‹ Du mycosis fongoïdeChapitre 3 sur 4 · AV · texte numérisé non relu

AV

... X.pppv P; '. V r^- X . . ...

y , .. . .v-. .; i pA'-X* - a' -AX A# ï ne- . ...

- A Ï:X ; PX p. • XA .

A - fAV.-A . -

A A- A-. . Ai

... . . ... . .PviA'-'ijXX

’ P’':' X' Xa x Pàp P a

X«éVA“ A5A5; :,

4Ml

. a . - a .- 'x;.gppÿ,ppp..,,.A,, .'....-..-P.-

- A ,-ipA ...

- -PiP XViifeA'Xpp'pXp'Àp • . i

P Xp-Pj^' - -P -P-

xüpp

- xx. • ". - -

ëÿÂ pfeÿXP

a xp;Xv

Pp... -*•

■vPi -P"P'5pP aa

x- :M*l 'xppp-p^p ^ -p 'Pt /* v ' f .

VP" fi, ' :

v - •' • ...X.AvA-Pa a ■-..-,.. .. .

PiP/XAppx^. . ;.. ■ AX.-xp'A-AAi

ïûpA fAVAXxS.X/AArfiÆA'

■■à -M fr 3rA-A^A^..'..- .p. ;>•

- -;‘- ' Pï X ' X-pPAi i .-'AVAA Ppf v - pA jf ' '

rv-^ç; VT'

■ï/yét’ '' * '

< - - »... •.. . - • -- '?P.A Pfev

*;aaa .'AP..XPx-A,.xA -ÀA-p A Ai i. ApPXPp i,.., - XX3A' AX:X iX:ppX.. ,AA.;v ,-A.A

gf mm ■ ' •■■

A - XP ■ . A .XX'

ApAÎPXîp

: p..." < A V A a i.1 Xihv ... ^.A.:. 'C

A . • ' -. ; . ..A v .... . , . Ap.

/s pas

XÀ 'V . - A p.A

piXi

. i -AXV-.' ' :. Aa-a, a,,,

\ X’fpiXi : A A îi f AiAiP-AA '.‘'-•'i.ASXi A'-.." .. . XpXA •' a'-.v''... '' Xr>. 'i-XX1 ..âiA: Xa' p" '*? .-

« :.>A. . ■?’ .- .'.. .. .AAi.-i ..." .;;.;a ... .. ' iAVA'i iA ' "-A AAf:> AiA*. A i.A-HX -’i::-.. . AvaAX <AA'y' '

’. ' .; ..A?;i;..'. •' . A- 'i. ' A OA.. A' ' - . :-:-■ .Ar P.A' f.'i'A'vP. \AA a. JAAaAaATa v. ..;- AVÆ?

- - — - rr

.p fv ' . p-p -i'..'"1 , ,v< . à-.aî • . ijS - v- • , X :-pp:.

p .r ; xp— , .'V ;>,•’>•• x ■ Tpr - ... ■ .^x-'V-' -x/Px.p.rPp;' i-x

XAfX-AvAp^ X: PX-PI

PÎ>P

■A,-p.X pXA-r.j4?P:A

T . p Pjÿ.p." •■ A'-'iC^- <v' À.:p P ■ ’A C< ;• ^ '^P’' p'X

iP- :!^X pp: ’■ x^x

• ; -. " -•' ; ' v vX£

pV

■^-.-X' •• ' ••,■• - •;•• r-\z.- ' p ■ , •-* s y >- . -■ ■; ..pp-. • .. ■ • .;<■ • ■ , -r ' . *• v . : Pp.px -.xx - -N' -•- .«rV .

■'■ - X..V;- " P ‘ ; " t . XXX ; ■- X X.

