; de cette étrangeté môme dérive une sensation triste, mélancolique et rêveuse? A quoi cela iient-il?i4 la composition de cette première tierce ; ^n lieu de deux tons ne contenant qu'un ton et demi, elle est tierce mineurp. Cette tierce est, pour ainsi dire, inachevée, tronquée, raccourcie; de là cette sensation pénible, il y a comme un arrêt brusque. C'est comme une tierce mutilée^ catalectique.

La basé qui est la première tierce étant ainsi modifiée, modifiera-t-on le surplus de la gamme ? Cela n'est pas en soi nécessaire, mais le devient indirectement pour que, tous les sons étant les mômes que dans la gamme majeure, et tous les intervalles entre les sons étant les mômes, il n*y ait pas confusion entre elles. Par exemple dans la gamme en la mineur, si l'on ne modifiait que la première tierce on aurait :

La — si-ut — re — mi- fa — sol — la

où les sons sont les mômes etjes intervalles sont les mômes que dans la gamme d'ut majeur, de telle sorte que dans certains dessins les caractères se confondent. ^

Pour éviter cette confusion on a haussé d'un demi-ton la ?• note, ce qui construit la gamme en la mineur ainsi :

La, si, ut, re, mi, fa^ sol dièse, la

et lui donne trois demi tons si-ut, mi-fa, sol dièse, la.

Mais dans cette gamme ainsi construite dans son ensemble, il y a du fa au sol dièse un intervalle d'un ton et demi, ce qui est contraire à l'économie des gammes qui se construisent par tons et demi-tons, et ce qui rend d'ailleurs l'intonaticn

difficile. En haussîint la 6' noie /a d'un dRmi-ton, on supprime cet intervalle gênant et l'on obtient

la, si, ntf ré, mit fa dlâse, sol dièse, la.

Cependant on o m ploie aussi la gamme sans cette seconde modification.

Si nous avons exposé ces modifications du reste de la gamme, c'est pour bien faire comprendre qu'elles ne sont pas essentielles, que ce qui caractérise suffisamment le mode majeur et le mode mineur c'est la constitution de la première iierce qui dans l'un est composée de dfvux intervalles chacun d'un ton, et dans l*autre de deux intervalles, 1 un d'un ton, l'autre d'un demiton. Nous avons dit les résit liais impressionneh de cette différenc3de conslitution. Le résuilat mécanique est, dans le mode mineur, la rupture de la par lié et son remplacement par unr idée de simple proportion.

Nous devons signaler immédiatement, au point de vue mécanique, un antre résuilat. Dans le mode majeur, le total de?* deux premiers intervalles est un nombre pair, deux tons: dans le mode mineur, au contraire, le total des deux premiers intervalles est un nombre impair, un ton el demi ^ trois demitons. De là le nombre impair des unités d'intervalle a ïa bast^ caractérise le mode mineur, tandis que le nombre pair de ces unités caractérise le majeur. Nous sommes amenés ainsi à confondre Tidée du majeur avec celle du pair, et l'idée dn mineur avec cefie de Timpair; cette observation sera féconde en conséquences.

Maintenant, du rythme musical, transportons-nous au rythme poétique, et voyons sL les mômes impressions n'ont point pour cause un mécanisme identique ou analogue, c'estiniire pour le mode majeur une parité complète nettement établie dans chaque élément rylhmlque, et pour le mode mineur un dépareiUement, une diminution de Tune des deux unités composant la paire, fit par ailleurs, si le nombre pair n'est pas caractéristique du mode ma/eur poétique, et le 7iomère impair du mode mineur.

Reprenons le distique déjà cité en le scandant.

Hexamètre et mode majeur.

Donec e/ris fe/lix mul/tos nume/rabis a/micos Pentamètre et 7node mineur.

Tempora/dum fue/rint. . . ./nubila,/solus e/ris. . . .

Pourquoi Thexamètre est-il en mode majeur, et le pentamètre en mode mineur dans ce distique? A priori^ à cause de l'effet différent produit comme sensation. Puis, si l'on réfléchit et si Ton analyse, on verra que le pentamètre est construit exactement comme Thexamètre, que seulement la thesis du troisième pied et la thesis du sixième sont supprimées , qu'en d'autres termes on a enlevé les Me5i5 finales de chaque hémistiche, de sorte que chaque hémistiche est catàlectique. Tout le monde sait que le catalexe est la suppression de l'un des éléments d'un pied, en général de la thesis.

