RIT
La tumeur a été enlevée le 17 octobre, le pédicule a élé sec- | tionné avec le bistouri et les deux lèvres de la plaie ont été rapprochées avec des serre-fines. Huit jours après la malade sort parfaitement guérie, une cicatrice linéaire occupe la hauteur de le grande lèvre et est fort peu apparente.
L'opération nous a montré combien la tumeur devait être peu vasculaire : sauf deux artérioles situées dans le pédicule et qui apportent à la tumeur ses éléments nutritifs l'écoulement du sang a été presque nul. Après l’opération une des saillies de la tumeur a été ouverte, et on peut s’assurer en effet que le nombre des vaisseaux est minime, on peut voir alors que le tissu qui forme la tumeur est un tissu fibreux, homogène, blanc, mou, un peu plus dense vers le pédicule que dans les parties périphériques de la tumeur. En outre, on peut voir quelques bulbes pileux très développés s’enfoncer dans l'épaisseur de ce tissu fibreux. La coupe de la tumeur n’a donné lieu qu’à un écoulement de liquide
séreux. MP |
L'examen histologique qui a été pratiqué a donné les résultats suivants: Une coupe de la tumeur coloriée au carmin et traitée par l'acide acétique a montré des faisceaux de tissu conjonctif nombreux, avec quelques fibres élastiques. Par places la tumeur est au contraire presque complètement formée par des cellules aplaties, ramifiées et anastomosées les unes avec les autres.
Sur une coupe qui partait de la surface de la tumeur on a pu s'assurer que les couches épidermiques étaient saines. En résumé la tumeur est formée par du tissu fibreux, soit à l’état adulte,
soit à l’état naissant (Soc. Anatomig., 1882).
PHTES
OBSERVATION V R. W. Taylor, Revue de dermatologie, 1889.
Ellen B..., âgée de 47 ans, entrée à Charity hospital le 22 septembre 1886, a été mordue dans une querelle, par son mari, sur l'épaule gauche, vers le bord externe et supérieur de l’omoplate les deux plaies étaient distantes d’un pouce environ et étaient situées l’une au-dessous de l’autre, elles saisnèrent un peu, mais ne furent pas douloureuses. En peu de temps, peut-être en 1 ou 2 mois, une tumeur arrondie, du volume d’un pois, parut au niveau de la blessure supérieure. Elle grandit peu à peu et fut bientôt suivie par une seconde tumeur, absolument semblable, au niveau de la blessure inférieure. Au bout d’un an, elles avaient. atteint le volume d’un grain de raisin. Tout autour el au delà de ces tumeurs, la peau devint lentement dure et épaisse, et, au bout de 10 ans, la néoplasie avait atteint les dimensions qu’elle a à l'heure actuelle. Depuis lors elle n’a pas subi de modifications; elle ne s’est jamais accompagnée de douleurs ni de troubles de la sensibilité. La malade n’a pas de cancéreux dans sa famille, sa santé a toujours été bonne, et depuis qu’elle a été mordue, les parties atteintes n'ont été soumises à aucune pression, à aucun traumatisme, à aucune irritation, elle a eu des chancres simples
mais jamais. de syphilis. | Voici quel élait l'état de la lésion lors de son entrée à l’hôpital.
