‹ Du mycosis fongoïdeChapitre 4 sur 4 · TREIZIEME ANNEE. - T. XXVI · texte numérisé non relu

TREIZIEME ANNEE. - T. XXVI

chons les arguments que l’on peut faire valoir à l’appui de l’opinion du professeur Viennois, en dehors de sa grande autorité, nous les trouvons surtout dans les caractères des tumeurs : une partie d’entre elles étaient sous-cutanées, tandis que les néoplasies mycosiques semblent se développer, surtout au début, dans le corps papillaire ; leurs contours n’étaient pas nettement délimités ; la peau ne présentait aucune altération au niveau des plus petites de ces tumeurs, et elle était seulement tendue au niveau des moyennes ; elle n’était rouge que sur quelques nodosités de gros volume; enfin, l’aspect général du malade, tel qu’on peut se le représenter d’après la figure publiée par fauteur, différait notablement de celui que l’on observe dans les cas typiques de mycosis, et dont la planche annexée au mémoire de Geber et surtout plusieurs moulages de Saint-Louis donnent une fidèle représentation. Ces différences suffisent-elles pour justifier la séparation radicale que l’auteur établit entre les deux maladies ? N’y a-t-il pas là des formes différentes d’un même état morbide ? Nous ne pouvons que poser la question ; mais il semble bien que l’on pourra y répondre en toute certitude, lorsque des faits semblables viendront à se présenter, car il paraît résulter des travaux d’Auspitz et de Rindfleisch que les lésions du mycosis ont un 'caractère distinctif d'une valeur absolue , nous voulons parler de la présence de micrococcus d’une nature particulière.

La malade d’Auspitz présentait la forme typique du mycosis, caractérisée d’abord par un eczéma chronique, puis, après plusieurs années, par l’apparition de tumeurs fongueuses, dont l’aspect rappelait celui de chainpignons et de framboises et qui étaient constituées par une prolifération irrégulière et excessive des éléments conjonctifs.il s’agissait pour Auspitz de ces néoplasies qu’il range sous le nom de granulomes fongoïdes dans la classe des chorioblastoses, c’est-à-dire des maladies de la peau qui sont liées à la prolifération anormale des éléments conjonctifs du derme. Nous avons vu que, depuis plusieurs années, il tendait à les considérer comme étant de nature infectieuse. L’examen microscopique pratiqué par Hochsinger est venu confirmer pleinement sa manière de voir. Ces préparations ont été colorées par le lithion carmin et le vert de malachite. A un grossissement peu considérable, les faisceaux conjonctifs paraissent colorés en rouge et l’on voit entre eux une masse d’un vert grisâtre ou sombre que constituent soit des cellules, soit une substance amorphe granuleuse. A un plus fort grossissement, on reconnaît la présence, entre les faisceaux épais de tissu conjonctif, d’un tissu de même nature, mais de nouvelle formation, constitué par des fibrilles très fines, et riche en cellules rondes, fusiformes ou épithélioïdes; les fibrilles et une partie des amas de cellules semblent recouverts d’une fine poussière.

Les préparations sont ensuite colorées d’après la méthode de Gram, avec le violet de gentiane puis avec le brun de Bismarck. On voit alors en grand nombre des stries et des amas granuleux d’une couleur pourpre violet, que l’examen avec l’objectif à immersion et l’éclairage Abbé montre constitués par d’innombrables coccus serrés les uns contre les autres, tellement nets que l’on croirait avoir sous les yeux une culture du champignon. Ces coccus sont tous ronds, d’un volume égal et disposés vn courtes chaînes ou en amas; ils mesurent de 0,9 à 1-2 micromilli-

REVUE GÉNÉRALE

! mètres; ils se groupent d’habitude en diplococcus, avec un interstice m à peine appréciable entre les éléments; très souvent ils forment des iita séries de streptococcus ; on compte de 3 à 5 de ces éléments. Il n’est pas Bplirare que leur groupement prenne l’aspect de la sarcine ou celui d’un [il triangle dont chaque angle est formé d’un coccus.

Les séries de diplococcus se réunissent par place en petits amas 1 arrondis, composés de 20 à 30 paires d’éléments, mais jamais elles ne rira forment de zooglées.

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On voit aussi des petites colonnes longues de 3 à 4 y et larges de 1 y. LTne observation superficielle ou l’emploi d’un grossissement insuffisant peuvent les faire prendre pour des bacilles; ce sont en réalité des groupes de coccus ; on voit les interstices qui les séparent. Il n’y a jamais de bacilles.

L’absence de capsules d’enveloppe et de zooglées, la forme arrondie et le volume constant de ces micrococcus les différencient de ceux que l’on rencontre dans les autres maladies.