•. X.Af

i;.HV

REVUE GÉNÉRALE

REVUE GÉNÉRALE

nu MYCOSÏS F0K60IUE

Par H. HALLOPEAU.

j Consulter dans la Revue l’analyse des travaux suivants : Debove, t. II, | p.791. — Port, III, 260. — Démangé, III, 659. — Wiglesworth* VII, 643. — 1 Engelstedt, VIII, 27l — Duhring, XIV, 133. — P. Fabre, XV, 606. — ; Gaillard, XXI, 640. — Koebner, XXII, 625. — Utyde, XXIV, 551.

i Consulter, en outre :

■Klin. von»expëriment. MïttHeil. aüs der ÎDermaTol. und SyPH. par Ë’œbnet* î (Erlangen, 1864.) — Étude sur une aEfection de La Peâü décrite SOüs lê nôm Dë mycosïs fongoïde (lymphadenie cutanée), par X. Gillot '(Thèse de Pâtis, 1888). — } Mycosïs fongoïde, par Ranvier {Bulletin de la Société àhatomiqUe f p. 477, !87t). • — Bulletin de la Société de biologie, par Landouzy, 1872. — DisëaseS of the J skin, par Tilbury Fox (p. 359, 1873). — Cas de sarcomes multiples dé là peau

ii sous la forme de mycosïs, par H. Port ( Dcutsches Archiv f. klin. Mèdicin , ij 1873). — Ein seltsamEr KrankheïtsëaLL, par H. ttèbra ( VierteljahHbh. F. Deri| mat. und Syph., p. 75, 1875). — Tumeurs Leucémiques dé la pëau, par Biesiaîi decki [Ver. der Aertze in nieder-Oester. 1875). — ART . MycoSIs dû Dictionnaire

encyclopédique, 1876, par Bazin. — Trois nouveaux cas dé Mÿ'coSIs fongoïde, par Tanturri {il Morgagnif noè 1 à 3,1877). — Observations Dé mycosiS fongoïde, par Brachet ( Mém . de médecine et de chirurgie militaires, p. 626, 1877). — Cas de mycosïs fongoïde débutant pâr Une urticaire, par Hillairot \ÀCad. de médecine, décembre 1880). — Sur Une tumeur ëongüëusë InflamMaTOIRe DE la peau, par E. Geber ( Deutches Archiv t. klin. Medicin, 1878). — Observation De diathèse lymphogène a forme cutanée, léontiasique, ganglionnaire, hépatique et leucocythémique, par Philippart (Acad, royale de médecine de Belgique, 21 août 1880). — Lymphadénie cutanée, par Vidal (Transactions of the international medical Congress, London 1881, t. III, p. 175). — Cas De Tumeurs Multiples de la peau avec prurit intense, par Rardaway ( Archiv . of Dermatolog., 1880). — Sur le mycosïs fongoïde d’Alibert, par G. Maimino ( Giorn . délia mal. vener., p. 348, 1882). — Traduction de Kaposi, note de la page 143 du

tome ii, 1881, par E. Besnier et Doyon. — Contribution clinique et anatomo-pathologique a l’étude du dermo-lympho-adénome, mycosis fongoïde d’Alibert, par Tommaso de Amicis (Napoli, 1882). — Traité des maladies de la peau, publié par Ziemssen. Articles d’Auspitz, de Neisser et de Babés (1883-1884).— Contribution a la connaissance des tumeurs de granulations inflammatoires (granulomes sarcomatodes de la peau), par R. Naether (Deutsches Arch. f. klin. Med. 1883). — Sur le mycosis fongoïde, par P. Fabre ( Gaz.méd . de Paris , not 5,6,

7, 35, 36, 1884). — Par E. Besnier, Ann. de dermat. et de syphilig., p. 37, 1884.— Sur une nouvelle forme de maladie de peau, la lymphodermie pernicieuse, par M. Kaposi ( Medic . dahrb. der k. Gesellschaft der Aerzte. Vienne, 1885).

— Un cas de granulome fongoïde, par Auspitz (Vierteljahrsch . /. Dermat. und Syph.. 1885). — Etude sur le mycosis fongoïde, par Vidal et Brocq (France médicale , noe 79 à 85 1881). — mykosis fungoïde, par Rindfleisch ( Deutsche med. Wochensch.ISS'ô). — Mycosis fungoïde, par Tilden ( Americ . dermatol. assoc.

26 août 1885).