Que résulte-t-il mécaniquement de cette catalexe? Il en résulte que le pied qui en est frappé n'est plus l'égal des autres pieds, qu'il est tronqué, mutilé, boiteux. Il en résulte, en ce qui concerne l'hémistiche ou le vers, que ceux-ci sont brusquement arrêtés avant d'être finis, qu'ils ne peuvent plus finir decreseendo en mourant sur la thesis ; de là, une sensation pénible acoustiquemcntqui aide à exprimer psychiquement la tristesse. Ce pied n'est plus que la moitié de chacun des autres pieds, lesquels comprennent à la fois une arsis et une thesis.

C'est exactement ce que nous venons d'observer en musique pour le mode mineur. Seulement la base est déplacée. Dans les vers précités, et généralement, elle est à la fin ou à l'hémistiche, parce que là est le centre ou le point d'équilibre du vers. Sauf, cette différence de place, le phénomène est le même, et ne cesse pas d'être basique.

Nous n'avons voulu donner qu'un exemple des manifestations du mode mineur poétique, le vers catalectique^ et nous avons emprunté cet exemple au latin. N'y a-t-il pas dans la modification française quelque chose d'analogue ?

Oui ; en latin le vers total se divise en pieds, et chaque pied a sa constitution intérieure ; il se compose d'une arsis et d'une

thesis : la perle de la (hesis tl*un des pieds affecte à la fois le pied isolé et le t^er,f entier. En français, il n'y a pas de pied, il n'y a dans le vers que le vers lui-même et rh<?mîstiche. De même que la calalexe a Heu en latin par la suppression d'un élôment, VarsiSy dans un pied et par conséquent dans le vers, de même, on tenant compte de la différence de composition, en français la catalexe a lieu par la suppression d*nne syllabe dans levers. Celle suppression sera plus sensible si levers dans lequel elle a lieu est précédé d'un autre plein. If en résulte le distique suivant :

Tant que le bonheur dure, il est beAuceup d'amis : Vienne lemalbeur, vois les ennemis.

Où une catalexe, non d'une thesis mais d'une syllabe , a lîeu à chaque hémistiche.

Mais il n*est pas besoin que la catalexe ait lîeu à chaque hémistiche, elle est même plus frappante en français si elle a lieu à la fin du vers» parce que la double catalexe fait remplacer un vers pair par un autre vers plus court, mais de nombre sylîabique pair aussi comme dans le vers précédent» et la parité fait rentrer dans le mode majeur. Dans la traduction ci-dessus, le second vers n*est donc mineur que par contraste, et aussi par le nombre impair ries syllabes de chaque hémistiche, mais il reste pair par le nombre total des syllabes, ce qui le rend mixte- Mais le second vers simplement calalectiquesora franchement de mode mineur dans le distique suivant :

Tant que le boabeur dure^ il est beaucoup d'amisi Mats vienne le malheur vols les ennemis.

Ici le second vers est un vers de onze syllabes.

On peut en conclure, au moins provisoirement, que le vers de mize syllaùesesl le caialecHque de l'alexandrin, que le vers de dix syUabes coupé par la moitié par la césure est le bi-catalectiqtte du même.

11 n'est pas besoin que le vers catalectiqueou normal précède le cataleclique pour faire ressortir celui-ci, en d'autres termes il serait inexact de dire que le mineur n'existe que par son opposition actuelle au majeur. Le vers catalectiqjue peut exister isoler et ne perd pas pour cela son impression spéciale.

En français tous !es vers à nombre de syllabes impair peuvent être considérés comme les dérivés catalecliques des veis à nombre de syllabes pair immédiatement supérieurs ; c*est ainsi que le vers de onze syllabes est un vers de douze syllabes tronqué ; il en est de même du vers de neuf syllabes vis-à-vis de celui de diSp au moins dans sa forme primitive, du vers de sept syllabes vis*à-vi3 de celui de huit.

Tous les vers, soit cataleeliques soit à nombre total de syllabes impair» appaptien[ient au mode mineur.

Sont-ce les seuls ? Nullement, la catalexe qui correspond très exactement au demî-ton do la base du mode mineur est la [plus simple et la plus frappante appHcntion du mode mineur en rythmique. Maïs il y en a bien d'autres. Toute mutilation, tout nrrêt brusque du vers dans un de ses éléments produisant une altération, aboutit au môme elTet.et quand la mutilation n*est pas apparente, toute imparité, tout nombre impair en est la trace certaine.

