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Que les lîches par indifférence méditent sérieusement ces pa. roes, et ils se convaineront Qu'il ÿ a pour eux mille raisons de trembler et de craindre. Au jour du jugement, la sagesse, la prudence humaine ne sCra pas d’un grand secours à 2eux qui, pendant leur vie, se seront fait gloire de n’obéir qu'à ses seules inspirations,
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Si l'on donne dans le modérantisme parce qu'on a peur, parce qu'on est lâche, on s'y jette aussi parce qu'on est ignorant.
L'ignorance est une des plaies qui rongent le move moderne, Parlant des nombreuses erreurs du temps présent, Pie IX s6- Criait, le 18 Juin 1870:«Je dis que tant d'erreurs de notre témps proviennent en grande partie d'ignorance, »
L'ignorance est une plaie d'autant plus funeste qu'elle est justement la disposition requise pour que nombre de maladies morales soient efficacement inoculées. Nul mieux que Satan ne connait la vérité du vieux proverbe : qui veut prendre du poisson doit pêcher en eau trouble : aussi, depuis la trop fameuse Renaissance, e’està-dire depuis la fin du XVme siècle, s'est-il surtout évertué à amener la nuit sur le monde, S'il n’a malheureusement que trop réussi, A partir de cette époque, toutes les fortes études, qui avaient fait la gloire &es âges de foi et qui avaient enrichi les bibliothèques chrétiennes de monuntents à jamais admirables, ont été abandonnées, On les a sacrifices pour consacrer tout son temps à s'approprier quelqne bribe de la brillante enveloppe qui recouvre les oripeaux de Ja littérature gréco-romaine, et 4 étudier la philosophie païenne,
Le résultat de ce travail à rebours a Justement été ce qu'il devait être ; un profond affaissement des intelligences et un déplorable amellissement des caractères, Or, pendant que la nuit se faisait. l’homme ennemi inimicus homo, qui épiait le moment favorable, s'est levé ; il a parcouru le champ du père de famille et il a déposé la mauvaise semence. Nous recueillons sujour-
d’hui les fruits de cette semence maudite, et force nous est d'avouer qu'ils sont bien amers.
Il y en aurait long, bien long à dire s'il fallait énumérer tous les maux que l'ignorance traîne À sa suice. Jo ne l’entreprendrai point, voulant me tenir strictemeut dans les bornes de mon sujet. Je n’envisagerai l'ignorance que comme une des causes du modérantisme, :
Jgnoti nulla cupido : ou ne saurait estimer, désirer ou aimer ce que l’on n° connait pas. De là vient que nombre de personnes, ayant à peine eflleuré les grandes questions qui s'agitent de par le monde à l'heure présente, si toutefois elles en connaissent autre chose que le nom, ne peuvent concevoir comment il arrive qn'on mette tant de zèle à les traiter à leur véritable point de vue, et à combattre les’erreurs qui se formulent à leur occasion. Comme elles les jugent sans importance aucune, parce qu'elles n'en connaissent à peu près rien du tout, elles estiment disputes vaines tout ce qui se dit ou s'écrit sur ces questions, et elles trouvent bien remuants ceux qui ont la prétention de vouloir que la vérité soit alors respectée dans tous ses droits, et qui agissent en conséquence,
« À quoi bon tant de tapages, disent-elles, à propos de choses qui, en définitive, ne peuveut nous faire ni bien ni mal? Laissons tranquilles ces choses-là dont on ue parlait pciut il y a quelques années, sans que le monde se trouvât plus mal ; n’en faisons point de cas du tout Mon Dieu ! s’il fallait redresser tout ce qui semble devoir l’C:re, les guerres seraient rerpétuelles, interminables ! Qu'on cesse donc de nous ahurir avec des riens, et qu'on mette un terme à ces querelles d’allemands. »
Tels sont les bianx disconrs que tiennent les ignorants aux vaillants défenseurs de la vérité. L'ardeur de ja lutte, le nombre et la qnalité des combattants devraient au moins leur faire soupçonner qu’il y a au fond quelque chose de plus sérieux qu’ils ne le pensent. Mais non ; ils ne sont pas capables d'autant. Si parfois il arrive qu’un tel sou;;çon fasse soudainement irruption dans leur esprit, ile ne s'y arrêtent pas, car ils craignent que ce soupçon ne finisse par les inquiéter et les pousser à examiner de
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près ce dont ils parlent sans aucune connaissance de cause ; ils ont horreur de tout ce qui n’a pas un caractère frivole. Comme ils n'aiment pas à se déranger ni à se fatiguer, 1ls bannissent promptement de leur esprit toute pensée qui pourrait les forcer de conclure qu'il y a pour eux obligation de faire des études graves eb sérieuses. Ils trouvent bien plus commode, et ce l'est aussi asssurément, quoique peu conforme à la raison, de ramasser par les rues tous les sots propos qui se débitent contre les tenants de la bonue cause, et de les répéter sans prendre souei de savoir ce qu'ils valent.