Nous nous sommes efforcé de réunir dans ce tableau tous les travaux récemment parus sur l’état morbide auquel on applique généralement en France la dénomination de mycosis fongoïde. La diversité des titres sous lesquels ils sont désignés, surtout à l’étranger, suffit à montrer que les auteurs sont loin d’être d’accord relativement à la nature de cette maladie. Quand les progrès de la technique microscopique ont permis d'étudier scientifiquement la structure des tumeurs dites mycosiques , on a été naturellement porté à substituer une désignation fondée sur l’anatomie pathologique à celle que l’on avait tirée de leur ressemblance grossière avec les champignons; mais, malheureusement pour cette tentative, les différents histologistes sont arrivés à des conclusions très j diverses, de telle sorte que les néoplasies ont reçu successivement les noms de lymphadénies cutanées , de sarcomes multiples , de dermolympho-adénomes , de tumeurs fongueuses inflammatoires de la peau et de granulomes fongoïdes. Nous aurons à examiner si tous les cas cités < plus haut appartiennent bien réellement à une seule et même maladie, et n’ont pas été rapprochés artificiellement en vertu de théories non justifiées.

Parmi ces travaux, plusieurs contiennent l’exposé de faits tout nou- j veaux et de nature à modifier complètement les idées régnantes. Avant d’en rendre compte, nous indiquerons quelles étaient jusqu’ici les opinions en présence.

En France, les dermatologues contemporains se sont ralliés à la théorie basée sur les examens microscopiques de Ranvier, formulée pour la première fois par Gillot en 1868, et confirmée par les recherches j de Landouzy et de Debove ainsi que par le travail de Démangé : le mycosis d’Alibert est une lymphadénie cutanée , caractérisée par la pro- • duction abondante de tissu adénoïde , presque exclusivement dans la . ' peau. « C’est, disent E. Besnier et Doyon, un dermato-lympliadénome, ,

- c’est-à-dire une tumeur dont la caractéristique réside dans un réticulum i lymphatique supportant des globules blancs en grand nombre. » Bazin admet, non sans faire des réserves, comme nous le verrons plus loin,. ! une diathèse lymphadé nique. Vidal (congrès de Londres) dit également :

« Cette maladie, c’est le lymphome ou lymphadénome de Virchow produi-

REVUE GENERALE

l isant dans la peau une altération identique à celle de l’adénie de Trousîitseau. » Galliard affirme que la lymphadénie cutanée a sa place définitive uldans le cadre nosologique, et c’est bien réellement ce qui semble résulter de l’accord unanime de nos pathologistes les plus compétents. •

Mais l’impression se modifie singulièrement à la lecture des auteurs étrangers et surtout des Allemands : non seulement ils nient qu’il y ait i un rapport entre le mycosis et la lymphadénie, mais, même au point de wue purement histologique, leur description diffère de celle de Ranvier. i Ils ne sont pas d’ailleurs d’accord entre eux.

)'A Kobner, qui a pu en recueillir, en 1862, deux observations typiques aidans le service de Hardy, où ils étaient considérés comme des cas \ de lichen hypertrophique , les a publiées sous le titre de Tumeurs ïwapillomateuses fongoïdes multiples de la peau , et il a conservé cette qualification pour un fait qu’il a étudié plus récemment ; il admet que ces néoplasies sont constituées par une prolifération du tissu rrbonjonctif du chorion, particulièrement dans le corps papillaire, et |me dilatation accompagnée de néoformation de vaisseaux sanguins. En 1878, E. Geber, à qui nous sommes surpris de voir Kaposi attribuer v i le mérite d’avoir décrit le premier cette forme morbide, alors que son rjtravail est venu dix ans après celui de Gillot, l’étudie sous la qualification S de tumeur fongueuse inflammatoire de la peau. Kaposi la rattache à la vsarcomatose de la peau. Virchow classait les néoplasies fongoïdes parmi • lies granulomes ( Traité des tumeurs , traduction d’Aronsohn, t. II, p. 528). ? Auspitz, dans le traité de Ziemssen, les range également sous le nom ; de granulomes fongoïdes , à côté de celles de la tuberculose, de la lèpre,

