PRÉFACE
Notre intention, en publiant ces pages, n'est pas de remonter bien haut dans l'histoire religieuse de l'Angleterre ; nous nous sommes borné a rapporter les événements qui s'accomplissent sous nos yeux, ceux dont nous avons été témoin depuis que l'émancipation catholique a été, sinon réalisée, du moins inscrite dans le code législatif de l'empire britannique, au revers des lois pénales votées sous l'inspiration et suivant les exigences de la réforme.
Dans ces dernières années , le monde entier a retenti du bruit de ces événements , que Ton peut regarder comme les premiers fruits d'une réaction religieuse qui donne a l'Angleterre une vie toute nouvelle et lui promet un avenir plus brillant et surtout plus prospère que son passé. Ces faits présentent, dans leur ensemble, une transformation sociale bien digne d'intéresser le philo-
sophe , le chrétien , et d'exciter une curiosité que justifie son importance.
L'Allemagne et Tltalie suivent d'un œil attentif la contre-révolution religieuse qui s'opère ; Tune et l'autre demandent avec inquiétude à l'avenir lequel des principes catholique ou protestant aura la gloire du triomphe.
C'est pour satisfaire en partie à la curiosité qu'excite en Europe ce mouvement que nous publions ce volume.
En cherchant à nous rendre compte de la situation religieuse de l'Angleterre, nous avons fort souvent regretté de manquer de guide pour y suivre les progrès récents du catholicisme, et nous avons dû créer le livre que nous avons vainement attendu d'ailleurs.
Après avoir, pendant quatre années, recueilli des notes scrupuleuses , nous nous sommes trouvé en possession de l'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public. Quelque faible que soit son mérite, les circonstances lui assurent au moins celui de l'opportunité.
Nous avons, dans notre introduction, cherché à apprécier l'influence que la réforme a exercée en Angleterre sur l'individu, la famille, la société, la nation.
Dans les sept premiers chapitres de l'ouvrage , nous nous sommes attaché à mesurer le vaste terrain que le catholicisme a gagné en Angleterre : nous sommes entré dans les détails de tout ce qui se rattache à la position des catholiques anglais. Nous avons raconté, dans les sept derniers chapi-
vu
très, la naissance et le développement de Técole anglo-catholique (i) qui s'est récemment formée au sein de l'Église protestante d* Angleterre sous le nom de Puseyisme. Nous avons fait connaître les principes de cette jeune Église et le caractère des hommes qui marchent a sa tête. Nous avons suivi les progrès de ce rejeton du protestantisme, greffé sur le tronc du culte antique dont les rameaux servirent à construire et à consolider l'Église nationale. On le verra , ce tronc que Ton croyait épuisé a retrouvé la sève de ses premières années ; la verdure dont il se pare a mis le protestantisme en émoi partout oii l'œuvre des réformateurs du seizième siècle est quelque chose de plus qu'un vain mot. Nous avons été d'une très-grande réserve dans l'appréciation des faits qui , par leur nature, sont plutôt de la compétence d'un théologien que de celle d'un laïque. Mais il nous a paru intéressant et utile à la fois de rapporter sur ces mêmes questions l'opinion d'ecclésiastiques élevés en dignité et connus par leur science.
Ainsi , nous avons donné sur le mouvement religieux de l'Angleterre, le jugement du docteur Wiseman , évêque coadjuteur du district
(t) L'expression anglo-catholique dont nous usons fréquemment n'est point dans notre esprit synonyme de caiholique-angbis, sens qu'y attache une portion des membres de l'Églibe anglicane. Pour nous, le mot anglo a une valeur privative, c'est-à-dire qu'il modifie, restreint la signiiicalion du mot catholique qnf, dans l'état actuel de l'Église anglicane, ne saurait lui êlre appliqué. Q loique ces de;ix mots, par leur accouplement, impliquent une contradiction , nous nous en servons de préférence à toute autre expression, parce qu'ils expriment parfaitement la posilioa anormale de l'Église d'Angleterre, qui se croit catholique sans avoir le caractère d'universalité.
vin
(le Birmingham. Le savant abbé de Luca, de Rome, que l'on peut regarder comme Torgane du sentiment qu'inspire dans la capitale du monde chrétien la situation de l'Angleterre, nous a fourni aussi des observations mûries par la science et la piété.
A mesure que nous avancions dans nos recherches, nous avons communiqué à la presse quotidienne quelques-unes de ces pages; mais ces publications faites à de longs intervalles et confiées à des feuilles qui disparaissent avec le jour qui les voit naître, ne pouvaient nous empêcher d'exécuter le projet dont ce volume est la réalisation.
Nous avons rapporté de nombreux témoignages rendus par la presse de Londres en faveur des faits que nous avançons. Le journalisme exerce une puissance trop réelle quand il est l'organe fidèle des sentiments populaires, pour ne pas mériter quelque attention.
Nous devons ajouter que, depuis 1858, nous avons fait trois voyages en Angleterre , qui nous ont permis de voir les hommes et les choses dont nous parlons. Nous avons eu l'avantage d'entretenir des rapports suivis avec les catholiques les plus éminents. En 1842, nous avons visité l'Université d'Oxford , et nous avons eu à nous flatter de l'accueil cordial et de la gracieuse hospitalité que nous avons reçus de quelques-uns de ses membres, et entre autres, du célèbre docteur Pusey et de son savant et pieux ami, le révérend M. Newman.
Nos voyages en Angleterre, nos relations avec
les soiuuiités callioliques du pays et quelques-uns des membres distingués de TÉglise anglicane , ont singulièrement facilité notre tâche.
Si les événements dont nous nous faisons l'historien peuvent éclairer quelques esprits et les déterminer à étudier plus à fond la haute question ébauchée dans ces pages, le fruit qu'ils en retireront nous sera une douce et large récompense pour ce faible travail (1).
(l) A noire grand regret, nous avons été obligé, pour cire compris , d'adopter , en parlant de la réaction catholique de l'Église anglicane, certaines dénominations qui manquent d'exactitude. Mais les explications que nous avons eu soin de donner, les restrictions que nous avons faites, sont , nous l'espérons , plus que suffisantes pour nous justifier aux yeux de nos frères anglicans de l'emploi des mots Puseyisme , école d'Oxford , les principes du docteur Puseij , les nouvelles doctrines. Nous avons cru pouvoir nous servir de ces expressions que Tusage général a consacrées ; mais nous tenions à signaler leur inexactitude , afin qu'on ne nous imputât pas les idées fausses qu'elles peuvent suggérer.