Je ne dis rien ici de la connaissance des vis principes. C'est à peine s’ils connaissent les plus élémentaires, et encore arrive-til très souvent qu'ils ne sont pas en état d’en tirer correctement les premières conséquences. Après cela, qu'ils ignorent comment ces principes se relient les uns aux autres et se combinent entre eux pour former un corps de doctrine, il n’y a pas lieu d’en être surpris.
On les entend souvent invoquer eux aussi la paix ct la charité ; et c'est ainsi qu'à l'aide de mots qui ne révoillent chez eux que des idées fort confuses, mais qui leur paraissent sonores et qu'ils prononcent avec emphase, ils tâchent de se persuader à eux-mêmes, aiusi qu'aux autres, qu'ils sont bien au fait des questions débattues. Si vous tentez de les éclairer, de leur faire goûter quelques bonnes raisons, en prenant soin de mettre ces raisons sous la forme la plus simple possible, afin qu’elles puissent pénétrer dans leur cerveau par une des rares fissures que vous y remarquerez, comme propres à donner passage au bon sens, vous les verrez s'armer de défiance comme s'ils craignaient d'être harponnés. Pour évit2r tout danger de séduction, ils ne prêteront qu’une légère attention à vos parcles, puis se contenteront, pour répondre à vos arguments, d'invoque" l'autorité de MM. tel et tel, très savants hommes, disent-ils, dont il ne serait ni sage ni prudent de rejeter la manière de voir. Comme si ces cuistres s’occupaient beaucoup au fond de la sagesse et de la prudence !
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S'ils traitent avec un souverain mépris les questions de vie ou de mort pour notre avenir social et religieux, ils s'occupent beaucoup en revanche des plus grossiers intérêts matériels, et ils prennent une part active aux querelles les plus infimes. Ecoutezles, en effet. Ils sont intarissables et tout de feu s'il s’agit d’une route nouvelle à percer, d’un terrain à exploiter, d'un pont à construire, d’une éicction de conseillers municipaux à organiser et à emporter, d’un nouveau système à faire adopter pour l'amélioration des races bovine, chevaline et porcine. Et si l’on voulait les en croire, eux qui parlent tant de paix, de charité et de concorde, les journaux seraient remplis d'un bout de l’année à l'autre des sottes injures «u’ils ont à lancer à la figure de leurs adversaires en ces ridicules débats.
Homo, cum in honore esset, non intelleæit ; l’homme, c’est-àdire l’homme ignoran., n’a pas compris le degré d'honneur où Dieu l’a élevé. Ilne sait pas pourquoi il porte la tête en haut et non en bas, tournée vers la terre comme les autres animaux. Lui qui a été créé pour vivre de ia vie de Dieu même, qui doit tout rapyorter à Dieu en le spiritualisant, s'incline vers la boue, s’y colle et s’identifie avec elle autant qu'il le peut. TI dit, sinon par ses paroles, au moins par ses actes : « Périssent toutes les grandes vérités de l'ordre divin plutôt qu'une parcelle de ectte matière qui flatte si agréablement mes sens ! » Et ainsi se vérifie cette parole du livre des Proverbes : Qui indocti sunt, in cordis egestate morientur : les ignorants mourront pauvres de cœur comme ils ont vécu.
