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tions, par certains groupements de faits, vous mettez en évidence ce que l'on ne discernait pas bien, ce qu'on ne remarquait guère inôine. Les choses telles que vous les présentez sont très-réelles, on le croit ; mais elles révèlent un mal affreux. Il n'y a pas à le dissimuler, vous n'usex pas d'assez de ménagements,.
Eh voilà ! on accorde bien qu'il est bon de montrer le mal, mais non dans toute sa gravité. On ne veut le considérer qu'à travers un voile pour s'épargner d'avoir à frémir. Mais alors, comment s'y prendra-t-on pour lutter contre un mal en particulier, pour le conjurer, pour fermer l'abîme qu'il creuse, si l’on ne veut pas l'envisazer tel qu'il est ? La première chose à iaire, quand on envreprend de remédier efficacement à un mal, n'est-ce pas de travailler à le connaître en lui-même aussi parfaitement que possible ? Assurément ,oui ; le bon sens ne saurait jamais donner une autre répons?,.
Mais enfin, ajoute-t-on, la charité est-elle bien sauvegardée en tout, cela ?
Je répondrai d'abord que s quelqu'un vient poser devant moi et devent le public en faisant vilaine figure, la charité ne m'oblige aucunement à me taire sur le spectacle qu'on me donne ou à dire que je le trouve gracieux, dans le cas où je me déciderai à parler. Que celui qui ne veut pas qu'on parle de lui publiquement ne fasse rien de nature à l’amener nécessairement sur la scène. S'il veut absolument figurer en public et y ètre applaudi, qu'il se conduise alors de façon à mériter des applaudissements. En deux mots, sans blesser la charité le moins du monde, j'ai droit de qualifier ce qu'on me donne à regarder, Vous désirez que je mc taise, alors cachez-vous.
Je répondrai en second lieu qu'il y a un ordre à observer dans la charité, car la charité doit être bien ordonnée. Par-dessus tout on doit aimer la vérité. ‘ La première charité du chrétien, dit le P. Ramière, c’est l'amour de la vérité.” Le divin Maître nous l’a souvent répété ; il nous a même enjoint de tout sacrifier pour elle: père, mère, frères, sœurs, notre vie même, s’il en est besoin. Il ne s’est pas borné à donner ce précepte, il a de plus prêché d'exemple : il est mort pour rendre témoignage à la vérité.
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Rappelons-nous encore qu'à l'amour du bien en général doivent être sacrifiés les amours particuliers, Le texte que je viens de rappeler en fournit la preuve. La raison de cela, c'est que /e plus valant mieux que le moins, si le moins nuit ox plus, il faut sacrifier le moins, Que peut-on objecter à cette doctrine ?
On reproche aux écrivains catholiques de prendre feu à propos de bagatelles et par là de manquer de modération,
Il faudrait s'entendre là-dessus, car les uns estiment bagatelles ce qui est vraiment important, puis en revanche ils mettent le: bagatelles au rang des choses de premier ordre,
Quant aux discussions fréquentes qu'on les accuse de provoquer, elles ne prouvent pas qu'ils manquent de modération, mais qu'ils défendent la vérité partout où elle est attaquée. En ce bas monde, il n'y aura jamais de paix parfaite : Jésus-Christ nous en a averti. Lorsque la guerre est finie sur un poiut, elie recommencera sur un autre, Si l’on réussit à tuer le diable, ce qui n’est pas facile, on fera disparaître bien des inconvénients. En attendant, résignons nous à assister à des luttes interminables et à entendre rebâcher les mêmes vérités. Les vérités ne pouvant pas mourir et le monde en ayant toujours besoin, il faudra les répéter sans cesse, Ni cela nous ennuie, songcons qu'au ciel nous n'aurons que la même Vérité à contempler éternellement.
On trouve enfin que les écrivains catholiques usent d’expressions rudes, inconvenantes, exagérées, grossières, injurieuses. Il ne suffit pas de le dire, mais il faut le faire voir. Ilest facile d'accuser ; il ne l’est pas autant de démontrer que l'accusation est fondée, Pour ma part, j'aimerais beaucoup qu'on entreprit de faire cette démonstration. En justice, les accusateurs devraient l’entreprendre. Puisqu'elle n’est pas faite, je me contenterai, pour le moment, de citer quelques-unes des paroles de Mer. Pie, évêque de Poitiers, lesquelles prouvent qu'il ne faut pas trop s'effaroucher de la forme que revêtent certains écrits.