I de la syphilis et du rhinosclérome ; Neisser place le mycosis, en raison ' de cette analogie, parmi les maladies infectieuses chroniques. Nous verrons bientôt que des observations toutes récentes justifient pleinement ette assimilation.

il En présence de pareilles divergences, il y a lieu de rechercher si la théorie de Gillot et Ranvier repose réellement sur des bases inattaquas'bles. Elle est fondée presque exclusivement sur la présence dans les [(néoplasies de tissu adénoïde: or il semble bien que, dans un certain : inombre de cas au moins, elle n’ait pas présenté cette structure ; il n’en est pas fait mention dans plusieurs des observations qui ont été publiées en Allemagne ; dans un fait récent de Vidal, l’examen microscopique,

( pratiqué par A. Siredeya montré que les tumeurs présentaient à la fois les éléments du sarcome et ceux du tissu lymphoïde, sans appartenir d’une manière exclusive à l’un ou l’autre de ces types. « On y rencontrait en même temps : 1° plusieurs variétés de sarcomes : sarcome embryonnaire, sarcome fasciculé et myxo-sarcome ; 2° les diverses apparences du tissu réticulé, qui constituent les tumeurs adénoïdes. » La tumeur paraissait donc être une sorte de lympho-sarcome ou, plus exactement, la variété décrite par Rindfleisch sous le nom de sarcome lymohadénique mvxoïde. On ne peut affirmer qu’il se soit agi là d’une néoplasie identique à celle de la leucémie. D’autre part, Geber et Kobner assurent que, dans leurs faits, le tissu réticulé, dont ils ont constaté l’existence, ne représentait qu’une phase dans l’évolution du néoplasme. La présence seule de tissu réticulé dans une tumeur doit-elle, d’ailleurs, i l suffire à la faire classer parmi les lymphadénomes ? Bazin, tout en cé-

dant à l’entra inorn eut général, avait émis des doutes à cet égard : « Le mot longus, écrivait-jl en 1876,, peut-il être avantageusement remplacé par celui de lymphadénome ? . . . Nous n’aurions, quant à nous, aucune objection à faire à cette manière de voir et ne demanderions pas mieux d’en admettre la haute importance en séméiotique ou en nosologie, mais à la condition que le stroma réticulé, trouvé dans une tumeur de la peau, la caractérisât et servit toujours à la faire reconnaître comme affection propre, c’est-à-dire pathognomonique de la maladie elle-même. » Or Rindfleisch a trouvé dans les tuhercules un réticulum analogue à celui des ganglions, et Cocnil et Ranvier en indiquent de même la présence dans ces néoplasmes après qu’ils ont été durcis par l’alcool ou l’acide chronique*

Existe-t-il chez tes malades atteints de my cosis d’autres signes de lymphadénie? On peut répondre négativement, pour la plupart des cas: il n’y a généralement pas de leucémie et les ganglions, ne sont tuméfiés que dans les régions qui correspondent à des parties enflammées des téguments ; la rate n’est pas intéressée. Enfin, les tumeurs de la peau et ganglionnaires peuvent diminuer de volume et disparaître entièrement, tandis que, d’après Ranvier, la marche des lymphadénies ganglionnaires est toujours progressive. Considérer ces tumeurs comme des néoplasies ganglionnaires par cela seul qu’on a pu y découvrir l’existence d’un réticulum, c’est attacher à une donnée histologique une importance qu’elle n’a pas et en fausser la signification : quelle que soit l’importance des modifications que les tissus subissent dans leur structure, elles ne peuvent à elles seules servir à déterminer la nature de la maladie. L’exactitude de cette proposition, formulée par Confit {, Société des hôpitaux, 1881), n’est nulle part plus évidente qu’en dermatologie : une maladie est caractérisée par sa cause, par sa localisation et par ses symptômes, en même temps que par les altérations qui lui appartiennent. On aurait bien die la peine à séparer la tuberculose de la syphilis et de la morve, ainsi que les différentes affections vésiculeuses, squameuses, huileuses, pustuleuses et prurigineuses les unes des autres, si l’on n’en connaissait que les lésions histologiques. Nous croyons donc pouvoir conclure de ees, faits que la présence de tissu réticulé dans les tumeurs du myeosis ne peut suffire à établir sa parenté avec la Lymphadémie ganglionnaire \ telle est également l’opinion que formulent Vidal et Brocq dans l’important mémoire qu’ils viennent de publier.

