C. — VOMISSEMENTS
Les vomissements des nervosiques, composés de matières glaireuses, neutres ou acides, quelquefois de matières alimentaires, constituent pour quelquesuns d'entre eux une manifestation redoutable, qui seule peut être la cause de leur mort. Il faut alors que les vomissements, devenus incoercibles et entrât^ nant tous les aliments introduits dans l'estomac, dé^ terminent l'inanition. Cela se voit chez quelques convalescents et dans le cours de lagrossesse.
Le suc de citron, la limonade gazeuse, la potion de Rivière, Teau de Seitz, la potion de Dehaen, la bière de gingembre, le sous-nitrate de bismuth, la fumée de. tabac, les injections hypodermiques de morphine, etc., peuvent être utiles.
Obs. LX. — Vomissement périodique^ — cas observé par le docteur Anstie (1).
Il s'agit d'un jeune garçon âgé de neuf ans. Le vomissement avait lieu tous les samedis, et presque toujours à la mômeheure; la mère semblait portée à l'attribuer à quelque écart de régime, mais on ne put en découvrir aucun. Il était précédé de frisson et de vertiges, puis le vomisse-
(1) Anstie, Med. Times and Gaz., 12 mai 1860.
BOUCHUT 25
ment arrivait une ou deux fois, après quoi l'enfant tombait dans le sommeil. 11 n'y avait pas de dyspepsie dans l'intervalle, la nutrition se faisait parfaitement; toutefois il existait une certaine pâleur particulière du teint. Des apéritifs, des sédatifs, etc., furent d'abord essayés, mais sans succès ; ensuite, la maladie revêtant le caractère de la périodicité, le sulfate de quinine fut administré à la dose de 10 grains tous les matins, et le vomissement disparut.
Aux vomissements acides les préparations alcalines, particulièrement Teau de chaux et les poudres alcalines; aux vomissements modérés, Topium, et pour commencer le traitement on fera bien d'administrer un vomitif qui débarrasse quelquefois trèscoraplétemenl les malades. Vomitus vomitu curatur, L'ipécacuanha est alors la préparation la plus utile à employer; quand ce moyeu échoue, il faut avoir recours à la teinture d'iode conseillée par Euleniberg et donnée à la dose de quelques gouttes dans les viugt-quatre heures.
Si les vomissements tiennent à un état de grossesse et que, malgré tous les efforts de la thérapeutique, la vie soit sérieusement compromise, il y a lieu de se demander s'il ne faut pas déterminer l'avortement. C'est quelquefois le seul et dernier moyen de salut pour les malades.
d. — PNEDHATOSE GASTRO-INTESTlKALE
Les éructations gazeuses, les flatuosités et les vents, qui se montrent dans une forme particulière du Ner-
TRAITEMENT DiJ NERYOSISME 387
vosisme, incommodent tellement les malades, qu'il y a lieu de s'en occuper d'une manière spéciale. Les amers, l'eau de chaux, la magnésie calcinée à petites doses, Tasa fœtida, l'anisette dans de l'eau sucrée, l'infusion de coriandre, etc., sont les meilleurs moyens à mettre en usage.
e, — EIfTOZOAIRES DES VOIES DIGESTIVES
Cette cause ou cette complication du Nervosisme est rare, mais elle se rencontre quelquefois.
Dans ces cas, on a toujours affaire à des ascarides ou à un ténia. Il importe de savoir que le calomel, le semen-contra, la santonine, la décoction d'écorce de grenadier, la décoction de kousso, l'extrait éthéré de fougère mâle, etc., sont, parmi les substances médicamenteuses, celles que leurs propriétés vermicides recommandent le plus dans cette circonstance.
f, — SPASMES
L'éther sulfurique et acétique; l'opium, la morphine et la codéine; la valériane et son association avec le zinc et l'ammoniaque; le musc, le castoréum, l'asa fœtida; la jusquiame, la mandragore, la belladone, l'atropine; l'oxyde de zinc; le bromure de potassium et de sodium, Thydrate de chloral; l'exercice au grand air, l'hydrothérapie, la dissipation et la distraction doivent être recommandés aux malades.
388 TRAITEMENT DU NERVOSISHE
g. — CONTRACTURE
Les bains prolongés; les antispasmodiques, les injections hypodermiques d'atropine à 5 milligrammes ; Taconitine à 1 milligramme, et comme je l'ai vu à THôtel-Dieu, d'après Burcq, les applications métalliques de laiton ou d'acier sur les membres triomphent assez bien de cet accident. En mettant sur les parties contractures des plaques ou des bracelets de cuivre ou d'acier, la douleur et la tension cessent par degrés au bout d'un temps assez court, et les membres reprennent leur souplesse naturelle. C'est un moyen que j'ai employé déjà bien des fois avec le plus grand avantage, et je ne saurais trop en recommander l'emploi, bien qu'il ne réussisse pas toujours. Je l'ai également mis en usage dans la chorée, et il a produit sous mes yeux de remarquables succès.
h, — tremblements; — convulsions
L'opium et la morphine à l'intérieur ou par inections hypodermiques ; la teinture de hachisch; la jusquiame; la belladone; les inhalations de chloroforme et d'élher; le musc; le castoréum; l'asa fœlida; la valériane; le valérianate de zinc ou d'ammoniaque; le camphre, etc., peuvent être employés contre ces accidents, d'abord à la dose ordinaire et
puis à doses progressivement plus fortes d'après l'intensité des phénomènes présentés par les malades.
