‹ Du modérantisme ou De la fausse modération [microforme]Chapitre 11 sur 20 · UX · texte numérisé non relu

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turpitudes ; intimider ceux qu'on n’espère point pouvoir tromper, afin qu'ils n'élèvent pas importunément la voix, voilà ce qui caractérise de nos jours le personnage réputé habile, grand politique, hemme d'Etat consommé.

Et une fois au pouvoir, que ne met-on point en œuvre pour le Conserver ? On vient de voir comment on s'y prend pour s'assurer des amis et des soutiens à l'intérieur, c'est-à-dire au sein même des assemblées législatives, Ces amis ne suffisent point ; ii faut de plus en recruter à l'extérieur, car les élections ont lieu à des époques assez rapprochées ct c'est avec elles qu'il faut surtout compter,

Or, pour se ménager des amis et des partisans en dehors des assemblées législatives, on feint hypocritement, auprès de certains hommes qui devraient être assez éclairés pour ne point se laisser prendre à ce piége, de brûler d’un zèle très-ardent pour tout ce qui concerne les intérêts religieux, et l’on explique sa conduite de façon à persuader que plus d’une fois on s’est exposé à souffrir une espèce de martyre dans l'int rêt de la justice et de la vérité. On insiste surtout afin de faire bien comprendre qu'il a fallu un courage porté jusqu’à l’héroïsme pour amener, même au moyen de concessions, les adversaires à accorder une partie de ce que l’on sollicitait, On termine son apologie en protestant de son dévouement à la sainte cause du bien, et en renouvelant la promesse de travailler de toutes ses forces au triomphe des bons principes. Mais on a soin de faire remarquer qu'il faut savoir être patient et ne rien précipiter, ce qui gâterait tout ; que le plus sûr moyen de parvenir à tout remettre dans l’ordre, c’est d’user de ménagements et de sacrifier pour un temps ce qu’on ne manquera de reconquérir en de meilleurs jours.

Plusieurs des hommes, à qui les politiques astucieux tiennent pareil langage, se laissent éblouir et surprendre, puis, malgré leurs lumières, en dépit même de leur caractère auguste, ils se déclarent pour les ménagements, les accommodements, la conciliation en fait de principes, Ils s’en vont, répétant à qui veut les entendre, qu’il y a beaucoup de petites erreurs qu'il ne faut pas combattre, afin d'éviter de plus grands maux.

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S'il arrive que ce soit la voix de la chair et du sang qui descende des hautes sphères politiques et qui prêche la conciliation, quelle triste et funeste influence elle exercs sur ces hommes ! Ils n’entendent, ils ne voient que César ; ils lui sont dévoués jusqu’à la plus honteuse servilité. Ils pourraient, en bien des circonstances, lui vendre Dieu et son Eglise. L'histoire ancienne, moderne et contemporaine confirme ce que j'avance ici.

A d’autres, les politiques présentent l'appât des places, des houneurs, des emplois lucratifs, des faveurs de toutes sortes, Tls se les tiennent attachés au moyen de cette glu. Mais ceux-là surtout sont certains d’être comme criblés sous la pluie d’or de leurs faveurs, qui publient des journaux entièrement dévoués à leurs intérêts. Impossible de se faire une juste idée de la grandeur du mal causé par ces journaux à gages. Leur rôle presque exclusif ceraiste, on peut dire, à torturer les principes, à dim.nuer, à défigurer la vérité en entassant sophismes sur sophismes, malhonnêteté sur malhonnôteté ; tout cela, dans le but de démontrer que leurs patrons sont adorables dans tous leurs faits et gestes. Et si quelqu'un, effrayé des funestes effets que peuvent produire les dangereuses doctrines qu'ils répandent partout, entreprend de les contredire, de rendre évidente la fausseté de leurs zssertions et par là mettre un frein à leur audace, ils l’accablent d’injures et d'outrages, le poursuivent de leurs sarcasmes, fut-il le plus honnête homme du monde, fut-il même prêtre ou évêque.

Ce qu'il y a de singulièrement affreux dans cette hideuse vomédie, c'est qu'elle se joue au nom de tout ce qu’il y a de plus saint et de plus sacré, Ces journaux, qui ne vivent qu'au détriment de la ‘ustice et de la vérité, et qui, pour cacher leur jeu, s’'adonnent à toutes les supercheries imaginal , ne cessent de répéter qu'ils crèvent de respect pour la religion et ses ministres, et que, sils élèvent la voix, c’est uniquement pour protester contre les exagérations des quelques fanatiques dominés par un zèle aveusle, exagérations qui ne peuvent aboutir, disent-ils, qu’à faire maudiré une relision toute d'amour, de tendresse et de

miséricorde. Ils parviennent si bien parfois à induire en erreur

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sur le but qu'ils poursuivent, qu'ils rénssissent à faire baillonner, de par auwrité, les rares journaux qui osent se poser comme leurs contradicteurs.

