‹ Du mouvement dans les fonctions de la vieChapitre 6 sur 68 · LA SYNTHÈSE DANS LES SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

LA SYNTHÈSE DANS LES SCIENCES NATURELLES

cjui équivaut à un violent effort d’expiration. Vous voyez que la vessie fait hernie à travers l’ouverture des parois de la bouteille. L’explication de ce fait est toute naturelle : l’air, comprimé dans la poche élastique avec une certaine force, tend à s’échapper au dehors en refoulant la membrane mince qui l’enferme ; il le fait dans le seul point où les parois n’offrent pas de résistance. Supposons, pour un instant, qu’au lieu de la membrane mince qui fait hernie en ce moment, ce soit un tissu spongieux, mais plus consistant, comme celui du poumon ; la hernie pourra s’étrangler à travers les bords de l’ouverture, et ne rentrera plus d’une manière spontanée, même lorsque l’effort aura cessé. On pourrait faire beaucoup d’autres démonstrations au moyen de ce petit appareil. Peut-être quelque jour aurons-nous encore à nous en servir.

Sans sortir du sujet qui nous occupe, voici un autre fait qui a longtemps semblé obscur, et qui peut recevoir une démonstration synthétique très-simple et très -convaincante.

Les muscles intercostaux ont-ils une action sur le mouvement des cotes, et en ce cas quelle est cette action ? Tel fut le sujet de longs débats entre les physiologistes du siècle dernier.

La solution de cette question fut demandée à l’expérience, et l’on vit, sur les animaux vivants, que les muscles intercostaux externes se contractent à chaque inspiration. Mais ce fait d’observation avait quelque chose de paradoxal et d’inexplicable. Les intercostaux externes sont tendus entre deux côtes; il semble donc qu’ils doivent, en se contractant, rapprocher les deux côtes l’une

A8 Dt 3<oi:rKiiF.Tr da5s les roNcno>> de la vie.

(le l'aulre. El pourtant, au moment de l’in>piralion, les côte» s’écartent et les espees intercostaux s’élargissenl.

Dans ses cours de physiologie à la Faculté de médecine, P. Bérard aimait à rapf>eler ces discussions; à la fin, il levait les hésitations de son auditoire en traçant sur le ta-

bleau une figure schématique qui rend très-bien compic du phénomène.

Bérard racontait aussi qu’il avait reçu du docteur Hutchinson un petit appareil formé de tiges de bois imilant la disposition des cotes par rapport à la colonne vertébrale,

FlO. — Appnroil ochémaliqud pour Jtlnionlrcr rëcarlemcnt des eûtes par la contraction des tmiBclcs intercostaux.

et de bandelettes élastiques qui simulaient l’action des muscles intercostaux externes. Cet appareil tendait à prendre la position des côtes en inspiration, lorsqu’on avait abaissé celles-ci de façon à tirailler les bandelettes élastiques. Voici un appareil que j’ai construit d’après ces indications.

Vous voyez qu’il reproduit très-bien le phénomène dont je vous ai parlé tout à l’heure (lig. 2).

La colonne vertébrale est représentée par une

piècedebois verticale sur laquelle trois pièces transversales

sont articulées; elles représentent des côtes. La direction

LA SVNTHKSK HANS LIiS SCIKNCES NATUUKLLtS. /j9

des muscles inlercoslaiix est figurée [nir celle des brides de caouchouc fixées par des épingles sur les traverses de bois. Lorsque les côtes sont horizontales, comme dans la figure, elles laissent entre elles un grand intervalle, mais les insertions A, B, de la bride de caoutchouc sont moins éloignées l’une de l’autre que dans le cas où les côtes abaissées se rapprochent et se touchent entre elles. Dans ce cas, en effet, la bride de caoutchouc correspond à la diagonale d’un parallélogramme très-oblique. Or, la position de la bride élastique est celle que les intercostaux externes présentent par rapport aux côtes. La contraction de ces muscles agit donc pour relever les côtes comme agit dans notre schéma l’élasticité du caoutchouc.

Parmi les phénomènes mécaniques de la circulation du sang, il en est un certain nombre que l’on peut imiter d’une manière parfaite. Un schéma bien connu en Allemagne est celui de Weber ; il montre comment s’accomplit le mouvement circulaire du sang dans ce vaste système clos que représentent le cœur et les vaisseaux

(fig.3).

