I. TRAITEMENT CURATIF DES TUBERCULES FONGOÏDES
40. S'il s'agit des tubercules fongoïdes, on remontera aux antécédents , on notera avec soin l'état actuel ,
pour déterminer s'il existe une cause spécifique à laquelle le mal puisse être attribué , on s'informera si les parents du malade, si le malade lui-même, ont eu des affections syphilitiques locales ou générales , si elles ont été traitées ou non ; ensuite on déterminera si la maladie actuelle a des rapports avec des syphilides dans sa forme, dans ses ulcérations , dans les symptômes concomitants qui peuvent porter sur les muqueuses ou sur les os.
Si les soupçons d'affection syphilitique sont confirmés , un traitement antisyphilitique est indiqué : traitement qui est souvent analogue à celui qui est propre à changer l'état de l'économie.
A.-) Si un enfant apporte des tubercules fongoïdes en naissant , si l'affection vénérienne est constatée , un traitement spécifique doit être entrepris. Dans le cas où la mère atteinte de syphilis allaiterait son enfant, il suffira de traiter la mère, dont le lait transmettra les principes médicamenteux au nourrisson. Mais si la mère ne présente aucun symptôme syphilitique, il ne convient point d'empoisonner le corps de cette dernière, pour guérir un enfant dont la conservation est problématique , et qui , à tout prendre sans préjudice pour la mère , peut être guéri tout aussi sûrement, en lui administrant directement les préparations mercurielles moins énergiques. — Ainsi si le père a été atteint d'une maladie vénérienne , si l'enfant lui-même en offre des symptômes , comme des
végétations à l'anus et aux parties génitales , des tubercules plats dans la bouche , aux commissures des lèvres , etc. , alors , sans aucun doute , l'affection est vénérienne, et on donnera à l'enfant soit l'Ethiops minéral , soit le mercure gommeux de Plenk.
% Hydrargyri nigri sulfurati gr. vi-xij. (tria-sexdecig.) Saccliari albi gr. xij. (sex decig.)
M. exact, f. pulv. divid. in duas p. aîquales Sign. à prendre deux paquets par jour.
Pendant cette médication , un allaitement convenable et tous les soins hygiéniques seront prodigués à l'enfant ; en outre on devra éviter soigneusement que l'enfant ne se refroidisse ; on favorisera la transpiration par les bains , le ventre sera maintenu bien libre ; tout cela dans le but d'empêcher la salivation qui chez les enfants détermine des stomatites souvent très rebelles. Si au bout d'un mois ou de six semaines , aucun amendement ne se manifeste , il sera convenable de suspendre le traitement pendant quelques jours, une semaine, pour le reprendre ensuite.
Si les parents ne présentent aucune trace de maladie constitutionelle , si l'enfant lui-même d'ailleurs bien conformé n'est porteur que de tubercules durs, disséminés sur différentes parties du corps , cette affection cougéniale ne réclame qu'une alimentation
et des soins hygiéniques convenables pour prévenir toute irritation de la surface cutanée; car si les tubercules restent durs et secs, l'individu pourra les porter comme des nœvi pendant toute sa vie saris Je moindre danger pour l'organisme , qui pourrait être au contraire plus ou moins affecté , s'ils passaient :i l'état inflammatoire (1).
(1) J'ai vu, aux consultations de l'hôpital Saint-Louis, une demoiselle d'une trentaine d'années , qui jusqu'à l'âge de vingt-un ans porta à la joue un narvus congénial; par suite d'irritations accidentelles, et après une chute sur cette partie , la tache s'enflamma et se transforma peu à peu en un lupus , qu'elle porte maintenant depuis plus de neuf ans.
Dans le même hôpital, pendant l'été de 1839 , j'ai observé le cas suivant chez un jeune homme de seize ans couché dans la salle St-Prosp. Il apporta en naissant une tache rosée sur la joue gauche. Pendant son enfance , un jour qu'il était assis près du feu , une étincelle vint frapper cette tache : de la douleur s'en suivit, et disparut au bout de quelque temps; mais bientôt le volume de la tache s'accrut ; à l'âge de six ans il fut atteint d'une variole bénigne ; depuis lors la tache grandit de plus en plus et acquit le volume d'une cerise ; elle se fonçait sensiblement en couleur pendant l'été , et cette rougeur pâlissait pendant l'hiver ; la tumeur était tout à fait indolente. A l'âge de treize ans, en jouant avec sa sœur, une égratignure fait saigner le tubercule : dès lors de petites croûtes s'élèvent à sa surface ; quand le malade les détache, de nouvelles ne tardent pas à les remplacer; une suppuration assez abondante s'établit enfin au dessous des croûtes ; des cataplasmesde différente nature restent impuissants pour enrayer la maladie. A l'âge de quatorze ansj il entra à Saint-Louis, où l'on est parvenu à limiter le mal par des cautérisations répétées et par l'emploi de différents altérants.
