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III. TRAITEMENT DES TUBERCULES BIGARRES

48 . Le traitement prophylactique décrit précéden î ment (§ 38) s'applique surtout à cette variété.

Si l'affection dure depuis longtemps eta déjà atteint un degré considérable de développement, comme chez notre malade, il faudra sans retard aviser aux moyens de l'enrayer et de limiter au moins ses progrès, par le traitement général que nous avons détaillé ci-dessus, qui, avec quelques modifications, est encore applicable à celte variété; cl il sèra d'autant

plus énergique, que le mal sera plus avancé, et les sécrétions morbides plus abondantes.

Les médicaments externes peuvent être dans ce cas plus énergiques, parce que les tubercules sont presque indolents , et que la petite quantité de matière séro-puru lente qu'ils sécrè tent ne doit pas faire craindre une répercussion.

Le malade dont j'ai tracé l'histoire porte son affection depuis vingt ans, et l'état général est on ne peut plus satisfaisant; l'organisme semble habitué à cette nutrition morbide à tel point qu'il aurait été dangereux de l'attaquer exclusivement par des topiques; quoiqu'il n'ait pas pu se soumettre à un traitement bien suivi et rigoureux, il employa pourtant les moyens que je vais indiquer, pour ne pas devenir victime d'un mal toujours croissant.

Au mois d'octobre 1839 il commença le traitement par un purgatif. Les jours suivants, tous les matins il prolongeait son séjour au lit jusqu'à huit ou neuf heures, il s'y tenait soigneusement couvert, buvait deux verres d'une décoction concentrée de salsepareille, gaïac et douce-amère; ces moyens provoquaient toujours une sueur assez abondante; il passait une partie de la journée dans sa chambre, une autre partie était consacrée à des courses au dehors pour satisfaire aux devoirs de sa charge. Dans sa nourriture il évitait les épiecs et les acides , mais il n'en diminuait pas la quantité. Dans l'après-midi,

une heure après son principal repas , il prenait un seizième de grain d'oxyde rouge de mercure , avec trois grains de soufre , et autant d'antimoine.

Le soir, avant de se coucher, il lotionnait les parties malades avec du savon noir.

Il prenait un ou deux bains tièdes par semaine , et toutes les trois semaines un purgatif composé de rhubarbe et d'aloès.

Les lotions savonneuses provoquèrent un prurit très incommode et une vive inflammation de plusieurs tubercules, ce qui m'engagea à leur substituer des lotions composées de vinaigre et d'une petite quantité de fleur de soufre -7 il continua ce traitement pendant dix semaines , et voici quels en ont été les résultats :

Je noterai d'abord que sous l'influence de cette médication l'état général resta tout à fait satisfaisant : les forces, l'appétit, toutes les fonctions enfin se conservèrent parfaitement intactes. Quant à la peau, elle perdit sa coloration verdâtre , prit un ton animé , qui dans quelques points même alla jusqu'à une légère inflammation; les concrétions des matières sébacées et séro- purulentes disparurent , presque tous les tubercules s'affaissèrent , quelques taches furent effacées , un certain nombre de tubercules blanc-jaunâtres , après leur affaissement , fournirent une desquamation sèche à leur surface , les tubercules croûteux verdâtres se sont flétris, et quelques par-

celles des croûtes se sont détachées ; les tubercules eroûteux noirâtres {Pl. W,jig. 6) se sont enflammées et ont sécrété à leur surface une matière séro-purulente, qui a formé une croûte impétigineuse , laissant à sa chute une tache lisse brun-noirâtre ; les taches vermeilles n'ont subi aucune modification. — L'inlïammation de quelques tubercules charnus a diminué , et leur surface s'est couverte de squames blanchâtres.

L'inflammation qui circonscrivait les tubercules bleuâtres , augmentée d'abord , diminua ensuite bien sensiblement ; mais les tubercules eux-mêmes restèrent dans le même état. Le grand tubercule du cou diminua de moitié , et devint plus sec et plus dur. Vers le milieu du mois de décembre les occupations du malade augmentèrent, ce qui l'empêcha malheureusement de poursuivre son traitement.

Ainsi dans l'espace de dix semaines le malade prit sept grains de mercure , cinq gros de soufre et autant d'antimoine.

Vingt grains d'aloès, et deux gros de rhubarbe furent employés ,

Ainsi qu'un kilogramme de salsepareille et autant de gaïac et de douce-amère en décoction.

Aucune colique, pas la moindre salivation n'est venue compliquer le traitement; le malade vaquai! à ses occupations, et l'affection dont il était atteint depuis vingt ans , qui en dernier lieu faisait des pro-

grès inquiétants et était la source de sécrétions fréquentes , a été considérablement diminuée; et à l'instant où je trace ces lignes, quoique le malade ne fasse aucun traitement depuis quatre mois, le mal n'augmente point; les tubercules qui suintaient auparavant sont tout à fait secs, les démangeaisons sont très rares, et l'état général est toujours tout aussi satisfaisant. Quoique le malade soit loin d'être délivré de son affection cutanée, elle est, à coup sûr, notablement amendée et diminuée.

Si elle persiste dans le statu quo, si de temps en temps un traitement dirigé dans le même sens (pour ne pas donner lieu à une répercussion) empêche ses progrès ; quand bien même l'affection ne céderait pas entièrement aux efforts de Fart , le malade peut encore la porter (dans cet état) vingt ou trente ans, sans que l'économie s'en affecte d'une manière évidente, et la mort arrivant à une époque plus ou moins éloignée, on ne pourrait pas en accuser la lésion anatomique de la peau.

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