Voici un tube élastique recourbé sur lui-même de manière à former un circuit complet, qu’on peut remplir de liquide au moyen de l’entonnoir c. En un point de ce tube, une partie C est limitée par deux soupapes qui toutes deux s’ouvrent dans le même seifs. Cette portion du circuit correspondra au cœur. Dans le point diamétralement opposé à cette portion C, en c, est placé un tube de verre dans lequel une éponge est enfoncée avec force. C’est un obstacle opposé au trajet du liquide,

50 DU MOUVEMENT DANS UES FONCTIONS DE LA VHi.

devant lequel il exerce une résistance comme celle que les vaisseaux capillaires opposent au cours du sang.

Remplissons l’appareil de liquide ; le voici prêt à fonctionner.

Si l’on exerce des pressions intermittentes sur la partie C qui représente le cœur, on chasse le liquide qui y était renfermé, et on 1e fait passer dans la portion du tube où le jeu des soupapes lui permet de s’introduire, c’est-àdire en a, a. Sous l’influence d’impulsions fréquemment répétées, la portion où afflue le liquide se distend. C’est dans ces conditions que se trouve le système artériel chez les animaux, puisque le sang y est poussé sans cesse par les systoles du cœur gauche.

On voit que le liquide acquiert dans cette partie du tube une pression considérable qui imite •assez bien la pression du sang

Fio. 3. — Scliéma de Weber. danS ICS artèrCS.

L’éponge c laisse passer peu à peu le liquide de br partie artérielle du tube dans la partie veineuse, c’est-àdire dans la portion v'v de l’appareil. Ce passage du liquide se fait d’une noanière continue, malgré l’intermittence des impulsions que je donne an liquide. On trouve donc ici une imitation de ce [)hénoincnc qui se produit

LA SYiNTHESt: DANS LES SCIENCES NATURELLES. 51

dans l’appareil circulatoire : je veux parler de la régularité du cours du sang dans les plus petits vaisseaux. Dans les deux cas, ce résultat est obtenu par l’effet de l’élasticité des conduits dans lesquels le liquide a circulé. C’est encore la même cause qui produit dans les pompes à incendie la régularité du jet, malgré les saccades du jeu de la pompe. Dans ces appareils, on emploie une cloche pleine d’air sous laquelle le liquide arrive en sortant de la pompe, et l’on détruit ainsi les irrégularités de la force motrice.

Remarquez aussi que, sous l’inlluence des impulsions successives que je donne au liquide en pressant sur la partie C, la portion artérielle et la portion veineuse du circuit se trouvent dans des conditions de réplétion opposées : la partie artérielle se distendant toujours aux dépens de la partie veineuse qui se désemplit. C’est ainsi que les choses se passent aussi sur l’animal vivant, la réplétion du système artériel se faisant aux dépens du contenu des veines.

Enfin, on peut voir que chaque impulsion donnée au liquide, par la compression du tube en C, communique à toute la colonne artérielle une pulsation analogue à celle que présentent les arlcres d’un animal vivant, et que cette impulsion s’éteint à l’extrémité de la partie artérielle, de sorte qu’elle manque entièrement dans la portion veineuse.

En résumé, le schéma de Weber reproduit d’une façon très-simple quelques-uns des principaux phénomènes dc In circulation du sang.

1“ Le circuit et le courant continu à travers tout le

52 ÜÜ MüUVEMKM DAiNS LES lO.NEllüNS UE L\ VIE.

système des tubes. (Notons que dans cet appareil on a réduit la circulation à l’un des deux circuits qui la constituent chez les animaux supérieurs : il faut ici supposer (|u’on n’a représenté que la grande circulation.)

2° La formation de deux pressions inégales, l’une assez élevée, celle du sang dans les artères; l’autre plus basse, la pression veineuse.

3° La continuité du cours du sang dans les vaisseaux capillaires sous l’iniluence de l’élasticité des artères.

4° Enfin la pulsation qui se produit dans toutes les artères à chaque systole du cœur.

On peut imiter bien plus complètement les phénomènes hydrodynamiques de la circulation du sang. Voici (tig. Il) un schéma que j’ai construit dans ce but et qui reproduit l’action du cœur avec le jeu de ses valvules et les bruits qui l’accompagnent. Un système de tubes élastiques représente la disposition générale des grosses artères. Lorsque cet appareil fonctionne on peut observer sur ces vaisseaux le phénomène du pouls et les bruits artériels avec les différents types qu’ils peuvent présenter sur l’homme ou sur l’animal vivant.

Voici la disposition générale de cet appareil (1).