J'ai cité ces cas non comme une preuve à ajouter à la dégénérescence possible et bien prouvée des naîvi , mais seulement pour faire remarquer que cette métamorphose fâcheuse est souvent précédée de causes irritantes qu'il n'est pas toujours possible d'éviter ; on pourrait néanmoins diminuer les ( hanecs de leur conséquence funeste par l'emploi de moyens appropries.
h I . B. Chez V adulte le traitement variera aussi sej< m les degrés et les causes de la maladie. Si les forces du malade sont bien conservées , si son état généra I ne présente aucune indication particulière , on s'occupera directement de l'affection cutanée.
a. Si le mal est congénial , et à Fêtât de tubercules durs et secs , on se bornera à maintenir les fonctions générales clans un état d'intégrité aussi parfaite que possible; le malade évitera comme nous Pavons dit plus haut tout ce qui pourrait provoquer une inflammation de la peau; on excitera la transpiration de temps en temps ; on lui conseillera les lotions froides ; ces soins associés à un régime doux rendront l'affection stationnaire et sans danger.
b. Si la maladie est accidentelle, si elle persiste depuis longtemps à sa première période d'évolution , on doit penser qu'elle n'est point sous l'influence d'une cause spécifique , mais qu'elle dépend d'une altération des fonctions soit d'un organe intérieur, soit de la peau elle-même.
On s'informera donc si un flux hémorrhoïdal habituel , si l'écoulement menstruel n'ont pas été supprimés , cas dans lesquels on emploiera les bains de siège chauds , et les lotions froides sur les parties de la peau affectée; si ces moyens sont insuffisant , on aura recours à de plus énergiques , pour fluxionner soit le rectum, soit l'utérus.- Si l'on a affaire
à des individus phlegmatiques à réaction faible et lente, on emploiera Tabès ainsi qu'il suit :
% Aloes soccotrime 3 j. (quatuor gram.) Extr. cichorei q. s. ut f. p. lx.
Sign : une à deux pilules deux ou trois fois par jour.
Si le sujet est plus irritable et les selles plus abondantes , on ordonnera le soufre avec avantage.
% Florum sulfuris lotor :
Saccharialbi ana gr.iij (quindecim centigr.)
D. taies doses sex, sign. deux paquets par jour.
Quand cette affection se développe chez les nouvelles accouchées, on peut en accuser, peut-être soit une diminution des lochies, soit la disparition du lait , ou bien une surexcitation de la peau ; — dans le premier cas, on appliquera des cataplasmes sur le ventre, de la pâte de levain à la plante des pieds ou à la face interne des cuisses ; — dans les deux autres cas, de légers purgatifs, le sulfate de potasse surtout, seront employés avec succès; — si malgré ces soins l'état de la peau ne s'amende pas', si rien n'indique une diathèse particulière, on pourra avoir recours à quelques remèdes externes; c'est alors que les lotions astringentes , recommandées dans ces cas par
M. Bielt, peuvent être employées avec précaution j on ordonnera :
2/î Sulfatis ferri 5iij (duodecim gram.)
Aqua3 destillataB svj(centum octoginta gram. )
M. sjgn. faire des fomentations pendant dix minutes, deux ou trois fois par jour (1).
Chez des femmes à l'âge critique, on prescrira un régime doux, quelques légers pmrgatifs, et on provoquera l'augmentation de la transpiration.
Si les tubercules se développent dans le cours d'une autre affection cutanée (comme dans le Prurigo), on agira contre la diathèse générale de celle-ci, et on combattra l'irritation morbide de la peau par des calmants :
% Herbae hyoscyami 3ij(octo. gram.)
inf. c. aqu. fontis p. 1/4 h. col.
svj (centum octoginta gram.) adde:
Potassaî carbonicaB 3j (quatuor gram.) [ M.
