‹ Du Myxœdème Spontané InfantileChapitre 16 sur 30 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Tant que l’on a regardé le myxœdème comme une cachexie, sans tenir compte de ses relations avec le corps thyroïde, on ne s’est préoccupé que de fournir au corps des médicaments fortifiants.

Dans ce sens, Charcot! recommande le lait, les bains sulfureux et le massage. La strychnine. la quinine, le fer et spécialement aussi la pilocarpine, furent donnés avec un certain succès. Si l’on n’eut, comme résultat, aucune amélioration notable de l’affection, on constata cependant un arrêt dans le progrès de la maladie.

Les essais de Schiff et de Horsley, qui montrèrent que les animaux auxquels on avait greffé dans la cavité abdominale des portions d'une glande thyroïde saine survivaient très bien à l’extirpation totale de la glande, tracèrent une nouvelle voie à la thérapeutique.

En 1890, Lannelongue, G. Kocher et Verrano, Merklen et Waltker font les premiers essais de cette médication sur Phomme. Les malades étaient améliorés d’une facon sensible , la guérison était même complète dans certains cas ; mais elle n’était que temporaire. Le tissu

! Charcot, Gaz, des hôp., 1881.

PRINT thyroïdien greffé se résorbait peu à peu et l’affection apparaissait de nouveau.

Précisément, à cette époque, les physiologistes mon traient que l’injection intraveineuse de suc thyroïdien chez le chien suspendait les accidents nerveux consécutifs à l’éthyroïdisation.

En 1890, Pisente et Viola émirent l’idée d'appliquer les injections de suc thyroïdien au traitement du myxædème. Murray, en 1891, pratique des injections hypodermiques. Wickmann, Mendel, Bouchard obtinrent avec cette méthode des résultats satisfaisants.

Mais la difficulté qu’on a de préparer et de conserver le suc thyroïdien, et aussi les accidents infectieux auxquels expose la méthode, firent rechercher un autre mode d'emploi de la médication thyroïdienne, Howitz le premier recourut à l’ingestion de préparations thyroïdienries et, depuis lors, les préparations variant, la voie stomacale a été uniquement employée. On a utilisé la glande fraîche, la glande sèche ou les produits actifs de la glande extraite industriellement. C’est à cette dernière préparation que M. Well, dans son Traité des maladies des enfants (collection Testut), conseille d’avoir recours.

Le corps thyroïde frais est difficile à obtenir, et présente une composition et une activité variables suivant les saisons et les races d'animaux. On le prescrit à la dose de 3 à 4 grammes par jour, pendant quatre à cinq jours, puis tous Les deux jours, pendant deux ou trois semaines, et ensuite tous les cinq ou six jours. La dose et Les intervalles entre les jours de traitement varieront suivant les résultats obtenus.

Il faut avoir soin du reste, quand on met le malade à

ce traitement de la glande fraîthe, de s'assurer que le | boucher livre bien de la glande thyroïde, car souvent il donne sous ce nom du thymus ou des glandes salivaires.

Pour obvier à tous ces inconvénients, on doit donc remplacer les préparations renfermant la totalité de la substance thyroïdienne par la substance chimique active de la glande, la thyroïodine de Baumann, car sa composition est toujours la même, sa conservation est facile de même que son dosage. On aura recours à la forme de pastilles ou de comprimés faciles à donner aux enfants.

Mais il faut agir avec prudence, car des accidents sont à craindre. Voici, presque textuellement, ce que recommande M. Weill dans son ouvrage déja cité. Il est bon de procéder avec lenteur, car la médication thyroïdienne a ses inconvénients et même ses dangers.

Céphalée, insomnie, douleurs dans les membres, particuliérement au niveau des masses musculaires, embarras gastrique, quelquefois vomissements, sensation de vertige, tels sont les troubles qui sont dus à la médication thyroïdienne.

