‹ Du Naphtol Camphré et de son emploi en chirurgieChapitre 12 sur 28 · PROPRIÉTÉS ANTISEPTIQUES DU NAPHTOL CAMPHRÉ. SON POUVOIR TOXIQUE · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS ANTISEPTIQUES DU NAPHTOL CAMPHRÉ. SON POUVOIR TOXIQUE

Nous venons de voir que le naphtol camphré se dédoublait dans l’organisme, Nous avons dit quelques mots des propriétés

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antiseptiques du camphre, il nous reste à démontrer la valeur antiseptique du naphtol. Nous ne pouvons mieux faire que de . reproduire in-extenso la remarquable note sur le naphtol, communiquée le 24 octobre 1887 à l’Académie des sciences, par M. le professeur Bouchard :

« Je désire entretenir l’Académie des recherches que je poursuis depuis deux années et qui m'ont amené à introduire dans la thérapeutique un nouvel agent antiseptique, le naphtol. Ce n’est pas que ce naphtol n'ait déjà été employé comme médicament, ni qu’on ait ignoré jusqu’à ce jour ses propriétés antiseptiques ; mais son usage était resté limité au traitement local de certaines maladies de peau. Il était employé associé à des savons ou à des onguents, encore n’en usait-on qu'avec une extrême réserve en raison de son excessive toxicité. On ne l’avait pas encore administré à l’intérieur.

J'ai déterminé et mesuré le pouvoir antiseptique du naphtol ‘et son pouvoir toxique, et de cette double notion j'ai été amené à conclure que le naphtol mérite, pour certains objets, d’être préféré à tous les antiseptiques actuellement connus. Ce qui lui vaut cette supériorité, c'est sa très faible solubilité,

Pour désinfecter une surface facilement accessible, les antiseptiques solubles suffisent; et on n’a que l’embarras du choix. Pour pratiquer l’antisepsie générale, il faudrait, de toute nécessité, un antiseptique soluble, mais on n’en possède pas encore qui puisse être introduit dans le sang à dose suffisante pour entraver la vie des microbes sans compromettre la santé ou la vie du malade.

Pour l’antisepsie dans l'épaisseur d’un tissu, ou pour celle des cavités difficilement accessibles, où l’on ne peut pas pratiquer des lavages continus, les antiseptiques insolubles, ou du moins difficilement solubles, peuvent seuls être employés avec avantage. Ils doivent être préférés pour le traitement interstitiel de certaines maladies des tissus, pour l’antisepsie

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des cavités séreuses, et surtout pour l’antisepsie du tube digestif que j'ai surtout en vue dans cette étude. Seul un antiseptique insoluble, soustrait à l'absorption par son insolubilité restera partout présent dans toute la longueur du tube digestif et pourra être administré à dose suffisante pour rendre impossible toute fermentation, sans qu’on ait à redouter son action générale sur l’économie dans laquelle son insolubilité l'empêche de pénétrer. Ce sont là les raisons qui m’avaient fait préférer le salicylate de bismuth à l'iodoforme. Ce sont celles aussi qu'a invoquées Rosshach quand il a appliqué la naphtaline à l’antisepsie intestinale.

Le naphtol n’est soluble dans l’eau qu’à la dose de 0 gr. 2 pour 1,000. On peut en dissoudre par litre, 0 gr.33 dans l’eau contenant 1 gramme d'alcool pour 1,000 ; 1 gramme dans l’eau contenant 50 d'alcool pour 1,000 ; 2 grammes dans l’eau contenant 200 d'alcool pour 1,000 C'est dire que le naphtol est l’un des médicaments les plus insolubles.

Quelle est sa valeur antiseptique ? Je l'ai étudiée en cultivant onze microbes différents, comparativement dans des milieux nutritifs additionnés de naphtol en proportions variées, et en déterminant la proportion de naphtol qui retarde, entrave ou empêche le développement de chaque microbe ou qui restreint ou supprime l’un de ses actes fonctionnels. A la dose de 0 gr. 33 pour 1,000 de substance nutritive, liquide comme les bouillons ordinaires ou solidifiée par la gélatine ou par l’agar-agar, le naphtol empêche complètement le développement des microbes de la morve, de la mammite de la brebis, du choléra des poules, du charbon bactéridien, du microcoque de la pneumonie et de deux organismes de la suppuration, le staphylococcus albus et le staphylococcus aureus.

A la même dose, il retarde beaucoup le développement du bacille de la fièvre typhoïde dont les cultures restent très pauvres, et il entrave un peu la germination du bacille de la

D'scra ss Re A tuberculose. J'ajoute que l'urine agitée avec le naphtol en poudre, puis filtrée et exposée à l’air ne fermente pas ; que la matière fécale humaine, qui amène une putréfaction très rapide des liquides de culture, ne fait apparaître qu'un léger louche dans les bouillons additionnés de 0 gr. 40 de naphtol par litre ; que les matières organiques en pleine putréfaction placées dans l’eau additionnée de naphtol, cessent de se putréfier et, perdent rapidement leur fétidité.

J'ai pu rendre la démonstration plus précise et plus saisis= sante, en cultivant, dans des milieux naphtolés, deux microbes qui sécrètent des matières colorantes. L'un est le baccile découvert par Gessard et qui fabrique la pyocianine ; l'autre est un microbe qui est peut-être nouveau et qui a été découvert par M. Charrin, dans l'intestin du lapin. Il sécrète une matière verte d’une très belle fluorescence.

Je soumets à l’Académie quatre tubes qui ont été ensemencés en même temps, il y a trois jours, avec la même quantité d'une même culture du bacille de la pyocianine ; chacun de ces tubes contient la même quantité de matière nutritive solidifiée par l’agar-agar.

Le premier, qui n’est pas additionné de naphtol, montre une végétation abondante et s’est coloré dans toute son ve seur par la pyocianine.

Un second tube, dont le contenu renferme 0 gr. 46 de naphtol pour 1,000, a donné une végétation moins étendue ; mais, quoique le microbe soit fort abondant, on peut voir qu’il n’a pas sécrété de pyocianine.

- Dans un troisième tube qui a reçu 0 gr. 53 de naphtol pour 1,000, on distingue à peine quelques colonies de microbes qui n’ont pas donné de trace de pyocianine.

Dans un quatrième tube, enfin, qui a. été additionné de 0 gr. 66 de naphtol pour 1,000, il n'y a pas la moindre Apparence de végétation.

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