42. c.) Si les tubercules sont le siège d'une sécrétion abondante, s'ils suppurent et s'ulcèrent, et si le sujet est encore assez fort pour soutenir un traitement
(I) Dans ces cas, je préfère le sulfate de fer au sulfate de cuivre, qui pourrait être absorbé (surtout chez les nouvelles accouchées , dont la peau est si susceptible) et déterminer ultérieurement des symptômes généraux des plus fâcheux.
énergique , on agira on conséquence. Qu'il y ait ou non une cause spécifique, il y a toujours à la fois dans ces cas, et une altération du sang, et un état morbide de la peau.
Il faudra donc : 1° reconstituer le sang dans ses qualités normales ; pour cela les anciens dépouillaient l'organisme par des saignées répétées, et tâchaient de remplacer à mesure les éléments soustraits , par une nourriture fortifiante.
Mais la méthode qui consiste à diminuer le sang d'une manière successive et graduelle par l'augmentation de la transpiration cutanée et de la sécrétion muqueuse gastro-intestinale , cette méthode , dis-je , est bien plus rationnelle et plus efficace. Indépendamment de ce double moyen on diminuera la quantité des aliments du malade , et on continuera conjointement ces divers ordres de moyens , jusqu'à ce que un affaiblissement des forces et un amendement dans la maladie indiquent qu'il est temps de diminuer la rigueur du traitement, de réparer par une alimentation nourrissante les pertes de l'organisme; — de refaire pour ainsi dire un sang nouveau, capable de revivifier l'économie entière.
Cette méthode dans les maladies cutanées est d'autant plus favorable, qu'elle concourt aussi à remplir la deuxième indication à savoir :\erétabli*se/}ie>ifde\i\ peau dans son état normal. — En effet on ne pourrai I diminuer la sécrétion morbide du système cutané
d'une manière immédiate sans s'exposer aux dangers toujours graves d'une répercussion. Or la transpiration augmentée , des selles provoquées en plus ou moins grand nombre , par la dérivation qui en résultera , permettront d'agir directement et sans crainte contre l'affection cutanée.
D'après ces données quand il s'agira de combattre un molluscum fongueux ou autre maladie analogue, on emploiera avec avantage le traitement suivant :
Pendant quatre ou six jours on administrera deux ou trois bains dans le but d'enlever les concrétions cro.ûteuses, et de disposer la peau aux transpirations, que l'on devra provoquer. Cela fait on débutera par un purgatif végétal , par exemple les pilules d'aloès, que nous avons recommandées ci-dessus; si l'on avait affaire à un sujet trop irritable on les remplacerait par des pilules de rhubarbe :
% Pulv. rad. rhei. 3 fi = (duo gram.) Extr. cichorei q. s.
Ut. f. viginti pil. sign. à prendre toutes les deux heures , cinq pilules.
Pour remédier aux coliques venteuses on fera prendre toutes les heures une cuillerée à bouche de la mixtion suivante :
% Olei dest. anisi 10 gutt. = (duo decigr.) Sacehari albi s fi = (sedecim gram.) Aquae deslill. §jv = (centum triginta gram.)
Les jours suivants le malade gardera le lit toute la matinée , et prendra les pilules et une bouteille de la tisane que nous indiquerons plus bas; cette boisson chaude, et des couvertures suffisantes, provoqueront la transpiration. Dans Taprès midi le malade pourra se lever e t se promener en plein air pendant Té lé ; mais il gardera la chambre pendant la mauvaise saison , et s'il sort quand le temps est doux et sec , il aura soin d'être toujours bien couvert.
Le soir avant de se coucher le malade lotionnera les parties affectées avec le liquide suivant :
*2£ Acidi hydrochlorici.
— nitrici ana 5fi> = (sedecim gram.) Aquae dest. evj = (centum octoginta gram.) M.
Ces lotions ont pour but de déterger les ulcérations , de diminuer la sécrétion morbide , de faire disparaître la mauvaise odeur , et d'empêcher que le contact du malade soit préjudiciable à ceux qui l'entourent.
Cette médication sera continuée pendant huit jours. Le dixième jour on reprendra le purgatif, et la semaine suivante la tisane , et les pilules pendant huit autres jours, et on continuera ainsi pendant trois semaines.