‘ Et comme on insiste particulièrement sur la difficulté d'ob- ‘“ server la charité dans les discussions religieuses, je réponds, dit «€ l'illustre prélat, que les grands docteurs nous fournissent encore “°, cet égard et des règles et des modèles. Dans une foule de
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‘ Veaux que pour ceux qui ne savent rien, ils recommandent la ‘mesure, la modération, l'indulgence envers les ennemis même “ de Dieu et de la vérité. Ce qui n'empêche pas que, sans con- ‘ tredire leurs propres principes, ils n'emploient eux-mêmes à ® tout instant l'arme de l'indignation, quelquefois celle du ridi- ‘* cule, avec une vivacité et une liberté de langage qui effurou cheraient notre délicatesse moderne, La charité, en effet, im- ‘ plique avant tout l'amour de Dieu et de la vérité ; elle ne * craint donc pas de tirer le glaive du fourreuu pour l'intérêt de la cause divine, sachant que plus d'un ennemi ne peut être renversé où quéri que par des coups hurdis ou des incisions * salutaires.”
Voilà ce que dit Mer, Pie, et il le dit, soyons en sûrs, en sachant ec qu'il dit. Nombre de ceux qui parlent beaucoup ne pourraient pas se rendre ce témoignage.
Ces remarques faites, à propos de modération, j'en reviens à dire que les canses premières du modérantisme sont la concupiscence et l'orgueil de Ja vie. Les causes secondes qu'elles mettent en mouvemenc sont la peur, la lâcheté, l'ignorance, les préjugés, l'orgueil, les intérêts personnels, les intérêts politiques, le parti pris doublé de mauvaise foi.
Dans des articles subséquents, j'aurai à faire voir comment chacune de ces causes secondes agit pour entraîner dans le modérantisme, Cette étude ne manquera pas d'intérêt ; elle ne sera pas sans enseignements non plus.
Une des principales causes du modérantisme, c'est la crainte. Généralement parlant, on a le cœur travaillé de basses épouvantes; on à peur de tout, même de son ombre, On tait la vcrité que l’on connait, on la retient captive, on ne la défend pas quand elle est attaquée, on s'ubstient d'approuver, d'encourager, de soutenir ceux qui prennent la défense de ses intérêts, tout cela, parce qu'on a peur.
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Gui se léve un homme de cœur, bien décidé à combattre sans relâche, e: avec toute la vaillance qu'inspire l'esprit de foi, en faveur des droits de la justice et de la vérité; qu'il parle hardiment, sans ambages, et qu'il se mette sur les toits pour parler, selon le prévepte du Seigneur, de suite quantité de peureux se mettent à plir, puis tournent le dos, prennentla fuite et se blottissent dans l'ombre.
» Mon Dieu, lui murmurent-ils à demi-voix en le quittant, que vous êt: imprudent! Pourquoi parler ainsi et provoquer
de si terribles colères? Ne voyez-vous pas que vous vous compromettez gravement, que même vous vous rendez impossible et que vous brisez votre avenir? Ménagez-vous donc pour de meilleures circonstances. Les esprits sont trop mal disposés à l'heure au’il est pour accepter la vérité. Ne les irritez point davantage , attendez pour parler qu'ils reviennent d'eux-mêmes à ia raison.
T'elle est la première antienne qu’entonnent les peureux. Mais l'homme qui aime la vérité par dessus tout, n’y prête pas la moiudre attention, Il sait que la vérité a toujours eu eë aura tonjours des contradicteurs, qu’elle indisposera toujours certains esprits, qu'elle soulevera toujours de: colères. Attenüre pour la proclamer le moment où elle sera partout accueillie avec amour et enthousiasme, serait attendre un moment qui n’arrivera jamais, la réduire à néant par conséquent.