Près de l'extrémité externe de l’épine de l’omoplate se voient deux tumeurs pédiculées, ayant tous les caractères du molluscum fibrosum parvenu à son complet développement. Tout autour
d'elles, s’avançant vers la ligne médiane d’une part, et d’autre
part, s'étendant un peu suivant la ligne oblique des côles, se
voit une plaque de peau malade d'environ 2 pouces et demi de large sur 4 pouces de long. Elle présente une consistance, dure
et ferme au toucher, comme si les téguments étaient très épaissis
et condensés. En pinçant les parties malades, on voit que l’infil-
tration ne s'étend pas profondément dans la couche de tissu connectif sous-cutané, car elles cèdent sous la pression, mais elles sont aussi indurées que dans la kéloïde: elles ne sont douloureuses ni spontanément ni lorsqu'on les manie. Leur surface est sillonnée, un peu inégale, comme si l'infillration des téguments avait déterminé des ondulations. La couleur est presque partout normale, sauf sur les saillies les plus marquées où la teinte est légèrement rosée. Une parcelle du tissu morbide est incisée et examinée au microscope par le D' Péabody qui trouve tout je derme infliltré de tissu fibreux ayant les mêmes caractères que celui qui existe dans les tumeurs les plus vieilles et les plus indurées du molluscum fibrosum. Il y avait un grand excès de fibres de tissu connectif et une très petite quantité de jeunes cellules. Les papilles et les glandes de la peau étaient normales. Le microscope, ajoute le D' Taylor, confirma donc le diagnostic que j'avais porté de tumeurs de molluscum fibrosum avec infiltration périphérique de tissu fibreux dans le territoire cutané
Voisin. 4
OBSERVATION VI Fibro-myxome de la grande lèvre gauche. Ablation : par A. Demoulin, interne des hôpitaux, aide d'anatomie à la
Facullé,
La malade qui fuit le sujet de cette communication, H... Augus-
SDS
tine, est âgée de 59 ans. Grande, d’une constitution robuste. Elle exerce la profession de couturière,
Elle entre à l'hôpital de la Pitié dans le service de M. le professeur Verneuil (salle Lisfranc, lit n. 10) le 4 janvier 1887.
Añtécédents héréditaires. — Mère morte à 40 ans de phthisie pulmonaire, père à 52 ans (cause inconnue). Deux frères, une sœur, tous morts en bas-âge (point de renseignements sur la cause de leur mort).
Antécédents personnels. — Nariole à 17 ans. Réglée à 12 ans.
Mariée à 48 ans. À eu 6 enfants, le premier à l’âge de 19 ans,
le dernier à 32 ans. Trois de ces enfants vivent et sont bien por-
tants. Des trois autres l'un est mort de croup, les deux autres de bronchite, tous ont succombé vers l’âge de 3 ans. |
Etat actuel. — La malade est bien portante, l'examen des viscères pratiqué avec soin ne révèle aucune lésion. Les urines sont normales.
Pas de traces de syphilis ni de scrofule.
H... Augustine raconte que la tumeur pour laquelle elle entre à l'hôpital a débuté il y a 5 ans par une petite élevure siégeant sur la partie moyenne de la grande lèvre gauche. Cette tumeur a grossi progressivement mais lentement pendant les trois premières années, depuis deux ans son développement est beaucoup plus rapide. "
Elle est développée dans l'épaisseur de la grande lèvre gauche qui à complètement disparu ; la petite lèvre correspondante est encore reconnaissable sur la face de la tumeur qui regarde la vulve. La tumeur a un volume énorme, elle descend lorsque la malade est debout jusqu’au niveau du condyle interne Gu fémur gauche. Son diamètre vertical est de 34 centimètres et la circonférence dans la partie moyenne qui est la plus volumineuse mesure 66 centimètres. Elle a un pédicule, court, volumineux, mal limité,
entouré par une peau flasque, amincie. La tumeur a uneconsistance
EN
demi-molle, quelques points sont plus durs que le reste de la masse. Elle donne la sensation de fausse fluctuation de lipomes.
La peau qui la recouvre est mince, distendue, glissant facilement
sur les parties profondes, sillonnée de grosses veines. |
Ganglions inguinaux sains. Le toucher vaginal ne donue aucun renseignement sur les connexions de la tumeur, le toucher rectal n’a pas été pratiqué.
Le 17 janvier, après les précautions en usage dans le service (purgatif la veille, bains), M. Jalaguier, professeur agrégé, suppléant M. le professeur Verneuil, pratique l’ablation de la tumeur.
