‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 22 sur 33 · LES TRENTE-NEUF ARTICLES DE L'ÉGLISE ANGLICANE OU ACTE DE CONFORMITÉ · texte numérisé non relu

LES TRENTE-NEUF ARTICLES DE L'ÉGLISE ANGLICANE OU ACTE DE CONFORMITÉ

Les doctrines jadis publiées de Tautorité d'Edouard VI fournirent les bases du nouveau symbole. On y Ht plusieurs cbangements et corrections; et trente-neuf articles ^ dont il se compose actuellement , reçurent les signatures des membres des deux cbambres , le 22 janvier 1662. Cet ouvrage important fut achevé dans quelques jours, et, à ce qu'il paraît, sans beaucoup de discussions. Mais ce qui suivit est un exemple mémorable de l'inconséquence dans laquelle les hommes sont souvent entraînés par le changement de situation. Aucun des membres ne pouvait avoir oublié les persécutions du dernier règne : plusieurs avaient souffert et l'emprisonnement et l'exil , à cause de leur dissidence de l'Église alors établie. Actuellement , comme s'ils eussent hérité de cette infaillibilité qu'ils avaient condamnée , ils refusèrent aux autres cette liberté d'élection religieuse qu'ils avaient prise eux-mêmes. Au lieu de considérer simplement les trente-neuf articles comme les doctrines distinctives de l'Église nouvellement établie par la loi , ils travaillèrent à les insinuer fortement dans la conscience des autres. Mettre en doute ce qu'ils regardaient comme la vérité , était un crime ; et si leurs efforts avaient entièrement réussi , tous les dissidents de la nouvelle croyance eussent été passibles de la pénalité d'hérésie. On proposa que < si quelqu'un prêchait, déclarait, écrivait ou disait quelque chose en

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dërogation, haine ou mépris dudit livre (celui des articles) ou d'aucune doctrine y contenue, et en était légalement convaincu devant l'ordinaire, il serait traité comme hérétique et serait condamné à l'amende de cent marcs pour la première fois, quatre cents pour la seconde, et, pour la troisième, à la perte de ses biens meubles et immeubles et à l'emprisonnement perpétuel. > Gela fut adopté par la chambre haute , mais en laissant la peine en blanc , afin qu'on la remplît ensuite. On demanda subséquemment d'y ajouter une autre clause, que, t si quelque personne niait directement ou indirectement, publiquement ou en particulier, par écrit ou parole, l'un des articles de doctrine publiés dans ce livre, qu'il en fut légalement convaincu devant l'ordinaire, et qu'il y persistât obstinément, il serait condamné à »

On regarda une telle loi comme inutile en ce qui concernait les catholiques (puisqu'à tout moment on pouvait les envoyer à Féchafaud, au moyen de l'acte de suprématie), et imprudente relativement aux disciples du théologien de Genève, que la reine cherchait plutôt à s'attacher par son indulgence , qu'à exaspérer par sa sévérité.

L'adoption des trente-neuf articles mit le dernier sceau à la réformation en Angleterre. Une nouvelle Église s'établit sur les ruines de Tancienne; et l'objet de ces lignes est de faire connaître au lecteur jusqu'à quel point les deux Églises s'accordent et jusqu'où elles diffèrent dans leur croyance. Ge rapprochement a été fait par le docteur Lingard dans son Histoire d'Angleterre.

i' Toutes deux enseignent qu'il n'y a qu'un Dieu; que dans l'unité de Dieu se trouvent trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit; que le Fils prit luimême la nature de l'homme; qu'il s'offrit en sacrifice pour le péché de l'homme , originel et actuel ; et que ce n'est qu'en son nom que Thomme peut être sauvé.

2° Elles admettent également trois symboles ordinairement appelés : symbole des apôtres, symbole de Nicée, symbole d'Athanase.

3" Elles révèrent également les saintes Écritures comme la véritable parole de Dieu. Mais ici elles commencent à différer. i° La nouvelle Eglise déclara apocryphes plusieurs livres des Écritures juives , tandis que l'ancienne Eglise les admettait comme canoniques. 2° L'ancienne maintient que toute doctrine enseignée par le Christ et les apôtres avait été rapportée dans les Écritures ; la nouvelle disait que maintes choses , telles que le baptême des enfants, l'obligation d'observer le dimanche au lieu du sabbat , etc. , avaient été enseignées par le Christ ou les apôtres , et que , cependant, elles n'étaient pas rapportées dans les Écritures comme connues seulement par la tradition.