Le langage de la peur n’est certes pas celui que la vérité éternelle à fait ertendre aux hommes qu'eile a choisis pour organes, » On portera la main sur vous, leur a-t-elle prédit; © vous perséeutera, on vous traînera de tribunal en tribunal, on vous jettera en prison à cause de moi. Vous serez mêmes livrés à vos persécuteurs par vos parents, vos frères, vos proches et vos amis. Tous vous haïront à cause de moi. Mais si le monde vous déteste, sachez qu'ii a commencé par me haïr tout le premier. C’est parce que vous n’appartenez pas au monde, que le monde vous a en horreur, Vous n'êtes pas plus que moi; si les ennemis de la vérité m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; ile vous feront même souffrir la mort, Mais ne vous laissez pas
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allerà une vaine frayeur à la vue de toutes les colères qui se déchaîneront contre vous; ne craignez pas ceux qui font souffrir et qui tuent le corps; il ne faut craindre que celui qui a le pouvoir de rondamner à la géhenne, ?
Les peureux trouvent qu'il est dur de passer par semblable chemin, et moi aussi. Mais puisqu'il n'en est pas d'autre qui mène au ciel, il faut bien le prendre.
Quant à se réserver pour de meilleurs jours, le soldat de la vérité, qui a l'occasion de combattre les bons combats, sait qu'il n’en traversera point d’autres où ses services aient plus de valeur et d'importance, On se dépense toujours avec grand profit lorsqu'on lutte dans l'intérêt de la vérité. Ce serait méconnaître les enseignements de l'Evangile, s'aimer d’un amour désordonné que de se demander, avant d'accomplir un grand et saint devoir, si l’on ve en l’accomplissant, se compromettre aux yeux du monde, se rendre impossible ou briser son avenir, Notre véritable avenir, ee sont les joies de la vie future. Les intérêts de la vérité sont infiniment supérieurs aux intérêts personnels, anx intérêts de la vie présente; il ne peut donc jamais les sacrifier.
Où en serait présentement la religion, si les chrétiens des premiers siècles eussent suivi les mesquins conseils de la peur. Quand on lit l’histoire des martyrs et les vies des saints, l’on se prend à se demander si l'Evangiie que ces héros traduisaient en acte, est bien le même que l'Evangile « ‘’on prétend suivre aujourd'hui. Ils ne tremblaient pas, eux, devant les plus graves devoirs à accomplir, devant les plus terrribles appareils de la mort; et nous, nous pâlissons, nous chanc:lons à la seule pensée du blâme que peut nous infliger le premier faquin venu.
Nous sommes pour la vérité, il est vrai, mais àla condition de n'avoir rien du tout à souffrir pour elle. Nous cublions que le monde est l'enuemi juré de la doctrine de Jésus-Christ, et que nous devons vivre dans le monde, sars être du monde, c'est-à-dire sans tolérer ses usages et ses maximes.
» Tout cele est bel et bon et ne manque pas de solidité, répliquent les esclaves de la peur; mais il y a a ssi autre chose
à considérer : vous faites du bruit et de l'éclat, vous troeublez la paix, vous mettez la guerre partout. N'est pas là un mal et un mal déplorable, un mal que ne saurait compenser le bien que vous vous proposez d'obtenir ? L'Evangile,auquel vous en appellez, ne préche-t-il pas la paix et la charité ? Pacem habete inter vos, nous dit-il ; vivez en paix les uns avec les autres; non est dissen sionis deus, sed pacis, notre Dieu n’est pas un Dieu de dissension, mais un Dieu de paix. Pourquoi donc ne tenez-vous compte de ces paroles aussi bien que des autres que vous vous faites un mérite de prendre pour règle de conduite, ”
Que la prédication, comme la défense de la vérité, fasse du
bruit et de l'éclat, il n’y a là rien de surprenant ; c’est même nécessaire et en quelque sorte indispensable. Notre Seigneur, pour n’en point donner d’autres raisons, a voulu ce bruit et cet éclat puisqu'il a expressément recommandé à ses disciples de proclamer sur les toits ce qu’il leur confiait dans l'intimité. On ne peut prêcher la vérité sur les toits sans faire de bruit, et comment le divin Maître ait-il pu donner semblable recommandation, s’il eut condamné le bruit et l'éclat ? D'ailleurs, luimême à fait veaucoup de bruit et d'éclat, et à tel point qu'on l'a accusé d’être un séditieux et un perturbateur de l’ordre. Commovet populum, il soulève le peuple, disait-on. Or, ce que Notre Seigneur a fait, il nous a enjoint de le preudre pour règle de conduite : exemplum dedi nobis ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis, je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme moi.