Si donc aujourd’hui on a la douleur de constater que partout les principes sont faussés et la vérité amoindrie, il faut l’attribuer en grande partie à cette peste de publications quotidiennes, aui est au service des diverses coteries dites politi ques. La plupart des lecteurs de ces feuilles, étant sans défiance et sans véritable savoir, se laissent prendre à toutes les fausses idées qu'elles émettent, les professent comme expression de la doctrine catholique et conséquemment finissent par y tenir comme à leurs propres entrailles,

Ceux que les politiques ne peuvent pas assouplir à leurs volontés par des faveurs ou de belles promesses, ils tentent de les réduire en les taquinant sournoisement, et surtout en leur refusant avec brutalité ce qu’ils devraient leur accorder en justice. « Ah ! Vous nous avez combattus, vous nous combattez encore, disent-ils, ch bien ! vous allez apprendre à le regretter, Vous n'aurez rien, absolument rien de nous, nous adresseriez-vous pétitions sur pétitions et vos demandes fussent-elles appuyées des meilleurs raisons du monde ? Bien plus, nous mettrons toutes les entraves possibles à l'exercice des droits mêmes que vous reconnaissent les lois. Quand vous vous serez suffisamment repentis ; quand vous aurez avoué que nous avons bien agi en tout, et que notre raison est la seule autorité que nous devons consulter en fait de règle. ments à confectionner et de mesures administratives à mettre en visueur, vous pourrez espérer qu'on vous rendra justice.»

Il en est maïheureusement qui abaissent pavillon devant cette grossière arrogance et ce despotisme russe ; mais {l en 2st d’autres aussi qui savent ne pas baisser le front et qui, m'lyré toutes les avanies et tous les denis de justice, aiment mieux souffrir patiemment que de sacrifier nn iota de cette vérité qui déplait. Ayons en horreur la conduite des premiers, parcequ'elle est dictée par cette fausse modération que l'Esprit Saint appelle

prudence de la chair ; mais imitons courageusement la noble ct

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sainte attitude des seconds, car elle est ce sel de la terre qui empêche que tout ne tombe dans la corruption.

En terminant cette question, je ferai remarquer que je l'ai traitée, comme le comporte le sujet, à un point de vue tout-à-fait général. Je n'entends point dire que tous les hommes politiques sont de l'espèce de ceux dont je viens d’esquisser le portrait. Non, il y a d'honorables et de très-honorables exceptions. Il en est plusieurs parmi eux qui sout des catholiques très-éclairés et très-sincères, et qui en conséquence ont en horreur le modérantisme. Aussi travaillent-ils avec une énergie qu'on ne saurait assez admirer à faire triompher les bons principes sur toute la lEgne. Plus est malsain le milieu ou vivent ces hommes, plus ils ont de mérites à redoubler d'efforts pour l’assainir.

Quand il arrive que des hommes raides, pleins d'eux-mêmes, ectiers dans leurs opinions, à l’allure cassante et au ton tranchant, ont été contraints de balbutier dans une discussion, où ont éprouvé d’une façon ou d’une autre, à l’occasion de leurs prétentions exagérées, une défaite qui les humilie, ils se laissent aller à l’irritation, puis se jettent tête baissée dans le parti pris et s’y cramponnent, malgré les reproches que leur adresse la conscience. Pour ne point paraître avoir été battus, ou s'il ne leur est pas possible de dissimuler entièrement une défaite, pour paraître n'avoir éprouvé qu’un échec insignifiant, ils s’étudient à amoindrir, à ruiner même les vérités qui se sont vigoureusement dressées devant leurs opinions et les ont forcés de leurs céder la place qu’elles avaient usurpée,

Justement à cause de l’opiniâtreté avec laquelle ils persistent à garder leurs opinions et manières de voir, opiniâtreté qu'ils ne savent justifier qu'à leurs propres yeux, ils cultivent la fausse modération, la prêchent aux autres et s’en font les apôtres à main armée, si la violence est le seul moyen de persuasion qui leur pro-

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