Ce n’est pas à dire, cependant, que la leucémie ne puisse offrir des manifestations cutanées. Nous ne parlerons- pas des malades de P. Fabre, de Gaillard, de Vidal et de Amicis : il n’y avait chez eux qu’une augmentation relativement peu considérable des globules blancs ; mais il n’en est pas- die. même de ceux de Philippart, de Biesiadecki et de M. Kaposi : celui de Philippart présentait un grand nombre de tumeurs dont le volume variait de celui d’un noyau de cerise à celui d’une noix ; d’abord sous-cutanées, elles venaient plus tard former un relief à la surface de la peau qui, à leur niveau, était lisse, luisante, d’une couleur acajou ou lie de vin ; des productions semblables s’étaient développées dans les muqueuses des fosses nasales, du voile du palais, de la langue, du pharynx, dans les mamelles et dans les ganglions du cou et de l’aisselle ; elles avaient la structure du tissu adénoïde ; le sang présentait un

él I

fir

9fj

JS ( i L "P V|)S

REVUE GÉNÉRALE. 754

excès considérable de globules blancs. Lie malade de Biesiadecki avait à la fois, sur le tronc et sur les membres, des tumeurs d’un -rouge pâle, lisses, développées dans le chorion, variant du volume d’un grain de millet à celui d’un haricot et constituées par des, cellules lymphoïdes. L’observation de M. Kaposi peut être résumée ainsi qu’il suit :

Une femme de 39 ans, entrant à l’hôpital le 14 janvier 1884, souffre depuis plus d’une année d’un prurit insupportable et offre une éruption qui se. rapproche beaucoup de l’eczéma généralisé chronique : teinte brunâtre, état squameux de presque toutes les régions, quelques surfaces humides sur divers points, traces de grattage. Contrairement à l’eczéma vulgaire, celui-là délaisse presque complètement les membres inférieurs et prédomine aux régions supérieures. Mais il existe de plus à la face, au cou, aux régions claviculaires un épaississement considérable de la peau, un œdème dur, diffus du tissu cellulaire sous-cutané, qui parait être un œdème lymphatique. L’auteur est frappé également de l’anémie très appréciable dés téguments, constate la tuméfaction des ganglions cervicaux et inguinaux, et découvre à la main gauche et aux avant-bras des nodosités sous-cutau.ées;. Bientôt il reconnaît la tuméfaction de la pâte-

Tandis que l’eczéma s’améliore, on voit apparaître à la face, au tronc et sur les membres, des nodules siégeant dans le chorion ou le tissu sous • cutané ; quelques-uns restent durs pendant que d’autres s’ulcèrent et fournissent du pus crémeux. Il y a dans la marche de ces lymphomes des alternatives*, ils disparaissent à la jambe.

A la face, au contraire, les tumeurs cutanées se multiplient et grossissent; c’est là que l’œdème dur s’accentue à tel point que fa malade devient méconnaissable et que l’hypertrophie des tissus constitue un véritable léontiasis.

La peau est fortement tendue sur les saillies qui occupent la partie supérieure de la poitrine et les régions claviculaires. Il se produit bientôt sur ces points des pertes de substances arrondies, atteignant parfois la dimension d’un thaler, plates, reposant sur un fond rouge vif.

Le sang, examiné par Riehl, d’abord avant que l’on eût constaté le gonflement de la rate, puis plus tard, à trois reprises différentes, contient progressivement moins de globules rouges et plus de globules blancs; en dernier lieu, on compte, par centimètre cube, 3,800,000 globules rouges et 195,000 globules blancs, chiffres qui indiquent u,n état prononcé de leucémie.

Il se produit à la fin une anasarque généralisée avec ascite ; le membre inférieur gauche se paralyse subitement ; la malade meurt le 14 juin, cinq mois après son entrée à l’hôpital.