Ainsi, le poème français se compose normalement de vers ayant une terminaison dite masculine et d'autres ayant une terminaison dite féminine alternés dans un certain ordre ^ mais sans que les uns, en toulcas^ puissent exclure les autres. U en résulte un balancement qui fait que lantôt on flnitsur une a^'sis, tantôt sur une thesis très courte se composant d'un e muet. Mais on peut retrancher brusquement partout cette thesis ; alors Tensemble du poème semblera tronqué dans une partie de ces vers ; l'impression sera d'abord pénible pour Toreille qui s'y habituera, et cependant on recueillera alors une sensation, auditive particulière et un sentiment plus sombre, quelquefois même il y aura dureté si le rythme n*est pas bien adapté au sujet, violente énergie capable de grand effet dans le cas contraire.

L'idée âe parité engendre rid<5e de dualité; deux objets égaux faisant la paire éveillent une idée d'harmonie pleine, de symétrie- S'il y a trois objets, quand mCme ces trois objets seraient égaux, ridée départie est diminuée, on n'est plus en présence û'unepaire. La sensation artistique n*est plus lamême.

L'alexandrin se divise ordinairement en deux parties par une césure, ces deux parties sont d'ailleurs égales entre elles. Il en résulte une belle allure, une large oscillation pour ce vers

tellement qu'une autre combinaison, quelque savante qu'elle sott, ne peut remplacer celle-ci. On peut lecomparerà unoiseaii ouvrant ses deux aile^, les balançant» planant sans même sembler voler, tant son vol est 6gaî et parfait.

Mais on peut aussi le diviser en trois parties égales, par deux césures, cliaque partie contenant un nombre pair do syllabes, quatre. C'est Talexandrin LrimMre régulier. Mais Timpression du vers est alors totalement changée.

Et sur U tête blonde / était la tête brune

Et tôte blonde / et tôte brune / et noirs cheveux*

Dans le premier cas {le vers a son fJépioiement et sa marctie norraalêj sa coupe naturelle, chacun de ses hémistiches s*^ balance ; dans 1(^ second on tlirait qt^e l'équilibre est rompu, il n'y a plus de milieu qui le soutienne, le rythme se hâte, il est quelque peu haletant: il en est de même du sentiment qïii ne * pourrait resfer étranger au rythme; îl est baissé d'un ou de plusieurs tons, il prend une nuance plus sombre. Un nombre impair de coupures se substituant à un nombre pair a suffi pour cela.

De l'intérieur du vers passons à des réunions de vers de manière à former une stance. Ces vers peuvent se réunir d3ux à deux, ou quatre à quatre^ suivant des combinaisons paires ; Us peuvent, au contraire, se réunir de trois en trois. Dans le cas de stance paire et dans celui de stnnce impaire Timprossion est tout à fait différente. Nous n'en voulons qu'un exemple qui fera bien ressortir cette vérité.

Un des poèmes !es plus sombres, les plus en mode minei(f\ c'est certainement celui qui se compose de leniaires. Le ternaire caractérise d'ailleurs certaines rythmiques, la celtique en particulier, comme le mode mineur caractérise la musique des mômes peuples.

Lb temps viendrai ce temps se liâte de venir» Où la cloche n'est plus au fond du souvenir Qu'une ombre, qu'un écho qui doit même Ônir.

La combinaison binaire pure, c'est-à-dire la strophe qui se compose de deux vers, a un caractère tout opposé ; elle est légère et gracieuse et exprime les sentiments heureu.x.

Mille fleurs font sa fleur, et fraîche comme fraise Sous le soleil ardent elle Ûourit ii l'aîse.

A quoi tient cette différence? A ce que l'une de ces stances est composée du nûn:ibre impair le plus simple, 3, et l'autre du nombre pair le plus simple, 2*

Nous ne voulons pas dans cet exposé général citer d'autres exemples. Ceux-là suffisent pour prouver que le mode mineur existe en poésie, et quul en est le mécanisme rythmique, quel en est Teffet psychique.

Nous devons maintenant procéder méthodiquement !•* à Venuméraiiofi des divers modes de réalisation du mode mineur en rythmique poétique, 2*^ à Télablisseraent de règles destinées h guider da.ns la construction des divers genres de mode mineur, et dans V emploi psychique de ce mode, ce qui fera Tobjet des trois chapitres suivants.

Nous terminerons ce travail par un appendice sur \b. prune TT/ihmée qui touclte de près notre sujet.

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