Les micrococcus pénètrent dans les cellules rondes et épithéliales, ainsi que dans les follicules pileux et les cheveux eux-mêmes. On les trouve également dans les squames des parties qui semblent atteintes seulement d’eczéma, et c’est là un fait important, car il prouve que l’éruption superficielle du début porte déjà le caractère de la maladie.

Mais la découverte du micro-organisme dans les tissus morbides ne suffit pas à prouver qu’il est la cause de la maladie, il faut encore établir qu’il s’y rencontre constamment, qu’il peut être cultivé, que le produit de culture peut être inoculé et qu’on le retrouve dans tous les produits morbides qui résultent de l’inoculation.

Les cultures du micrococcus étudié par Hochsinger ont été faites par Schiff : une parcelle de suc de tissu malade a été transportée dans de la gélatine ; le dixième jour sa surface était devenue trouble, et ce trouble s’étendait de plus en plus, de telle sorte que bientôt il se formait une couche d’un gris blanchâtre. Cette culture-mère a servi à d’autres cultures dans la gélatine ou sur des pommes de terre stérilisées, et celles-ci ont été également fertiles.

Les organismes ainsi obtenus étaient identiques aux micrococcus pris sur le sujet. Le produit de culture a été enfin inoculé à un jeune chat et l’on a retrouvé le même élément dans la lésion locale qui s’est produite : la démonstration est donc complète.

Rindfleisch est arrivé en même temps qu’Auspitz à considérer le mycosis fongoïde comme une maladie parasitaire. Chez un sujet qui avait présenté les signes classiques de cette maladie, il a trouvé, dans les parties atteintes, un streptococcus qui paraît être le même que celui d’Auspitz ; il y a cependant une différence importante dans la description des deux auteurs : tandis qu’Auspitz a surtout observé ses micrococcus dans les interstices des éléments, Rindfleisch assure qu’ils occupent exclusivement les vaisseaux. Sa description peut être résumée ainsi qu’il suit : les capillaires du derme et du tissu cellulaire sous-cutané, au niveau des tumeurs mycosiques, renferment un streptococcus spécial dont les colonies forment des masses oblitérantes ; c’est là le point de départ de toutes les lésions ; dans les vaisseaux non complètement oblitérés, on trouve des chapelets formés de 15 à 20 de ces éléments et

terminés par un coccus plus volumineux et brillant; Rindfleisch, pour les étudier, a employé la méthode de Gram. Il n’y a pas de coccus en dehors des vaisseaux. On en trouve dans les capillaires du foie et des poumons. Ce microbe est rare, et peut-être non décrit jusqu’ici. En gênant la circulation, il amène une accumulation de globules blancs, qui forment une infiltration superficielle sur les limites du corps papillaire, dans la partie du derme d’où partent les anses vasculaires destinées aux papilles et prend l’aspect d’un nodule ; les parties les plus infiltrées sont celles qui contiennent les agglomérats de micrococcus le plus considérables. On trouve aussi des globules blancs accumulés dans les couches profondes de la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. On peut s’expliquer l’évolution rétrograde que subissent certains nodules par ce fait que les colonies de streptococcus ont abandonné les territoires vasculaires autour desquels s’étaient groupés les globules blancs.

Il s’agit en somme d’une inflammation spécifique comparable à celles de la tuberculose, de la lèpre et de la syphilis. Si les néoplasies présentent de l’analogie avec les sarcomes, c’est que leur substratum anatomique est le même, et que les éléments ne peuvent réagir et s’altérer que suivant certains modes ; la différence essentielle entre ces affections réside dans V étiologie.

Il paraît acquis dès à présent que le mycosis , dans sa forme typique, reconnaît pour cause particulière la présence dans le tégument externe de micrococcus. La grande autorité des deux auteurs qui les ont découverts, l’identité des caractères qu’ils leur attribuent, leur accumulation dans les parties les plus malades ne peuvent guère laisser de doute à cet égard.

C’est làun fait considérable ; il jette un jour tout nouveau sur la nature de la maladie; on peut prévoir qu’il fournira la solution des différentes questions que nous avons eu à discuter; l’examen histologique montrera si les tumeurs apparues, sans avoir été précédées des phases eczémateuses et lichénoïdes, contiennent ces micrococcus et doivent rentrer dans le mycosis; il permettra de dire en connaissance de cause s’il y a des rapports entre cette maladie et la leucémie, et s’il y a lieu de lui rattacher les faits semblables à celui que vient de publier Kaposi ; et enfin si, ce qui ne nous parait pas douteux, on peut reconnaître pendant la vie le micrococcus, on possède désormais un critérium qui permet de diagnostiquer le mycosis comme le bacille permet de diagnostiquer le tubercule ; le progrès est considérable ; on peut espérer que, grâce à lui, les dissentiments que l’on a pu regretter jusqu’ici dans les discussions relatives à la nature de cette maladie vont enfin cesser.

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