Il en est d’autres dont l'ignorance ne porte pas sur toutes les grandes questions qui se discutent, mais sur certaines d'entre elles seulement. Ceux qui sont dans ce cas, et qui ont l'esprit étroit, ne soupçonnent pas qu’il puisse exister quelque chose d’important à faire valoir ou à défendre au-delà de leur horizon .borné. Ils combattront donc assez vaillamment si on les ttaque sur le terrain qu'ils fréquentent, mais, hors de là, ils estiment qu’il n'importe pas de lutter, Aussi raisonnent-ils à peu près comme les ignorants de la pire espèce relativement aux questions majeures qu’ils ont le malheur de ne pas connaître comme ils le
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devraient : ils jugent que c'est inutilement soulever des colères que de s’en occuper. Les ignorants à ranger dans cette catégorie sont nombreux et ils favorisent 12 modérantisme sans le savoir,
Quoique suffisamment au courant des questions sur lesquelles la lutte est engagée. on donne encore fréquemment dans le modérantisme par ignorance de ce qui se passe en dehors du petit enclos où l’on vit, par ignorance surtout de la véritable et seule histoire, l’histoire de l'Eglise, L'on ignore cemment les luttes que nous soutenons ici ont été et sont encore conduites par des hommes très-doctes, très-modérés et très-sages, même par des évêques dont le nom fait autorité. On ignore malheureusement les encouragements qu’ils reçoivent chaque jour du Chef infaillible de l'Eglise. On se trouve donc tout étonné, tout effrayé quand il s'élève une discussion, et si elle prend des allures un peu vives, surtout si elle devient brûlante, on s’imagine dans sa naïveté toute primitive, qu'il ne s’est jamais rien passé d'aussi horrible sous la calctte des cieux.
Si l'on savait jusqu’à quel point ces illustres personnages sont eux-mêmes vifs, mordants et hardis, dans leurs attaques comme dans leurs répliques ; jusqu'à quel point ils permettent de l'être à l'égard de certains adversaires, ceux en particulier qui manquent de bonne foi, on ne crierait pas au manque de modération et de charité, encore moins au renversement de l’ordre et au scandale, parce que des écrivains catholiques osent parler correctement leur langue et appeler les choses par leur nom; parce qu'ils useut légitimement du droit de défendre la vérité attaquée et aussi de repousser, en démasquant leurs adversaires, les calomnies dont ces derniers essaient de les flétrir en haine de la vérité.
