LIVRES SACRÉS
Si ce livre ne vous a appris rien d'autre, j 'espère qu'il vous a appris que les diverses croyances de rhuraanité sur Dieu sont dignes de notre attention.
Peu d'entre nous vivent ici-bas plus de soixante ou soixante-dix ans ; et si nous retranchons le temps qu'il faut pour manger, travailler et dormir, il n'en reste pas beaucoup pour étudier un peu le monde dans lequel nous sommes appelés à vivre Nous ferons bien d'employer quelques moments de loisir à demander de quel œil d'autres ont regardé la beauté et les mystères autour d'eux et comment leurs cœurs en ont été impressionnés.
Il n'y a pas si longtemps que des hommes, ipême de bonne intention, jugeaient indignes de leur attention les diflférentes religions du monde, ou, s'ils les étudiaient, y voyaient des preuves de l'aversion de l'homme pour tout ce qui est bon et vrai. Mais des hommes plus sensés et plus sérieux sentirent qu'il fallait tâcher de les comprendre et de découvrir qu'elles réponses d'autres ont données aux questions que tous nous nous posons sur Dieu, sur le vaste univers et sur la vie et la mort. Ces réponses peuvent être fiiibles et obscures, mais comme elles sont les meilleures qui aient pu être alors obtenues, elles ont droit à notre respect. Nous ne rendons pas notre religion plus vraie en appelant d'autres religions fausses, et nous ne lui ôtons pas de sa valeur en admettant le bien qui peut se trouver dans d'autres. Une étude même
rapide des livres sacrés d'autres religions, dont quelques-unes sont plus anciennes que la nôtre et en lesquelles croient encore des centaines de millions d'hommes, nous donne cet enseignement, que Dieu n^i jamais été sans témoin parmi eux. Ces livres sacrés, qu'ils regardent comme sa parole, leur sont aussi chers que notre Bible nous est chère à nous. Là se trouvent les préceptes qui leur ont été inculqués et que de nouvelles expressions ne rendaient pas. Il est vrai que ces livres contiennent bien des histoires absurdes, des mythes, des légendes, des idées grossières sur Dieu, mais ces défauts se retrouvent dans tous les anciens livres, et leurs erreurs ne rendent pas moins vraie la vérité qu'ils contiennent. Un diamant reste un diamant, lors môme que nous le trouvons dans un tas d'ordures.
Si je vous faisais une description de différents anciens livres, j^iurais à vous citer une liste de noms difficiles ; je préfère prouver ce que j'ai avancé en vous fiiisant connaître quelques hymnes et quelques prières de ces livres.
L'hymne sur le ciel vient du très ancien livre sacré des Brahmanes ; voici une partie d'un autre hymne du même livre :
Au commencement s'éleva fauteur de la lumière dorée.
Il est le seul Seigneur de tout ce qui existe.
Il établit la terre et le ciel. Qui est le Dieu à qui nous offrirons nos sacrifices?
Celui qui donne la vie, celui qui donne la force, dont la béntdiction est désirée par toutes les divinités radieuses, dont l'ombre est l'immortalité, dont l'ombre est la mort.
Qui est le Dieu a qui nous offrirons nos sacrifices ?
Celui qui, par sa puissance, est le seul Roi du monde, qui
respire et s'éveille ; celui dont ces montagnes de neige, la mer et le fleuve lointain proclament la puissance.
Celui par qui fut établi le ciel, — oui, le ciel le plus élevé ; celui qui distribua la lumière dans l'air...
La prière suivante vient du même livre. Varuna, à qui elle est adressée, est un des principaux dieux, et son nom signifie « celui qui entoure. »
Ne me laisse pas encore, ô Varuna ! entrer dans la maison d'argile. Aie pitié, Tout-Puissant, aie pitié !
J*ai erré par faiblesse. Aie pitié, Tout-Puissant, aie pitié !
Chaque fois, ô Varuna ! que nous, mortels, nous péchons devant la multitude céleste, chaque fois que, par légèreté, nous transgressons ta loi, aie pitié, Tout-Puissant, aie pitié !
Voici quelques préceptes tirés d'un des livres sacrés des Bouddhistes, qui ne seraient pas déplacés dans notre beau livre des Proverbes :
Conquérez la colère par la douceur, le mal par le bien, le mensonge par la vérité.
Ne cherchez pas à découvrir les fautes des autres, mais efforcez-vous de n'en pas commettre vous-mêmes.
Celui qui sait se vaincre est un guerrier plus puissant que celui qui défait des milliers en bataille. (Comparez avec Proverbes XVI, 32.)
Tout est pur à l'homme vertueux. C'est pourquoi ne pensez pas que d'être nu, de jeûner, ou de se coucher à terre, rendra pur l'homme impur, car son cœur sera resté le même.
Je crois que Jésus-Christ dirait à tout Brahmane et àr tout Bouddhiste s* efforçant de suivre ces préceptes, les paroles qui réjouirent le cœur du Scribe juif : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. »