i. — TOUX convulsive; — hoquet
La glace en petits morceaux à l'intérieur, les affusions froides, et, mieux que tout^ la morphine par la méthode endermique ou par injections hypodermiques, font rapidement disparaître ces accidents. Ils cessent également chez quelques malades sous Tinfluence des armures de laiton ou d'acier autour du cou ou de limaille de fer et de cuivre à Tintérieur.
k, — ASTHME NERVEUX ; — PALPITATIONS ; — ANGOISSE PRÉGORDIALB
Contre les étouflFements et les palpitations incommodes qui gênent les malades, les préparations de digitale et de digitaline; Topium et la morphine; la belladone, et le datura stramonium en fumigations; les fumigations de papier nitré, l'asa fœtida par la bouche ou en lavements sont ce qu'il y a de mieux à mettre en usage.
/. — NÉVRALGIES ET VISCÉRALGIES
Les douleurs de névralgie offrent quelquefois des intermittences régulières qui sont très-heureuses pour les malades, en ce sens qu'elles ^nt plus faciles à guérir que les névralgies continues, et qu'elles cèdent très-vite à l'action du sulfate de quinine.
Au contraire, si la névralgie est permanente, elle cède difficilement aux agents thérapeutiques. Les frictions calmantes avec Topiura, les douches de vapeur chaude, les douches d*eau froide, les vésicatoires volants, la cautérisation pointillée au charbon ou au fer rouge, le massage, Tacupuncture avec des aiguilles de platine ou d'acier, les armures de laiton ou d'acier, sous forme de colliers, de bracelets ou de cuissards; les inoculations de morphine ou d'atropine, au moyen d'une aiguille trempée dans une solution saturée; la morphine sur la peau instantanément dénudée par de Tammoniaque caustique; les injections hypodermiques de morphine, doivent être employés tour à tour.
L'essence de térébenthine émulsionnée ou en capsules gélatineuses, mélangée avec de Teau à la dose de 8 et 16 gouttes par jour, conseillée contre les névralgies localisées, peut être aussi employée contre les névralgies erratiques vagues et disséminées par tout le corps. Graves dit en avoir retiré de très-bons effets dans le rhumatisme nerveux.
Ces moyens n'ont pas tous une égale importance, leur action n'est pas constante, et il faut quelquefois recourir à divers d'entre eux pour arriver à un résultat satisfaisant.
Parmi eux, nous citerons comme les plus importants, le vésicatoire ammoniacal instantané suivi de Tapplication endermique de morphine, l'aquapuncture et l'acupuocture. — On a beaucoup parlé chez
nous des injections sous-dermiques d'atropine imaginées par Wood, importées d'Angleterre, et accomplies au moyen d'une seringue ajustée à un trocart aussi fin qu'uneaiguille.Commedansracupunclure,onenfonce le trocart sur le trajet du nerf douloureux et, dit-on, jusque sur le nerf; puis au moyen du piston et de la seringue, on injecte dix ou quinze gouttes de la solution de morphine. C'est un procédé qui donne quelquefois lieu à des abcès du tissu cellulaire (1), mais qui, en général, enlève très-bien les vives douleurs névralgiques. Son action est fort complexe, ce dont rinventeur et les preneurs n'ont pas assez parlé. En effet, Tintroduction d'un trocart capillaire dans la profondeur des tissus sur le trajet d'un nerf douloureux agit exactement comme le ferait une aiguille d'acupuncture; et, d'autre part, quand on injecte ensuite plusieurs gouttes d'atropine ayant pour effet de déterminer la sédation de la douleur ou un commencement d'intoxication chez les malades, on ne peut savoir si le résultat est dû à Tinjeclion narcotique ou s'il dépend, au contraire, de l'acupuncture par le trocart/ — Pour moi, j'ai si souvent constaté les bons effets de l'acupuncture dans les névralgies temporale, sciatique et intercostale, qu'il me paraît probable que, dans ces injections sous-dermiques de morphine, la guérison est au moins autant la conséquence de l'acupuncture que de
(1) flflwief, Qàz. hebdomftdàfre, iêbif.
rinjection narcotique. La preuve, c'est qu'on réussit souvent très-bien avec des aiguilles à acupuncture ou seulement avec des injections hypodermiques d'eau distillée pure.
m. — CÉPHALALGIE
Dans la céphalalgie nerveuse, le pauUinia, l'alcoolat de menthe, les compresses d'eau sédative, de cyanure de potassium (3 grammes pour 500 grammes d'çau), l'acupuncture et les injections hypodermiques de morphine sur le point douloureux sont trèsutiles à employer. — Le moyen suivant, proposé par Barallier, donnera également de très-bons résultats:
Infusion de mélisse 60 gr.
Chlorhydrate d'ammoniaque 3
Sirop d'écorces d'oranges 25
A prendre en trois fois à un demi-heure d'intervalle.
Ce mode d'administration est très-important, et le remède ne guérit pas s'il n'est donné de demi-heure en demi-heure.
Si les névralgies sont difficiles à guérir, les viscôralgies sont bien autrement tenaces. On en peut juger par la cardialgie, la névralgie utérine, l'entéralgie, la gastralgie. Cette dernière, justement considérée comme la plus fréquente, réclame l'emploi des moyens que je viens d'indiquer, réunis aux préparations toniques dont il a été précédemment fait mention. — A un certain âge, vers quarante ans, c'est la plus rebelle de toutes les viscéralgies.