Pour ce qui est de la paix roublée, c'est une injustice criante que d’en rendre responsables les hérauts et les défenseurs de la vérité. En outre, on interprête mal et l’on applique encore plus mal tous les textes que l’on cite à. propos de paix et de charité,
La paix est sans aucun doute un hien et un très-grand bien, mais en supposant toujours qu'il s'agisse de la vraie paix qui implique le repos dans l’ordre, c’est-à-dire dans la pratique du bien et la soumission à la vérité. Nous devons vivre en paix les uns avec les autres, et notre Dieu est un Dieu de paix et non un Dieu de discorde ; rien de plus vrai. Mais puisque la paix sup
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pose nécessairement le repos dans l'ordre, ne sont-ce pas ceux-là seuls qui sortent de l'ordre, en faisant le mal ou en professint l'erreur, qui troublent la paix et créent les dissensions ? Evidemment oui, KEtles tenants de la bonne cause, qui crient et travaillent de toutes leurs forces pour ramenet ceux qui s'égarent dans les sentiers de Ja justice et de la vérité, peuvent-ils, eux aussi, être accusés de troubler la paix ? Evidemment non. Loin d'aller contre le précepte qui nous ordonne de garder la paix et la charité, ils azissent confcrmément à ce précepte et même de la façon la plus excellente possible.
Il faut aimer la paix, mais, encore une fois, c'est la paix véritable qu'il faut aimer, Voilà porrquoi l’apôtre Saint Paul nous dit: Si fieri potest, quod er vobis est, cum “mnibus hominibus pacem habentes, añtant que possible et autant qu'il dépendra de Vous, ayez la paix avec tout le monde, c’est-à-dire ne faites rien vous-mêmes pour troubler l’ordre et ramenez-y Ceux qui s'en écartent. De Ià à dire que pour ne point troubler la paix il faut laisser dans leur criminelle e! dangereuse torpeur les malheureux qui c-oupissent dans 18 mal et dans l'erreur, il y à un abîme,
La fausse paix, cette paix que le monde affectionne. et la seule que les peureux semblent vouloir défendre, doit nécessairement être troublée. Notre Seiyneur nous le déclare en termes si formels qu'il n’y a pas lieu d'émettre le plus léger doute là-dessus. Putatis quie pacem vent dare in terrum ! Non, dico vobis, sed separationem :-erunt enim ex hoc quinque in domo una divist ; tres in duos et duo in tres divideutur ; pensez-vous, dit-il que je sois venu apporter la paix sur la terre ? non, vous dis-je ; je suis venu y apporter Ja division. Ainsi, il y en aura cinq dans une même maison, et, de ces cinq, trois seront contre deux et deux contre trois,
La paix selon le monde n’est donc pas la paix véritable, Pour que nous ne nous laïssions pas prendre à ses fausses apparences, Jésus-Christ a soin de nous avertir que la paix que le monde donne n’est pas ln paix qui vient de lui. Pacem meum do vobis ; non quomodo mundus dat, ego do vobis.
J'avoue hien que ces textes ne sont pas de nature à rassurer
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ceux qui ont pour principe de vivre en paix avec tout le monde et qui veulent par tous les moyens éviter l'ennui de subir des contradictions. Mais, ils auront beau dire et beau faire, s'ils refusent maintenant d'accepter ces textes comme règles de conduite ils seront bien forcés de s'entendre un jour condamner par une sentence que ces textes auront motivée, car en voulant plaire aux hommes, dit l’apôtre Saint Paui, on cesse de servir Jésus-Christ, Si hominibus placerem, Christi servus non essem.