4° Toutes deux s'accordent à dire t que l'Église a le droit de déterminer les rites et les cérémonies et a autorité dans les discussions sur la foi. » Mais les articles semblent annuler cette autorité par des restrictions. L'Église ne peut décider que ce qui est contenu dans les Ecritures, ne peut pas s'assembler en concile sans Tordre ou la volonté des princes; et quand elle est ainsi assemblée , elle peut errer, et a actuellement erré. L'ancienne Église n'accorde point cette autorité aux princes,

et soutient que le Christ, selon ses promesses dans l'Écriture , veille sur son Eglise assemblée en concile général , et ne souffre pas qu'elle tombe dans aucune erreur essentielle, soit de croyance, soit de discipline.

5* Toutes deux demandent également de la vocation et une mission dans leurs ministres , et confient le gouvernement de l'Eglise aux évêques, comme à Tordre le plus élevé dans la hiérarchie. Mais l'ancienne Église, quoiqu'elle n'admette aucune autorité ecclésiastique dans le prince , comme prince , reconnaît dans l'évêque de Rome, comme successeur de saint Pierre , une prééminence d'ordre et de juridiction sur l'Église universelle. La nouvelle Église refuse à Févéque de Rome toute juridiction dans le royaume, et considère le souverain comme suprême, même dans le gouvernement ecclésiastique.

6** Toutes deux enseignent que la grâce du pécheur ne peut s'acquérir ou se mériter par aucun effort naturel, et qu'elle lui est accordée au nom des mérites du Christ. Mais, en ceci, elles diffèrent ou peut-être semblent différer, en ce que l'une admet la grâce par la foi seulement, et l'autre, avec la foi, exige encore l'espérance et la charité.

7° Toutes deux enseignent que les sacrements sont des signes efficaces de grâce par lesquels Dieu opère invisiblement en nous; mais les sept sacrements des catholiques sont réduits à deux par les articles , savoir : le baptême et l'eucharistie.

8° Les points les plus importants sur lesquels elles diffèrent, concernent l'eucharistie. Les réformés d'Angleterre enseignent que dans le sacrement < le corps de

Jésus-Christ est donné, pris ou consommé d'une manière seulement spirituelle et céleste. Les catholiques, d'une manière réelle , quoique spirituelle et sacramentelle. » Les premiers déclarent que la doctrine de la transsubstantiation ne peut se prouver par les paroles de l'Écriture; les derniers, qu'elle dérive nécessairement des paroles de l'Écriture. Les premiers , que la communion se doit administrer aux laïques sous les deux espèces , selon l'institution et l'ordre du Christ ; les autres, que la communion sous les deux espèces ne dérive pas de cette institution et n'est pas prescrite par le commandement du Christ.

9° Les articles déclarent que la messe est une invention de blasphème, par le motif qu'on ne peut offrir d'autre sacrifice pour le péché que celui qui fut offert sur la croix : selon les catholiques , la messe est un sacrifice vraiment propitiatoire , commémoratif de celui qui fut offert sur la croix.

lo" Les articles condamnent, mais en termes généraux et sans aucune explication, les doctrines, i" du purgatoire; 2" des indulgences; 3" de la vénération et adoration des reliques et images ; 4° de l'invocation des saints. Les catholiques enseignent, 1° que les âmes des hommes qui sortent de la vie et qui ne sont ni assez criminelles pour mériter le châtiment de l'enfer, ni assez pures pour être admises là où ne peut entrer aucune souillure , sont immédiatement , après la mort , placées dans un lieu de purification ; 2" que les pardons de la punition temporelle du péché, nommés indulgences, sont profitables et doivent être admis; 3° (ju'il est légitime de témoigner (Je la vénération ou un respect infé-

rieur aux restes des saintes personnes et au^ images du Christ et de ses saints ; 4° ^"'^^ ^st aussi très-légal de demander aux saints de joindre leurs prières aux nôtres « pour attirer sur nous les bienfaits de Dieu, au nom de son Fils Jésus-Christ, notre unique Sauveur et Rédempteur. » (Conc. Trid., sess. XXV )(i).

(1) Le lecteur a vu^ dans le chapitre X, par quel ingénieux système le révérend M, Newman cherche aujourd'hui à concilier Vacte de conformité avec les doctrines de l'Église catholique.

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