Mais ce qui fait surtout bien comprendre que la vigne du divin Maître a non-seulement besoin, pour vivre et porter des fruits,
de la lumière, de la chaleur et de la rosée du ciel, mais aussi de la serpe qui l'émonde, c'est l'étude de l’histoire ecclésiastique. Que de discussions, que de débats, que de luttes ont marqué le cours des divers siècles depuis l'établissement de l'Eglise jusqu’à nos jours. Et à la tête de ces discussions, de ces débats et de
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ces luttes, que voyons-nous ? De grands papes, de grands évéques, d’illustres et saints religieux, parfois même d’humbles, mais pieux et savants laïques qui mettaient leur science au service de la vérité outragée. Ce bruit, cet éclat qu'on redoute tant de n6s jours, qu'on signale à titre d’inconvénients graves, on n’en tenait nul compte dans les âges de foi, non plus que de ces autres inconvénients regardés aujourd’hui comme insurmontables. Pourquoi cela ? Parce qu’on était intimement convaincu, d'après ies enseignements de Jésus-Christ, qu'il faut défendre la vérité avant tout, que c’est le devoir: qui prime tous les autres et que c’est en accomplissant ce devoir qu'on pratique la charité la plus excellente, puisqu'on doit aimer Dieu, et conséquemment la vérité, par-dessus toutes choses,
Et il faut voir avec quelle liberté de langage on procédait dans ces luttes et ces débats! On disait franchement son fait à un adversaire quand il était propre à induire les fidèies en e wurs touchant la saine doctrine. « Me connaissez-vous ? » dit un jour l'hérésiarque Marcien, à Saint Polycarpe, évêque, de Smyrne et disciple de Saint Jean, l'apôtre de la charité. « Oui, répoudit Saint Polyca-pe sans hésiter, je te connais; tu es le premier-né du diable, »
Et que d’autres traits du même genre ne pourrait-on pas citer ? Tertuilien, Saint Jérôme, Saint Cyprien, Saint Athana:e, Saint Augustin et des milliers d’autres ont combattu en faveur de la vérité avec une énergie, une vigueur, une vivacité de paroles qui déconcerteraient notre fausse délicatesse moderne, si l'on voulait suivre rixouveusement leur traces. Enire saints personnazes même, avec quelle sévérité on se truitait parfois, lorsqu'on croyait que son adversaire, tout en étant de bonne foi, al.érait quelque peu la doctrine catholique scit dans son enseinemert soit par des actes d'où pouvaient découle: de fâcheuses conséquences |
Ou aurait donc tort de penser que les discuss'ons et les lattes, même au sein de l'Eglise, constituent un état anormal et irrégulier, L'histoire, quand 02 la sait, nous dit que c’est le contraire qui est vrai. Il y a toujours eu dans l'Eglise des divergences
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d'opinions, des contestatic.s et des disputes. Elle ne les défend ! point et ne les a jamais défendues ; elle se borne uniquement à prescrire les règles à suivre pour qu'aucune vertu ne soit alors blessée.
La raison pour laquelle l'Eglise n'a jamais interdit et n'interdira jamais les discussions, est facile À saisir : c’est d'abord qu'elle respecte infiniment la liberté de ses enfants, et ensuite qu'il résulte toujours un grand bien de ces discussions. Sans doute, elles peuvent entraîner et elles entraînent quelquefois des inconvénients assez graves ; mais ce sont de pures accidents que compensent amplement les heureux résultats obtenus. Rappelons-nous toujours que c’est la triste condition de l’homme, depuis que le péché a fait invasion dans le monde, de ne pouvoir opérer le bien qu'en fournissant aux méchants l'occasion d'exercer leur malice, et, si nous avons cette vérité constamment présente à l'esprit, nous cesserons d’accuser ceux qui combattent les bons combats de troubler l’ordre et de donner du scandale.
Le milieu dans lequel nous vivons, les personnes que nous fré quentons et avec qui surtout nous avons des rapports intimes, les livres que nous avons étudiés ou simplement parcourus exercent une immense influence sur nos opinions, nos idées, nos manières de voir et d'apprécier les choses. Comme cette influence peut ‘être bonne ou mauvaise, suivant la qualité des causes qui la produisent, il importe souverainement, une fois que la raison est parvenue à maturité, de nous rendre compte de la valeur de nos connaissances acquises.
Mais le travail, surtout le travail intellectuel ne va pas à beaucoup d'hommes, Ils cat l'esprit paresseux. C’est pourquoi ils sont fort enclins à conserver telles qu'elles sont les opinions toutes faites qu'ils ont adoptées sans examen, et à se prononcer, sans avoir mûrement réfléchi sur certaines matières, d’après des idées qu'ils ont acceptées sur la foi d'autrui, ne se rendant pas biencompte de leur portée, encore moins de leur exactitude,
Les opinions les idées ainsi adoptées de confiance, sans mûre réflextion et surtout sans travail sérieux, sont ce qu'on appelle /es préjugés et les préjugés servent efficacement le modérantisme.
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