Ce schéma correspond à un cœur simple, le cœur gauche, par exemple; l’oreillette O formée par une poche de caoutchouc reçoit le sang par un tube vc, qui représente les veines pulmonaires. Le liquide se déverse inférieurement dans une autre poche de caoutchouc V, qui représente le ventricule et communique avec l’oreillette

(1) Voyez pour les détails, Physiol. méd. de la circulation du sang, p. 39 et 164.

I,\ SYNTlIiîSK DANS I.KS SCIKNCHS NATlIirU-KS. 5'^

par un large lubo de verre dans lequel une soupape V>l produit la fonction de la valvule mitrale par rapport à l’orifice auriculo-veniriculaire gauche. Un autre tube permet au liquide de passer iln veniricule dans l’aorte AA

TC

et dans les branches qui en émanent. A la sortie du ventricide, 1e liquide soulève une valvule VA, qui empêche le reflux et joue le rôle des sigmoïdes de l’aorte. Pour faire Ibncfionner cet appareil et pour imiter les systoles ventriculaires, j’ai placé l’ampoule V dans une sorte

Dlgiüzêd by Gtn>glc

54 ni' MOUVEMENT DANS LES FONCTIONS DE LA VIE.

de ballon de verre w muni d’une tubulure latérale par laquelle on foule de l’air à intervalles successifs.

[/air comprime en tous sens la poche ventriculaire, et faisant fermer la valvule mitrale VM, envoie une ondée dans les artères ; puis, la pression de l’air cessant, la valvule sigmoïde VA s’abaisse, tandis que la mitrale s’ouvre et que le ventricule se remplit de nouveau. En appliquant l’oreille sur ce schéma on entend des bruits identiques avec ceux du cœur humain, ce qui ne laisse pas de doute sur la réalité de la théorie qui assigne pour cause à ces bruits les clôtures alternatives des valvules du cœur.

Cette reproduction synthétique des phénomènes de la circulation cardiaque m’a été très-utile pour rechercher les conditions qui modifient cette fonction, soit à l’état sain, soit dans les maladies.

Le schéma que vous venez de voir ne reproduit que partiellement les phénomènes qui accompagnent la fonc- * tion du cœur. Le battement de cet organe contre les parois de la poitrine ne saurait être imité dans cet appareil, car la contraction du ventricule est simulée par un artifice tout différent du procédé de la nature.

J’ai voulu démontrer par un schéma comment se produit la pulsation qui accompagne la systole du cœur.

Voici la théorie de ce battement qui a lieu sans que le cœur cesse d’être en contact avec les parois de la poitrine. Le cœur, à l’état de relâchement, est de consistance molle, et bien qu’il se remplisse du sang qui lui vient de l’oreillette, il peut être facilement déprimé et déformé par les pressions extérieures. Les parois de la poitrine, en contact avec le ventricule, exercent une pres-

IA SYNTHÈSE DANS UES Sf.lENCES NATURELLES. 55

gion sur sa surface qui s’aplatit au point de contacl. Au moment de la systole, les parois ventriculaires se resserrant sur la masse sanguine que renferme le ventricule produisent un durcissement subit de ces organes qui prennent une forme globuleuse, repoussant avec énergie tout ce qui les déprimait facilement pendant qu’ils étaient relâchés. C’est ainsi que la paroi thoracique est repoussée par les ventricules qu’elle tendait à aplatir, c’est pour cela que dans les vivisections on sent que le doigt déprime facilement le ventricule relâché, mais qu’il est fortement repoussé à chaque systole.

Pour imiter ces conditions il fallait donner aux parois de la poche ventriculaire une sorte de force contractile. Pour obtenir ce résultat, j’ai recouru à l’artifice représenté figure 5.

La disposition générale de l’appareil est la même que dans le précédent, seulement le ventricule V est placé dans un filet de soie dont les mailles sont assez serrées. A ces mailles sont fixés des cordonnets qui contournent l’ampoule ventriculaire et se réunissent en faisceau derrière la planche qui supporte l’appareil, en passant à travers deux fentes verticales dont les bords sont polis et glissants. Ces cordonnets s’attachent tous à un ressort R qui les tient légèrement tendus. Derrière la planche oscille un pendule très-lourd qu’une corde lâche relie au faisceau des cordonnets 5 à chaque oscillation, le pendule tendra la corde, et exerçant une traction sur les mailles du filet, comprimera ainsi le ventricule V. Ce sera l’analogue d’une systole ventriculaire, une ondée sera envoyée dam le système de tuhes qui représente les artères; puis dans

ôü Dt; >IOl'\EJIKXT DANS l.ES KOM.TlüXS UE I,A VIE.

l’oscillaliün inverse du pendule, le veiilrieule se relâchera el se remplira de nouveau.