Mais, à quoi bon parler, à quoi bon se donner tant de mal, objecte-t-on toujours, pour implanter dans le monde des principes qu’on s’opiniâtre à rejeter et qu'on s’acharne de plus en plus à combattre ? Il faut mettre de la raison en tout ; or, ce n’est certainement pas être raisonnable que de prétendre qu’il y a obligation de prêcher quand on a la certitude de ne pas être écouté.”
A ceux qui mettent cette objection en avant et qui s’abritent derrière elle pour ne pas avoir à s’accuser de s’abandonner à des craintes puériles, coupables et inaignes d’un chrétien, le Sauveur du monde répond par cette parole : Tota die expandi munus meas ad populum non credentem ei contradicentem ; tout le jour, j'ai vainement tendu les bras à ce peuple qui refusait de me croire et qui me contredisait. Puisque Jésus-Christ a cru devoir persister à instruire un peuple mécréant et contredisant, nous, que ce divin Maître oblige à marcher sur ses traces, nous devons incessamment proclamer la vérité, en dépit de n'importe quelles négations et quelles contradictions.
Comme de raison, en prêchant dans de telles et si tristes circonstances, nous ne recevrons guère de félicitations ni de ccmpliments flatteurs ; on ne vantera ni notre savoir ai notre éloquence. Les journaux surtout ne s’empresseront pas de consacrer leurs colonnes à nous faire une brillante réputation. Regardons-les même comme modérés s'ils se contentent de nous qualifier de fous et d’insensés. Sans nous cccuper de ce qu'ils disent, remplissons notre devoir, ayant sans cesse présent à l'esprit qu'on ne saurait plaire aux hommes dans le service de Dieu.
A bout d'arguments, mais toujours dominés par la crainte, les peureux finissent par en vouloir aux hommes qui ne savent pas
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trembler comme eux au bruit de vaines clameurs et qui s’arment d’un nouveau courage pour faire face aux ennemis de la vérité ; ils les prennent même en aversion. ‘ Ces imprudents, ces exaltés, ces brouillons, disent-ils, nous exposent à de bien grandes misères. Par les questions qu’ils soulèvent et qu’ils débattent, ils finiront par nous mettre dans la triste nécessité d’avoir à nous prononcer entre la vérité et l'erreur, et comment nous prononcer sans créer des mécontentements ? Il est donc urgent de les arrêter, de les forcer à garder le silence, car autrement plus d'un regard de travers nous sera lancé rar ricochet.?
Un regard de travers à rencontrer ! un mot de désapprobation, une légère critique à entendre ! voilà bien, en effet, ce que l’on range aujourd'hui dans la catégorie des inconvénients graves. On transforme ces bagatelles, ou, pour mieux dire, ces niaiseries, en véritables affaires d'Etat ; puis, l’on répète sur tous les tons qu’il n’est pas possible de passer outre, qu'il faut s'arrêter là. Pour s'éparener le désagrément d’être mal vu, même d’un seul faquin, tout bardé de sottise et d’ignorance, on peut aller jusqu’à sacrifier les causes les plus justes et les droits les plus saints.
O hommes de peu de foi ! vous êtes trop pusillanimes pour être de la vaillante race des martyrs. Vous n'êtes en réalité que des hommes de paille, car si voas aviez quelques gouttes de sang chrétien dans les veines, loin de redouter ur simple regard de travers, vous ambitionneriez de souffrir et de souffrir beaucoup pour la cause de Dieu. Vous n'aimez que vous-même et cet amour vous perdra. Jésus-Christ vous le déclare et vous en avertit ; rappelez-vous que ses paroles ne passeront point et que c’est sur elles que nous serons jugés.
À la crainte, comme l’une des causes du msdérantisme, doit se rattacher la lâcheté, car la lâcheté est aussi bien la coïséquence de la crainte qu'une suite naturelle de l'indifiérence.
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Tant que la prédication de la vérité ne fait pressentir qu’elle soulèvera des orages; tant, au contraire, qu'elle promet d'agréables passe-temps, des péripities qui amusent ou qui excitent la curiosité ; tant qu'elle promet des fleurs et des couronnes à eueillir, ou que l’odorat est d'avance chatouillé par la fumée d'un encens qu’on espère certainement respirer un jour ou l'autre, nombre de personnes semblent brûler d’un zèle très-ardent pour la diffusion de la saine doctrine. Elles parlent, elles s’agitent, elles font grand bit et grand tapage.