Celle-ci peut, en outre, provoquer des accidents cardiaques de la plus haute gravité, tels que angine de poitrine. syncope. Elle peut même causer la mort brusque, comme le relatent Murray et Vermehron.

Ces accidents se produisent d'autant plus facilement que les tissus sont plus œdématiés. Il semble que les effets nocifs de la médication sont angmentés de celui produit par les propriétés toxiques des infiltrations œdémateuses!.

! Thibierge, le Myxædème, 1899.

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Il est donc bou de procéder avec lenteur. On commence par une demi-pastille par jour, pour arriver à deux ou trois en vingt-quatre heures.

Au moindre signe de palpitation ou d’élévation thermique, on s'arrête pour reprendre après quelques jours de repos. La guérison est longue à arriver, et, une fois obtenue, il faut continuer la médication tout en la diminuant d’une façon sensible. On donnera par exemple une ou deux pastilles tous les quinze jours ou tous les. mois, la dose n’est pas fixe, et dépend du sujet et des accidents qu’il présente.

La guérison complète ne s'obtient pas, c’est-à-dire que le corps thyroïde reste à l’état de corps étranger, mais l'organisme étant revenu à l’état normal et s’étant débarrassé de tous les poisons qui s’y étaient accumulés, il n’est plus besoin que « d’une ration d’entretien », qu’on déterminera empiriquement chez chaque sujet, pour remplacer la sécrétion thyroïdienne normale absente.

L’abandon complet du traitement thyroïdien expose à une récidive fatale.

Résultats obtenus par le traitement thyroïdien.

Toutes les fonctions qu’entravait la suppression de la fonction thyroïdienne subissent une influence remar quable.

La nutrition, dès le début de la médication, se modifie : la température, qui est ordinairement dans l'idiotie myxœædémateuse au-dessous de la normale, remonte peu à peu à 37°,5 puis dépasse cette moyenne ; Le pouls, qui était petit, à peine perceptible, qui battait à 60 pul- sations à la minute, devient fort, atteint 80 et même 100 pulsations à la minute. Le cœur aussi bat plus éner-

giquement et subit une sorte d’éréthisme passager. Les urines deviennent claires, plus abondantes, produisant une véritable crise polyurique.

Le tégument infiltré subit aussi des modifications.

En quelques jours ou en quelques semaines l’infiltration œdémateuse diminue et devient à peine appréciable. Le sujet maigrit d’une facon sensible, il fond, pour ainsi dire, et ressemble aux obèses qui viennent de faire une longue maladie. Les tissus sont flasques, pendants ; la peau devient trop vaste pour les parties qu’elle contient et se laisse plisser avec la plus grande facilité. Le poids des malades diminue d'une façon sensible, et même les fonctions cutanées se rétablissent ; la sudation reparaît, les phanères reprennent leur développement normal ; les ongles s’épaississent et se durcissent, les poils et les cheveux repoussent et prennent leur aspect normal.

Les troubles cérébraux et psychiques s’amendent d’une façon notable. La torpeur fait place peu à peu à une certaine vivacité. Le regard devient plus brillant ; la physionomie s’éclaire et le malade a l’air de s'intéresser à ce qui se passe autour de lui. La mémoire revient aussi. L'intelligence se développe même à un certain degré ; les accidents du gâtisme disparaissent. Les malades disent quelques mots d’une façon à peu près correcte, et peuvent même, avec de la patience, arriver à lire et à compter, La taille augmente quelquefois d’une façon soudaine et surprenante. Ainsi Brannœærll (Brit. med. Journal, 6 janv. 1894) cite une malade deseizeans, quel’on aurait pu croire àgée de deux ans et qui, en quelques jours, a paru avoir pris deux ans d'âge. Behrend (th. Berlin 1895) cite le

O0 cas d’une crétine de huit ans qui en cinq semaines aurait grandi d’une coudée.

Nous citons ci-dessous quelques observations probantes où le traitement semble avoir le mieux réussi :

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