Fig. 5. — Schéma du choc du cœur.

Or si l’on applique la main sur ce ventricule, on éprouve la même sensalion que si l’on avait sous la main le cœur d’un animal. La main est repoussée au moment on les mailles du filet sont serrées, ce qui trompe entièrement certains observateurs non prévenus de l’illusion possible. Ils croient que le ventricule s’emplit au moment où la pulsation se fait sentir, et sont foi'eés, pour se

1,V SYNTHKSl’. UaNS I.KS SI'.IKXCKS XATUKKLLFS. 57

rendre un compte exact du pliénoinène, de tenir d’une main le pendule pendant qu’ils palpent le cœur de l’autre main.

Vous savez, messieurs, que cette illusion existe quand on examine les battements sur le cœur mis à nu d’un grand animal ; c’est par suite de cette apparence trompeuse que certains auteurs ont cru que la pulsation du cœur était due à la diastole des ventricules, tandis qu’elle est un effet de la systole de ces organes.

Nous allons voir qu’on peut démontrer encore au moyen de schémas d’autres phénomènes qui se passent dans l’économie. Dans mes recherches sur la circulation du sang, j’étais arrivé, par des considérations théoriques, à conclure que l’élasticité des artères produit sur le cours du sang d’autres effets encore que ceux qui viennent d’être démontrés avec le schéma de Weber, et que cette élasticité favorise le cours du sang en diminuant l’obstacle que le cœur rencontre à chacune de ses systoles. — En d’autres termes, je pensais que le cœur éprouve moins de peine à se vider dans des vaisseaux bien élastiques, qu’il n’en rencontrerait si le système artériel était formé de conduits rigides. Or, cet effet de l’élasticité artérielle était contesté par tous les physiologistes.

Les uns disaient, avec Bichat, que la circulation se ferait dans des conduits inértes aussi bien que dans des tubes élastiques, avec cette seule différence que les vaisseaux inertes ne laisseraient sentir aucune pulsation. Les autres disaient, en s’appuyant sur l’expérimentation, que deux tubes, l’un élastique, l’autre inerte, laissent couler la même quantité de liquide, s’ils ont le même calibre.

58 ni! MOUVEMENT DANS LES FONCTIONS DK LA VIE.

(Cela esl parfaitement vrai, si l’écoulement du liquide se fait sous une charge constante; mais cela OÆSse d’être vrai, si l’afflux du liquide se fait d’une manière intermittente, comme c’est le cas pour la circulation du sang.)

Enfin, certains physiologistes, frappés de la régularité du cours du sang dans les petits vaisseaux, avaient considéré l’élasticité des artères comme une force additionnelle qui pousse le sang dans les artères pendant le repos du cœur. Mais ceux-là encore 'avaient tort, et l’on pouvait avec Bérard réfuter leur opinion, en disant que la force élastique des artères n’est en réalité qu’une force d'emprunt, et que le cœur est le seul agent impulsif qui ait un rôle actif dans la circulation.

Et cependant je maintiens ma proposition : l’élasticité des artères est favorable au cours du sang, mais elle n’agit pas comme force impulsive. Elle diminue les résistances que le cœur éprouve lorsqu'il pousse le sang dans les vaisseaux.

Voici l’appareil schématique qui me permettra de démontrer cette proposition.

Un vase de Mariette V (fig. 6) est élevé sur un support. De ce vase se détache un large conduit muni d’un robinet R. Ce tube se bifurque au point T, et chacune de ses branches se continue par un long conduit. L’un est élastique b b’', il est fait de caoutchouc mince; l’autre est de verre, a et par conséquent rigide. Une soupape placée à l'origine du tube élastique permet au liquide de pénétrer à son intérieur librement, mais s’oppose à tout reflux en sens inverse,

(,A RYNTHÈSE DANS LRS SCIENCES NATURELLES. 59

Les deux tubes ont bien le môme débit ; on peut s’en convaincre en ouvrant le robinet R, et en laissant s’établir un écoulement continu. Mais si l’on ouvre et ferme alternativement le robinet, on voit d’abord que l’écoulement par le tube inerte est intermittent pendant qu’il est continu par le tube élastique ; puis on reconnaît aussi que le débit devient très-inégal, et que le tube inerte verse beaucoup moins de liquide que le tube élastique.