Les jours où Ton purge le malade, il devra se contenter de quatre bouillons, d'un quart de pain,
et de deux œufs à la coque; les autres jours il prendra deux bouillons , quatre onces de pain, et autant de viande; la troisième semaine du traitement on pourra doubler la quantité des aliments ci-dessus. Il est bien entendu que la rigueur de ce traitement sera lyiodifiée en raison des dispositions et des constitutions individuelles .
Toujours on aura soin de ne donner que des viandes tendres et rôties ; et dans la seconde période du traitement on pourra accorder du vin en petite quantité.
Des maladies de cette nature ont des racines si profondes dans l'économie qu'il faut recourir aux médicaments énergiques dont Faction efficace est bien connue , en tête desquels on doit placer le mer~ cure. Le protochlorure longtemps continué détermine sûrement une salivation toujours fâcheuse , le deutochlorure administré à Fintérieur influence défavorablement les organes respiratoires , et ne modifie pas d'une manière avantageuse les affections cutanées chroniques, celles même qui sont sous la dépendance d'une diathèse spécifique.
Or le précipité rouge manié avec prudence n'a pas ces inconvénients. M. le docteur Windisch à l'hôpital Saint-Roch de Pest, mon père dans un des hôpitaux secondaires de la même ville, en ont obtenu de beaux succès, ainsi que quelques médecins allemands, Berg et Kluge entre autres ; ce dernier à l'hôpital
de la Charité, à Berlin, a combattu avantageusement avec le précipité rouge les affections cutanées les plus rebelles.
Quoique cette préparatiou mercurielle soit un agent vénéneux et dangereux, on ne doit pas plus reculer devant son emploi sage et bien entendu , que devant celui des préparations arsénicales.
Je préfère le mercure à Farsenic dans le molluscum fongueux avec sécrétion, parce que Faction du premier s'exerce surtout sur les organes de la vie végétative , sur les membranes , la peau , les vaisseaux lymphatiques ; tandis que Farsenic influence spécialement le système nerveux spinal et ganglionnaire , et partant il trouve son application dans les affections cutanées qui sont liées à une irradiation morbide plutôt qvCk ses sécrétions excessives. Ainsi on Femploie avec succès dans le prurigo invétéré , le lichen, le psoriasis, Feczéma chronique et desséché, etc.
Pour porter Faction du mercure vers la peau il sera utile de le combiner avec des agents qui ont une action spéciale sur cet organe , comme le soufre et l'antimoine; j'ai employé la formule suivante :
% Oxydi hydrargyri rubri gr. j=quinque centigr.
Florum sulfuris lotor. j
Oxydi antimonii > ana gr. xx=duo gram.
Sacchari albi 1 M. exactissime. F. pulv. dividendus in duodeciui
partes a3quales.
Les quatre premiers jours le malade prendra un de ces paquets une demi-heure après le principal repas (I); les quatre jours suivants il en prendra deux : un après le repas du matin, et l'autre après le repas du soir; il n'en prendra pas les jours de purgation. La seconde semaine du traitement on augmente à\m grain la dose du précipité rouge; pendant la troisième on la porte à trois grains, en conservant la même dose pour les autres substances , et le même nombre de paquets; administrés comme nous venons de Findiquer. On revient à deux grains de mercure pendant la quatrième semaine ; et à un seul grain pendant la cinquième.
La tisane dont nous avons parlé se compose avec les bois sudorifiques , dont la réputation est peutêtre justement méritée dans le traitement des maladies constitutionnelles ; j'ai employé la salsepareille, le gaïac , et la douce-amère , auxquels on peut ajouter quelque aromatique pour en rendre la saveur plus agréable. Ainsi on ordonnera :
% Salsaparilla? rad. §j=triginta duo gram. Ligni guaïaci )
Stipit. dulcamara |ana 56=s^cim gram.
Macerentur per 12 horas in aqu. font.
(1) On l'administre de préférence en ce moment dans l'espoir que son mélange ayee le chyme préviendra l'irritation de l'estomac et facilitera l'absorption des médicaments.
Dein coquant. per horam ad rémanent. 5xvj= dim. kil.
Sub fine coct. inf. :
Rad. liquirissft = sedecim gram.
Corticis citri Seminis anisi
Cette tisane doit être prise chaude, et dans le courant de la matinée.
ana 3ij=:octo gram.