Mais vienne le moment où la lutte s'engagera forte etterrible, où elle ne sera plus un simple cembat de parade, une pure mise en scène telle qu'en conçoivent les romanciers et les constructeurs de chateaux en Espagne, mais un engasement réellement très sérieux, auquel on ne peut prendre part sans consentir à des sacrifices fort pénibles, aussitôt vous les verrez pâlir, perdre contenance et reculer, «Ah! Dieu! s'écrient-elles, où en sommesnous ? il est bien vrai que c’est un devoir d'oser beaucoup en faveur du bien et de la vérité ; maïs, de grâce, épargnons-nous le spectacle de semblables horreurs! N'allons pas jusqu’à nous entre-déchirer de cette façon ! Avant tout, nous sommesfrères,
agissons en conséquence et ne détruisons pas la charité sous prétexte de défendre la vérité. »
C’est ainsi que parlent les lâches quand leur amour-propre, loin de trouver à butiner dans des près émaillés ds fleurs, est, au contraire, invité à s’immoler sur un champ de bataille, La simpiterneile raison qu’il faut garder la charité avant tout s'anére si bien dans leur cerveau qu'il n’y a plus moyen äe la déle:
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Puisau’il est nécessaire de parler ici de la charité, nous n parlons, car il n’est pas un mot peut-être dont on abuse autant, Pix et Charité, voilà ce qu’on répète à tout venant, sans savoir aucunement ce qu’il faut entendre par ces expressions.
Pourqu'on ne cède pas à la tentation de m’accuser d’exposer une théorie nouvelle, une théorie inventée pour l’oceasion, je laisserai la paroles à des personnages autorisés, qu'on ne saurait soupçonner de parti pris.
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« La charité, dit le savant P. Montrouzier, de la Compagnie de Jésus, n’est pas la mollesse,. Qu'on témoigne à l'adversaire les égards qui lui sont dus ; rien de plus juste. Mais pourquoi lui prodiguer des éloges qu'il ne mérite point, surtout lorsqu'il peut en résulter pour les âmes un péril de séduction? Parce que la vérité déplait à son antagoniste, «st-ce une raison de létouffer ? n'est-ce pas, au contraire, le cas de la proclamer cent fois plus haut ? Et sous prétexte de charité, faudra-t-il ne pas démasquer l'hypocrisie des séducteurs qui veulent ravir aux âmes leur foi, leur vertu et leur espoir ? ”
Qu'on veuille bien remarquer, méditer même ces paroles du P. Montrouzier ; elles devraient être partout gravées en caractdres ineFaçables, car elles sont l'expression vraie de la vraie doctrine. Z{ faut démasquer, quelle que soit la dignité dont il sont revêtus, les hommes qui mettent en péril, de quelque façon que ce puisse être, la sainte cause du bien et de la vérité, et qui exposent ainsi les âmes à un grand danger pour leur foi, leur vertu et leur espoir. Tout péril de séduction dcit être signalé, au risque même de compromettre en le faisant des personnages jusque là regardés comme tout-à-fait irréprochables. : Plus est grande l'influence dont jouissent certzins hommes, n qui l'erreur trouve un lieu de refuge et un appui, plus aussi 6st grand Île péril de séduction qu'ils créent ; plus, par conséquent il est urgent de les démasquer.
L'illustre et immortel pontife, qui régit la sainte église de Dieu depüis bientôt vingt sept années révolues, avec une sagesse et une prudence que les siècles futurs ne se lasseront pas d'admirer, u’a-t-il pas plus d’une fois confirmé cette doctrine par les exemples qu’il nous a donnés ? Prêtons seulement l'oreille à ce qu'il disait le 18 juin 1870, en présence d’un auditoire considérable, où plusieurs de ses évêques intriguaient si tristement dans le but d’empêcher la proclamation du dogme de l'infaillibilité. Pie IX, malgré la grande charité qui le caractérise, ne erut pas devoir leur taire, en semblable occurrence, de dures mais salutaires vérités. W’adressant donc à tous les évêques présents, le saint
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