Pi6. 6. — Schéma da rAle de Télatticité artériene.

On peut donc considérer déjà la proposition comme démontrée, car il est évident que si le tube élastique a versé plus de liquide que l’autre, c’est qu’il en a reçu davantage ; et comme la pénétration du liquide dans ces tubes a lieu sous une charge constante et ne peut se faire qu’au moment où le robinet est ouvert, cela prouve bten que dans ces instants le tube de verre était plus perméable que le tube élastique.

Mais on peut se rendre un compte plus exact de ce qui

60 ur MOUVKMKNT DANS I.KS VOXCTIONS 1>K I.A VIT.

se pnsse dans ces conditions, en examinant non plus ce qui sort des tubes, mais ce qui y pénètre.

Le vase de Mariotte employé comme source d’afflux nous fournit justement le moyen de connaître ce qui pénètre dans chacun des tubes à un moment donné, car il ne peut sortir du vase la moindre quantité de liquide sans que la rentrée d’une quantité d’air plus ou moins considérable indique ce qu’il est sorti de liquide. Or, si l’on fait couler le liquide par le tube élastique seul, ou par le tube de verre, on voit que dans ces deux cas le vase de Mariotte accuse des débits bien différents. Si l’écoulement se fait par le tube inerle seul, on voit les bulles d’air entrer dans le vase de Mariotte une à une, à des intervalles réguliers, jusqu’à ce qu’on supprime l'écoulement, ce qui arrête du meme coup la rentrée des bulles.

Si, au contraire, fermant le tube inerle, on fait commencer l’écoulement dans le tube élastique seul, on voit aussitôt une masse d’air se précipiter dans le vase, annonçant qu’un flot de liquide s’est échappé dans le premier instant; puis, les bulles deviennent plus rares, et ne rentrent plus qu’avec la lenteur qu’elles présentaient dans le cas d’écoulement par le tube inerte. A ce moment, qu’on ferme le robinet, il est clair que le tube élastique a reçu de plus que le tube inerte toute cette quantité de li(|uide qui correspondait à l’arrivée d'un gr^nd volume d’air au commencement de l’expérience. i’’esl cet excès de liquide qui donnera lieu à un (h;oulement plus ou moins durable après la clôture du robinet. Toute celle quantité d’eau logée dans la distension du

LA SYNTHÈbE DANS LKS SLIbNOtS MAILKELLKS. 01

iiibc constitue l’avantage du tube élastique au point (le vue de l’afflux. Si ce tube permet plus facilement la pénétration de l’eau à son intérieur, c’est que celte eau n’a pas besoin, comme dans le tube inerte, de vaincre tous les frottements et de s’écouler au dehors, mais qu’elle se loge dans le tube à la faveur de l’exlensibilité de celui-ci.

A chaque fois qu’on répétera ces ouvertures intermittentes du robinet, on créera un nouvel avantage en faveur du tube élastique. Enfin, la théorie nous apprend que pour rendre aussi inégal que possible l’écoulement par ces deux tubes, il faut que le robinet soit ouvert très-peu de temps à chaque fois, et que les intervalles entre chaque ouverture soient le |)lus grands possible.

L’élasticité des vaisseaux a donc pour effet d’utiliser le plus complètement possible la fon^e intermittente développée par le coeur. Vous verrez plus tard que dans les fonctions musculaires l’élasticité intervient aussi, et que son rôle est identiquement le même que dans la circulation du sang. Je vous en donnerai la démonstration au moyen d’un schéma.

La démonstration de cct effet jusqu’alors inconnu de l’élasticité des artères présentait une grande importance; elle m’a permis de tirer des conclusions nouvelles, et d’établir, par exemple, que si les artères perdent leur élasticité, comme cela arrive normalement chez les vieillards, le cœur doit en éprouver un surcroît de résistance, et, d’après les lois connues de la pathologie, doit s'hypertrophier. Les recherches que j’ai faites pour contrôler celte prévision ont fourni une confirmation com-

plète de la théorie. Mais je n’insisterai pas sur ces particularités qui se rattachent à la médecine et m’écarteraient de mon sujet.

Pour revenir à la reproduction synthétique des phénomènes qui accompagnent la vie, je vais vous présenter un dernier exemple de synthèse.