Chloroforme, incision de la peau autour du pédicule, qui est d’ailleurs très vasculaire. Cette incision commence en avant sur la partie latérale gauche du mont de Vénus, contourne le pédicule pour venir rejoindre son.point de départ. Constriction du pédicule disséqué avec l’écraseur, section de la tumeur au-dessous. Le pédicule se prolonge fort loin dans les parties molles du périnée; il adhère fortement à la partie latérale gauche du vagin qu'il faut disséquer en plein tissu érectile. Ce prolongement séparé du vagin mène dans la fosse ischio-rectale absolu ment remplie et qu'il faut vider en disséquant le rectum. La masse se prolongeant dans le périnée adhère aussi et fortement à
la tubérosité de l’ischion.
La malade a perdu peu de sang pendant l'opération. Suture de la plaie cutanée (crin de Florence) dans une aus de 15 centimètres énviron, depuis son point de départ au mont de Vénus jusqu’au niveau de la fosse ischio-rectale, qui es laissée largement ouverte. Pansement iodoformé. L'opération a duré une heure.
Bien que la malade n'ait absorbé que 60 grammes de chloroforme environ, le réveil est difficile. La malade est affaissée, dans l'hypothermie (35°). A 6 heures du soir seulement la tempé-
rature se relève (36°,5).
— Ji -——
. Les suites de l'opération sont des plus simples. Pas de douleurs, |
pas de fièvre.
,La malade urine facilement. Le quatrième jour après l’opération elle est allée à la selle sans trop de souffrances. Ce même jour on remarque une petite eschare de la largeur d’une pièce de 9 francs à la partie inférieure de la suture. Cette eschare est tombée le 31 janvier, époque à laquelle nous quittons la malade. La plaie est belle, la réunion parfaite, la fosse ischio-rectale se comble rapidement. : ; |
En résumé, la malade est en pleine voie de guérison. Elle a eu vers le 25 janvier quelques troubles de la vue, un peu d’embarras de la parole, dont on n’a pu déterminer la cause. À cette même époque le pansement humide au sublimé a été substitué à l’iodoforme. ‘
Examen de la tumeur. — La masse enlevée pèse 5 kilogrammes. Elle présente en certains points de gros faisceaux fibreux formant de larges mailles dans lesquelles se trouve une substance d'apparence gélatineuse tremblante, d’une coloration gris rougeâtre. Cette substance d’apparence gélatineuse compose du reste la plus grande partie de la tumeur.
La peau est saine mais amincie.
L'examen histologique pratiqué par M. Toupet, préparateur à la Faculté, a montré qu'il s'agissait d’un fibro-myxome.
Deux points dans cette observation nous paraissent inté-
ressants :
1° La nature de la tumeur (fibro-myxome) et son volume (5 kilogr.) % Les prolongements périnéaux de cette tumeur.
Ces prolongements périnéaux des tumeurs de la grande lèvre à peine signalés sont pourtant intéressants à connaître à
| LR cause des difficultés opératoires auxquelles ils peuvent don-
ner lieu.
Cela nous amène à rappeler le cas de M. le professeur
. Lannelongue qui en préensce d’une tumeur relativement volu-
mineuse, procède d'abord par l’ablation du clitoris, puis par des incisions répétées avec le thermo-cautère sur les parties. voisines, c’est-à-dire les prolongements de la tumeur dans la grande lèvre.
A la séance du 8 février 1882, M. le professeur Lannelongue à l'occasion d’une discussion sur les molluscum au sujet de la tendance qu'ils ont à se transformer en tumeurs érectiles, dit :
« J'ai en ce moment dans mon service une petite fille qui a une hypertrophie du clitoris qui mesure environ 10 centimètres et a le volume du pouce, il y a aussi une hypertrophie d'une grande lèvre. J'ai enlevé le clitoris ; sur la grande lèvre, je fais des incisions avec le thermocautère pour en modifier la stature ; la malade est soumise à ce traitement depuis 18 mois et est à peu près guérie. |
Je signale ce fait pour montrer qu'on peut guérir ces hypertrophies en amenant une modification du tissu.
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