Autopsie. — Rate quatre fois plus grosse qu’à l’état normal. Hypertrophie des ganglions inguinaux et axillaires. Nodules lymphoïdes sous la plèvre et dans le poumon gauches. Altération de la moelle des os.

Sous la peau, outre l’épaississement et l’œdème énorme du tissu cellulaire, on constate des tumeurs lymphoïdes ; elles sont composées d’un stroma à fibres fines, dépourvu de vaisseaux, avec des corpuscules conjonctifs et des noyaux lymphoïdes réunis en amas; c’est près des globules graisseux que l’on trouve l’infiltration lymphoïde la plus prononcée. Ces tumeurs n’ont pas de limites bien précisés. Sur plusieurs points, les éléments lymphatiques envahissent la couche de Malpighi et préparent l'ulcération qui s'effectue à la surface de quelques tumenrs.

Ces faits de Philippart , de Biesiadecki et de Kaposi semblent venir à l’appui de la. théorie formulée par Gillot et Ranvier ; mais s’agit-il bien là de cas de mycosis? Les caractères et révolution, des tumeurs ont-ils été ceux que l’on observe dans la maladie décrite

par Alibert? Pour juger la question, nous résumerons, d’après Vidal et Brocq , les caractères que celle-ci présente, dans sa forme typique. Elle débute souvent par des lésions superficielles qui rappellent celles de l’eczéma, de l’érythème ou de l’urticaire. Ce sont des taches rosées, ou d’un rouge vif, s’effaçant incomplètement sous la pression du doigt, tantôt isolées, tantôt confluentes, ordinairement planes, quelquefois légèrement saillantes ; elles se recouvrent de squames furfuracées ou lamelleuses; elles provoquent soit un prurit "intense qui parfois amène des lésions de grattage, soit une sensation de brûlure. Il se fait alors des éruptions secondaires papuleuses ou vésiouleuses.

Dans une deuxième période, le derme s’infiltre ; le corps papillaire se tuméfie ; les téguments deviennent rugueux ; on voit paraître les plaques lichénoïdes de Bazin, plaques irrégulières, mamelonnées, circonscrites, d’un rouge foncé, donnant au doigt une sensation de rudesse et d’aspérité, susceptibles de s’affaisser et de disparaître pour se reproduire ailleurs. C’est l’existence de ces lésions qui avait conduit Hardy à ranger la maladie parmi les lichens hypertrophiques.

Ces plaques coexistent d’ordinaire avec les taches congestives initiales.

Au bout d’un laps de temps qui peut comprendre plusieurs années, apparaissent les lésions véritablement caractéristiques du mycosis : ce sont des excroissances qui se développent rapidement , soit sur les plaques lichénoïdes, soit sur une des parties qui semblaient saines ; leurs contours sont nets ; le plus souvent arrondies, elles peuvent prendre une forme très irrégulière ; tantôt leur base se continue sans transition avec les téguments voisins, tantôt elle se détache brusquement de la surface cutanée. Leur surface est d’abord lisse, comme vernissée, rougeâtre ou violacée quand elles atteignent de grandes dimensions; leur consistance est ferme; elles ne sont pas élastiques ; le prurit des lésions initiales a cessé. A un moment donné, ces tumeurs subissent une évolution rétrograde : les unes s’affaissent et disparaissent sans laisser de traces, quelquefois en peu de jours ; les autres s’ulcèrent ; tantôt la perte de substance est d’abord superficielle, « l’ulcère ne fait qu’effleurer la surface du derme » et donne lieu à une sécrétion peu abondante; tantôt, au contraire, la tumeur devient fluctuante; il se forme des abcès qui s’ouvrent en plusieurs points. Bazin considère, à juste titre, comme un fait capital, le caractère fugace, capricieux et mobile de ces éruptions, aussi bien dans la période des taches congestives que dans celle des plaques lichénoïdes et des tumeurs mycosiques.

Ce type clinique est nettement caractérisé ; il diffère, comme l’indiquent bien Vidal et Brocq, de la sarcomatose cutanée généralisée, et l’on ne peut douter que toutes les observations qui s’y rapportent n’appartiennent à une même maladie.