• Les usages de la vessie natatoire des poissons ont été fort controversés ; la plupart des naturalistes considèrent toutefois cet organe comme capable de modifier le volume du poisson, et par conséquent sa densité, de manière à le rendre tantôt plus léger que l’eau, ce qui le fait remonter à la surface, et tantôt plus lourd que l’eau, ce qui lui permet de plonger à de grandes profondeurs.

' Dans ces dernières années, M. Moreau reprit ces études et les poussa beaucoup plus loin qu’on ne l’avait fait avant lui. Il fut frappé tout d’abord de cette circonstance, qu’un poisson, pêché en mer à une grande profondeur, se gonfle et éclate parfois quand il est amené à la surface de l’eau, et que dans tous les cas, il surnage malgré lui, parce qu’il est devenu beaucoup moins dense que l’eau delà mer. La force élastique de l’air de la vessie natatoire, combattue dans les conditions normales par la charge d’une colonne d’eau extrêmement haute, amène une distension énorme du poisson si la pression vient à diminuer, et celui-ci, devenu beaucoup moins dense que l’eau, vient flotter à la surface. II suit de là que le poisson qui vit normalement à de grandes profondeurs en mer ne peut impunément s’élever au-dessus d’une certaine altitude, sous peine d’être entraîné à la surface par l’expansion des gaie de sa vessie natatoire.

LA bVNTUKüE DANS LES SCIENCES NATURELLES. 63

Cette déduction théorique implique une réciproque: c’est que le poisson ne saurait descendre à une profondeur plus grande que celle pour laquelle sa vessie natatoire est adaptée. S’il s’aventure à une plus grande profondeur, les gaz de sa vessie subiront une compression plus grande, la densité de l’animal sera augmentée, et le poisson sera précipité indéfiniment, jusqu’au fond de la mer d’où il ne pourra plus se relever, à moins de sécréter à l’intérieur de sa vessie une nouvelle quantité de gaz qui la distende malgré l’énorme pression qu’elle subit.

La théorie nous apprend donc qu’un poisson n’est apte à vivre qu’à une certaine profondeur ; qu’il ne peut sortir brusquement d’une certaine zone que lui assigne l’état de sa vessie natatoire ; que s’il sort de cette zone dans laquelle il possède à peu près la même densité que l’eau, il est entraîné indéfiniment, soit à la surface, soit vers le fond de la mer. Le raisonnement nous montre en outre que l’animal peut étendre dans certaines limites cette zone qui lui est assignée, s’il a le pouvoir de comprimer ou de relâcher sa vessie natatoire, c’est-à-dire de modifier par lui-même sa densité, soit dans un sens, soit dans l’autre. Enfin, on conçoit que le poisson puisse, par les mouvements de ses nageoires, lutter dans de certaines limites contre les influences de sa propre densité, ce qui agrandit encore la zone dans laquelle il peut vivre.

Toutes ces déductions théoriques peuvent ne pas sembler évidentes à première vue; le contrôle expérimental parait indispensable. On sait déjà, par l’expérience que je viens de rappelef, qu’un poisson amené d’une certaine

6/i l)i: JIOUVEMtM ÜAXS LES KOiNCIlUPiS DE EA VIE.

prulbiideur ù la surface de la mer surnage malgré lui ;

mais ce que personne n’a pu voir, c’est le phénomène inverse : c’est le poisson précipité au fond de la mer.

Un schéma très-simple va rendre ce phénomène parfaitement évident. Cet appareil (fig. 7) est analogue au ludion bien connu de tout le inonde. Il est formé d’une vessie de caoutchouc pleine d’air, soutenant au-dessous d’elle un poids gradué de manière à donner au système une densité totale analogue à celle de l’eau.

Cet appareil est placé dans une éprouvelte de verre assez longue pour que la colonne liquide repré.senle une pression un peu forte lorsque le ludion sera plongé à une certaine profondeur. On règle le volume de l’air contenu dans la boule de telle sorte que le ludion, lorsqu’il est à fleur de l’eau, soit un peu moins dense que le liquide et qu’il émerge d’une certaine quantité. Je l’enfonce maintenant à une faible profondeur; il est encore moins dense que l'eau et tend à surnager. Je l’enfonce un peu plus profondément ; il reste à peu près immobile dans la zone où je l’ai placé : cela veut dire que sa densité est égale à celle de l’eau.

Fio. 7 . C’est ainsi qu’il est représenté dans la ligure. Je renfonce plus profondément ; vous voyez qu’à

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