TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE
38. Quand les parents d'un individu ont été porteurs d'une affection chronique de la peau, du genre surtout de celle qui nous occupe : le médecin prévenu de l'hérédité probable de l'affection , placera le sujet autant que faire sepourra dans les conditions hygiéniques les plus favorables au maintien de la santé générale , et de l'état physiologique de la peau en particulier.
Ainsi on devra chercher à conserver le bon état de la digestion et la liberté du ventre, en évitant les épices , les acides , les spiritueux : un régime doux et nourrissant est le meilleur qu'on puisse recommander. — Pour favoriser les fonctions de la peau , mi' exercice modéré et fréquent , des bains de temps en temps , sont de puissants moyens hygiéniques ; — mais la force, la contractilité, le ton, la vitalité normale de la peau, seront surtout avantageusement entretenus par l'usage bien entendu de l'eau fraîche : ainsi recommander les bains de rivière, de mer, en été, et dans toutes les saisons les lotions froides : — par exemple, le matin, quand la moiteur du lit a disparu , on lotionnera , avec une éponge imbibée d'eau froide, les parties surtout qui étaient le siège de l'affection chez les parents de l'individu : on continuera cette opération de cinq à dix minutes , au bout des-
quelles on essuiera exactement la peau avec une serviette sèche, tout en frictionnant les parties, de sorte que ces frictions, et l'exercice auquel le sujet se livrera immédiatement après , servira à rappeler à la périphérie le sang refoulé par l'action du froid , ce qui rétablira l'équilibre , et activera les fontions de la peau et de tous les organes sur lesquels Tac! ion rapide du froid aura agi. Cette opération, répétée deux ou trois fois par semaine , pourra prévenir de longues années de souffrances, en prévenant une affection bien difficile à combattre après son développement.
Il va sans dire que ces moyens prophylactiques seront suspendus quand il y aura des contre-indications, comme une maladie aiguë ou chronique, les périodes menstruelles , l'état de gestation. — Toutefois on ne se laissera pas effrayer par un coryza léger, qui suit ordinairement les premières applications de ce traitement : l'action de la peau , augmentée par le frottement et l'exercice , rappelera bientôt au dehors le sang qui s'est un instant refoulé sur la pituitaire. — Aussi n'aura-t-on pas à craindre de provoquer des rhumatismes par la repercussion de la transpiration cutanée, qui n'est qu'un instant suspendue, et bientôt augmentée.
Si , malgré ces soins préventifs , une affection cutanée à caractère chronique annonçait son début par de petites taches, de légères élévures, etc; — si
l'on a à redouter les effets de l'hérédité , — on combattra et on empêchera les progrès de ces premiers développements en administrant quelques purgatifs , la rhubarbe, Taloès, de manière à provoquer quatre ou cinq selles ; — le jour suivant le malade , avant son lever, tâchera de provoquer la sueur en se bien couvrant, en rapprochant les membres les uns contre les autres , et en empêchant l'accès de l'air sur les parties couvertes. — Si la sueur n'est pas facilement excitée par ces moyens, un ou deux bains tièdes, de demi à trois quarts d'heure , exciteront la peau , et favoriseront les sueurs matutinales (1).
(1) On m'objectera peut-être que les bains de vapeur, si généralement employés, feraient atteindre bien plus sûrement le but désiré, la transpiration. Voici les raisons sur lesquelles je me fonde pour donner la préférence au mode de traitement que j'ai indiqué.
Les bains de vapeur conviennent surtout dans les cas où l'on a à combattre une induration , une sécheresse de la peau ; mais quand l'affection cutanée est liée à une sécrétion abondante de sérosité , leurs effets ne sont pas aussi satisfaisants. En outre, les bains de vapeur ont de grands inconvénients :
1° Ils congestionnentlatête,la poitrine, provoquent des ophthalmies, etc, ce qui complique et prolonge le traitement, car on est obligé de le suspendre pour combattre la nouvelle maladie : ce qui retarde souvent la guérison de l'affection cutanée. — L'inconvénient que je signale est attache au mode d'administrer les bains de vapeur dans des chambres , où le corps entier du malade est soumis à l'influence de la vapeur, pratique usitée dans certains hôpitaux.
2° Ils affaiblissent la peau, lui font perdre son ton et sa Contractilité • elle devient plus impressionnable , et les récidives se répètent plus souvent. Le premier inconvénient que j'ai signalé pourrait être évité en administrant
Comme les sujets qui n'en sont encore qu'aux prodromes assez légers d'une affection chronique ne se soumettent pas facilement à un traitement un peu exigeant, s'ils ont déjà sacrifie une heure à la transpiration, ils refuseront d'en consacrer une seconde à la promenade , qui est pourtant presque indispensable à la suite de la lotion froide; car si le corps restait en repos immédiatement après , vu la transpiration antécédente , une répercussion aurait facilement lieu ; — dans ce cas il sera donc opportun de remettre la lotion à une autre heure de la journée ,
ces bains dans les boîtes fumigatoires , où la tête est soustraite à l'influence directe de la vapeur. — Quant aux lésions qui affectent la tête elle-même, on les combattra par d'autres moyens ; et si toutefois on veut les soumettre à la vapeur, on tâchera de prévenir les congestions encéphaliques par des bains de pied et par des lotions froides sur la tète.
Pour remédier à l'atonie de la peau déterminée par la vapeur, on n'en continuera pas l'usage trop longtemps : ainsi , après six ou neuf bains de vapeur administrés dans l'espace de deux ou trois semaines , on aura recours à des lotions fortifiantes.
Du reste, la provocation des sueurs par les bains en question ne modifie pas les humeurs aussi efficacement que la méthode indiquée ci-dessus , dont on se sert dans la hydro-ialrie. — En effet, le corps du malade clans le bain de vapeur est bientôt couvert de gouttelettes d'eau et de sueur qui ruissèlent plus ou moins abondamment; la peau est excitée immédiatement, sa fonction est augmenté? sans que les systèmes généraux y prennent une part active; mais si l'on se contente seulement de couvrir le corps sans l'exciter d'ailleurs par aucun topique, une réaction énergique a lieu dans le système sanguin, réaction qui dirige vers la peau une plus grande quantité de sang pour fournir les matériaux de la sécrétion sudorale,cequi doit plus sûrement remédier aux altérations du sang et modifier la vitalité de la peau.
avant le déjeûner ou le dîner, dans un moment enfin où le malade aura le loisir , après s'être bien lotionné et séché , de faire une promenade d'une demi-heure ou d'une heure.
On domiera la plus grande attention à la nourriture , que Ton rendra aussi douce que possible , pour ne point augmenter l'irritation de la peau ; on conseillera surtout les légumes doux, des œufs, point de viandes, toujours des mets légers, propres à faciliter une bonne digestion ; on proscrira les mets acides , épicés , les boissons spiritueuses , et surtout le fromage, qui souvent, même chez des sujets bien portants, détermine de légères éruptions à la figure.
39. Traitement curatif. — Si l'affection cutanée est franchement déclarée , il faudra examiner : si elle est le symptôme essentiel de la maladie , ou si un état général alarmant nécessite des soins immédiats et directs.
Dans le premier cas , on dirigera le traitement contre la maladie de la peau , traitement qui devra varier selon le genre de l'affection et selon ses causes appréciables.