‹ Du modérantisme ou De la fausse modération [microforme]Chapitre 2 sur 20 · QE AUS · texte numérisé non relu

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A l'homme qui veut n'être rien, nihil sum, et qui fait consister ses joies à souffrir pour Jésus-Christ, placeo mihi in infirmitatibus meis, in contumeliis, in necessitatibus, in persecutiomibus, iw angustiis pro Christo, à cet homme rien ne saurait opposer un obstacle sérieux à l’accomplissement de ses devoirs, surtout à l’accomplissement du pénible devoir de prêcher et de défendre la vérité par ses paroles et ses actes.

Malheureusement nous vivons dans un siècle qui est aux antipodes du clristianisme, et où dominent la concupiscence et l'orgueil de la vie. Tous les calculs qui s’y font procèdent plus ou moins de ces deux sources empoisonnées. L'orgueil et la sensualité y règnent à un tel point qu'ils ont déteint sur tous les caractères à peu près: ils les cnt amollis, puis en même temps rendus singulièrenent irritables, exigeants et ombrageux.

Chez bon nombre de catholiques, même pieux, comme a dit Pie IX, la concupiscence et l'orgeuil de la vie savent se déguiser habilement pour combattre les vérités qui les gênent ou les contrarient : ils opèrent sous le voie d’une fausse vertu, le modérantisme. Car de même qu'il y a une fausse liberté, une fausse paix, une fausse charité, un faux zèle, de même il y a üue fausse modération, et c’est elle que l’on désigne sous le num de modérantisme.

Le modérantisme n'est qu’une des formes du libéralisme. Il travaille à sa manière à baillonner les défenseurs de la vérité, Ce qu’il y a d'étonnant, d’incompréhensible même, c'est que plusieurs ne paraissent pas s'en douter, Ils maudissent le libéralisme, extérieurement du moins, et ils sont pleins d’égards pour le modérantisme qu’ils cultivent même avec une remarquable ferveur.

Voulez-vous en avoir la preuve ? écoutez-les. Ils ne se déclarent jamais satisfaits de ceux œui combattent les bons combats. Ils les trouvent toujours immodérés par quelqu’endroit, et ils semblert s'être donné la mission de les décourager en les harcelant sans relâche, Tantôt ils leur reprocheront d’avoir mal choisi leur temps pour parler et par là d’avoir été cause que bien des personnes ont été contristées, mécontentées ou choquées ; manque

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de modération par conséquent. Tantôt ils les aceuseront de mettre injustement certains personnages en cause et de les traiter avec une excessive rigueur: nouveau manque de modération. Tantôt ils les blâmeront de mettre trop en lumière des vérités qui condamnent des hommes qu’ils voudraient ménager où des faits publics dont on n’avait pas encore bien saisi l’odieux caractère, Une autre fois, ils les signaleront comme des turbulents qui font feu pour des bagatelles, courent après les discussions rebâchent toujours les mêmes choses et rendent les luttes interminables: manque de modé:ation encore, Une autre fois enfin, ils se rejetteront sur la forme de leurs écrits, et la qualifieront de rude, d'inconvenante, d’exagérée, de grossière, d’injurieuse même: manque de modération encore, manque de modération toujours.

Mais qu'est-ce done que la modération ? Serait-elle tout ce qu'on dit qu’elle est ? La modération est une vertu morale par laquelle nous nous gardons de tout excès. Toutes les fois donc que nous savons nous maintenir dans de juste: limites, nous sommes modérés.

Comme les vérités doymatiques et morales doivent toujours être présentes à notre esprit, nous ne pouvons jamais donner dans l'excès en les redisant, quand même nous les redirions sans cesse. Que par suite de la prédication, même incessante de ces vérités, il arrive que certaines personnes soient contristées, mécontentées, choquées, cela ne prouve absolument qu’une chose : qu’elles ont l'esprit mal conformé, Tout ce qu'on peut en leur faveur, ce n’est pas de cesser de prêcher la vérité, mais de les engager à prendre les moyens reconnus, les plus efficaces pour débarrasser des travers d'esprit,

Quant à mettre certains personnages en cause et à les traiter avec sévérité, cela seul ne constitue pas un manque de modération. Pour pécher contre la modération en pareil cas, il faut nécessairement blesser la justice ou la charité. Or, comme en bonne justice, aussi bien qu'en charité raisonnablement entendue, le bien particulier doit toujours aider au bien général, sil arrive que des individus, quelle que soit leur position, deviennent une vuisance publique ou quelque chose d'équivalant, l'on peut et par

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fois même l’on doit les mettre publiquement en cause, et céla, sans la moindre hésitation, car, quiconque pose des actes préjudiciables au bien commun, perd par Ià même le droit à tous les égards qui semblerasent justifier de tels actes.

Un particulier même a le droit de sacrifier la réputation d’un ou de plusieurs individus qui l’attaquent injustement dans la sienne, quand il n’a pas d'autre moyen d'obtenir une réparation efficace. Si le particulier a droit à autaut, que ne faut-il pas dire quand il s'agit du ‘bien général ?

Mais, dira-t-on peut-être ici, n'est-il pas défendu de se faire justice à soi-même ?

Il est défendu de se faire justice à soi-même, en ce sens que le particulier n’a pas le droit d’infliger lui-même des peines vindicatives à ceux qui lui ont fait sabir une injure ou éprouver un dommage ; en ce-sens encore qu'il ne peut, de son autorité propre, dépouiller personne d’une possession de biens temporels à laquelle il a véritablement droit ; mais il ne lui est nullement défendu de repousser une injuste agression, encore moins de la signaler,

Quoi ! voici un individu ou des individus qui travaillent activement à la ruine du bien ; leurs actes mêmes sont publics, et je n'aurai pas la permission de dire ce que je vois et de donner l’alarme ? De grâce, épargnons le bon sens ; nous le forcerons à émigrer, si nous le maltraitons trop.

Mais, réplique-t-on, ces pauvres individus ne savent pas ce qu'ils font. Ne devez-vous pas les ménager à cause de leur ignorance ?

Il ne savent pas ce qu’ils font ! Mais parce qu'ils agissent sans connaître la nature et la portée de leurs actes, ces actes. en existent-ils moins ? Et s'ils existent, ne sont-ils pas aussi gros.de conséquences funestes que s'ils avaient été accomplis avec parfaite connaissance de cause ? J'avoue :bien que devant Dieu ceux qui agissent sans savoir ce qu'ils font n'auront pas un compte rigoureux à reLire ; mais cela n'empêche pas que leurs actes n'aient parfois de terribles conséquences.

On insiste et l’on dit : On voyait ce que vous :voyez ; mais vous l'avez terriblement fait ressentir. Par certaines considéra-

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