Nous ne saurions affirmer qu’il en soit de même de la seconde variété admise par Vidal et Brocq, variété dans laquelle les lésions sont beaucoup plus circonscrites, ne forment parfois qu’une ou plusieurs tumeurs bien limitées et semblent offrir un caractère de fixité d’autant plus grand qu’elles sont moins nombreuses ; on n’y observe ni période eczématiforme, ni période lichénoïde. Bazin dit que, dans ces cas, le mycosis s’établit d’emblée à sa troisième période. Vidal et Brocq reconnaissent

REVUE GÉNÉRALE

que l’on éprouve des difficultés à faire admettre ce type morbide comme distinct cliniquement et histologiquement du sarcome; ils ajoutent qu’un histologiste non prévenu conclut presque fatalement, de par le microscope, à la nature sarcomateuse de la tumeur ; à côté de points où l’on peut découvrir le; réticulum quand on traite les préparations avec soin par le pinceau, il en est d’autres qui sont tout à fait semblables à des tissus sarcomateux et où ce réticulum fait complètement défaut.

Ainsi donc ces tumeurs' diffèrent par leur structure de celles du mycosis ; elles ne sont ni précédées ni accompagnées des mêmes symptômes et elles ne présentent pas la même évolution; ne vaut-il pas mieux les en distinguer, alors même qu’il s’agit réellement de néoplasies lymphoïdes ? Nous verrons plus loin que la recherche des micrococcus pourra en décider.

Réduit à sa forme typique, le mycosis fongoïde reste une individualité morbide nettement déterminée et capable de défier toutes les attaques.

Revenons maintenant aux faits dans lesquels on a constaté l’existence d’une leucémie, et recherchons s’ils rentrent dans ce type classique.

Il n’en est pas ainsi du cas de Philippart : l’apparition des tumeurs n’a pas été précédée d’éruptions eczémateuses ni de plaques lichénoïdes ; les néoplasies avaient envahi les muqueuses, ce qui est au moins très exceptionnel dans le véritable mycosis ; elles avaient été d’abord sous-cutanées, alors que dans le mycosis elles semblent débuter par une sorte de végétation du corps papillaire.

Chez le malade de Riesiadecki, on voyait serrés les unes contre les autres à la face et sur le dos, isolés sur la poitrine et sur les membres, de petits nodules du volume d’un grain de millet à celui d’une lentille, faisant une saillie plate, d’un rouge pâle et lisse ; un petit nombre atteignait le volume d’un haricot ; leur consistance était molle ; l’examen microscopique a montré qu’ils étaient constitués par des cellules lymphoïdes ; ni les caractères de ces tumeurs, ni leur marche, ni les phénomènes concomitants ne permettent d’admettre qu’il se soit agi là d’un véritable mycosis.

Reste l’observation de Kaposi: c’est surtout celle-ci qui, au premier abord, semble appartenir à ce type morbide et venir ainsi confirmerropiniondeceux qui en font une forme de lymphadénie; nous avons vu en effet que la peau avait été pendant des mois le siège d’une inflammation diffuse, et cela sous la forme d’un eczéma avec œdème du tissu cellulaire. Telle n’est pas cependant la conclusion de l’auteur : ilconsidère son observation comme appartenant à une forme morbide nouvelle, qui n’a pas encore été décrite et qui probablement même n’a jamais été observée par d’autres auteurs ; il la désigne sous le nom de lymphodermie pernicieuse; malheureusement il ne spécifie pas les caractères cliniques qui la différencient du mycosis fongoïde ; il invoque surtout l’existence de la leucémie et des lymphomes viscéraux ; mais ce n’est pas là une raison suffisante pour séparer les deux maladies, puisque l’on a trouvé dans plusieurs cas de mycosis une augmentation notable du nombre des globules blancs et que l’absence de leucémie vraie dans cette maladie paraissait en contradiction avec la structure de ses tumeurs. D’autre part, l’existence chez la malade d’un eczéma persistant et les caractères histologiques des néoplasies cutanées peuvent être encore invoqués en faveur du mycosis. Si nous oher-

Page 1